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Que penser du fourrage enrubanné ?

Du fait de ses vertus énergétiques pour le cheval de sport, le foin “enrubanné” est souvent considéré comme un aliment de choix, adjuvant de la performance chez le cheval de sport.
Toutefois, certains soigneurs restent très réticents face à ce type de produit, dont l’odeur évoque celle de l’ensilage, classiquement donné aux bovins mais potentiellement générateur de coliques chez le cheval.
Que penser aujourd’hui de l’enrubanné ?
Les chevaux peuvent ils consommer, avec ou sans modération, ce fourrage moderne ?
Cheval Savoir fait le point.

Le principe de l’enrubannage consiste à placer le fourrage une fois récolté sous un film en plastique réalisant un conditionnement à l’abri de l’oxygène. Il y a alors des fermentations dites anaérobies qui ressemblent beaucoup à celles qui se déroulent dans le caecum. Lors de la récolte, il y a donc de l’oxygène dans le ballot (et c’est ce qui déroute certains utilisateurs potentiels) mais le fourrage coupé le consomme en respirant. C’est ce qui va créer l’anaérobiose dans le ballot et c’est la raison pour laquelle une fois conditionné, il ne faut pas percer le ballot : dans ce cas, de l’oxygène en rentrant dans le ballot pourrait orienter les fermentations dans le mauvais sens.

Le foin enrubanné
Le foin destiné à l’enrubanné doit être coupé à un stade optimal permettant un équilibre optimal entre le taux de cellulose et la matière sèche. © Coll. PFB

Le Centre d’Enseignement Technique de Rambouillet CEZ utilise des fourrages enrubannés depuis près de six ans. L’une des vocations de cet établissement public national du Ministère de l’Agriculture est de mener des expérimentations. Il y a quelques années, nous avons contribué à la validation d’apports recommandés par l’INRA pour l’alimentation des chevaux au travail. C’est donc naturellement qu’Hubert Thirouin est venu me demander de tester pour lui ces fourrages car il envisageait de développer cette production.
A titre personnel, j’étais souvent confronté à des fourrages de qualité médiocre, et j’en trouvais le coût sans rapport avec leurs qualités alimentaires. Ma première réaction n’avait donc pas été enthousiaste.
Dans le cadre des missions du Centre, j’ai testé sur les chevaux de formation, les fourrages produits. Les premiers essais ont été suffisamment probants pour que j’alerte W. Martin-Rosset qui a longtemps dirigé la recherche en nutrition équine à l’INRA, afin de confronter les résultats de terrain avec les données scientifiques.
Mais il est apparu que l’efficacité réelle de ces aliments était bien supérieure à ce que les analyses laissaient prévoir, et j’ai voulu identifier les causes de ces écarts.

«Le taux de cellulose doit toujours être inférieur à celui d’un foin»

La qualité de l’enrubannage dépend de deux facteurs principaux : le taux de cellulose et la teneur en matière sèche. La difficulté vient du fait que ces deux paramètres ne sont pas faciles à concilier.
En effet, quand le fourrage vieillit, le taux de cellulose augmente ainsi que la teneur en matière sèche mais la qualité nutritive du fourrage baisse. C’est un phénomène bien connu qui conduit à essayer de faire pâturer une prairie lorsqu’elle ressemble à un gazon et non quand l’herbe a monté et est davantage constituée de tiges que de feuilles.
En pratique, quel problème cela pose t-il, serait-on tenté de dire ? Pourquoi ne pas enrubanner de l’herbe au stade gazon ? La réponse est simple : parce que dans ce cas, elle est trop humide et les fermentations liées à l’enrubannage ne conduiraient pas à un produit de bonne qualité. Il faut donc trouver le bon compromis entre une récolte précoce conduisant à une bonne valeur nutritive et un degré de matière sèche suffisant pour que la conservation du produit soit optimale. Le degré de matière sèche intervient non seulement sur la conservation du produit lorsque la balle est fermée, mais aussi après son ouverture. Les essais menés avec PFB, la société développée par Hubert et David Thirouin montrent qu’il est raisonnable de viser un taux de matière sèche de 70 %. Mais attention, un tel taux peut facilement être obtenu avec un fourrage trop vieux. Il faut donc porter son attention sur le taux de cellulose qui doit toujours être inférieur à celui d’un foin.

Le foin enrubanné
L’enrubanné : un aliment moderne, technique, stockable sous un faible volume © Coll. PFB

L’enrubanné n’est pas un fourrage de lest

L’analyse de fourrage est donc indispensable, car l’enrubanné n’est pas un fourrage de lest mais un véritable aliment. Mais attention, les valeurs calculées et en particulier les valeurs en MADC qui représentent la quantité d’azote apportée ne traduisent que partiellement la qualité de l’aliment.
En effet, les équations de prévision des fourrages mise au point par l’INRA portent sur les ensilages et sur les foins. L’enrubannage est une technique intermédiaire ne disposant pas d’équations spécifiques.
Mais l’analyse sert à nous renseigner à la fois sur le taux de matière sèche qui doit être voisin de 70 % à 75 % et sur le taux de cellulose qui doit se situer au alentour de 22 % ou 23 %. Par ailleurs avec des enrubannés trop humides, il semblerait qu’une partie de l’azote soit disponible sous une forme non protéique c'est-à-dire de moindre valeur alimentaire pour le cheval.

Quels peuvent être les inconvénients ?

Un très petit pourcentage de chevaux peuvent toutefois développer des diarrhées qui sont liées au fait que la microflore du caecum ne s’adapte pas à ce fourrage. La plupart du temps, elles disparaissent rapidement mais si elles persistent, il ne faut pas insister et repasser au foin sec.
Ceci dit, certains utilisateurs ont été confrontés à de mauvaises expériences tout simplement parce qu’ils ont utilisé des enrubannés qui n’avait pas été produits spécifiquement pour les chevaux.
Par ailleurs, la plupart des aliments du commerce sont des complémentaires de paille ou de foin. Ils sont souvent trop riches en azote et se marient mal avec les enrubannés. Il faut retenir des complémentaires de forte valeur énergétique et combinant une très bonne qualité en acides aminés indispensables avec un taux d’azote modéré.
On peut donc considérer que ces fourrages présentent un indéniable intérêt…à ceci près que tous les enrubannés ne se valent pas. C’est un aliment technique, très précieux car il permet de remettre le cheval en position d’herbivore. En outre, il est indispensable pour les chevaux souffrant de maladies respiratoires.

Le point de vue de W. Martin-Rosset
Par W. Martin Rosset

D’après des études expérimentales réalisées depuis les années 80 à l’INRA* et en Scandinavie***, il apparaît que les fourrages ensilés après un pré-fanage (de quelques heures) ou en balles enrubannées de graminées ou de prairies naturelles, peuvent être utilisés pour alimenter les chevaux d’élevage (juments ou jeunes chevaux après le sevrage) ou au travail (chevaux de loisirs et de sport, trotteurs à l’entraînement).
Mais les conditions de récolte, de conservation et de distribution sont parfaitement établies et doivent être impérativement respectées. Les ensilages et les balles enrubannées doivent notamment être récoltés respectivement à 35% et à 50% de teneur en matière sèche. Avant la distribution, la qualité de conservation peut être contrôlée par une analyse de laboratoire, en utilisant les critères physico-chimiques établis par l’INRA. Il faut effecteur une transition alimentaire de deux à trois semaines selon qu’il s’agit de très jeunes poulains ou d’adultes. Les performances zootechniques sont élevées et les chevaux au travail effectuent le programme demandé car la valeur énergétique est supérieure à celle du foin correspondant. Mais une complémentation est nécessaire pour équilibrer la ration totale en protéines (ensilages surtout) en minéraux et en oligoéléments, comme pour tous les fourrages.

William Martin-Rosset
© Inra


*William Martin-Rosset est ingénieur de recherche à l’Unité de recherche sur les Herbivores à l’INRA de Clermont– Ferrand, animateur de la Commission des recherches équines et spécialiste de la nutrition équine à l'INRA. Il a récemment reçu la plus haute distinction attribuée en Sciences Animales au niveau Européen : le "Leroy Award Fellowship". Ce prix lui a été décerné par la Fédération européenne de zootechnie (FEZ) pour l’ensemble des travaux qu’il a conduits sur la conception et le développement des premiers systèmes nutritionnels européens chez le cheval et leur diffusion internationale lors du congrès annuel de l'European Federation of Animal Science (EAAP) qui s’est tenu à Barcelone en août 2009.

**Institut National de le Recherche Agronomique
***Journée recherche Chevaline 2007, Haras Nationaux éditeurs).

L'avis du producteur

Interview d’Hubert Thirouin

Cheval Savoir : Hubert Thirouin, vous êtes producteur de foins enrubannés. Pourquoi vous êtes vous lancé dans cette production ?

Hubert Thirouin : A la base je suis agriculteur, j’ai démarré avec un troupeau de vaches laitières, mais assez vite la passion de l’équitation m’a touché et, parallèlement à un élevage de chevaux, j’ai développé une carrière de cavalier international, et une activité d’étalonnage. Depuis dix ans les conditions de rentabilité de ces deux dernières branches ont beaucoup changé et il m’a semblé difficile de les maintenir dans le contexte d’activités agricoles qui est le nôtre. J’ai donc cherché donc une voie de diversification. Il se trouve que mes deux garçons David et Max ont tous deux été en stage dans différents pays d’Europe du nord, où l’enrubannage était une pratique courante et très appréciée. J’étais moi-même confronté à la difficulté de produire régulièrement du foin de bonne qualité. L’enrubannage m’a semblé une solution intéressante à ce problème.

C.S : Comment récolte t-on ces fourrages ?

H.T. : L’enrubannage représente un surcoût non négligeable. Il est donc important de n’enrubanner que des fourrages d’excellente qualité. Nous cultivons en Beauce sur des terres à blé des mélanges de graminées qui sont exclusivement dédiées à cette production. Afin d’être indemne de parasitisme, ces parcelles ne sont jamais pâturées. La chaîne de récolte s’apparente à celle du foin,à ceci près que le fourrage est récolté à un stade plus précoce et que le conditionnement doit être rapide, afin de garantir la régularité du produit. Cela suppose un matériel important et un suivi précis du degré de matière sèche du fourrage.

C.S : Combien de coupes peut-on réaliser ?

H.T. : Cela dépend des conditions climatiques, mais en général on fait au moins deux coupes, et parfois trois les années favorables.

C.S : Quelles sont les différences entre ces coupes ?

H.T. : En général, la première coupe se traduit par des tiges plus importantes, alors que les deux suivantes présentent un aspect plus fin. En termes de consommation par les chevaux, les trois coupes se valent même si elles présentent un aspect un peu différent.

Propos recueillis par Luc Tavernier

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