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Destrier médiéval : le mythe du « cheval de trait blindé »

Par Amélie Tsaag Valren
Enquête conjointe de la Fédération Française Médiévale et de Cheval Savoir, coordonnée par Amélie Tsaag Valren.



N°35 Septembre 2012
11 Commentaire(s)
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Bon nombre de médiévistes, même reconnus, pensent que le fameux (et fabuleux) destrier était immense, mesurant 1,70 m à 1,80 m au garrot. Seule sa constitution digne d'un cheval de trait moderne le rendrait capable de charger au galop en portant 225 kg de barde métallique, d'équipement et d’homme en armure complète sur le dos.

D’un point de vue zootechnique, on peut penser qu’il en va tout autrement… Le destrier serait plus proche du cheval de Mérens ou peut-être d’un Lusitanien râblé !

Enquête.

Un héros de chevalerie sur un étalon fidèle, exclusif, féroce, puissant et fougueux, dont le galop fait trembler la terre, et de très haute taille ! Telle est souvent la vision du destrier au Moyen Âge.

Cette vision est entretenue sur les fêtes médiévales (qui se sont multipliées ces dernières années), par les jeux vidéo médiévaux-fantastiques comme World of Warcraft, les films où les Frisons caparaçonnés tiennent la vedette, des bandes dessinées et des jeux sur plateau, qui montrent presque toujours des chevaux de guerre au physique de Percherons, avec d'abondants fanons et une armure leur couvrant tout le chanfrein, l'encolure et les reins.

Le destrier
Le destrier : un cheval de petite taille, râblé et porteur, mais noble ! © L. Bataille

Vérité ou légende ? Pour régler la question, la FFM, Fédération Française Médiévale basée à Marseille, a entrepris une vaste enquête auprès de compagnies de reconstitution historique, doublée de recherches dans des documents d'époque et des ouvrages d'historiens.

La question du poids

« L'équipement des chevaliers du Moyen Âge pesait au total 225 kg. Le seul cheval capable de porter un tel fardeau est un éléphant à peine capable de se déplacer à un trot pesant »
(Souvenir de lecture dans un livre d'histoire, lorsque j'étais enfant.)

Le meilleur moyen d'éclairer l'histoire, souvent racontée, des 200 à 250 kg portés par le cheval de guerre médiéval est de reconstituer l'équipement d'un chevalier du milieu du XVe siècle. Cet équipement inclut l'armure de l'homme, la lance ou l'épée, le harnachement et la barde, soit l'armure du cheval.

Un cheval ne peut porter plus de 30% de son propre poids bien longtemps sans dommage

Si l'homme du XXIe siècle mesure en moyenne 1,75 m, le chevalier du bas Moyen Âge fait environ 10 cm de moins. Du fait de son entraînement aux armes, il est plus costaud et trapu qu'à notre époque, aussi un poids comparable à celui d'un homme actuel lui sera-t-il attribué.

Les historiens défendant ces 225 kg attribuent parmi eux 40 kg d'armure. Enfiler ces pièces d'armure en selle demanderait une sacrée agilité, même avec l’aide d’un écuyer ! Aussi est-il logique que le combattant s'équipe à terre. Il lui faut, pour monter un cheval de 1,70 à 1,80 m au garrot, chausser un premier étrier en levant sa jambe « blindée » à 95 cm du sol, puis hisser son propre poids auxquels s'ajoutent les 40 kg d'armure. C'est totalement impossible pour un reconstituteur, même bien entraîné.

En l'état actuel des connaissances, il est toutefois impossibe de savoir si les chevaliers de l'époque bénéficiaient d'un entraînement spécifique pour réaliser de telles prouesses...

Aussi les historiens ont-il parlé de marchepieds et même de systèmes de levage actionnés par les écuyers (dont on retrouve les illustrations dans certains vieux livres d'histoire), afin de pallier ce problème de poids. Ils posent d'autres problèmes : si le cavalier en armure est désarçonné, et qu'il se retrouve au sol, son écuyer aura quelques difficultés pour voler à son secours en portant le marchepied, surtout au milieu d'une dizaine d’hommes sortant les dagues (les fameuses miséricordes, conçues pour pénétrer les failles des armures) avec un sourire sadique... qu'il soit incapable de remonter seul et rapidement en selle, voilà que notre chevalier est mort.

Armure de l'‪empereur Ferdinand Ier de Vienne‬
Armure de l'‪empereur Ferdinand Ier de Vienne‬, crée par Kolman Helmschmid, ferronnier d'art (1471-1532), actif à Augsbourg. Photo de Jebulon.

Enfin, un cheval ne peut porter plus de 30% de son propre poids bien longtemps sans dommages, et à voir la valeur attribuée aux chevaux de guerre dans les documents médiévaux, abîmer leur dos aurait été une pure folie. Les seules races capables de porter une telle charge sont de puissants chevaux de trait type Percheron, pesant eux-mêmes plus de 700 kg. Avec la meilleure volonté du monde, ils auront bien du mal à atteindre le grand galop indissociable des charges dévastatrices.

Les documents et les reconstitutions sont formels : les chevaliers du Moyen Âge chargeaient au galop. Les chevaux de guerre portaient sur eux beaucoup moins de poids qu'on ne le croît.

Rare destrier…

Le destrier reste souvent un illustre inconnu, déformé par la vision qu'en ont donné le cinéma, les jeux et certaines fêtes médiévales. Son nom provient du vieux mot français « dextre » et par lui du latin « dextera », désignant la droite. L’écuyer devait tenir les animaux de peu de valeur à main gauche, tout en menant le destrier de la main droite quand le chevalier ne le montait pas. Chrétien de Troye y fait référence dans Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (2). Si le nom noble et prestigieux de « destrier » est répandu, il ne faut pas croire pour autant que ce formidable cheval de guerre était commun à son époque : seule une minorité très fortunée pouvait se l'offrir.

Les chevaux sont désignés par leur usage : le coursier pour la poursuite en temps de guerre, la haquenée et le palefroi pour la selle et la chasse en temps de paix, et le roussin... pour tout faire. La plupart des combattants en chevauchent pour des raisons de coût.

Le nom de « destrier » est lui-même le résultat d'une culture populaire plutôt que d’une juste traduction, puisque le cheval militaire médiéval (en Angleterre tout particulièrement) est surtout connu sous le nom de « chargeur » ou « cheval de charge ». La complicité étroite et constante avec un animal unique qui veille et protège son maître, si commune dans les récits de chevalerie, ne reflète pas la vérité : le chevalier possède, en moyenne, cinq montures différentes. Il dispose ainsi toujours d'un cheval frais au cours de ses campagnes. Il gère probablement son piquet de la même manière que les cavaliers de sport de haut niveau aujourd'hui, sa place vis-à-vis de l'ensemble des combattant médiévaux pouvant être comparée à celle d'un champion olympique pour l'ensemble des sportifs. Ces combattants d'élite, très entraînés, rompus à la pratique de l'équitation depuis l'enfance (le cheval est l'emblème de leur statut social), s'occupent en temps de paix en se livrant aux joutes pour se défier entre eux. Du moins les jours où l’Église n'en interdit pas la pratique.

Les chevaliers du Moyen Âge géraient sans doute leur piquet de montures comme les cavaliers de haut niveau aujourd'hui

La valeur d’un destrier va de sept à sept cent fois celle du cheval ordinaire. Non seulement, l’utilisation de ces derniers n’est pas systématique (les « chevaux communs », ou roussins, étant beaucoup plus répandus), mais en plus, le règne de la cavalerie lourde bardée d’acier est relativement court. Jusqu’au XIVe siècle, les combattant à cheval ne mettent pas pied à terre pendant l’affrontement, mais la protection des chevaux reste secondaire. Après, il n'est pas rare qu'ils démontent avant de combattre et renvoient les chevaux à l'arrière, pour les utiliser à la poursuite. Les redoutables archers longs anglais de la bataille de Crécy (3) font notamment comprendre aux français l’utilité de charges coordonnées sur des montures protégées des flèches.

L’erreur majeure : l’estimation de la taille

L’un des arguments justifiant l’existence passée de destriers géants réside dans le fait que l’expression « monter sur ses grands chevaux » fait référence à eux. L'une des « races » présumées les plus appréciées au Moyen Âge est nommée « great horse », en raison de sa force et de sa taille. Si un « grand cheval » se doit aujourd’hui de toiser 1,70 m, au Moyen Âge, la vérité est... nettement au-dessous !

À l’état sauvage, les chevaux ne dépassent pas 1,40 m au garrot, pour une moyenne de 1,30 m. Un élevage sélectif est peut-être entrepris en Europe de l'Ouest pour augmenter la taille et la puissance des chevaux de guerre dès les IXe et Xe siècles, une autre explication à l'accroissement de leur taille réside dans l'optimum climatique médiéval, l'adoucissement des températures entraînant peut-être une meilleure alimentation. Trouver des écrits concernant l’élevage des destriers, « chargeurs » et autres « coursiers » est une véritable gageure, considérés comme des armes de guerre, rien ne se consignait à leur sujet afin que les écrits ne puissent tomber entre les mains de l'ennemi.

Heureusement, l’archéologie permet de retrouver ces fameuses pièces d'armure destinées à protéger les chevaux. Une analyse estime la taille de leurs porteurs à 1,50 m au garrot en moyenne, jusqu’à 1,60 m sur la période du XVIe siècle (John Clark, The Medieval Horse and its Equipment : c.1150-c.1450, The Boydell Press, 2004). Une autre étude sur des fers retrouvés en Normandie et sur la tapisserie de Bayeux donne une moyenne de 1,50 m (Ann Hyland, The Medieval Warhorse From Byzantium to the Crusades, Sutton publishing, 1994). D'après les recherches entreprises au museum de Londres, le destrier anglais toise de 1,40 m à 1,50 m, et se distingue par sa force plutôt que sa taille. En Irlande, c’est l’Irish hobby, ou hobelar, que l’on destine au combat : un petit animal léger d’1,30 m à 1,40 m, dont le plus proche descendant est le poney Connemara.

Le Frison n'existait pas à l'époque médiévale, son modèle étant le résultat de l'occupation espagnole des Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles

Marcel Mavré suppose dans son étude consacrée au cheval de trait une taille moyenne d'1,30 m, pour les destriers et chevaux de service commun médiévaux (4). La moyenne est vraisemblablement de 1,50 m sur la période allant de la fin du XIVe au milieu du XVIe, tenant compte du risque de ne pouvoir remonter à cheval en pleine bataille, et du fait que des populations de chevaux sauvages ont pu cohabiter avec les chevaux domestiques au moins durant une partie du haut Moyen Âge. Le « cheval commun » devait bien mesurer 1,30 m environ, tout comme les animaux sauvages. « Great horse », le destrier l’était en comparaison.

L’armure du cheval ou « barde »

Une légende tenace veut que les armures médiévales soient toutes extrêmement lourdes. Ce'st vrai, quelques modèles de tournoi atteignent les 40 kg, mais... il ne s’agit pas des armures endossées par les chevaliers en campagne. Celles-ci pèsent habituellement de 18 à 32 kg, afin de laisser à leur porteur une certaine liberté de mouvements.

L’armure du cheval, ou barde, dépasse rarement les 32 kg. Que l'on oublie les rangées de chevaux alignés et bardés d’acier : l’armure du chevalier est déjà très coûteuse, celle du cheval exige davantage encore de matériaux. De plus, rien ne prouve que les pièces de barde retrouvées lors des fouilles aient été destinées aux campagnes militaires plutôt qu’aux joutes. Le cuir bouilli se révèle presque aussi efficace, bien plus économique, et surtout plus léger, en particulier pour contrer les armes de jet.

En additionnant le poids d’un chevalier robuste (70 kg), de son armure (25 kg), de la barde (32 kg), de la selle, des armes et des équipements (mettons 15 kg de plus), il est clair qu’un cheval de trait de 700 kg n’est pas nécessaire pour tout porter. La joute représente un effort bref, ce qui n’a pas forcément conduit à élever des animaux plus grands ou plus lourds.

L’importance du tempérament du cheval

Le tempérament est souvent une donnée oubliée dans les études d'historiens, qui se focalisent sur la morphologie. Le destrier littéraire est toujours décrit comme intelligent et courageux, fidèle et combatif : la monture du roi Arthur mord et tue les ennemis de son maître à coups de sabots. Gringalet, celle de Sir Gauvain, n’a rien à lui envier malgré son étrange nom (5). Sans passer du côté de la légende, les textes médiévaux parlent d’animaux « dressés à mordre et donner des coups de pieds », aptes à charger l'ennemi sans frémir.

Destrier médiéval
Cette plate complète exposée dans la Salle du Vieux Palais de l’Alcazar de Ségovie, en Espagne, fait partie des bardes les plus lourdes que j'ai pu voir au cours de cette étude. Elle laisse à penser une utilisation réservée à la parade et aux tournois. Photo de Thritel, licence C.C.

De toute évidence, des chevaux « au sang chaud », sélectionnés sur leur résistance à la peur et leur réactivité. Des qualités à l'exacte inverse de celles des chevaux de trait, qui figurent parmi les animaux les plus calmes et doux au monde. Le gigantesque Shire anglais, présenté comme le descendant direct du great horse du haut de ses deux mètres au garrot, peut être conduit par un enfant. Le Percheron, en qui les américains aiment tellement voir un souvenir des champs de bataille français, tire sans broncher des tramways à Disneyland Paris pendant que des garnements lui empoignent la crinière.

Chanfrein
Chanfrein (c'est à la fois le nom de la pièce d'armure et de la partie du corps du cheval qu'elle doit protéger) de la fin du Moyen Âge, exposé au musée du château de Morges, en Suisse. Photo de Rama, licence C.C. 2.0

La filiation directe entre chevaux de guerre médiévaux et chevaux de trait pose un autre problème : comme l'a souligné Daniel Roche dans sa vaste étude sur La culture équestre de l'Occident, la monture du chevalier est un emblème de classe. Il hisse son cavalier au dessus du commun des mortels. Les documents rendent très bien compte de cette distinction, en insistant sur la noblesse du destrier comparé au « roussin » du pauvre.

Des chevaux de traction (il serait délicat de les qualifier « de trait », leur modèle n'ayant rien en rapport avec ceux d'aujourd'hui) existent au Moyen Âge, bien distincts des montures de guerre. L'idée d'atteler un destrier à un chariot serait une sorte d'hérésie, le destrier ne se mêle pas aux « bêtes chevalines » du vulgus pecum.

Manuscrit du XIII
Ce manuscrit du XIIIe, montrant une scène de guerre, ne prouve pas d'utilisation de barde pour protéger les chevaux.

Il n’existe aucune preuve du sort des destriers après l’arrivée de la poudre à canon, ceux-ci ayant subitement disparu des rares registres évoquant leur existence au début du XVIIe. Si le destin des destrier reste un sujet de controverses, l'origine des chevaux de trait a, elle, été retracée. Les paysans gardent, des siècles durant, de petits chevaux rustiques à tout faire pour les menus travaux des champs. Avec la fin des moissons à la faucille au XIXe, un élevage sélectif se met en place pour obtenir des animaux plus aptes à la traction lourde, aboutissant en moins d'un siècle à la naissance des races de trait. Les ancêtres des Percherons, animaux flegmatiques de campagne campagnarde plutôt que militaire, ont peut-être été attelés devant des chariots de ravitaillement ou des canons, mais sûrement pas montés par des combattants.

Pour les reconstituteurs, le Mérens est le plus proche…

La plupart des chevaux utilisés de nos jours en reconstitution ont un modèle « de selle », mesurant 1,50 m à 1,60 m pour 500 kg. Ils sont parfaitement à l’aise en joute.

Alaric du Capcir, reconstituteur pour la période de la Croisade des Albigeois (1200/1250), n'utilise pas d'armure complète ni de barde pour le cheval (cette dernière étant extrêmement rare en reconstitution, d'autant plus qu'elle disparaît presque entièrement sous le drapé ou le caparaçon). Pour la joute, il emploie un Mérens, un Barbe (ou Barbe-Arabe), et un cheval de selle sans papiers. Sa préférence va au Barbe et au cheval de selle, tous deux vifs et rapides. Il estime néanmoins qu'en conditions réelles de combat, les Mérens sont plus appropriés de par leur masse et leur résistance à la fatigue.

Une troupe de reconstituteurs
Une troupe de reconstituteurs d’événements médiévaux. © Alaric du Capcir

Il porte un gambison léger (2 kg), la cale, le camail (1,5 kg), le cône nasal (2 kg maximum), le haubert long (17/20 kg) et rien de plus, sinon le drapé pour afficher ses couleurs. Le poids total sur le cheval est estimé à 96/100 kg maximum. Lui-même doit utiliser un marchepied pendant qu'une personne fait contrepoids de l'autre coté de la selle pour se hisser. En conditions réelles de combat, le cheval ne devait charger que sur les 30 derniers mètres.

Le Pure race espagnole, descendant direct ?

D'où viennent les chevaux de guerre médiévaux ? Ils pourraient avoir été influencés par la cavalerie arabe, les Turcomans amenés des croisades, et surtout le Barbe, via le Genêt d’Espagne. Ce fameux genêt d'Espagne est un candidat sérieux pour prétendre au titre de « destrier médiéval ». Il a donné lui-même naissance au Frison (le Frison n'existait pas à l'époque médiévale, son modèle étant le résultat de l'occupation espagnole des Pays-Bas aux XVIe et XVIIe) et à l'Andalou, devenu le Pure race espagnole.
La réputation des chevaux Espagnols transparaît au travers de documents parlant des « spanjols » comme de l'élite des chevaux de guerre.

Un lusitanien robuste
Un lusitanien robuste, sans doute assez représentatif du type du destrier médiéval. © L. Bataille

Les races ibériques, P.R.E. et Lusitanien, rencontrent aussi les faveurs unanimes des reconstituteurs, seulement freinés par... leur coût élevé. Ils apprécient leur allure noble, leur constitution robuste, leur maniabilité, leur facilité d'apprentissage et leur courage. Tous possèdent une avant-main puissante, un poitrail large et musclé favorisant (on le suppose) la charge au galop de front. Leur aptitude naturelle au pas espagnol est historiquement issue d'un entraînement pour « piétiner la piétaille ». Une ancienne race française désormais disparue (présumée monture de guerre médiévale), le cheval navarrin, était à l'époque médiévale fortement teinté de sang ibérique.

Enfin, les chevaux ibériques ont toujours été considérés comme des montures de prestige, élisant domicile dans les écoles de cavalerie royales durant la Renaissance. Une piste bien plus sérieuse quant au sort du destrier que celle des chevaux de trait.

Cheval Savoir
FFM
Article réalisé conjointement par Cheval Savoir et la Fédération Française Médiévale.

Bibliographie :

  • Ralph Henry Carless Davis : The Medieval Warhorse. Londres : Thames and Hudson, 1989
  • Colloque Aix-en-Provence : Le Cheval dans le monde médiéval, Université de Provence, 1992
  • Ann Hyland, The Medieval Warhorse From Byzantium to the Crusades, Grange Books, 1994 et The Warhorse 1250-1600, Sutton Publishing, 1998
  • John Clark : The Medieval Horse and its Equipment : c.1150-c.1450. 2e éd. révisée, The Boydell Press, 2004
Renvois de bas de page :

  1. Entre autres, Frances et Joseph Gies affirme dans Daily Life in Medieval Times, paru chez Grange Books en 2005), p.88 que les chevaux de trait du Perche, du Suffolk ou de Belgique descendent du destrier médiéval.
  2. v. 256 à 258
  3. Les archers anglais ont littéralement décimés les chevaliers français embourbés, entre autres en tuant leurs montures sous eux.
  4. D’après l’ouvrage de Marcel Mavré : Attelages et attelées, un siècle d’utilisation du cheval de trait, France Agricole Éditions, 2004. De 1,80 m à 1,30 m, c’est dire si les historiens du cheval se déchirent sur la question.
  5. Nom issu d’une mauvaise traduction du breton selon Claudine Glot, responsable du Centre de l’Imaginaire Arthurien

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11 commentaire(s) »

guerero :
Le 16/09/2012 à 16h11

La teneur de l'article est globalement bonne en ce qu'elle a le mérite de redimensionner plus réalistement les poids et mesures de la monte chevaleresque médiévale en distinguant l'équipement de joute de celui de guerre.
Je ne contesterais qu'un point : la petite taille du destrier ne se justifie pas par la difficulté à monter en selle par la gêne de l'armure, et ce quelles que soit les expériences des reconstitueurs. Une armure de plates du XVème siècle, si elle est bien ajustée au porteur (ce qui dépend de sa fortune), est si bien articulée et légère (l'acier médiéval est plus riche en carbone et donc plus dur que le moderne pour une épaisseur moindre) qu'elle l'autorise à se coucher au sol et se relever sans peine, mais également à sauter en selle en voltige !!! La chose est athlétiquement un exploit si l'on considère la hauteur des bâtes de la selle. Cela réclamait donc un entraînement spécifique auquel se soumettaient les jeunes gens. Jeanne d'Arc semble avoir satisfait à cette pratique avec succès.

valren :
Le 16/09/2012 à 17h58

Bonjour Guerero,

Merci pour votre avis sur l'article. Je n'ai en effet peut-être pas assez insisté sur l'armure (ce n'est pas mon sujet de prédilection, en même temps), mais j'ai précisé qu'elle est beaucoup moins lourde qu'on ne le croît généralement. Quand à savoir à quel point les chevaliers du bas Moyen Âge pouvaient se mouvoir avec, malheureusement nous manquons de preuves d'époque, et parallèlement nous savons que la plupart des reconstituteurs rencontrent des difficultés à bouger avec (et là, je peux dire que parmi les reconstituteurs que je connais il y a quand même de sacré bons sportifs !). L'argument de la difficulté à se hisser en selle ne me parait donc pas injustifié.

J'aurais dû ajouter qu'un chevalier ayant les moyens d'offrir une barde à son cheval devait avoir également celui de s'offrir une armure bien ajustée et plus légère que la moyenne. J'ai précisé aussi que le chevalier médiéval est un guerrier d'élite rompu depuis l'enfance à la pratique de l'équitation, à l'usage des armes et au port d'armures, de la même manière qu'un cavalier professionnel de notre époque est entraîné à la technique du saut, du dressage ou du cross. Si vous avez des sources concernant leur entraînement et leurs prouesses d'époque, je prends avec plaisir. Cordialement.

laetitia :
Le 16/09/2012 à 21h07

Voici de très intéressants échanges, merci à Guerero pour ses précisions, qui viennent utilement compléter l'article effectivement excellent de Valren.

jardin :
Le 03/10/2012 à 23h33

voila un article bien intéressant , qui remet beaucoup d'idées reçue en question......

Jean-Louis [invité] :
Le 04/10/2012 à 10h38

Bonjour Valren,

Pardon pour cette réponse fort tardive.

J'insiste sur le fait qu'une armure moderne ne peut être comparée, en terme de poids à une armure d'époque, compte tenu de la différence des aciers. Par ailleurs, une reconstitution, afin de servir de référence doit atteindre un niveau de réalisation muséologique ; j'ai souvenir de reconstitueurs de troupes de très haut niveau d'érudition, réaliser sans peine le poirier.

Concernant les sources, je suis bien en peine de vous en proposer, ce qui m'avait fait hésiter à réagir, par manque de légitimité, car je me suis défais de ma bibliothèque spécialisée depuis bien longtemps et ne puis compter que sur quelques traces dans ma mémoire.

Quoi qu'il en soit, encore bravo pour votre article.

Cordialement

Pierre et Marie Canelle [invité] :
Le 15/05/2013 à 11h25

Excellent article, toutefois je suis septique concernant la culture équestre du moyen_âge que vous décrivez. En particulier pour ce qui concerne le dressage, sensément frustre et dont le raffinement se limiterais a quelques voltes, et des charges au galop. Ce qui me fait douter c'est que je pense qu'étudier le moyen-âge peut induire chez le chercheur un logique préjugé concernant le niveau culturel des gens de l'époque. Ors je doute que des gens, cavaliers de génération en génération, qui mettent leur vie en jeux lors de leur pratique équestre, n'ai pas poussé le travail de la figure équestre jusqu’à un certain niveau. Certes c'est surement une pratique violente étant donné les pièces d'harnachement. Mais si l'on regarde un peut le travail des gens qui gardent le bétail de nos jours on a un bon exemple de ce que peut devenir la pratique équestre lorsqu'elle est appliquée a des usage bien précis: mieux vaut tenir son cheval face a un bovin mal embouché non? Et bien l'équitation américaine et la doma vaquera sont de vrais modèles de dressage! Donc je ne serait pas étonnée qu'au contraire toutes ces brides et ces éperons médiévaux aient bien servit a élaborer les prémices du dressage européen. Un cheval entraîné a ruer, ça ne vous rappelle rien? Un ancêtre de la croupade qui sait? Alors vraiment je me dis que toutes les condition sont réunies pour qu'une équitation bien plus développée qu'on le croie ai été employée: des gens qui montent à cheval de génération en génération, pour qui prestige social et équitation ne font qu'un, et qui doivent leur survie a leur maîtrise des montures... Tous les facteur sociaux et culturels sont réunis pour qu'on puisse s'attendre non seulement a trouver là les archaïques prémices de l'art équestre, mais aussi de l'élevage.
Après bien sûr je n'ai effectué aucune recherche, tout ceci n'est donc qu'une hypothèse, basé seulement sur ma vision actuelle de l'équitation. Mais je serait curieuse de ce que l'on pourrais trouver en examinant les document d'époque avec un point de vue de cavalier!

valren :
Le 15/05/2013 à 14h33

Bonjour M. et Mme Canelle,

Merci pour votre avis sur l'article. Concernant le niveau de dressage, un autre indice (avec les pièces de harnachement et d'équipement) est la description des joutes dans les œuvres littéraires, que j'ai beaucoup étudiées (en particulier les 4 fils Aymon). Les mouvements décrits sont presque toujours les mêmes, à base de voltes et de charges. Je n'ai jamais trouvé mention dans ces textes d'airs relevés, de piaffer, d'appuyer, de cabrer sur commande ou de quelconque autre mouvement. Bien sur, l'absence de description littéraire ne signifie pas que cela n'aie jamais existé, mais il est certain que l'équitation de la Renaissance est plus fine.

Les vieux livres d'histoire se plaisent à décrire l'équitation médiévale comme cruelle, brutale et sans finesse. Je pense qu'il s'agit d'une équitation efficace pour le but recherché, les charges au galop, sans être spécialement cruelle.

:
Le 19/05/2013 à 11h01

Bonjour aux derniers intervenants.
L'équitation médiévale chevaleresque ne saurait être comparée à l'équitation de gardiennage de troupeaux : les moyens et les finalités sont trop différentes.
L'histoire montre au sein même des équitations guerrières de fortes variations.
On peut, très grossièrement, distinguer la cavalerie lourde et la cavalerie légère.
Cela tient à la culture des peuples, mais également aux choix stratégiques. Cela est d'autant plus vrai qu'il en est de même pour l'infanterie qui, dans certaines organisations, comme celle de l'armée romaine, articule des missions complémentaires entre corps lourds et légers.
Quelques exemples.
En cavaleries légères :
Les Ibères, remarqués pour leur mobilité par César.
Les archers montés Parthes.
les Mongols.
En cavalerie lourde :
Les cataphractaires Sarmates.
Le chevalier européen, surtout du XIVème au XVIème siècle.

Les corps légers sont légèrement équipés et montés sur des chevaux mobiles, afin de harceler l'ennemi. Ce qui se rapproche de l'équitation d'élevage évoquée, prompte à trier, rabattre et contenir les troupeaux.
Les corps lourds remplissent une fonction d'enfoncement des lignes adverses ; ceci repris tardivement par les premiers chars d'assaut.
Ainsi, notre chevalier médiéval satisfait-il à une mission simple : se porter droit, et le plus en sécurité possible grâce à son harnachement protecteur, sur l'ennemi.
Cela inspire un code moral de droiture simple, directe, sans détours, illustré par la littérature médiévale (je caricature un peu).
Techniquement, les selles à hautes bâtes enferment notre chevalier (je parle bien ici de la selle de guerre et non de celle tardive spécifique à la joute à l'allemande, qui emboite plus encore) afin de lui faire supporter l'impact du coup porté par sa propre lance ou ceux reçus. Par ailleurs, la dimension croissante des branches du mors de bride, illustre bien la difficulté progressive à arrêter son cheval proportionnelle à l'alourdissement de la masse cheval, et équipement.
Je dirais que l'équitation chevaleresque est simpliste en raison de sa finalité.
Lorsque les armes à feu s'imposent et que l'armure perd du sens, alors se développe, en premier lieu en Italie, une équitation plus fine, à destination d'obtenir plus de mobilité stratégique.
Enfin, deux petites remarques.
La croupade et autres figures furent effectivement conçues comme une technique de combat, mais les témoignages rapportent le mépris des hommes de guerres pour ces fantaisies de dresseurs de manèges, inapplicables dans le combat.
Le niveau d'équitation de la noblesse, même médiévale, n'est pas uniforme, et l'incompétence s'y rencontre plus fréquemment qu'on ne le croit. Guillaume le Maréchal gagna sa vie comme tournoyeur, simplement parce qu'il travaillait un peu plus sa technique que ses adversaires négligeant leur devoir de guerriers.
Monsieur de Choiseul, ministre de la guerre de Louis XV (période de fécondité de la belle équitation), rappelle dans un directive adressée aux chefs de corps, qu'il serait bon que messieurs les officiers de cavalerie apprennent à monter à cheval.

PASCAL [invité] :
Le 18/12/2015 à 12h23

Bonjour, globalement très bon article et comme je dirige le Centre d'interprétation médiéval SALVA TERRA depuis douze ans, je suis confronté au quotidien à ces clichés du public sur le cheval de trait-destrier. En tant que cavalier et médiéviste depuis plusieurs dizaines d'années, je monte des chevaux ibériques qui sont parfaitement adaptés aux jeux équestres et aux exercices d'armes. Et le poids global du cavalier, de l'équipement (haubert, bouclier, etc) et du harnachement atteint au maximum 130 kg, à comparer avec les 500 à 600 kg de la monture. Cela n'handicape nullement les évolutions au galop, mais évidemment je pense que l'on ne voyage pas ainsi, c'est pour du combat, rare et rapide...

valren :
Le 18/12/2015 à 21h26

Bonjour Pascal.

C'est justement à force d'entendre la même légende présentée comme une vérité que j'ai choisi d'écrire cet article. Votre expérience vient enrichir la somme des témoignages - très nombreux - qui confortent les conclusions des historiens en faveur d'un cheval de selle robuste.

Arnaud [invité] :
Le 02/12/2017 à 23h10

La taille dès destriers du 15 et 16 eme siècle est déterminable par les armures équestres visible encore de nos jours dans de nombreux musées ,Leeds,Metropolitan muséum,musée des invalides ,etc....De nombreuses pièces attestent des tailles bien supérieur à ce que vous prétendez ,il suffit d.y aller ... A moins que ces pièces ne soient pas historique .... Ce dont je doute . D'autre part le destrier n'est pas une race ,mais un cheval destiné au combat par ces qualités intrinsèques , tel que physique et mental ; il est issus de croisement de cheptel régionaux .il ne faut quand même pas confondre la cavalerie mongole et la cavalerie seigneuriale du 15 eme siècle . L.europe à cette époque est le berceaux de croisement de race de chevaux destiné à de nombreuses activités ,culture ,chasse ,guerre ,transport ,allage ,tractage,courtier ,etc...de nombreux éleveurs et élevage sont récence. . Même les banquiers juifs espagnole élèves des chevaux pour s'attirer les faveurs des princes et des nobles ....je pense que vous allez bien vite sur la taille estimé quand on voie qu'en moins de 15 ans les croisement de sang ibérique font des chevaux de race espagnole de plus de 175cm alors qu'ils étaient de 165cm dans les années 1990 . L'homme est présence et éleve des chevaux depuis 3500 ans.jules César parlait du gréât horse anglais de taille vraisemblablement supérieur à 150 alors que les autres mesuraient en moyenne 125 ,difficile de faire une cavalerie de shetland !!!! Les chevaux gaulois enterré dans les tombes sont de cette taille aussi .mais on est à 1500 ans des destrier ,l'agriculture a fait des progrès ,les chevaux ne sont plus en liberté et issus de troupeaux nomades , au 15 eme siècle par exemple ,au chateau du rivau ,en France, les princes de bauvau élèves les chevaux de guerre des rois de France ,Dans des écuries ou tout est mis au service de leurs bien-être ,,nourriture,sélection de chevaux ,tout est plus facile de par les nombreux voyages ,les nombreux tournois dans toute l'Europe ,ne pensez vous pas que chaque chevalier concourant a ces joutes n'ont pas cherché à acquérir les plus belles bête de chaque région pour developer ses propres écuries et son pouvoir sur l.adversaire potentiel sachant que le cheval à cette époque est tout ....juste tout ....l'apparence,le pouvoir ,la reconnaissance,la liberté ,le transport etc ....je pense que votre dossier n'est qu'à charge ,je prétends le contraire ....de plus un destrier ne sert qu'à la guerre ou au tournoi et son prix est bien supérieur à la moyenne des autres chevaux ,pensez vous encore une fois qu'ils etaient assez stupide pour payer un cheval plus cher que la moyenne s.il n'avait pas quelques différence et coup lie à la production de ce type de chevaux ,.etant éleveur de chevaux moi même ,tous ceci me parle ,´sachant en plus les risques et les infortunes d.elevage a vouloir obtenir la bête trop rare aux qualitées exceptionnelles demande en plus par quelques milliers de chevaliers européens fou furieux de tournoi .... A cette époque on recense jusqu'à 500 tournoyeurs à tournai pour le grand tournoi .... Le moyen âge n'est pas l.age du bronze , c'est l'anti chambre des lumières .....

Article publié le 15-09-2012

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