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Jappeloup : un succès en demi-teinte ?

Jappeloup s’impose d’emblée comme l’un des succès du film français de ce début d’année, avec 100.000 entrées le jour de sa sortie, pour 558.654 après son premier week-end d’exploitation en salles. Un bon et beau film équestre, une rare maîtrise des parcours de CSO, qui pourtant manque du « brillant » propre au chef-d’œuvre véritable. Analyse.

Jappeloup est sans conteste le film équestre le plus attendu de l’année. Son succès dépasse le cercle des cavaliers puisque de nombreuses personnes l’ont vu par simple nostalgie envers l’époque des succès de Pierre Durand. Le nombre des entrées a également profité de l’opération de promotion « Le Printemps du cinéma ». Si certains critiques le placent dans la lignée des plus grands films équestres, avec Crin-Blanc (le film de la décennie 50-60), L'étalon noir (décennie 70-80) et L'Homme qui murmurait à l'oreille des Chevaux (décennie 1990-2000), l’excellente maîtrise de l’univers du CSO est desservie par un scénario cousu de fil blanc et des dialogues décevants…

Jappeloup
© Acajou films

Des parcours de CSO maîtrisés

Le point fort de Jappeloup réside surtout dans la façon dont sont filmés les parcours de CSO : pas d’ajouts de hennissements intempestifs comme dans certains (mauvais) films, une ambiance sonore bien gérée – j’ai retenu mon souffle à chaque réception d’obstacle – n’eut été la musique parfois trop présente. Des ralentis judicieusement placés et tout bonnement superbes, de véritables odes à la beauté du geste sportif… et des parcours particulièrement bien maîtrisés, tout à fait dignes du niveau mis en scène. Rien que pour ses parcours de CSO, Jappeloup vaut amplement la peine d’être vu.

Les « à côté » du spectacle sont présents : conseils de l’entraîneur, amitiés, inimitiés et soucis des cavaliers de l’équipe de France, entraînements – j’imagine que pour le spectateur néophyte, les mots « oxer », « vertical » ou encore « filet Baucher » se sont révélés un peu nébuleux… mais pour le cavalier, cette immersion est plaisante, en plus de sonner juste. L’expérience cavalière de l’équipe du film (Guillaume Canet et le réalisateur Christian Duguay, pour ne citer qu’eux) se ressent véritablement du début à la fin.

Voir soudain Jappeloup avec des crins frisés et une encolure d’ibérique...

Le seul reproche que je puis faire à la partie équestre réside dans la « doublure » des chevaux, parfois trop visible. Voir soudainement Jappeloup avec des crins frisés et une encolure d’ibérique n’a peut-être pas frappé la majorité des cinéphiles, mais la différence… crève les yeux !

Une épopée sans surprises

Face à ces parcours magnifiques, le scénario de Jappeloup devient une véritable déception. Certes, la fin, cette médaille d’or à Séoul, est attendue – une bonne partie du film également, dès que l’on connaît l’histoire et les victoires du couple que forment Pierre Durand et Jappeloup. Pourtant, celà n’empêche pas d’insuffler une touche épique à un film. Puisque le réalisateur a choisi une approche volontairement « américaine », que ne s’est-il inspiré de Secretariat, Seabiscuit et Ruffian (deux de ces films ne sont visibles que dans leur langue originale), qui savent tenir en haleine du début à la fin malgré un dénouement bien connu ? Dans Jappeloup, la surprise ne prend pas, ne vient pas : on devine chaque scène largement à l’avance.

Jappeloup
© Acajou films

C’est en partie la faute de la bande annonce qui dévoile quasiment tout du scénario à venir. Pour accompagner les scènes de concours qui s’enchaînent – et diminuer le sentiment des longueurs en milieu de film – il manque un « plus » épique, peut-être un plan sur un corps couvert de sueur et d’écume, peut-être des échanges de regards concentrés, peut-être des respirations haletantes, des cœurs qui battent à l’unisson…

Des scènes de dressage en liberté expédiées au sein d’un scénario… cousu de fil blanc

On imagine une grande place dédiée à la construction du couple Pierre Durand / Jappeloup, servie par de magnifiques scènes de dressage en liberté, mais cette partie - largement illustrée dans la bande-annonce - est en réalité expédiée au sein d’un scénario… cousu de fil blanc. Un exemple, sans vouloir trop en révéler : pour « prouver » que Pierre Durand et Jappeloup forment désormais un « couple » véritable, les cavaliers de l’équipe française olympique tombent (sans aucune raison) sur le camion des chevaux, qui prend feu à une station-service. Le prétexte pour montrer de spectaculaires scènes avec une couverture enflammée sur le dos de Jap’ (on reconnaît la patte de Mario Luraschi), une approche de l'animal fugitif façon L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux et de dangereuses galopades sur l’autoroute étant tout trouvé, nous n’avons guère droit à plus d’explications de cette scène tombée là comme un cheveu (ou un cheval !) sur la soupe.

Les dialogues « populaires » …

Une autre source de déception, qui dans mon cas n’a pas fait pas l’unanimité, réside dans les dialogues. Des dialogues au niveau de la discussion entre amis au comptoir d’un bar, qui ne volent jamais plus haut. La volonté de rendre le film « populaire » pour toucher un maximum de monde – la patte de Guillaume Canet - peut se comprendre, mais l’entourage de Jappeloup, un milieu modeste de gérants de centre équestre et de gitans, n’apparaît pas sous un jour sympathique… Ce n’est guère mieux du côté de l’entraîneur Marcel Rozier – campé comme un personnage qui en veut personnellement à Pierre Durand sans que l’on comprenne jamais pourquoi.

Dans le film, l’éleveur de Jappeloup ne connait rien aux chevaux, il croise un trotteur à un Pur-sang « comme ça », pour voir. La seule réflexion intéressante de sa petite fille, devenue la groom du champion, est de dire que « Jappeloup refuse des obstacles parce qu’il a besoin de la confiance de son cavalier », Pierre Durand ne faisant que lui grimper dessus sans se rapprocher de lui dans un premier temps. Un scénario qui « flirte » avec la mode de l’équitation éthologique sans jamais véritablement entrer dans le sujet, en se contentant de le survoler avec quelques belles scènes de cabrer, de galops sur la plage et de tapes amicales sur l’encolure. Tout est dépourvu de profondeur, une profondeur pourtant attendue avec le parti-pris de présenter la victoire à Séoul comme un hommage de Pierre Durand à son père décédé.

Jappeloup
© Acajou films

Enfin, je m’interroge sur la pertinence de la présence des stars. Jean Rochefort aurait mérité un vrai rôle, pas une simple apparition de dix secondes en forme de clin d’œil. De ce point de vue, le beaucoup plus modeste « Danse avec lui », un film réalisé par Valérie Guignabodet (sans star du cinéma), m’a touchée bien davantage grâce à sa trame scénaristique, elle aussi – légèrement – inspirée de l’équitation éthologique.

Loin du chef-d’œuvre

De Jappeloup, on garde le souvenir de beaux parcours, et d'une performance d'acteur respectable pour Guillaume Canet, Daniel Auteuil et les autres, d'ailleurs unanimement saluée. Je ne peux toutefois comprendre l’encensement de certains critiques envers ce film desservi par son scénario et ses dialogues, auquel manque cruellement une touche épique.

Enfin, le générique de début prend soin de signaler que Jappeloup est « librement » inspiré du parcours de Pierre Durand et de son cheval. Le cavalier a lui-même signalé à la presse qu’il ne se « reconnaît pas » dans le rôle interprété par Guillaume Canet. Tout comme on ne reconnaît pas le travail de l'éleveur Henri Delage.

5 commentaire(s) »

Oscar [invité] :
Le 24/03/2013 à 08h57

Je suis tout à fait d'accord avec cette analyse, Henri Delage en gitan, qui élève sa petite fille orpheline, et qui par miracle et par hasard fait naître Jappeloup, c'est de la science fiction, car l'éleveur à fait naître des dizaines de chevaux et par conséquent fait autant de croisement avant de découvrir sa perle rare. Mais bon ! Ce doit être plus vendeur auprès du public.

Doum [invité] :
Le 25/03/2013 à 13h08

Ouais, dénigrer le travail et les origines du cheval n apporte aucune gloire au cavalier et enleve a ce film du sens et de l émotion ..!

eveille :
Le 25/03/2013 à 17h42

Operation Markéting de grande ampleur : Equidia en 1981...,Haras de Jardy...,caval'assur ...des bannières publicitaires à répétition .
Ils n'ont même pas pris la peine de faire seller un Laudanum alezan...
Et j'en passe.
Soit le film est plaisant mais pour ne pas froisser la mémoire des puristes de ma génération ,il eut été bon de le nommer autrement.
A bon entendeur...

mariefrance :
Le 29/03/2013 à 19h30

J'approuve le jugement, pour le profil du cheval il est clair que seul les gens de cheval feront la différence. Mario intrépide a su oeuvre comme à son habitude sans contexte son professionnalisme a charmé .Je suis d'accord pour Marcel Rozier , je le connais bien il m'a fait passé mon 1er degré en 1968 . Jean Rochefort certes méritait mieux .C'est vrai cavaliers et passionnés de chevaux on attendait plus de profondeur. "Danse avec lui" donne beaucoup d'émotions "l'essentiel ne se voit pas on ne voit bien qu'avec le coeur" .Sur que Pierre Durand a dû se sentir froissé malgré la prouesse des acteurs.Il faut reconnaître qu'ils ont été bien choisis , que certains plans sont magiques.

macerien :
Le 03/04/2013 à 09h13

J.ai vu ce film avec ma petite fille,cavalière de9 ans.Elle est sortie émue de la salle et avec une formidable envie de sauter des barres!
Quant à son grand père,il a passé un bon moment de cinéma à se distraire et partager le plaisir avec une salle comble de voir un film agréable qui ne se veut pas un documentaire.
Les commentaires des puristes ne changeront rien au plaisir des enfants et des amateurs de chevaux qui se sont régalés

Article publié le 22-03-2013

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