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Recherche en génétique équine : un grand sujet à défricher pour 2013 !

Si les Haras Nationaux ont le mérite d’organiser chaque année une Journée de la Recherche équine, certains sujets sont figure de parent pauvre : ainsi la recherche génétique sur les origines des races souffre-t-elle d’un gros retard par rapport à ce que font nos voisins européens et les Américains. Nous ne pouvons que nous en désoler, car chaque nouvelle découverte fait progresser le monde équestre dans son ensemble.
A la Tribune de Cheval Savoir, Amélie Tsaag Valren lance un cri d’alarme.

La Recherche est garante du progrès de nos connaissances en ce qui concerne cette relation, unique, que nous entretenons avec les équidés.
À l’heure où l’équitation de tradition française vient d’être reconnue dans le monde entier, n’est-il pas temps de se pencher sérieusement sur ce patrimoine, parfois multi-séculaire, que constituent nos races de chevaux ?

Trait breton
Trait breton. © D.R.

Si les Haras nationaux organisent depuis 1975 une Journée de la Recherche équine, si la France est, depuis plusieurs années, au quatrième rang mondial, certains sujets souffrent d’un gros retard par rapport à nos voisins européens et aux Américains. En particulier la recherche génétique sur les origines des races.
C’est bien connu, la crise entraîne toujours de sévères coupes dans le budget de la recherche. En 2013, il connaîtra (enfin !) une petite augmentation. 2,2%, pas de quoi crier « Hourrah ».

Des théories de filiation pourtant infirmées depuis des décennies continuent de circuler officiellement dans les livres et sur les sites internet

La recherche, surtout en ce qui concerne les origines des anciennes races de chevaux françaises, n’est cependant pas une priorité.

Les études de l’ADN mitochondrial

D’autres pays se sont lancés. Les études sur l’ADN mitochondrial ont révélé, rien de moins, que les chevaux ibériques ont peut-être été domestiqués indépendamment (une excellente nouvelle pour les gardiens des traditions équestres locales) et que les poneys Exmoor sont plus proches des chevaux préhistoriques que les fameux Koniks polonais… ce qui fait de ces sympathiques poneys un nouveau sujet d’étude pour les préhistoriens.

Cheval breton
Cheval breton lors d’une reconstitution de la foire de Landivisiau. Photo de Daniel Vaulot. Licence C.C. by SA 2.5

En France, rien ou quasiment n’a été entrepris à ce sujet. Des croyances et des légendes scientifiques aberrantes continuent d’être présentées comme des vérités dans nos livres et sur les sites internet officiels, dont celui des Haras Nationaux. Nous en sommes restés aux descendants du cheval de Solutré (qui n’existe pas) au Tarpan des steppes, et aux enfants du cheval de Przewalski (qui a divergé des autres chevaux voici 160 000 ans) ! Des théories de filiation pourtant infirmées depuis des décennies. Ce type de recherche pourrait servir favorablement la proposition de reconnaissance de nos neuf races de trait par l’UNESCO (ou du moins, la reconnaissance de certaines d’entre elles comme Patrimoines de l’humanité). Et nous permettre, à travers l'histoire de ces chevaux qui peuplent nos territoires, d'en apprendre beaucoup sur notre propre passé.

Le Mérens
Le Mérens, peut-être lui aussi un survivant de la Préhistoire. Quoi qu'il en soit, un merveilleux petit cheval d'extérieur qui mérite davantage de reconnaissance. Photo de Gregory Tonon, licence CC by SA 2.0.

En novembre 2008, Dominique Léger, président du Centre de promotion du cheval de trait Auxois, a en effet lancé une campagne pour parvenir à faire classer les races de trait françaises au titre de « paysage culturel ». Depuis que notre équitation nationale a obtenu la reconnaissance qu’elle mérite, les conditions sont réunies pour se pencher sur ces magnifiques races de trait : comment peut-on être pris au sérieux, si nous ignorons d’où vient ce patrimoine génétique équin dont nous sommes devenus les gardiens ?

Des races équines dont l’origine reste parfois un mystère

Ces races n’attendent qu’un chercheur motivé par leur ADN mitochondrial, il reste énormément à découvrir.

  • Le Percheron, toujours présenté par son association de race et les Haras Nationaux comme un lointain descendant de chevaux Arabes capturés par les armées de Charles Martel. Selon Marcel Mavré, il s’agirait probablement là d’une jolie légende… même si le sang arabe a pu marquer la race. Dans ce cas, il faut rendre hommage aux éleveurs normands qui, à partir de différents patrimoines génétiques, ont su faire un remarquable travail de sélection.
Percherons
Ces quatre Percherons attelés au haras de St Lô descendent-ils des vives montures de cavaliers arabes ? Photo prise par Marjon Kruik, licence CC 2.0.
  • Le Boulonnais, même problème que pour le Percheron !
  • Le Camargue, auquel nous avons consacré tout un article dans le numéro 34 de Cheval Savoir, est l’un des plus anciens chevaux d’Europe. Les origines de Crin-Blanc forment sans doute, parmi toutes nos races, la question qui devrait faire au plus vite l’objet d’une étude. Les multiples théories sur son origine sont quasiment toutes des légendes présentées comme des vérités.
  • L’Ardennais, que l’on dit (au choix) issu du « cheval des forêts » ou du « cheval de Solutré ». Ces deux théories remontent au XIXe siècle ! C’est le plus ancien cheval de trait d’Europe, sa robe porteuse du gène « pangaré » atteste qu’il est peut-être aussi « vieux » que le poney Exmoor… Il est lui-même à l’origine du trait du Nord et de l’Auxois. (Voir l’article sur le rameau ardenno-flamand paru dans CS n°31)
  • Le poney Landais est présenté comme un descendant direct du… Tarpan des steppes ! En voilà une curieuse idée !
  • Le Mérens, dans lequel il est fréquent de voir un survivant de la préhistoire. Si cela est exact, il pourra être mieux reconnu comme un patrimoine à sauvegarder.
Un groupe de Pottok de type originel
Un groupe de Pottokak de type originel, photographiés au Pays Basque espagnol. Photo de Lankide Gorritxiki, Licence C.C. by S.A. 2.0.
  • Le Pottok s’est en partie dévoilé en 1998, grâce à une étude suggérant une ascendance commune avec deux autres races de « type celtique », l’Asturçon et le New Forest. Il est présent dans une zone géographique où des domestications indépendantes ont peut-être eu lieu.
  • Le Comtois, qui pourrait remonter au Ve siècle, mais dont nous ignorons toujours la provenance exacte.
  • Le Breton, descendant probable de chevaux amenés par les guerriers migrateurs Celtes. 4000 ans d’histoire, peut-être, à portée d’éprouvette.

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10 commentaire(s) »

atrait :
Le 10/01/2013 à 15h47

Je ne peux qu'être contente de votre arrivé à CS, vu la teneur des articles (et qui remet un peu à l'honneur nos 9 races de trait françaises!) ! Bravo encore pour celui ci! ;)

valren :
Le 13/01/2013 à 22h45

Et merci à vous d'aimer mes articles ^_^

Eric [invité] :
Le 24/01/2013 à 17h53

Bonjour,
A propos des origines du Trait poitevin mulassier (dont il n'est pas question dans cet article),je vous invite à lire le magazine SABOTS N° 25 (juillet/août 2008) ou mon dernier ouvrage, "Le Baudet du Poitou, le Trait poitevin mulassier et la Mule poitevine" - Geste Editions 2011... Certes ce n'est pas l'ADN mitochondrial(qui a les moyens d'engager aujourd'hui ce type de recherche quand les éleveurs sont en passe de disparaitre ?)... Mais c'est mieux que rien... Bien cordialement.
Eric Rousseaux (Président de l'Association Nationale des Races Mulassières du Poitou)

valren :
Le 24/01/2013 à 23h39

Bonjour M. Rousseaux,

Je n'ai pas parlé du trait poitevin, dans la mesure où l'origine de ces chevaux est relativement bien connue (introduction de traits flamands pour l'assèchement des marais, documentée à l'époque). Il serait délicat de remonter à des origines préhistoriques pour cette race !

L'un des avantage des études ADN, c'est justement de pouvoir retracer une origine jusqu'à des époques où il est impossible de le faire via les écrits et les représentations artistiques.

Quand à déployer des moyens... les retombées économiques d'une demande de reconnaissance des races de trait par l'UNESCO seraient très positive pour les éleveurs, si seulement nous avions davantage de bonnes volontés (comme vous-même) pour étudier les origines des chevaux de trait français.

Amélie

Eric [invité] :
Le 25/01/2013 à 10h21

Traits flamands qui ont été croisés avec une souche locale (dont on ne sait finalement pas grand chose, sinon que son orientation mulassière est probablement bien antérieure à cette introduction...)
Pour les origines préhistoriques, il faut voir...
Si nous avions les moyens, je serais effectivement preneur de quelques tests ADN (ne serait-ce que pour écarter des hypothèses de filiation)... Certains caractères primitifs (rayures et zébrures sur les membres), robe isabelle, ou raie de mulet du Poitevin (qui, avec le Boulonnais, se détache assez nettement du lot des autres races de trait françaises - CF travaux de G.Leroy) se retrouvent en effet sur d'autres races, Konik Polski (pas si vieux que ça ?), ou Sorraia... Et je ne parle même pas de l'intérêt que pourraient avoir ce type de tests pour notre Baudet du Poitou !!!
En tout cas, je vous remercie de l'intérêt que vous portez à nos gros...
Bien cordialement.
Eric

valren :
Le 25/01/2013 à 11h11

N'hésitez pas à nous proposer un article consacré au Poitevin mulassier (contact@cheval-savoir.com), si vous le souhaitez.

Par curiosité, je me demandais ce que vous pensez de l'article wiki à ce sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Poitevin_mulassier ?

Cordialement,

Amélie

Eric [invité] :
Le 25/01/2013 à 18h57

Pas terrible... J'ignore qui l'a écrit, ça part probablement d'un bon sentiment... A remanier de fond en comble ! Par exemple, pour la biblio ancienne, surtout Moll et Gayot : tant qu'à faire autant remonter aux vraies sources,Bujault (1865) et Ayrault (1867) ; Sausseau (1925), absolument incontournable, est passé à la trappe ; Plus près de nous, L. Bataille : idem... Elle produit du texte au kilomètre, ne prend guère le temps d'approfondir et cite rarement ses sources...
Pour Cheval Savoir, on pourrait reprendre l'article écrit pour Sabots en le réactualisant un peu...
Eric

Eric [invité] :
Le 25/01/2013 à 22h50

En fait, à la relecture (la première fois j'avais lu ça en diagonale), il me semble que ce texte a été rédigé par quelqu'un qui ne connait probablement pas grand chose du TPM et qui a "travaillé" quasi exclusivement à partir d'une compilation de documents en libre accès sur Internet... C'est le risque avec Wikipédia... Mais bon.
Au fait, j'ai découvert aujourd'hui ce magazine en ligne... Et je viens juste e m'apercevoir que la Rédac. chef est... Laetitia Bataille...
Elle ne va pas aimer ce que j'ai écrit précédemment ;O))

laetitia :
Le 26/01/2013 à 20h24

Réponse à Eric

Cher Monsieur,
Je me souviens bien de notre collaboration sur mon livre "La Mule Poitevine", paru aux Editions Castor et Pollux, dans lequel je vous citais avec reconnaissance ainsi que Benoît Biteau, Thierry Faivre, le Dr.vétérinaire François-Xavier Martin et Olivier Courthiade.
Un article de vous qui êtes un spécialiste des races de cette région serait le bienvenu dans Cheval Savoir.
Toutefois, je vous ferai remarquer que les espaces réservés aux commentaires des articles ne sont en principe pas censés être ouverts aux critiques de textes publiés sur d'autres sites internet, tels que Wikipédia. Notre modérateur sera peut-être amené à les supprimer par déontologie vis à vis de nos confrères.
Très cordialement
Laetitia Bataille

valren :
Le 26/01/2013 à 20h30

Le seul moyen de savoir, c'est de lui demander

Article publié le 06-01-2013

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