Accueil » Connaissance du cheval

Le report du poids sur les postérieurs

Par Cartan Kazumi
chercheur en biomécanique à l’Université de Tokyo

N°4 Octobre 2009
Imprimer cet article
Voici le deuxième volet de la passionnante étude de Cartan Kazumi, qui ce mois-ci bouscule bien des idées reçues et réserve des surprises !

Un grand nombre d’équitations poursuivent un but commun : celui du report du poids du cheval sur ses hanches (postérieurs). En dressage, ce but est développé jusqu’au “rassembler”.

Mais les choses ne sont pas si simples…

Pourquoi les postérieurs ? Des études kinématiques que nous avons effectuées sur des chevaux montés appartenant à plusieurs disciplines équestres, montrent en effet que le cheval se sert davantage de ses postérieurs, que de ses antérieurs, pour accélérer ou ralentir nettement, ou pour tourner court. Les postérieurs sont le moteur principal…
Pourquoi un report de poids ? Parce qu’en mécanique, Newton nous a enseigné que (Force) = (Masse) x (Accélération), c’est à dire qu’une grande masse est à l’origine d’une grande force. Un membre sera donc en mesure de générer de la force proportionenllement au poids qu’il supporte. En langage équestre, ce sera lorsque le cheval aura d’autant plus de poids sur ses postérieurs que ces derniers pourront propulser la masse plus efficacement.
Comment un cheval peut-il reporter le poids de sa masse sur ses jambes postérieures ? Avant d’entrer dans ce sujet, parlons d’abord de l’engagement des postérieurs.

Report du poids sur les postérieurs

On entend souvent dire qu'un cheval dans l'impulsion, un cheval sur la voie du rassembler, doit "engager ses postérieurs sous la masse", un cheval qui se "méjuge", les postérieurs se posant en avant de la trace des antérieurs, étant grandement apprécié.
Cependant, une étude suédoise sur des chevaux de dressage à démontré que les postérieurs du cheval ne s'engageaient pas plus dans les allures dites "rassemblées" que dans les allures de travail.
Alors, pourquoi dit-on qu’il est nécessaire d’engager ?

«Une étude suédoise a démontré que les postérieurs ne s'engageaient pas plus dans les allures rassemblées que dans les allures de travail»

Il est connu que chez les mammifères terrestres, dont l'homme, il existe une technique économique pour marcher : le pendule inversé. C'est-à-dire que, pour marcher, nos jambes ne bougent pas grâce à la seule force produite par nos muscles, mais aussi par un effet de va-et-vient similaire à celui des pendules. Un pendule, une fois mis en marche, peut continuer son mouvement longtemps, sans l'aide de forces extérieures.
Or, la trajectoire des pendules, lorsqu’on la coupe en deux par une ligne au milieu, est à angle identique des deux côtés. De la même manière, pour les mammifères terrestres, c'est lorsque le membre se protracte et se rétracte à un angle identique que l'effet de pendule inversé est à son maximum, et que la locomotion est donc la plus économique. Un animal, par la loi du moindre effort, aura naturellement tendance, pour se déplacer, à protracter autant ses membres qu’à les rétracter.

Report du poids sur les postérieurs

Report du poids sur les postérieurs

Revenons ici aux reports de poids. Nous avons parlé ci-dessus d’engagement des postérieurs parce qu’en mécanique statique, le “poids” et la “distance” sont des paramètres fortement liés. Parmi les quatre membres du cheval, le membre qui supporte le plus de poids est celui qui se trouve le plus près du centre de gravité. Pour mieux comprendre, disons que lorsqu’une masse (par exemple un crayon) repose sur deux points (par exemple nos deux doigts), nous savons instinctivement que ce sera le doigt le plus proche du centre de gravité du crayon qui supportera le plus de poids, le pourcentage de poids pesant sur chaque doigt étant inversement proportionnel à la distance du centre de gravité du crayon et de chaque doigt.
Si les membres tracent une trajectoire identique pour se protracter et se rétracter, alors lorsque les postérieurs en s'engageant se rapprochent davantage de la masse (disons du centre de gravité), la seconde suivante en se rétractant, les postérieurs s'éloigneront d'autant plus du centre de gravité... anihilant l’effet précédent ! Un fort engagement n’amène donc pas de report de poids sur les postérieurs.

«Si l’engagement était le seul gage d’une bonne équitation, ce seraient les chevaux de course qui seraient les plus aptes»

Par ailleurs, d’après nos recherches sur des chevaux de différentes disciplines (dressage, reining, équitation de travail ibérique, courses de galop, course de trot), les chevaux qui s'engageaient le plus étaient les chevaux de course de trot et de course de galop. Si l’engagement était le gage d’une bonne équitation, ce seraient les chevaux de course qui y seraient les plus aptes !

Une observation plus détaillée de ces chevaux a révélé que, tandis que l’angle de rétraction de la jambe était très liée à la vitesse du cheval, l’angle de protraction était moins dépendant de la vitesse (surtout à petite vitesse). C'est-à-dire que lorsqu’ils se déplaçaient lentement, les membres de ces chevaux (tous des athlètes bien entraînés) n'avaient plus une protraction et une rétraction identiques !

Donc, pour avoir un cheval bien mis, dans l'impulsion, lorsque la rétraction des membres décroit avec la vitesse, il faut qu'en même temps la protraction des membres décroisse le moins possible ! Bien sûr, elle décroîtra quand même un peu, c'est pour cela qu'il ne faut pas rechercher un engagement "absolu", mais un engagement "relatif", Un cheval bien entraîné aura plus d'engagement qu'un cheval vert à la même vitesse, mais il sera quand même moins engagé que lui-même à une vitesse supérieure.

Cette déformation de la trajectoire des membres entraîne un rapprochement des postérieurs et un éloignement des antérieurs du centre de gravité. Comme c’est le membre le plus proche du centre de gravité qui supporte le plus de poids, ce rapprochement des postérieurs et cet éloignement des antérieurs amène un report de poids sur les postérieurs...donc le rassembler !
Ce report de poids étant dû a un changement de posture, il illustre parfaitement la maxime “La position précède l’action”.

«L’engagement maximum n’est pas une nécessité absolue pour le rassembler.»

Il est intéressant de constater par ailleurs que dans nos recherches, les chevaux ibériques ne se méjugeaient absolument pas, alors qu'ils sont tellement doués pour le rassembler. Un observation détaillée a révélé que, si la rétraction de leurs membres était bien moindre comparée à ce qui se passé chez les chevaux d’autres races, la protraction des membres était quand même supérieure à leur rétraction. L’engagement “maximum” n’est donc pas une nécessité absolue pour le rassembler.

Bien sûr, un fort engagement des postérieurs a le mérite d’accroître la longueur de la foulée, ce qui est utile pour gagner en vitesse et en endurance. Un fort engagement peut également être utile pour étirer les muscles pendant la détente ou la récuperation…

Il s’avère donc que plus le rapport angle de protraction/angle de rétraction est grand, plus le cheval sera sur les hanches, et donc sur le chemin du rassembler. Mais le cheval étant économe de nature, il n’acceptera pas facilement de changer la trajectoire de ses jambes pour augmenter ce rapport angle de protraction/angle de rétraction. Peut-être pourrait-on même dire qu’il ne songera jamais à utiliser ses jambes de façon non économique, sans raison valable ! Au cavalier de lui désigner une bonne raison....
La tendance du cavalier novice, en revanche, serait sans doute de faire du tire-pousse, c’est-à-dire de pousser son cheval pour gagner en protraction, tout en le retenant, pour réduire sa rétraction...

Pour lire la suite de cet article :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier