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Le rôle du dressage dans l’obstacle

Par Isa Danne, cavalière professionnelle.


N°38 Décembre 2012
12 Commentaire(s)
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Très souvent j’entends les cavaliers placer le dressage et le CSO face à face comme deux entités totalement différentes ! Et pourtant, qu’est ce que l’obstacle sinon du dressage entrecoupé de sauts ? Tant qu’un cavalier ne maîtrise pas la qualité du galop de son cheval, tant qu’il a une mauvaise position, tant qu’il tire... il est illusoire de penser faire un parcours contrôlé de A à Z !

Mon premier véritable professeur, Maître, fût Jean d’Orgeix, grand cavalier de CSO. Il m’a ouvert les portes de l’école classique. Il m’a fait comprendre l’importance de l’équilibre, de la décontraction, de l’éducation du cheval.
De quoi à-t-on besoin pour faire un bon cheval d’obstacle ?

Christian Ahlmann
Belle symétrie pour ce cheval, des hanches bien équilibrées. On peut constater que, sans doute en prévision d’un tournant vers la gauche, le cavalier (Christian Ahlmann) a imperceptiblement orienté l’encolure de son cheval vers la gauche, provoquant peut-être le léger l’abaissement de l’épaule gauche que l’on voit sur cette photo. On remarque une main très légère et un cavalier parfaitement en équilibre au dessus de ses pieds. © Michel Hagege

Tout d’abord d’un cheval confiant, souple, en équilibre, dans l’impulsion, réactif à nos jambes mais qui ne pèse pas à la main. Finalement comme en dressage, non… ? 
Lorsque toutes ces conditions sont remplies, alors il peut aller sauter dans les meilleures conditions possibles... si son cavalier ne fait pas d’erreur évidemment !

C’est seulement dans ces conditions que le cheval peut à la volonté du cavalier avancer, se rééquilibrer, tourner court, changer de pied, placer sa foulée idéalement selon le profil de l’obstacle… et tout ceci dans l’harmonie et non dans le conflit !

Si le cavalier gère bien ses abords et ne trompe pas le cheval, il en fera un guerrier… L’inverse est hélas monnaie courante : des chevaux « plantés » simplement parce qu’ils ont perdu confiance

Et pourtant que voit-on souvent ? Des chevaux qui tirent, chargent les barres, touchent les barres, s’arrêtent, dérobent, sont contractés, stressés, paddoquent...
Trop nombreux sont les cavaliers qui se sont fait peur à l’obstacle, simplement parce qu’on les fait sauter sans qu’ils aient un minimum de contrôle sur leur chevaux, les mettant tout simplement en danger. Pour moi beaucoup d’accidents serait évités ainsi et de nombreux chevaux épargnés !

Des exercices très simples permettent de poser les bases d’un bon travail à l’obstacle pour tous les cavaliers en parallèle du travail de dressage.

Exemple couramment rencontré : un cheval qui dérobe

Il y a plusieurs raisons à cela :

  • le déséquilibre lié aux dissymétries (le cheval dérobe quasiment toujours du même coté) ;
  • le déséquilibre lié au cavalier qui manque de stabilité, de précision, de finesse, gênant ainsi son cheval ! (travail de la position et remise en question de ses techniques) ;
  • un manque d’impulsion (voir l’article sur la leçon de jambe) ;
  • un cheval qui court, dans le déséquilibre, appuyé sur la main du cavalier en total déséquilibre lui-même !

Tous ces problèmes se résolvent sur le plat, par les gymnastiques classiques (transitions bien menées et travail de deux pistes).

Rolf-Göran Bengtsson
On peut constater que le cheval présente une légère asymétrie au niveau de l’arrière-main. Ceci est assez visible par le fait que le postérieur gauche est plus bas que le postérieur droit, et légèrement “rentré” vers l’intérieur, ce qui laisse supposer une légère rotation du basin vers la droite ou un déséquilibre musculaire entre les deux côtés de l’arrière-main. © Michel Hagege

Il paraît évident, dit comme cela, que le dressage doit être considéré comme une base commune à toutes les disciplines. Si on fait un parallèle avec un athlète humain, il devra travailler son cardio, se muscler, s’étirer… et il devra aussi travailler la technique qui concerne sa discipline sportive.

Les exercices de Jean d’Orgeix

Voici des exercices que j’ai beaucoup travaillés avec Jean d’Orgeix.
L’enseignante que je suis a trouvé dans ces exercices beaucoup de bon sens, et je les utilise pour mes cavaliers avec beaucoup de réussite.

De mon point de vue, tant que le cavalier ne maitrise pas le travail au galop, amplitude et équilibre ce n’est même pas envisageable de sauter !
Ensuite, il faut travailler la mécanisation d’une position parfaite (et pour cela pas besoin de sauter !) Une fois ces paramètres remplis, on pourra envisager concrètement le saut.

4 foulées
10 foulées
Un exercice de contrôle du galop que conseillait Jean d’Orgeix : arriver à caser jusqu’à dix foulées entre deux obstacles qui normalement demandent quatre foulées. © Shéma LV/SPP

Jean d’Orgeix me demandait par exemple de venir sur une ligne droite avec 2 barres au sol espacées d’environ 4 foulées. Je venais au galop sur cette ligne, le but placer mon cheval devant la première barre comme si je venais sauter (donc assez près pour sauter la barre), puis à l’intérieur de placer 5 foulées, et aborder la dernière barre de manière à la sauter. Puis une fois ceci bien maitrisé, de mettre 6, 7, 8, 9 et 10 foulées, etc.
Cet exercice devant être exécuté dans la décontraction et non la brutalité.

Le but de ce travail, être capable de maîtriser l'amplitude des foulées de votre cheval afin de pouvoir une fois devant votre obstacle trouver la place idéale pour que le cheval face un saut facile.

Il faut bien comprendre que pour le mental du cheval, si le cavalier gère bien ses abords et ne trompe pas le cheval, il en fera un guerrier… L’inverse est hélas monnaie courante : de nombreux chevaux sont dits « plantés » simplement parce qu’ils ont perdu confiance dans leurs « pilotes » !

Dissymétries
Symétrie
Sur la photo du haut, on voit que le coté gauche du cheval, notamment l'épaule, bascule un peu vers le bas (regardez le genou gauche du cheval et son pied postérieur gauche). Cela est dû à des dissymétries. Je ferai remarquer que le cavalier à une belle position près du cheval.
Sur la photo du bas, on a l’exemple d’un cheval qui présente une symétrie au dessus de la moyenne.
© Michel Hagege

Jean m’a également appris à sauter de l’arrêt. C’est un très bon exercice pour plusieurs raisons : la première, c’est que cela oblige le cheval à décomposer son saut, à lever les épaules, à monter le garrot et à passer le dos. La seconde, c’est que cela fait prendre conscience au cavalier de la force de sa monture. Les cavaliers accusent trop souvent à tort leurs chevaux d’un manque de moyen à l’obstacle alors que la limite de nos chevaux est souvent nôtre !

Un conseil très important que Jean d’Orgeix m’a enseigné : « Ne jamais sauter si vous arrivez mal devant vos barres » ! Il vaut mieux s’arrêter devant un obstacle si le saut risque d’être mauvais. C’est très important car un mauvais saut est à la fois une très mauvaise expérience pour le cheval et pour le cavalier. Eviter un saut malheureux relève tout simplement du bon sens…

Gymnastiquer nos chevaux

Gymnastiquer nos chevaux, les assouplir, faire du renforcement musculaire, les étirer, et dans une certaine mesure faire travailler le cœur, sont des moyens de permettre à nos chevaux de pouvoir fonctionner le plus harmonieusement possible avec un cavalier sur le dos.
N’est ce pas ce qu’on souhaite aussi pour un cheval destiné au saut d’obstacle ?

Isa Danne sur Ivoire
Isa Danne sur Ivoire (un petit-fils de Narcos). On constate une bonne symétrie générale du cheval, bien qu’il affaisse légèrement son épaule droite, ce qui a pu être amélioré par des gymnastiques sur le plat.
© Anna Bodrero

Il faut chercher dans le dressage classique une réponse à vos problèmes qu’ils soient en CSO, en endurance, en CCE, en attelage… il n’est pas d’enrênements, de mors durs, de muserolles qui puissent remplacer un travail effectué dans le bon sens et avec discernement.

Je souhaite aujourd’hui par le biais de cet article, réconcilier tous les cavaliers ! Il faut avancer dans une direction commune, une équitation respectueuse du cheval, à son écoute… mais aussi le chemin du travail, de la remise en question, de la curiosité, de l’ouverture et de la culture !

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12 commentaire(s) »

aureliezeigin :
Le 06/01/2013 à 11h25

Etant moi même cavalière débutante, je regrette un peu cet éternel soucis : "Il faut chercher dans le dressage classique une réponse à vos problèmes qu’ils soient en CSO, en endurance, en CCE, en attelage… il n’est pas d’enrênements, de mors durs, de muserolles qui puissent remplacer un travail effectué dans le bon sens et avec discernement. "

Mon instructeur a également souligné que tout cheval devrait être capable de travailler toute sa vie avec ce qu'il y a de plus simple comme mors si l'éducation de base est bien menée.

Le jour où l'on comprendra que ce n'est pas un sport qui s'apprend "vite", à moins d'avoir un feeling et un tact naturel, mais que cela demande patience, humilité, remise en question de SOI (et non de son cheval comme il est souvent le cas..).

Merci de cet article qui nous rappelle l'essentiel.

danne :
Le 06/01/2013 à 15h55

Bonjour Aurelie,

Oui, effectivement, un bon dressage est exécuté dans la simplicité des outils :)

Merci de votre intervention.

Isa Danne

laponia :
Le 09/01/2013 à 18h49

Un article très instructif, merci Isa !

danne :
Le 13/01/2013 à 22h38

Bonsoir Laponia,

Merci !

J'espère que mes prochains articles vous plairons

Isa Danne

Jo [invité] :
Le 05/11/2015 à 22h44

D'accord avec votre article il faut un minimum de dressage pour sauter mais je vois déjà venir ces "psoeudo" cavalière de dressage convaincue que leur très belle pirouette et leur chevaux en "roll cure" serviront à sauter mieux en érigeant comme raison votre article cette très instructif donc je pense qu'il faut savoir faire la pare des choses car le dressage à certain niveau est + esthétique et inutile que utile

Tiphaine [invité] :
Le 06/11/2015 à 09h47

Super article!
Et oui le dressage est mère de toutes disciplines!
Merci pour l article très instructif Isa!

danne :
Le 06/11/2015 à 12h20

Bonjour,
Merci à Jo et Tiphaine

Oui le chemin est long c'est un combat de tous les jours
la finesse, l'équilibre, la patience, sont essentiels et helas on en est très loin actuellement ...

Jo tu as raison, les cavaliers de cso ce tournent depuis un moment vers des dresseurs mais ils ne choisissent pas les bons :(
triste sort pour tous les chevaux qui passent dans ses mains cruelles par ignorance, par conviction, par bêtise bref ... il reste un très long chemin.

isa

nadege [invité] :
Le 06/11/2015 à 17h43

oui tres instructif dommage que pour apprendre à monter avec légèreté....il faut des moyens financiers car trouver les bons moniteurs avec cette pédagogie demandent bcq et malheureusement tout les cavaliers n'ont pas les moyens

danne :
Le 06/11/2015 à 18h37

Nadège ce n'est pas qu'une question d'argent je peux vous l'assurer ...
Et parfois de mon point de vu pro je suis aussi désespérée par le manque de discernement des cavaliers amateurs...
il faut vous dire que parfois il vaut mieux prendre une leçon de temps en temps (a sa juste valeur) plutôt que de nombreuses leçons (a un prix attractif)
mais je le concède pour les amateurs de bonne volonté il n'est pas toujours évident de trouver les bonnes personnes.

Courage

isa Danne

Jacinte [invité] :
Le 07/11/2015 à 05h15

Bonjour, excellent article.
Tout cavalier devrait prendre le temps d'apprendre les bases avant d'augmenter la hauteur de l'obstacle. J'ai moi-même dû modérer mes espérances pour avoir la technique de sauter plus haut, auparavant je n'appréciait pas trop le travail au plat, mais avec les bons conseils de mon entraîneure j'ai compris l'importance du dressage. Depuis je fais une bien meilleure équipe avec mon cheval et commence à découvrir les joies du dressage... entrecoupé d'obstacles parfois :)

Mel [invité] :
Le 27/09/2016 à 22h29

Bonsoir,

J'aimerais beaucoup avoir vos conseils.

Ma jument est vraiment au top en dressage, cependant des que nous sautons, j'ai un premier passage pas mal, mais ensuite elle charge, et impossible même très redresser de la faire ralentir. Auriez vous des idées ?

Merci par avance

Article publié le 31-12-2012

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