Accueil » Savoir Pratique Randonnée

Attelage : préparer une randonnée

Par Laetitia Bataille
Guide de tourisme équestre

N°1 Juin 2009
Imprimer cet article
Pour les meneurs chevronnés désireux d’élargir leur horizon, la randonnnée offre un sympathique moyen de diversifier la pratique du sport d’attelage.
Mais cette discipline impose quelques contraintes et nécessite une préparation ciblée et attentive, tant au niveau du matériel que du choix de l’itinéraire.
Attelage randonnée
Concilier les plaisirs de la randonnée et ceux de l'attelage... © L.Bataille

L'attelage est une discipline passionnante et complexe. La randonnée est une autre discipline, qui nécessite également un savoir-faire si l'on veut la pratiquer de manière agréable (les imprévus ne manquent pas !) et performante.
Un attelage qui "tourne" bien à la maison, voire en concours, devra s'adapter à de nouvelles contraintes liées au grand extérieur, et notamment à un travail qui doit s'inscrire dans la durée à deux niveaux : durée des étapes quotidiennes, couvertes aux allures modérées ; et durée totale du périple, qui peut engendrer au fil des jours (ou des semaines) d'éventuels problèmes qu'une préparation ciblée pourrait éviter.

Des itinéraires adaptés à l'attelage

Si un cheval monté peut passer (presque) partout, il n'en est pas de même d'un véhicule hippomobile. Même s'il s'agit d'un attelage à un cheval, l'encombrement de la voiture et les contraintes liées à la traction interdisent certaines portions d'itinéraires.
En attelage, le demi-tour n'est pas toujours possible, faute de place. Un cavalier peut s'aventurer dans un sentier étroit à l'issue douteuse et rebrousser chemin s'il ne peut aller plus loin ; le meneur, lui, ne doit pas risquer ce genre d'éventualité. Avec une voiture à quatre roues (avant-train tournant) le demi-tour est possible si la place est à peu près suffisante ; en revanche, avec une deux-roues, la manoeuvre est délicate, et comporte toujours le risque de voir le brancard toucher l'épaule du cheval (ce qui -théoriquement- doit être indifférent à un cheval bien dressé, mais…la prudence est mère de la sûreté : un cheval fatigué qui sent l'énervement de son meneur peut avoir des réactions épidermiques !) Si le chemin est vraiment étroit, le meneur risque donc d'être contraint de dételer, de tourner la voiture à la main avec l'aide de son coéquipier, et de ré-atteler. Il est donc essentiel de s'engager uniquement dans des chemins d'excellente viabilité, qui, sauf cas particulier (branche tombée, inondation…) vous épargnent ce genre de déboires.

Montées et descentes : des ennemis en attelage

Ne choisissez pas une région de montagne : les reliefs accusés sont incompatibles avec un périple en attelage.
Les montées (mêmes courtes) sont fatigantes. Une montée raide peut s'avérer dangereuse si la voiture est lourde et si le terrain est glissant (macadam, notamment) : il y a un risque de dérapage des antérieurs, le cheval " pédalant " sans faire avancer la voiture.

Les longues descentes sollicitent le dos et les jarrets, surtout avec une voiture à deux roues

Paradoxalement, les descentes, elles aussi, sont fatigantes pour le cheval. Elles sollicitent le dos et les jarrets (surtout avec une voiture à deux roues) et favorisent les plaies de harnachement (notamment à la sangle). Même si le meneur, comme il se doit, a soin de freiner pour que la voiture ne soit pas retenue par l'avaloire, une descente longue et/ou raide constitue pour le cheval un stress physique, qui se répercute en particulier sur les jarrets : il n'est pas rare de voir des vessigons calcanéens apparaître après deux ou trois heures passés à descendre un versant en pente douce !
En descente, le poids d'une deux-roues mal équilibrée, les sollicitations musculaires existant dès que l'avaloire agit, une précipitation dans les foulées ou une mauvaise attitude d'encolure fatiguent très vite le cheval si son entraînement et sa mise en muscles n'ont pas été suffisants.
Par ailleurs, les descentes usent les fers en accentuant l'effet de lime à chaque poser.
En outre, les descentes peuvent être dangereuses : le cheval risque de prendre la main à la fin de la descente ou juste après. Les tournants en dévers peuvent faire verser la voiture.

Une vision globale

Un itinéraire optimisé sera donc tracé en fonction de tous ces impératifs liés à la discipline-attelage.
Commencez par visualiser l'ensemble de votre périple sur une carte de l'Institut géographique National couvrant la région que vous avez choisie.

Carte IGN


Si vous prévoyez une très longue randonnée, s'étendant sur plusieurs départements, jetez les bases de votre circuit en partant d'une carte au 1/250 000°("Régionale" IGN). Cette carte est préférable à une carte routière classique, car elle est plus détaillée, donne des indications touristiques et montre le relief. Vous pourrez ensuite affiner l'approche sur une carte au 1/100 000° (série "Top 100", de l'IGN) sur laquelle figurent clairement les chemins (pour une randonnée courte, cette carte au 1/100 000° suffit d'ailleurs comme première approche.)

Si vous envisagez une randonnée "sauvage"en dormant sous la tente, votre itinéraire sera très libre. Sinon, il sera fonction des possibilités d'hébergement. Les Comités départementaux de Tourisme Equestre de la région concernée vous donneront une liste de gîtes.

Carte IGN

Carte IGN


Une fois votre périple posé dans ses grandes lignes, vous étudierez les itinéraires quotidiens sur des cartes à grande échelle, dites d'Etat Major. Vous utiliserez des feuilles au 1/50 000° ("série orange" de l'IGN) qui seront vos outils de terrain. Vous pouvez aussi utiliser les feuilles au 1/25 000° ("série bleue") plus détaillées encore. Trop détaillées, en fait, pour une randonnée en attelage, car cette échelle donne une vision "optimiste" du terrain : les chemins de moyenne viabilité y apparaissent comme des boulevards, alors qu'ils risquent de réserver des surprises sur le terrain ! Pour l'attelage, c'est la carte au 1/50 000° qui semble la plus adaptée.

«Deux chevaux développent l'énergie tractrice d'un cheval et demi»

Selon la région, prévoyez des étapes plus ou moins longues : nous l'avons vu, une randonnée attelée est déconseillée en montagne ; toutefois, votre itinéraire peut comporter des vallonnements. Tenez-en compte dans l'établissement de votre découpage : vos étapes ne doivent pas excéder une vingtaine de kilomètres par jour. En plaine, vous pouvez aller jusqu'à trente, voire quarante kilomètres par jour, en fonction de l'entraînement de votre cheval, du poids de la voiture, du nombre de passagers, etc. Si vous attelez à deux, votre attelage sera plus performant. Toutefois, n'oubliez pas que deux chevaux ne doublent pas la puissance de traction : deux chevaux développent l'énergie tractrice d'un cheval et demi. En tandem, le gain de puissance est nul, puisque le leader ne tire pas : mais si vous pratiquez ce menage difficile et délicat, vous savez bien qu'un tandem serait plutôt source de complications en randonnée ! )

Dans tous les cas de figure, prévoyez, pour les premiers jours, des étapes courtes dont vous augmenterez la durée à mesure que l'entraînement viendra.
Etablissez votre timing sur une base de trois jours de marche, un jour de repos, et ainsi de suite.
Tracez vos itinéraires au feutre fluo transparent, qui permet de ne masquer aucun détail de la carte. Attention : le fluo n'est pas lisible à la nuit tombée !

Evaluer les distances

Pour évaluer le kilométrage, vous pouvez utiliser un bon vieux curvimètre (en ajoutant environ 15 %) ou un double-décimètre pour les portions de ligne droite, en corrigeant fortement l'évaluation à la hausse. L'IGN propose des moyens d'évaluation des distances réelles : la longueur (plane), et la longueur "terrain", qui tient compte de la dénivelée et permet d'anticiper sur les efforts à fournir par le cheval.
Notons aussi que les cartes IGN sont aujourd'hui compatibles avec le GPS. Ce moyen moderne enlève beaucoup de poésie à une randonnée, mais peut servir, avant le départ, à calculer les distances de façon nettement plus fiable.


Prévoyez aussi des lieux d'étape de mi-journée permettant l'abreuvement des chevaux (village, rivière…) Mais n'oubliez pas que les rivières coulent…au fond des vallées, et que cela impose souvent d'emprunter un raidillon pour descendre et pour remonter. Là encore, ce qui en pose guère de problème au cavalier risque d'être exténuant pour un cheval attelé. Il est sage de prévoir plutôt vos haltes dans un village…Emportez un seau pliant qui permettra à votre co-équipier d'aller puiser de l'eau à pied si vous passez sur un petit pont surplombant un ruisseau, ou à proximité d'une fontaine (attention : un cheval rôdé aux terrains de concours peut avoir peur d'une fontaine de village qui glougoute !)

seau pliant cheval
Le seau pliant : d'un encombrement minimum, il est bien utile pour abreuver en route sans prendre de risques.Pensez à y habituer le cheval avant de partir. © L.Bataille

Pour vos prévisions horaires, comptez une moyenne de marche de 6 à 8 km/h puisque vous n'emprunterez par définition que des chemins d'excellente viabilité. Sachez toutefois que si vous avez l'habitude de faire du 10 ou 12 km/h en promenade, votre moyenne horaire en randonnée sera de toute façon beaucoup plus faible, car les aléas de l'étape, les haltes, la coupure de midi, les relations avec la population, les découvertes, les cueillettes et les menus détours ont vite fait d'ajouter deux heures aux prévisions du jour ! C'est là que réside aussi le charme du tourisme équestre : ne vous en privez pas !

L.B

Une bonne compréhension du relief vous évitera des mauvaises surprises sur le terrain. Mais si vous êtes réfractaire à la lecture des courbes de niveau, sachez qu'il existe aujourd'hui des logiciels permettant d'appréhender le relief et que l'IGN a mis au point collection de 41 DVD couvrant toute la France.

Pensez-y

Emportez :

  • une pelle pliante : utile pour se dégager d'une ornière sans devoir trop cartayer.
  • une musette-mangeoire, pour faire patienter le cheval durant une halte courte.
  • une easy-boot en cas de déferrer : cela permet au moins de boucler l'étape. L'attelage se pratiquant essentiellement sur le macadam ou les chemins empierrés, un pied sans fer s'use au maximum.
  • un licol de secours, une longe de secours, équipés de mousquetons de sécurité.
  • mousquetons de sécurité cheval
    Les mousquetons de sécurité : à utiliser sans modération, pour les longes, mais aussi -et surtout- pour toutes les pièces de harnais reliant le cheval à la voiture. Ne jamais les utiliser pour les guides, bien entendu ! © L.Bataille
  • des éléments "fluo" à fixer sur vos vêtements et sur les éléments de harnais situés à gauche (une arrivée nocturne sur route n'est jamais à exclure. Si, si !)
  • des impers qui ne font pas de bruit lorsque le vent s'y engouffre.
  • Si vous attelez en collier, emportez une bricole : en cas de plaie de harnachement, vous pourrez l'utiliser à la place du collier, en attendant la cicatrisation. (Vérifiez avant le départ la compatibilité des traits).
  • Prévention des plaies de harnais : pensez-y avant le départ !

    La randonnée implique que le cheval reste attelé longtemps. Même si vous dételez à l'heure du déjeûner, des érosions cutanées, voire les plaies, peuvent apparaître très vite (dès le premier jour) si une pièce de harnais n'est pas parfaitement adaptée ou réglée. Même si tout est bien mis en oeuvre, n'oubliez pas que ce qui ne posait pas de problème à la maison peut en poser lorsque le harnais reste sur le cheval cinq heures au lieu d'une !
    Paradoxalement, plus le train est lent, plus le risque d'abrasions augmente, car elles résultent surtout de frottements continus, qui se manifestent davantage au pas qu'aux allures vives.

    pads de sellette doublés de moutons
    Il existe des pads de sellette doublés de "mouton" qui réalisent une bonne prévention des lésions au niveau du garrot. Ils se fixent par des rubans à fermeture adhésive. (Pensez à les faire passer sous la dossière.) © L.Bataille

    A titre préventif, pensez mettre un pad en mouton sous la sellette (ou les mantelets) et à équiper de renforts en peau de mouton (synthétique ou naturelle) les éléments du harnais sur lesquels s'exercent des forces importantes :

    - bricole (notamment au niveau des deux pointes de l'épaule) ou collier (l'utilisation d'un faux collier peut se justifier). Tout ce que vous insérez entre le collier et la peau soit fixé : un pad ou une peau de mouton qui se tirebouchonne créera une surépaisseur, plus néfaste encore.

    - avaloire

    - sangle et sous-ventrière (il existe des fourreaux de sangle pour selles qui conviennent tout à fait. Choisissez-les larges, puisque vous devrez avoir la place d'y loger la sangle et la sous-ventrière superposées.)

    - traits. Vous pouvez ne gainer qu'un portion de trait, celle qui entre en contact avec le flanc du cheval. Ceci est indispensable si la traction n'est pas parfaitement symétrique, notamment en cas de prépondérance de l'action d'un cheval sur l'autre dans un attelage à deux.

    Il est bon de toute manière d'entraîner votre cheval à la randonnée en faisant des sorties de durée progressive. Ce seront là de bons tests ; si vous remarquez un usure de poil, même minime, cela signifie que cette région a subi une contrainte : c'est là que vous pouvez agir préventivement en apportant au harnais les modifications ou les aménagements nécessaires.

    Si tous les meneurs peuvent envisager de partir en randonnée, moyennant quelques aménagements dans leur équipage, tous les randonneurs ne peuvent s'improviser meneurs : l'attelage s'apprend, même pour un cavalier d'excellent niveau. Les techniques de l'attelage et du menage doivent faire l'objet d'une très sérieuse formation auprès de professionnels, au sein de structures spécialisées.

    Nous vous conseillons de lire la note de Laurence Grard-Guenard sur :
    La fiablité du matériel : point clef de la sécurité en randonnée

    Lisez le journal sans restriction :

    Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
    (31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

    S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

    • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
    • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
    Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

    Ce que vous ne lirez pas ailleurs

    Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier