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Pourquoi fallait-il euthanasier Zeta de Hus ?

Par le Dr. Jacques Laurent.


N°41 Mars 2013
13 Commentaire(s)
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La jument Zeta de Hus, montée par Michel Robert, a été victime il y a quelques jours d'un accident mortel lors du CSI trois étoiles Vejer de la Frontera, en Espagne.

Cheval Savoir a interrogé le Vétérinaire Patrick V. sur les raisons de l’euthanasie immédiate qui a été pratiquée sur Zeta du Hus en Espagne, décision au sujet de laquelle certains se posent des questions...
Docteur Jacques Laurent : Docteur Patrick V. que pensez-vous du pronostic d’un tel accident ?

Dr. Vétérinaire Patrick V. La jument Zeta de Hus présentait une triple fracture entre la rotule et le jarret – c’est à dire au niveau du tibia. Qu’il y ait eu ou non une participation intra-articulaire ne change pas grand’chose au problème. Traiter de telles fractures, surtout au niveau des postérieurs, constitue quasiment une gageure. Non pas au point de vue de l’acte chirurgical lui-même (qui consiste à réduire les fractures sous anesthésie générale et à pratiquer une ostéosynthèse avec différents types de matériels possibles tels que plaques, clous, clous/plaques...) mais au niveau des soins post-opératoires. En effet, ceux-ci impliquent pratiquement une année de convalescence, avec des résultats évidemment mauvais sur le plan de la fonctionnalité.

Zeta de Hus
Sous la selle de Kevin Staut, son précédent cavalier, Zeta de Hus jument avait déjà fait preuve de ses grandes qualités. Ici, en 2010 à Chantilly. © Photo Y. Perrin Wikicommons

Dr.J. L. Qu’impliquait cette prise en charge post-opératoire ?

Dr. Vét. P.V. Après l’opération de telles fractures, le cheval a un risque certain, en se relevant après l’anesthésie, de faire littéralement « exploser » tous les matériels mis en place, au moment il prend appui sur un postérieur pour se propulser. Actuellement on prévoit un réveil en piscine. Les Suisses sont des experts en ce domaine. D’autres solutions pour le réveil sont préconisées, notamment à partir de l'usage de polyuréthane expansé.
De toute façon, les suites opératoires sont extrêmement problématiques, car une fois que le cheval est debout, il ne doit plus se coucher. On doit le mettre dans un hamac particulier, sur lequel il s’appuiera lors de la relaxation du sommeil. En revanche, le cheval peut se mettre à l’appui sur son membre fracturé, cet appui sera forcément léger et ne pose pas de problème.

Dr. J. L Quelle est la durée d’un tel traitement ?

Dr. Vét. P.V. Il devra durer de quatre à six mois, période pendant laquelle de multiples complications peuvent survenir : complications accidentelles (lorsque le cheval arrive quand même à ce coucher – ce qui est rare, mais évidemment dramatique) complications infectieuses locales ou générales, escarres, atélectasies et infections pulmonaires, fourbure sévère des quatre pieds. Surtout, ce dont on ne parle pas assez, c’est la douleur somatique évidente, nécessitant de forts antalgiques (dont l’administration n’est pas sans conséquence sur le transit intestinal) et la douleur morale chez un animal de troupeau immobilisé et isolé.

N’aurait-il pas été justifié de la soigner pour en faire une poulinière ?

Dr.J. L. Si la carrière sportive de la jument était de toute évidence terminée, n’aurait-il pas été justifié de la soigner pour en faire une poulinière, étant donné ses excellentes origines et ses gains en CSO ?

Dr. Vét. P.V. Si la jument survivait à l’opération et à la convalescence, il est très probable qu’après cet épisode, elle ne serait plus féconde, peut-être même à titre définitif.

Dr.J. L. Et le transfert d’embryons, qui, selon certains, aurait pu justifier de ne pas condamner la jument ?

Dr. Vét. P.V. Une jument en situation de grande contrainte morale et physique n’ovule pas. Il ne serait donc question de cela que bien après une guérison longue et ayant engendré beaucoup de souffrances...

Dr.J. L. Enfin – même si c’est trivial – il faut bien parler de l’assurance...

Dr. Vét. P.V. Il est clair que si la jument décédait après un an de traitement, sa valeur assurée (remise en cause tous les ans, dans la plupart des contrats) serait bien moindre qu’au moment de l’accident...

Dr.J. L. Certains pensent que c'est aussi une histoire de gros sous ?

Dr. Vét. P.V. Absolument pas. C’est une histoire d’éviter à un animal des souffrances d’autant plus inutiles que la guérison avec récupération fonctionnelle ad integrum était plus qu’improbable, étant donné les lésions gravissimes dont souffrait cette jument. La décision d’euthanasier immédiatement était la seule en accord avec l'éthique à mon sens.

13 commentaire(s) »

Deborah L Lewis [invité] :
Le 20/03/2013 à 18h44

I do believe the correct decision was made. To keep a herd animal isolated and in constant pain for months on end is just too much to ask of the horse or the owners. It is proven that animals can go in to depressions and I cannot think of putting this beautiful creature in such emotional pain as well as physical for such a long length of time. I do not pretend to be any kind of "horse woman" but I do love this breed so dearly. We were blessed to have her to cherish while we could. May she run joyfully in sweet fields forever.

Nina [invité] :
Le 20/03/2013 à 20h18

Un Grand Merci à Cheval Savoir d’avoir fait cet « interview » afin de bien mettre au clair des choses. Je suis entièrement d’accord avec Deborah. On ne peut pas imaginer la douleur générée par des interventions chirurgicales et également pendant la convalescence de cette jument. C’était la seule décision à prendre. Il faut quand même le respect de l’animal – l’effet que les actions ont été rapides et que la jument n’a pas trop souffert – à mon avis – montre le respect. Elle est partie – comme disait Deborah – en courant et sautant parmi des étoiles. « Well said Deborah ».

Aylin [invité] :
Le 20/03/2013 à 21h20

Vous avez totalement raison , j'ai étais beaucoup dessus quand j'ai Paris cette triste nouvelle , encore un champion partis trop tôt , Hickstead , Jappeloup , et maintenant Zeta :(
C'est trop triste ...
R.I.P

Marie [invité] :
Le 21/03/2013 à 12h59

Merci pour l'article , qui explique bien des choses et montre aussi que désormais la conscience cavalière est prise en compte !

sandrine [invité] :
Le 22/03/2013 à 00h13

J'aime l'équitation et parmi nos cavaliers français j'adore Michel Robert, pour son talent, mais aussi et surtout pour sa gentillesse avec ses animaux (voir les vidéos en ligne et sa manière dont il monte ses chevaux en concours, ça se voit de suite). Je suis tellement désolée que tout ça lui soit arrivé à lui ... Alors parler de gros sous, à part que je sois une grosse naïve, me parait à son sujet, completement à côté. Merci pour cette interview.

laetitia :
Le 22/03/2013 à 12h47

Chère Sandrine, vous avez entièrement raison : croire à une "histoire de gros sous" serait, dans le cas présent, particulièrement déplacé (et ne concernerait de toute façon pas Michel Robert, qui n'est pas le propriétaire de Zeta). Mais c'était une question à laquelle il fallait répondre, parce que malheureusement, certains se la posent...Nous avons préféré l'aborder sans tabou, afin que, justement, le doute soit dissipé. Je crois que les explications du Dr. Patrick V. ont clairement démontré qu'il n'y avait pas d'autre choix que l'euthanasie dans le cas de Zeta. En cela, nous espérons avoir apporté un peu de sérénité à tous ceux qui aiment les chevaux.
Bien cordialement

Laetitia Bataille
Rédactrice en Chef

sego :
Le 28/03/2013 à 07h50

Michel Robert n'a pas le talent de Kevin Staut pour faire sauter les chevaux. Ce que Zeta avait pu accomplir avec Kevin n'était pas dans ses moyens avec Michel Robert. Elle l'a très vite prouvé!!!!

aurélie(jasanita) [invité] :
Le 28/03/2013 à 15h59

je sais qu'il faut laisser la liberté d'expression a chacun, mais je me demande qui est sego pour juger du niveau de Michel Robert qui doit avoir comme Kévin Staut, des qualités humaines, sportives etc....si ce sego était un sportif, il devrait savoir qu'il est possible durant une carrière d'avoir des hauts, puis des bas; notamment le film "jappeloup" pourras éclairer la taverne des personnes ignorant comme sego ?!? c'est vraiment nul, de passer par quelques lignes pour critiquer des athlètes.... J'ai l'impression que c'est un mal bien Français ! .....

Carole [invité] :
Le 31/03/2013 à 20h47

Ségo, vous montez à cheval ?

SEGO [invité] :
Le 01/04/2013 à 10h53

il faut savoir dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, on ne vit pas dans un monde de bisounours.!!!!!!

Carole [invité] :
Le 01/04/2013 à 20h15

"Le talent est moins important que la persévérance"
Carnet de champion - Michel ROBERT

Jean-Pierre [invité] :
Le 01/02/2014 à 23h36

...En Suisse, nous avons soigné plusieurs fractures, avec succès, de ce type au Tierspital de Bern. La convalescence a duré effectivement plus de 4 mois. Relativement au fait qu'une jument ne puisse plus servir de poulinière après un tel accident est une considération bien enfantine si c'est l'amour de l'animal qui nous a conduit à tout faire pour préserver sa vie. Bien évidemment, le coût d'une telle opération est important. Les soins post opératoire le sont bien moins. Maintenant, si une jument nous a permis de gagner beaucoup d'argent ne lui doit on pas une reconnaissance qui passe par ce genre "sacrifice"?

meg [invité] :
Le 06/02/2014 à 18h11

Jappeloup avait gagné les JO il aurait dû profiter d'une retraite de cheval bien mérité mais non il a continué quelques mois la compétition , combien de concours pour Hickstead ,dès qu'un cheval est bon on lui en demande beaucoup

Article publié le 20-03-2013

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