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La licorne, de Lewis Carroll à Mon petit Poney : histoire d'une déchéance symbolique

Par Amélie Tsaag Valren
Responsable du Pôle des mythes et légendes de la Fédération Française Médiévale, membre de la Société de Mythologie Française.



N°35 Septembre 2012
2 Commentaire(s)
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Croisant un jour une petite fille dans le bus, carnet de notes à la main, je lui demande ce qu’est pour elle une licorne. Elle répond : « un cheval magique avec une corne ! » Cette réponse surprend de moins en moins : à force de fantasy et de séries télévisées, la licorne a beaucoup changé depuis le Moyen Âge. Elle est devenue un grand cheval blanc cornu et « magique ».

Cette histoire récente de la licorne, nous allons vous la conter...

Longtemps, bien longtemps, les explorateurs confondent la licorne avec le rhinocéros, l’antilope et l’âne sauvage. Ils l’imaginent dans la jungle de l’Inde, les déserts de Perse, les montagnes du Tibet et au cœur de l’Afrique. Ils la peignent de robe grise, fauve ou brune plus souvent que blanche. Ils lient ses pouvoirs à sa corne unique, capable de purifier tout liquide des poisons. Les auteurs des bestiaires médiévaux « lui donnent une âme », celle d’une créature féroce et pure que seule une femme vierge peut capturer. Les artistes rêveurs lui esquissent un corps, mélange de cheval et de chèvre immaculée, avec barbiche de bouc et sabots fendus… et surtout cette longue corne spiralée, comme sur une célèbre série de tapisseries exposées au musée du Moyen Âge à Paris : La Dame à la Licorne.

La licorne médiévale
Annonciation à la licorne dans la cathédrale d’Erfurt (Allemagne), vers 1420. La licorne médiévale peut revêtir de nombreuses apparences (chèvre, mouton, biche, même ours ou serpent)

Sa « corne », bien réelle, provient d’un mammifère marin arctique, le narval. Son commerce comme remède universel assure à la licorne une certaine forme d’existence, une croyance partagée par un grand nombre d’érudits européens. Le narval se fait connaître dans les manuels de zoologie début XVIIIe siècle. Les derniers explorateurs croient la licorne réelle jusqu’au milieu du XIXe, le centre de l’Afrique devient l’ultime Terra Incognita où elle puisse se cacher. Un temps, l’un d’eux la voit peinte au fin-fond d’une caverne, un temps, Francis Galton offre une grosse récompense aux Bushmen pour sa capture.

La licorne disparaît à tout jamais des manuels de zoologie pour se réfugier dans l’imaginaire des petites filles, sous la plume de Lewis Carroll dans un premier temps

Rien n’y fait, le monde connu est bientôt entièrement cartographié, découpé en tranches et partagé entre les vainqueurs sans que l’on y attrape la moindre licorne. Est-elle donc passée De l’autre côté du miroir ? C’est là qu’Alice, revenue du pays des merveilles, la trouve en 1871. La licorne disparaît à tout jamais des manuels de zoologie pour se réfugier dans l’imaginaire des petites filles, sous la plume de Lewis Carroll dans un premier temps.

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2 commentaire(s) »

lenou :
Le 08/09/2012 à 15h01

Que pouvez-vous nous idre sur la symbolique de la LICORNE dans les célèbres tapisseries de la dame à la Licorne?

valren :
Le 08/09/2012 à 16h15

Bonjour, je n'ai pas étudié La Dame à la licorne dans les détails - j'ai surtout travaillé sur les bestiaires. Je connais le sujet à travers d'autres études, il y a beaucoup de théories autour de ces tapisseries, dont quelques travaux douteux (en particulier des auteurs qui se revendiquent comme de grands guides spirituels, et autres du même goût)

Une chose est sûre : on retrouve dans ces tapisseries le thème de l'amour courtois, la femme étant en rapport étroit avec la licorne. A l'inverse, le lion est l'animal masculin par excellence (par exemple dans le poème de Blanche de Navarre, La dame à la licorne et le chevalier au lion). Vous savez sans doutes que les cinq premières tapisseries représentent les cinq sens et que la dernière fait couler beaucoup d'encre : On peut imaginer tout ce qu'on veut autour, c'est ce qui fait la force de l'ensemble.

En particulier, l'explication qui domine pour la dernière est celle d'une renoncement à la tentation matérielle, une sorte de spiritualité vue comme le sixième sens (la dame jette le collier qu'elle porte dans les cinq premières tapisseries au lieu de saisir les bijoux du coffre que sa servante lui tend). Cela peut-être mis en relation avec la symbolique alchimique (présente chez les érudits à cette époque du Moyen Âge).

En espérant avoir répondu à votre question, cordialement.

Article publié le 02-09-2012

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