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Les équidés fantastiques

Par Amélie Tsaag Valren.


N°41 Mars 2013
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Chacun connaît, plus ou moins, la licorne et le Pégase en « chevaux légendaires » aux fabuleux pouvoirs. Plus proches de nous, rien qu’en France, des dizaines de chevaux et d'ânes fabuleux se racontaient le soir, à la veillée. Amélie Tsaag Valren a entrepris de retrouver leurs traces, les équidés féeriques se découvrent ainsi parmi plus de… 650 créatures de légendes, dans un ouvrage écrit à quatre mains avec l’ethnobotaniste (et spécialiste des fées) Richard Ely. En voici quelques extraits.

« Pour rendre hommage aux chasseurs d’étrange, elficologues et collecteurs de légendes qui nous ont précédés, nous avons pris le pari fou – le pari enfadé, puisque dit-on les fées rendent les hommes fadas - de retrouver les noms de ces créatures. Le naturaliste Carl von Linné dit que « si tu ignores le nom des choses, leur connaissance disparaît ». Un monde où l'on ignorerait le nom des passereaux du jardin, des abeilles de chardon en chardon, du chant du coq, des cerfs dans les bois, des équidés galopants, et des glycines glissées entre les volets ouverts… serait aussi fichu qu’un monde sans rêve. »

– Extrait du liminaire du Bestiaire fantastique
Le « drac »
Le « drac », personnage des légendes du sud, a en commun avec l’âne-lutin les tours qu'il joue aux humains. Dessin de Morburre, licence CC générique.

L’Âne-lutin

Un habitant de Thièvres (dans la Somme) revient d’une fête un soir d’été à la pleine lune. Chantant à tue-tête, il se croît surplombé par la grande ombre d’un homme, quand elle se change en âne ! Drissard, il presse le pas et l’âne le suit tout trottinant, tout galopant... À l’entrée du village, la créature disparaît. Notre homme s’en croit débarrassé quand, arrivé près de la porte de sa maison, l’âne se rue sur lui, le frappe à coups de sabots et s’enfuit en poussant de puissants hi-han ! Hi-han ! Le son de ses sabots s’entend encore à une demi-lieue de là.

Le cheval Bayard

Les pas gigantesques du cheval-fée Bayard éclipsent parfois ses quatre cavaliers, les fils Aymon. Rien d’étonnant, il descend d’un dragon, le feu intérieur dont il a hérité colore son pelage brun-rouge. Bayard est de loin le plus grand des chevaux légendaires en Europe de l’Ouest, il arpente la Belgique autant que la France, il a jadis parcouru l’Allemagne et l’Italie…

Seul le solstice d’été tire le cheval Bayard de sa léthargie séculaire, son puissant hennissement retentit de la Sambre à la Famenne, il suffit de tendre l’oreille quand vient chaque 21 juin…

Né dans les entrailles fumantes d’une île sicilienne, son père est un dragon, sa mère une serpente. Enchaîné par des démons, il reconnaît son libérateur, le jeune enchanteur Maugis, comme son maître. Ce cheval-fée revient en présent à Renaud de Montauban et ses trois frères, les fils Aymon. Bayard semble invincible en ce temps-là, « animal du printemps et des forces vives », capable de bondir sur trente kilomètres, de créer monts, ravins et vaux à la force de ses sabots, d’allonger son dos pour porter les trois frères de Renaud et de ranimer quiconque boit son sang en forêt, il attise la colère de Charlemagne, le roi chrétien... Il faut dire que Bayard est un sacré païen, populaire et subversif ! Les fêtes de village « gigantifient » cet ancien dragon ! Ses pas marquent le sol français dans les Ardennes et ailleurs : Hirson en Thiérache, Evaux-les-Bains dans le comté de la Marche, la roche Mombron en Gironde… parfois, boire l’eau accumulée dans un pas-Bayard permet de miraculeuses guérisons.

Bayard
Bayard, vu par les sculpteurs Aloïs de Beule (personnages) et Domien Ingels (cheval). Bronze réalisé pour l’exposition Universelle de Gand (Belgique) de 1913. Photo de JoJan, licence C.C-by-S.A 3.0

Bayard frôle la mort quand Renaud de Montauban, à qui il a tant donné, le livre à Charlemagne pour sceller la paix. L’empereur ordonne de jeter l’animal-fée dans le Rhin ou la Meuse, l’encolure lestée d’une lourde meule. Mais Bayard parvient à briser l’objet d’un seul coup de sabot. Survivant et vaincu, il s’enfuit vers sa bien-aimée forêt d’Ardenne pour ne plus jamais la quitter. Seul le solstice d’été le tire de sa léthargie séculaire, son puissant hennissement retentit de la Sambre à la Famenne, de Charleville à Liège et Dinant. Il suffit de tendre l’oreille quand vient chaque 21 juin…

Le poulain Fersé

Le Fersé est un lutin qui prend l’apparence d’un poulain. Si vous parvenez à lui voler sa bride, il reviendra chaque jour vous ennuyer pour la récupérer. D’un naturel très farceur, il a disparu de sa région à la suite au mauvais tour qu’un homme lui joua. Celui-ci, après avoir dérobé la précieuse bride, la chauffa à blanc avant de la rendre à ce lutin, qui se brûla et s’enfuit au loin.

Le Sylphe cavalier

Sylphes et sylphides viennent du génie latin (« sylphus »), esprits de l’air minces et diaphanes, sculpteurs de nuages, leur beauté est réputée, tout comme l’amour qu’ils portent aux humains et leur faculté à inspirer artistes et rêveurs.

Au Moyen Âge, du moins avant que Charlemagne ne leur interdise tout séjour céleste dans l'un de ses capitulaires, ils sont connus pour se promener en rang de bataille ou dans de fabuleux navires. Mais… après une malheureuse rencontre contée à Lyon, ils en viennent à se cacher. Les érudits assurent que certains d’entre eux sont devenus… des fées. Ils s’épanouissent dans la prose érudite du XVIIIe, mais ne gagnent les légendes des campagnes françaises qu’avec difficulté. La plupart s’installent dans le Jura. Un sylphe-roi caracole près des lacs de Bonlieu et de Narlay. Son cheval blanc ailé est superbement harnaché, il laisse parfois cette monture flotter en l’air, attachée à la roche, pendant qu’il se repose dans la forêt de La-Chaux-du-Dombief. Les habitants cherchent le livre du « Merlin jurassien » qui permet de l’invoquer. Ce sylphe prend sur sa monture, en croupe, tout cœur aimant séparé par la distance… à condition d’être certain de la pureté de pareilles amours.

Allégorie de Pégase
Allégorie de Pégase. Aquarelle de Karl Friedrich Schinkel, 1837.

La fée cavalière de Noël

La Guillaneu est une fée cavalière de Noël, qui a pris corps sous le regard des quêteurs, quand s’échangent les cadeaux de l’Avent au nouvel an. Dans sa monture sans queue ni tête… et néanmoins « ferrée à neuf », certains ont vu la déformation d’une table ! Elle visite tout l’Ouest et le Centre de la France du XVIIe au XIXe siècle.

Les juments blanches

Les juments blanches sont les avatars décolorés du puissant Bayard, des chevaux-fée égarés et vengeurs envers les hommes qui les ont depuis chassés au profit de chevaux-vapeurs. Il serait plus exact de les appeler des juments-lutines, en effet elles sont malines, et prennent plaisir à balancer leurs cavaliers à l’eau après les avoir tentés par une fantastique chevauchée. Près de la Marionnas (Bretagne), trois jeunes femmes ont fini dans le marais, pour avoir fait confiance à une jument blanche !

Morvac’h, le cheval de la mer

Ce « cheval de la mer » est la monture de Malgven, reine du Nord. Elle en fait don au roi Gradlon, légendaire souverain breton. Alors que la ville d’Ys, sur laquelle il règne, sombre dans les flots, ce noir destrier capable de galoper sur l’eau permet au roi d’échapper à la mort. Dahud, sa fille maudite responsable du désastre, s’accroche à la croupe de Morvac’h pour s’enfuir. L’étalon expire des flammes par les naseaux à chaque foulée, et Saint Guénolé, qui galope à ses côtés, force Dahud à le lâcher.

La fuite de Gradlon
La fuite de Gradlon. Peinture d’Evariste Vidal Luminais (1821 -1896)

Plus tard, le roi Marc’h de Poulmarc’h, qui règne près de Douarnenez, récupère Morvac’h et le monte pour la chasse. Avisant une biche, il l’accule au bord d’une falaise et décoche une flèche qui, par magie, fait demi-tour et tue l'étalon. La biche disparaît et laisse place à Dahud elle-même. Avant de retourner à la mer, elle fait pousser les oreilles du cheval noir sur la tête du roi Marc’h.

Plus d’informations sur : http://peuple-feerique.com/2011/11/05/fees-creatures-de-france-le-livre/
Tous les textes sont © Richard Ely et Amélie Tsaag Valren.

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Article publié le 05-03-2013

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