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Salon International de l’Agriculture : impressions et questionnements...

Par Amélie Tsaag Valren.


N°41 Mars 2013
3 Commentaire(s)
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Le 50° salon de l’agriculture a fermé ses portes le 3 mars. Veaux, vaches et cochons, chevaux, chiens et couvées, tout quasiment est déjà dit : 695 000 visiteurs, c’est davantage que l’an dernier mais moins qu’espéré pour cette édition anniversaire.
Je me suis fondue dans la foule du pavillon 6 (celui des équidés, évidemment). Une oreille glissée ici ou là permet de surprendre exclamations enfantines et mots d’éleveurs plutôt inquiets pour leur avenir.
Un Trait du nord
Victoire de Beaucamp, une jument Trait du Nord à la robe fortement pangarée, présentant de larges zones claires. Photo de Lionel Allorge, licence Art Libre

Les enfants sont les plus insistants, les parents en profitent pour accrocher un bout de crinière, tapoter une encolure et répondre aux questions des curieux, presque toujours les mêmes. Du côté des équidés asiniens, les enfants sont impressionnés par l’imposante mule poitevine de près d’1,70 m au garrot. Les caresses s’accompagnent de surprises et de cette curiosité mêlée de spontanéité, toute enfantine.

Dans un pays en crise, la conservation des races menacées n’est pas une priorité

Aux côtés de cet émerveillement toujours suscité par le salon, les professionnels affichent le sourire mais n’en sont pas moins remplis de doutes, du changement de taux de TVA de la filière aux réductions des subventions, en passant par la baisse généralisées des nouvelles naissances (tant chez les races de selle que chez les races de trait), l’avenir ne s’annonce pas rose. Le soutien affiché par les nombreux visiteurs leur donnera t-t-il la force d’affronter les défis qui les attendent ?

Que ressentent les chevaux ?

Joies enfantines, doutes des éleveurs... mais que peuvent bien ressentir les chevaux ? La majorité d’entre eux regarde placidement les enfants s’ébattre sans bouger, tendant à peine une oreille. Upac, la Percheronne vedette, est plus nerveuse – elle n’a que peu d’intimité. D’autres restent tête au mur, oreilles en arrière, en quête de calme. Les sachant assez sensibles pour sentir une mouche se poser sur leur pelage et entendre une souris trotter dans la paille, le salon n’est pas le meilleur moment à passer pour eux. Les éleveurs diront qu’il s’agit là d’un moindre mal nécessaire. Il faut garder le lien entre citadins et monde paysan, en espérant que, parmi les enfants tombés amoureux des équidés, certains embrasseront une carrière d’éleveur et permettront à nos races françaises de perdurer.

Trait Poitevin
Une petit main sur la grande encolure d’un Trait Poitevin. Photo par Eponimm, licence C.C.

Une constatation positive s’impose d’emblée : d’année en année, les « lourds » de 1200 kilos élevés pour le couteau se font de moins en moins nombreux. Certes, quelques Bretons et Comtois avoisinent la tonne et affichent une croupe plus que généreuse, mais les véritables « trait », les tractionneurs pleins d’allant pesant 700 à 900 kg, sont de loin les plus nombreux. Ce sont eux que l’on voit participer aux épreuves de traction et de maniabilité, parfois sous les ordres de cantonniers en gilet jaune. Pour autant, le salon affiche-t-il une volonté particulière de promouvoir le cheval de traction en ville ? Quelques doutes subsistent face à la présence, bien affichée, de promoteurs de la viande équine. Conséquence de la fraude européenne actuelle, on en parle, la consommation a même augmenté de 15%. Certaines associations d’éleveurs, de Comtois notamment, promeuvent le "poulain laiton AOC". Une initiative qui n'est pas vraiment du goût de tout le monde…

Le devenir des races de trait

Les races à faibles effectifs sont particulièrement à l’honneur : le Poitevin mulassier, toujours le plus menacé d'entre eux, a remporté dimanche l'épreuve de traction du Trophée Trait d'Avenir grâce à Tosten de Liscoët, mené par Jean-Jacques Seite.

Auxois
La douceur des chevaux de trait. Ici, un Auxois. Photo d'Eponimm, licence C.C

C’est l’occasion aussi de voir un Castillonnais, Ve T’aqui d’Autet (« Voici », en patois local), représentant d’une race qui ne compte que 450 sujets, dont 14 étalons. Son propriétaire raconte que dans cette région des Pyrénées, tout marche par deux : deux langues (Occitan et Gascon – une théorie des années 1970 revue depuis), deux races de chèvres, et bien sûr deux races équines, le Mérens et le Castillonnais, souvent dans l’ombre du précédent. On évoque la transhumance, les dangers de la montagne, le pied-à-terre dans les descentes... Philippe Bart, heureux propriétaire d’un étalon champion suprême de race, m’a laissée entrer dans le box pour voir d’un peu plus près (et palper) Ve T’aqui d’Autet, rustique montagnard d’1,50 m pour cinq quintaux, avec un sacré tour de canon.

Au fil des discussions avec les éleveurs, il apparaît nettement que la plupart s’inquiètent aussi pour l’avenir de ces animaux aux très faibles effectifs : dans un pays en crise, la conservation des races menacées n’est pas une priorité. Sur le stand du Cob normand, on est très heureux de mettre en valeur la passion qui anime éleveurs et spécialiste, mais « cette passion seule ne suffit pas à sauvegarder notre patrimoine ».

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3 commentaire(s) »

vsaintv :
Le 09/03/2013 à 10h11

Un vrai plaisir des yeux, ce Castillonnais, en effet! Qui vient de gagner un nouveau cousin, puisque le cheval Auvergne vient lui aussi d'être reconnu officiellement :-)
A l'entrée du même hall se trouvait le village des ânes et des mulets, qui n'ont pas failli à leur réputation : même après avoir été caressés des milliers de fois, la plupart sortaient encore gentiment la tête en fin de journée, pour le plus grand bonheur des enfants...
Mais curieusement, pas un seul homme politique n'est venu se faire photographier dans le village des ânes...

Dominique [invité] :
Le 10/03/2013 à 17h09

c'est normal, ils craignaient la concurrence, lol

atrait :
Le 14/03/2013 à 13h54

Le pessimisme gagne du terrain chez les éleveurs et cela se comprends, peu de nouvelles réjouissantes pour nos races de trait...!
Essayons de ne pas baisser les bras pour autant, nos traits ont une place à gagner dans notre société, j'en suis sûre!

Article publié le 05-03-2013

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