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Viande de cheval :
chronologie et révélations

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°39 Janvier 2013
4 Commentaire(s)
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Le scandale du Horsegate, révélé depuis la mi-janvier par une succession d’affaires ayant particulièrement choqué les britanniques, implique plusieurs fournisseurs de viande bovine et chevaline qui s’approvisionnent en Europe de l’Est pour fournir de la viande transformée en trompant leurs clients, la viande chevaline étant vendue comme du bœuf.
Tesco, Burger King, et maintenant Findus sont impliqués. Cette tromperie à l’échelle européenne n’est peut-être que la partie émergée d’un iceberg qui s’annonce gigantesque…

Les britanniques l’appellent le « Horsegate », en raison de leur tradition de rejet de l’hippophagie. Ils sont de loin les plus ébranlés par cette affaire, que David Cameron a sévèrement condamnée. D’analyses en révélations, une vaste tromperie organisée vient d’être mise au jour. Elle remonte vraisemblablement à environ un an, un an de fraudes organisées dont le consommateur est la victime…

Viande
© D.R.

Tout commence mi-janvier, quand l'Autorité de sécurité alimentaire irlandaise (FSAI) fait tester 27 hamburgers supposés 100% pur bœuf, et découvre que 10 d’entre eux contiennent des traces d’ADN de cheval, généralement en très faible quantité. Sauf dans l’un des échantillons, qui en contient 29% et provient de la chaîne de supermarchés Tesco (source AFP).

Un marchand français de viande en gros, qui lui-même passait par un trader de Chypre, via un trader hollandais, lui-même acheteur dans un atelier roumain !

Bien que l’ampleur du « Horsegate » commence à se révéler, aucune alerte n’est émise au niveau européen, notamment pour exiger la généralisation de tests indépendants. La piste remonte à Silvercrest, un transformateur irlandais de produits à base de bœuf. Tesco rompt son contrat, arguant que « le fournisseur n’a pas respecté son engagement de faire ses achats auprès des fournisseurs agréés dont il avait la liste ».

Là-dessus, différents vendeurs de produits alimentaires à base de steaks hachés et de viande de bœuf transformée effectuent à leur tour des analyses de leurs produits, en particulier s’ils comptent Silvercrest parmi leurs fournisseurs. Burger King remonte à eux, ce qui alimente un peu plus la polémique. Toutefois, Burger King n’a vraisemblablement pas vendu de hamburgers « au cheval » à ses clients, et a rompu son contrat dès la révélation du problème.

Des stocks de steaks hachés

Le 30 janvier, deux autres chaînes de magasins britanniques, Co-op et Asdan, avouent elles aussi posséder des stocks de steaks hachés surgelés au cheval, suite aux tests effectués indépendamment par la Food Standards Agency (FSA).

L'origine du scandale est à chercher en amont de Silvercrest, qui se fournit lui-même dans des abattoirs polonais où les carcasses de bœufs et de chevaux servent à fabriquer des additifs alimentaires protéinés destinés aux viandes hachées surgelées. Déjà, chacun rejette la faute sur l’autre…

Findus s’estime victime

L’affaire prend une nouvelle ampleur le 6 février dernier, avec des plats cuisinés supposément « pur bœuf »… ! Selon la BBC, sur 18 plats de lasagnes pur bœuf analysés, 11 contenaient 60 à 100% de cheval. Si le Guardian parle d’une « contamination des lasagnes par la viande chevaline », il ne s’agit pas d’une affaire de « sécurité sanitaire », la santé n’étant pas mise en péril. Ce délit de tromperie sur la marchandise n’en est pas moins condamnable.

Lasagnes Findus
© D.R.

Le « Horsegate » dévoile ses ramifications dans de nombreux pays et éclabousse la France. La « tradition hippophage » française a généralement mauvaise réputation auprès des britanniques, qui nous qualifient à loisir de frog eaters (mangeurs de grenouilles) ou de horse eaters

Au stade de la transformation de la viande

Findus, qui vend depuis août 2012 au moins ses lasagnes 100% cheval dans les rayons des magasins, s’estime lui-même « victime, comme le consommateur, d’une vaste tromperie » : samedi 9 février, son siège suédois a annoncé qu'il porterait plainte contre X dès lundi. D’après différents spécialistes de la viande, interrogés sur cette affaire, la tromperie se situerait au stade de la transformation de la viande, celle du cheval étant aisément distinguable de celle du bœuf par sa structure et sa consistance. Les coupables auraient vraisemblablement fait entrer de la viande de cheval pour la faire ressortir transformée et étiquetée en « bœuf », en toute connaissance de cause. Celà reste spécullatif, une enquête est en cours

Des chevaux venant de Roumanie

Remonter la chaîne de fabrication des lasagnes Findus a de quoi effrayer, un grand nombre d’intermédiaires étant impliqués. Findus rejette la faute sur Tavola, filiale de Comigel qui lui a vendu les lasagnes. Tavola est lui-même fourni par Spanghero, qui est passé par un trader de Chypre, via un trader hollandais, lui-même acheteur dans un atelier roumain ! Les roumains, interrogés par différents journalistes, affirment pour leur part que leurs clients savaient ce qu’ils achetaient… Spanghero a annoncé des poursuites contre le producteur roumain. Chacun rejette la faute sur l’autre !

Viande
© D.R.

Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, dit que cette tromperie « doit être sévèrement sanctionnée », et l'Agence française de répression des fraudes l’a elle aussi dénoncée. Les très nombreuses réactions laissent supposer un boycott des produits Findus. Si vous avez acheté des Lasagnes à la viande bovine de marque Findus, il est conseillé de les retourner au magasin dont elles proviennent.

Dimanche 10 février au matin, Benoît Hamon a partagé ses craintes que le scandale touche d'autres fabricants de plats cuisinés que Findus (notamment ceux fournis par Comigel).

De la viande de cheval non comestible ?

Quid de la traçabilité, dont l’Europe parle tant depuis le scandale de la vache folle ? Si en théorie chaque lot de viande doit se voir apposer différents codes permettant de remonter jusqu’à l’élevage dont provient l’animal, dans la pratique, la quasi-absence de contrôles indépendants permet aux industriels malhonnêtes d’étiqueter ce qu’ils veulent comme ils le veulent. Cette révélation laisse la porte grande ouverte à toutes les horreurs possibles : des chevaux interdits de consommation car traités avec des médicaments dangereux (la phénylbutazone, déjà impliquée dans un précédent scandale de vente de viande chevaline) ont bien failli finir dans les assiettes… De plus, la traçabilité de la viande destinée aux lasagnes et hachis parmentier (appelée "minerai" de viande) est beaucoup moins stricte que celle d'autres produits

. Nous avons dénoncé la mondialisation de l’hippophagie dans un précédent article. Sans parler d’une tromperie, il s’agit d’un flou volontairement entretenu en France pour cacher la véritable provenance de la viande de cheval vendue en magasin, et laisser le consommateur imaginer un élevage local et pastoral de chevaux de trait qui ne survivent que grâce aux consommateurs français de viande chevaline. Dans les faits, les chevaux de trait français sont mangés par les italiens et la viande de cheval vendue en France provient majoritairement du Canada, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Dans ces deux derniers cas, les conditions d’abattage sont réputées effroyables.

Les pays de l’Est, à peine entrés dans l’union européenne pour certains, n’offrent probablement pas une fin de vie digne aux chevaux (ni aux autres animaux « de boucherie », d’ailleurs…). Mais le très faible prix de la viande pousse les vendeurs de produits fast-food et surgelés à s’y approvisionner… En effet, une lo interdisant la circulation des véhicules hippomobiles a poussé de nombreux roumains à envoyer leurs chevaux à l'abattoir, entraînant un effondrement du prix de la viande depuis trois ans.

Que risquent les responsables ?

D'après Benoît Hamon, cette fraude aurait rapporté plus de 300.000 euros aux responsables, qui risquent la saisie de la moitié de leur bénéfice, une condamnation pour délit, deux ans de prison et une amende de 37.500 euros. Sanction qui paraît assez légère face à l'ampleur de la tromperie...

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4 commentaire(s) »

Brittia [invité] :
Le 10/02/2013 à 15h41

En paraphrasant avec cynisme la Une du Canard Enchaîné du 30 avril 1947 (qui évoquait la pénurie alimentaire de l'après-guerre) : S'ils n'ont pas de boeuf, qu'ils mangent de la bidoche ! Et ils auront l'étalon dans l'estomac, et voilà tout...

Pour ma part, TERMINE tout produit surgelé (exit les steak hachés, trop faciles à contrefaire) ou préparé (industriel, quoi) à base de viande rouge ! Je ne veux PAS manger de cheval à mon insu, l'hippophagie est contraire à mes convictions...

La question qui fâche : que font les syndicats et organisations professionnelles, étrangement muets sur cette crise ? Ofival ? VBF ? Interbev ? Syndicats agricoles ? Nos filières d'élevage suivent des normes drastiques de qualité, de traçabilité, de respect de l'environnement et de bien-être animal... Et les industriels vont acheter à bas prix ailleurs : cherchez l'erreur !

Pourquoi ne les entend-on pas ? Peut-être parce que Spanghero, l'importateur de viande frauduleuse roumaine, est une filiale à 100 % de la coopérative basque Lur Berri (marque Labeyrie) - donc PROPRIÉTÉ D'AGRICULTEURS FRANÇAIS (quatre groupements de producteurs chez Lur Berri : bovins, ovins, porcs et palmipèdes) ?

Le hic, c'est qu'in fine, ce seront tous les éleveurs français qui paieront les pots cassés du "horsegate" : qui voudra prendre le risque de se faire refiler du cheval en achetant un produit prétendument à base de boeuf ?

Cette affaire révoltante dépasse de loin le cercle des cavaliers et amoureux des chevaux qui se sentent (à juste titre) trahis. Ses implications sont d'une autre échelle : le boycott psychologique de la viande bovine est à l'horizon... Une défiance risque de s'installer durablement, et de provoquer un effondrement de la consommation des produits élaborés à base de boeuf, qui n'est pas sans évoquer la crise de la vache folle en 1996.

eveille :
Le 10/02/2013 à 16h48

la société Spanghero deja condamnée, plusieurs fois, il y a plusieurs années pour divers trafics...
Findus,Picard,Casino et les autres ne l'ignoraient pas et ont travaillé avec eux en connaissance de cause !

valren :
Le 10/02/2013 à 17h10

Bonjour à tous,

J'avais fait il y a un an et demi des recherches sur les différentes filières de la viande chevaline, il apparaît clairement que sa mondialisation est volontairement cachée au profil d'un "vernis" de pastoralisme et de sauvegarde des neuf races de trait dans le respect animal, ce qui n'est pas du tout le cas puisque ce sont des chevaux américains, canadiens et polonais que les français mangent (article cité en lien : cinq mensonges sur l'hippophagie"). La même logique semble mise en œuvre ici, le passage dans l'illégalité en plus.

Je ne connais pas spécialement Spanghero, mais il est vrai que le silence des différents organes de l'agriculture française est inquiétant.

gnourf :
Le 11/02/2013 à 09h23

C'est vrai qu'il y a de quoi s'émouvoir à trouver du cheval à notre insu dans nos assiettes, mais cette histoire est avant tout une grande fraude et tromperie sur la marchandise!

A la lecture de l'article, nous ne sommes pas du tout dans des proportions que l'on pourrait mettre sur le compte de la pollution d'une chaîne à l'autre au sein de l'atelier (sur le principe de "peut contenir des traces de ... car est fabriqué dans un atelier manipulant de ...) si on voulait se faire l'avocat du diable, mais réellement sur de la contrefaçon (donc manipulation, fraude etc.). Ce serait tout aussi scandaleux en terme de tromperie du consommateur si ces plats "pur boeuf" étaient à base de mouton! Et à partir du moment où l'on a perdu la traçabilité sur la matière première, viennent se greffer les problèmes sanitaires : les bêtes étaient-elles aptes à la consommation?

Je suis particulièrement choquée qu'une telle fraude ait pu se mettre en place et perdurer aussi longtemps. Au temps pour ma confiance naïve et aveugle dans les systèmes de traçabilité. J'espère que cette affaire contribuera à renforcer drastiquement les contrôles des produits transformés dans l'agroalimentaire.

De ce point de vue là, je suis même plus désabusée que Brittia : il n'y a pas de raison que seule la filière bovine soit touchée. A chacun ses marottes, j'ai toujours été dubitative sur les plats transformés où la viande (ou poisson) est hachée car c'est ainsi qu'on peut le plus facilement maquiller la non-qualité de la viande (de là à dire que ce n'est même pas le bon animal, il n'y a qu'un pas).

Article publié le 10-02-2013

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