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Ulcères gastriques : une nouvelle approche

Du fait de ses particularités anatomiques et physiologiques, et de sa grande sensibilité au stress, le cheval -particulièrement le cheval de sport- est très sujet aux ulcères gastriques.
Face aux classiques solutions médicamenteuses, un aliment nouveau, qui vient de faire son apparition sur le marché, semble ouvrir une autre voie dans la gestion des pathologies ulcéreuses.
Cheval broute
© Anne Schaeffer

La pratique du rationnement des chevaux est maintenant bien connue. Cela fait plus de quinze ans que l'Institut de la recherche agronomique a diffusé des tables présentant les normes alimentaires recommandées en fonction de la situation physiologique des chevaux. Globalement on distingue deux grandes familles de préconisations.
La première concerne le respect des normes quantitatives portant sur l'apport énergétique, protéinique, minéral et vitaminique. La seconde porte sur la prise en compte des particularités anatomiques du cheval et conduit à définir une stratégie de distribution qui varie en fonction du type de digestion à favoriser. En effet chez un cheval, la manière de distribuer l'aliment est au moins aussi important que ce que l'on donne. Pourquoi ?

Cheval broute
Le cheval est un herbivore " programmé " pour brouter toute la journée © L.Bataille

La digestion du cheval : physiologie en chiffres

Pour bien comprendre ce qui va suivre il est important de détailler la digestion mécanique et enzymatique.
La digestion mécanique se fait par la mastication des aliments. Celle-ci peut être très poussée, comme pour les fourrages (il faut environ 40 minutes pour ingérer 1 Kg de foin) ou plus limitée, comme c'est souvent le cas pour les repas de concentré (moins de 15 minutes par Kg). Au cours de cette mastication, le cheval produit de la salive dont la quantité dépend du type d'aliment. On estime cette production à 4 litres par Kg de foin mais seulement 2 litres pour un Kg de concentré.

«Définir une stratégie de distribution qui varie en fonction du type de digestion à favoriser.»
La salivation joue plusieurs rôles. Le premier est de préparer le bol alimentaire à être ingéré. En effet, un contenu trop sec et insuffisamment mastiqué ne pourra pénétrer dans l'œsophage. Le second rôle est d'effectuer un début de digestion de l'amidon contenu dans les céréales, grâce à l'amylase salivaire.
Enfin la salivation joue également un fort rôle de tampon, en luttant efficacement contre une acidité excessive du contenu digestif.

La digestion enzymatique : gare à l'excès de volume !

Bien comprendre la digestion enzymatique suppose de s'attarder un peu sur l'anatomie et le fonctionnement de l'estomac. La figure 1 représente l'estomac d'un cheval (à founir) Sa principale caractéristique est d'être très petit (contenance de 15 à 18 litres pour le cheval, contre plus de 300 litres pour le bovin adulte). Les aliments y pénètrent par le cardia, qui relie l'estomac à l'œsophage, et en sortent par le pylore qui fait le lien entre estomac et intestin grêle. Tant que le cheval mastique, le cardia et le pylore restent ouverts. Globalement l'estomac du cheval laisse passer les 2/3 de son repas en 1 heure et conserve dans la cavité gastrique le dernier tiers pendant 5 heures environ. Remarquons que le pylore est à peu près situé au 2/3 de la hauteur de l'estomac. Cela signifie que si le cheval absorbe un volume supérieur aux 2/3 du volume de l'estomac, soit 10 à 12 litres, le bol alimentaire ira directement dans l'intestin grêle. Hors un kilo de grain représente un volume d'environ 2 litres. Pour ce même Kg de grain, le cheval produit 2 litres de salive. Ainsi 1 Kg de grain revient à 4 litres dans l'estomac ! On en déduit que 2,5 Kg de grain soit un repas de 5 litres de céréales suffit à submerger les capacités de fractionnement de l'estomac. Donner à boire ou donner du fourrage après l'ingestion de grain produit le même effet, en poussant trop rapidement le contenu stomacal dans l'intestin grêle.

Cheval au box
Chez le cheval au box, une ration trop vite avalée ne permet pas une salivation suffisante. En outre, le temps de mastication est réduit, ce qui favorise l'ennui. © L.Bataille.

L'estomac du cheval présente une autre particularité. Sa partie inférieure sécrète les sucs gastriques (10 à 30 litres par jour.) Ceux-ci sont très acides. Dans cette zone la paroi de l'estomac est résistante à l'acidité. Dans la partie supérieure, au contraire, la paroi de l'estomac n'est pas adaptée à résister à une forte acidité. C'est dans cette zone que se développent les lésions ulcéreuses.
Ces lésions semblent favorisées par le stress et le travail du cheval. Lors de l'effort physique, les contractions abdominales font refluer dans la partie supérieure de l'estomac, le contenu acide de la partie inférieure. Les sucs gastriques attaqueraient alors la paroi stomacale, provoquant ainsi les ulcères. Ceux si semblent très fréquents chez les chevaux soumis à l'effort même si on retient en général le taux de 10 % seulement de chevaux présentant des signes cliniques à savoir des difficultés à se maintenir en état et parfois des comportements caractériels, voire agressifs.
Lors de l'effort physique, les contractions abdominales font refluer dans la partie supérieure de l'estomac, le contenu acide de la partie inférieure.

Des lésions ulcéreuses favorisées par le stress

On comprend alors toute la difficulté de l'alimentation du cheval de sport et de course. Plus l'intensité de l'effort est forte et plus le risque d'ulcère est grand. Pour le combattre il faut favoriser la consommation de fourrage qui elle même stimule la salivation et donc combat l'acidité. Mais cette forte consommation de fourrage, généralement peu énergétique, ne correspond pas aux besoins du cheval, vient contrarier la digestion enzymatique en chassant les aliments hors de l'estomac, et diminue donc la valorisation des concentrés qui, eux, réclament un bon fractionnement gastrique et donc l'absence d'ingestion de fourrage en continu.
En apparence, il ne semble donc pas facile de résoudre cette équation.

Ludger Beerbaum
Le cheval de sport est particulièrement exposé aux ulcères dûs au stress et à la contraction des muscles abdominaux © Kit Houghton/FEI.

Les aliments " sport et course " de qualité ont exploré la voie d'une forte concentration énergétique afin de limiter les quantités d'aliments à distribuer. De la sorte, il est facile de multiplier de petit repas, tout en couvrant les besoins du cheval. Un ajoût de fourrage permet le bon fonctionnement de l'appareil digestif du cheval, et suffit souvent à répondre au problème purement nutritionnel. On remarque cependant que ces tout petits repas, joints à l'apport limité de fourrage, imposent au cheval un mode de vie très éloigné de son fonctionnement naturel. En effet, en liberté au pâturage, le cheval consacre environ les trois quarts de son temps à se nourrir. Dans la conduite décrite précédemment, on est plus proche d'un quart de temps consacré à la nourriture et de ¾ aux autres activités. Ces conditions de vie sont génératrices de stress et d'ennui même si la plupart des chevaux s'en accommodent en apparence.
Mais dans le cas de chevaux présentant précisément des déficiences de la digestion enzymatique, qu'elles dûes à des ulcères ou à l'âge du cheval, cette stratégie est inopérante et conduit généralement à des traitements médicamenteux.

Vers une autre voie

L'ajoût de fibres au sein même de l'aliment concentré a été exploré. L'effet attendu est d'augmenter le temps de mastication et donc de salivation. La limite de cette piste est dûe au fait qu'il est technologiquement difficile d'ajouter un taux de fibres significatif, tout en garantissant un mélange précis des matières premières.
Un nouveau produit vient cependant de faire son apparition sur le marché. Il est le fruit de la collaboration entre le Centre d'Enseignement Zootechnique de Rambouillet, une société spécialisée dans la production de fourrages enrubannés et d'aliments concentrés pour chevaux, et une autre société spécialisée dans la production de mélanges à base de fourrages et de concentrés, destinés à l'alimentation des bovins en croissance. La mise en commun des compétences et des savoir-faire permet de proposer aujourd'hui une gamme d'aliments fibrés répondant aux besoins de chevaux d'élevage et de sport présentant des problèmes pour valoriser les rations traditionnelles.
Conditionné sous forme de packs de 30 Kg, l'aliment se présente sous la forme d'un fourrage (au moins 50 %) enrichi de matières premières dont la composition varie en fonction du besoin physiologique à couvrir. Actuellement, il existe une version " course et sport ", un aliment " élevage " et un aliment " convalescence ".
La concentration énergétique de l'aliment varie entre 0.7 et 0.8 UFC par Kg selon la formule choisie, ce qui fait qu'il peut être consommé en aliment unique à raison de 6 à 9 Kg par jour en fonction du poids et de l'activité du cheval, ou en complémentaire de foin.

«Un nouveau type d'aliment vient de faire son apparition sur le marché.»

La genèse de cet aliment est amusante car initialement l'objectif visé était de fournir un aliment réellement " tout en un " afin de dégager les particuliers de la contrainte d'un approvisionnement en paille, fourrage et concentré ce qui est parfois difficile à gérer sur de très petites unités. Testée au CEZ de Rambouillet et au Haras de la Folie entre septembre et décembre 2008, il est apparu que cette forme de distribution ne présentait ni avantages ni inconvénients particuliers pour des chevaux valorisant correctement une ration antérieure composée de foin enrubanné et d'un concentré de type sport. En revanche, quelques chevaux de sport à problèmes, mais également de très vieux chevaux, on manifesté rapidement le bénéfice qu'ils retiraient de ce changement de régime, et ont repris de l'état de manière spectaculaire. Cette constatation venait contredire, en apparence du moins, les principes théoriques exposés plus haut. En effet mélanger fourrage et concentré semblait plutôt contre-indiqué, au nom de la valorisation de la digestion enzymatique.
Alors pourquoi ce résultat ? Entre les deux régimes, le premier, composé de deux repas d'un concentré sport et d'un repas de foin enrubanné par jour, et le secon,d composé de trois repas de mélange enrubanné et concentré sport, les quantité d'énergie, de protéines etc. sont égales ; seul change le mode de distribution. Donc pour des chevaux à problèmes, le fait de mélanger les deux aliments procure un bénéfice.

Le cheval peut mastiquer plus longtemps !

La première constatation est que le temps de mastication des aliments est considérablement augmenté. Ainsi pour consommer 3 Kg d'aliment fibré, soit 2.4 UFC, il faut environ 1 heure et demie. Pour consommer la même quantité d'énergie sous forme de concentré, il faut deux repas de 10 minutes chacun, soit 20 minutes. On peut imaginer que pour des chevaux dont les capacités de dégradation ou d'absorption des nutriments sont détériorées, la forte concentration nutritionnelle et le petit temps de passage dans l'intestin grêle submerge les possibilités enzymatiques de leur appareil digestif. Au contraire, lorsque le bol alimentaire arrive de manière beaucoup plus lente, en ayant subi une préparation mécanique plus poussée ainsi qu'une salivation abondante ayant conduit à une meilleure prédigestion des amidons, le bénéfice pour l'animal est plus marqué.
A cette explication, on peut en adjoindre une seconde. Il est possible que des chevaux présentant des lésions de type ulcéreuses trouvent un bénéfice important à consommer un aliment ayant un fort pouvoir tampon, non seulement en raison de la plus forte salivation, mais également à cause de la nature biochimique du contenu alimentaire, et de son effet mécanique. On peut supposer que les sucs gastriques vont être plus absorbés par le mélange fourrages/concentré que par le concentré seul. Ceci permettant peut-être de maintenir dans la partie supérieur de l'estomac un Ph plus basique, afin de calmer les ulcérations existantes.
Testé dans deux cliniques vétérinaires de la région de Rambouillet, l'intérêt de cette présentation semble certain.
L'innovation prend parfois des chemins imprévus. Le fait de disposer, en plus d'une voie médicamenteuse, de régimes alimentaires spécifiques, valorisant le coté herbivore du cheval combinant à la fois des qualités nutritionnelles de haut niveau à une meilleure adéquation au comportement naturel du cheval, est une piste de progrès auquel il faut songer en cas de problème.

Rappel de la physiologie de la digestion

Le cheval est un herbivore monogastrique. Il mange principalement de l'herbe et son estomac n'est composé que d'une seule poche (en cela il diffère des poly-gastriques comme les bovins ou les ovins, dont l'estomac est composé de quatre cavités).
L'appareil digestif est composé de la bouche, de l'œsophage, de l'estomac, de l'intestin grêle et du gros intestin.
On distingue parallèlement trois types de digestion.
La première est la digestion mécanique qui se déroule dans la bouche. Elle est réalisée grâce à la mastication qui prépare le bol alimentaire.
La seconde est la digestion enzymatique. Elle démarre dans la bouche grâce à l'action de la salive, se poursuit dans l'estomac et se termine dans l'intestin grêle. Pour être efficace, elle suppose un bon fractionnement gastrique.
La troisième est la digestion microbienne. Elle est spécifique des herbivores, elle est efficace grâce aux micros-organismes du rumen chez les poly-gastriques, et du coecum chez le cheval et permet de valoriser les fourrages.

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