Le Roll Kur
Que faut-il vraiment en penser ?
N°5 - Novembre 2009 | Vues : 1309
3 Commentaire(s)
Le Colonel Carde, ancien Ecuyer en Chef du Cadre Noir, juge international de dressage et fondateur de l'association Allège Idéal, répond aux questions de Cheval Savoir, dont il est également Conseiller technique.
Cheval Savoir : Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi consiste exactement le procédé dit « Rollkur » ?
Cl. Carde : C’est l’hyper flexion de l’encolure, celle-ci étant enroulée en force, le menton du cheval touchant son poitrail ou presque. Ce procédé a été mis à la mode par Sjef Janssen, l’entraîneur d’Anky van Grunsven, triple championne olympique. Il l’a baptisé « Deep and low » et en a fait la base de sa méthode de travail des chevaux. Le Roll Kur défraye la chronique depuis près de cinq ans. Il compte de très nombreux adeptes qui l’emploient en pensant que s’il réussit à des champions c’est qu’il est utile et efficace. Mais il compte aussi de très nombreux opposants, souvent très déterminés, qui le condamnent en estimant, entre autres, qu’il est douloureux pour les chevaux et qu’il leur procure de sérieuses lésions du ligament nuchal et au niveau des premières vertèbres cervicales. Le docteur vétérinaire Heuschmann (Allemagne) est l’opposant le plus farouche à ce procédé. Etre pour ou contre l’hyper flexion de l’encolure, et savoir s’il faut l’utiliser à l’entraînement ainsi qu’à la détente des compétitions internationales est le débat qui agite le monde du Dressage actuellement.
Ce qui complique le problème c’est que ce n’est pas l’enroulement de l’encolure qui est en cause, car l’enroulement est en effet naturel pour le cheval qui prend de temps en temps cette posture en liberté, mais c’est de savoir quand l’obtenir et comment l’obtenir.
Des petits malins ont tenté de justifier l’enroulement en le faisant coïncider avec le ramener outré de Baucher. Ce qui ne résiste pas une seconde à l’analyse puisque le bauchérisme ne conçoit le ramener outré que dans le rassembler, et pour le parfaire, et jamais en l’obtenant en force. « Au cours d’un enroulement de l’encolure sain, les mains du cavalier suivent l’enroulement et ne le provoquent pas » a écrit Jean Yves Le Guillou, ce qui me va tout à fait mais n’a rien à voir avec la façon dont s’y prennent les adeptes de l’hyper flexion. Il faudrait donc un long apprentissage du cavalier pour que ce procédé puisse être employé avec bonheur. Or notre époque ne le permettra pas par manque de maîtres qui le maîtriseraient et parce que le monde de la compétition est pressé.
C.S : Que pensez-vous de ces flots de bave que le cheval ne peut avaler et qui coulent sur ses épaules ? Certains pensent qu’il s’agit là d’une « bouche fraîche » témoin de légèreté !
Cl.Carde : Cela n’a rien à voir avec la légèreté qui s’accompagne, il est vrai, d’une « bouche fraîche », c'est-à-dire qui salive légèrement.
C’est parce que la fonction de déglutition salivaire serait empêchée par des muserolles excessivement serrées que les chevaux produiraient cette abondante salivation. Mais des vétérinaires ou des dentistes vous en diraient davantage sur le sujet. D’expérience je n’ai jamais vu cette salivation anormale sur des chevaux travaillés sans muserolle ou avec des muserolles peu serrées.
J’en profite pour signaler au passage que le serrement exagéré de la muserolle s’est généralisé depuis quelques années, ce qui interdit toute équitation apparentée à notre tradition équestre, laquelle fait procéder la mise en main de la décontraction de la mâchoire…rendue impossible si le cheval ne peut pas desserrer les dents. Dans ces conditions je ne vois pas, non plus, comment il serait possible de présenter un cheval dans l’esprit du 401 (voir plus loin), c'est-à-dire dans une « soumission au mors, sans tension ni résistance aucune, dans une décontraction totale » et « acceptant le mors dans un contact léger et moelleux ».Il y a sur ce point un décalage important entre ce qui est prescrit et ce qui se pratique.
Ceci s’explique sans doute par le fait que de nombreux acteurs de la compétition, cavaliers ou entraîneurs, ne connaissent pas l’article 401, ce que j’ai pu maintes fois constater.
C.S : Pouvez-vous nous rappeler les textes fondateurs de la FEI qui justifient l’intervention de celle-ci en matière de dressage ?
Cl.Carde : C’est pour mettre fin à des « désordres » (que je ne saurais préciser) que la FEI a mis au point une réglementation en 1929. Les articles de base sont le 419 qui indique que la compétition a été mise sur pied pour « préserver l’Art équestre des altérations qu’il pourrait subir, et le transmettre intact aux générations à venir », et le 401- buts et principes du Dressage- qui précise l’esprit et les contours de l’équitation que l’on souhaite voir pratiquer à l’entraînement comme sur les terrains de concours.
C.S : La politique du « carton jaune » sera-t-elle réellement efficace ? Où commence réellement la maltraitance ? Et comment évaluer son degré ?
Cl.Carde : Voilà en effet une question difficile. Le cheval est un animal qui manifeste peu, voire pas du tout lorsqu’il souffre. C’est surtout à son œil et à la perte de calme que s’exprime la contrariété ou la douleur. C’est à la brutalité des actions du cavalier, à l’escalade dans l’intensité de l’emploi des aides, d’une part, à une sudation importante, à l’absence de temps de repos au cours du travail, et à plusieurs autres signes du même genre, d’autre part, que l’on mesure la maltraitance.
Il est douteux que puisse être efficace la possibilité pour le commissaire à la détente de sanctionner par un carton jaune les cavaliers indélicats et ceci pour plusieurs raisons :
- de même qu’il est difficile d’apprécier si le cheval est vraiment « heureux », de même il est aussi aléatoire de préciser de façon objective les signes qui montrent qu’il ne l’est pas.
- Je vois mal un commissaire aussi expérimenté soit-il signifier à des entraîneurs ou à des cavaliers couverts de médailles olympiques que leurs chevaux sont maltraités à l’instant T et débattre ensuite de cette sanction avec le juge d’appel.
C.S : Si cette appréciation est réalisable en théorie, comment peut-on être sûr qu’elle sera applicable en pratique ?
Cl.Carde : Elle ne le sera sans doute pas et cela pourra contribuer à faire peser sur la compétition un état d’esprit malsain voire à développer la délation, ce dont le Dressage se passerait bien, car cela ternirait une image qu’il cherche, au contraire, à revaloriser.
C.S : Ne serait-il pas plus simple d’interdire purement et simplement le Roll kur, puisqu’il semble avéré que celui-ci soit réellement un procédé cruel ?
Cl.Carde : Pour interdire le Roll Kur il faudrait qu’il soit démontré qu’il est barbare dans tous les cas de figure, même employé par de grands champions. Ce qui est impossible. Cela porterait rétroactivement l’opprobre sur Anky van Grüsven et Janssen, alors que les juges se sont accordés pendant des années sur la qualité du travail réalisé sur leurs chevaux, et cela créerait un scandale.
Lors d’une réunion tenue à Copenhague le 15 Novembre dernier la FEI a étudié le problème que pose l’hyper flexion de l’encolure mais ne l’a ni interdite ni même déconseillée se contentant de préciser qu’elle désavouait tout procédé contraire au bien être des chevaux.
La fédération des USA est allée plus loin en déclarant dans un récent communiqué qu’elle n’approuvait pas l’hyper flexion lorsqu’elle était poussée à l’extrême.
Le 1er Décembre l’association internationale de juges de Dressage refuse l’emploi de l’hyper flexion comme méthode d’entraînement et n’accepte son utilisation que ponctuellement et dans la modération.
Seule la fédération allemande avait condamné l’hyper flexion il y a déjà quelques années estimant qu’elle était contraire aux principes de Dressage en vigueur dans son pays.
Je ne pense pas que l’on ira plus loin dans l’approbation ou la désapprobation sauf à ce qu’il soit démontré scientifiquement que ce procédé est dommageable à la santé et au bien être des chevaux comme je l’ai dit plus haut.
L’hyper flexion de l’encolure, très contestée, dangereuse et qui ne peut pas être mise entre toutes les mains, devrait être déconseillée dans la pratique du Dressage par la FEI et les fédérations nationales et interdite sur les terrains de compétition, les chevaux devant être détendus et présentés la nuque en place*, c'est-à-dire « le point le plus haut de l’encolure » comme stipulé à l’article 401.
Colonel Christian Carde
* ce qui n’exclut pas l’emploi de l’extension –abaissement de l’encolure dans laquelle, bien entendu, la nuque s’abaisse quand l’encolure s’allonge.

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boldwolf :
Le 29/01/2010 à 16h21
Très bonne question Tessun ! Moi aussi je souhaiterais savoir si il existe une différence entre "cheval encapuchonne" et Roll kur ?
laetitia :
Le 14/01/2010 à 15h45
Bonjour Tessun et bonne année !
Nous avons récemment changé d'hébergeur afin de faire bénéficier nos lecteurs de technologies plus avancées et plus rapides. Il est possible que votre commentaire posté à cette époque n'ait pas pu être pris en compte. N'hésitez pas à nous le renvoyer.
Amicalement
Laetitia
tessun :
Le 11/01/2010 à 20h32
Le lecteur "vivant, participatif et sympathique" ne voit par son commentaire en réponse à laetitia?
Merci de m'indiquer si vous l'avez reçu ou si je dois le réécrire...
laetitia :
Le 29/12/2009 à 23h36
Cher Tessun,
vous êtes un lecteur très vivant et participatif, c'est sympathique ! Toutefois, si vous avez lu avec attention l'article du Colonel Carde, vous aurez compris que le rollkur (c'est un terme allemand et non anglo-saxon) est une méthode de dressage, alors que l'encapuchonnement est simplement le témoignage plus ou moins accentué (et parfois fugitif) d'une attitude trop ramenée du chanfrein. Cette attitude trop ramenée pouvant en elle-même procéder ou non d'une volonté du cavalier. Vaste sujet ! Mais pour répondre plus précisément à votre question, rollkur et encapuchonnement sont deux choses différentes ; la photo qui illustre l'article ne montre pas un cheval encapuchonné, mais bien un cheval travaillé avec le principe du rollkur.
Bien à vous.
Laetitia Bataille
Rédactrice en Chef
tessun :
Le 26/12/2009 à 10h30
Pourquoi parler de "Roll Kurr" au lieu de "cheval encapuchonné". Le charme imagé de la langue française soit il céder devant l'anglo saxon? Ou, plus sèrieusement, faites vous une différence entre les deux termes?