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Les réponses à vos questions (III)

Par Pierre Beaupère, cavalier professionnel et Professeur de dressage.


N°44 Juin 2013
6 Commentaire(s)
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Les questions posées par les lecteurs (et « fans » !) de Pierre étaient si nombreuses que nous avons dû consacrer un troisième et dernier volet aux réponses qu’il tient à apporter à chacun et qui sont d’un très grand intérêt didactique pour tous les cavaliers.
La suite de ce « cours d’équitation » vécu...

L.B.

Question de Odile

Je viens de lire cet article après avoir suivi avec attention les précédents et j'ai une question car mon cheval, récemment acquis, de 12 ans maintenant est dans un état physique (musculaire) catastrophique. Autour de moi, 2 versions : le laisser comme il est puisqu'il fonctionne comme ça (plus ou moins à mon goût et au vu des résultats en course d'endurance : boiterie une fois sur deux) ou au contraire il n'y a pas d'âge pour le remettre droit. Ma question est : comment dois-je faire pour déterminer s’il est droitier ou gaucher vu qu'il refuse le contact des rênes. Si il reste léger et sans trop de contrainte ça va aller mais pour le faire se tendre c'est autre chose. L'ostéo qui l'a vu la première fois avait diagnostiqué un blocage dans les cervicales (les 2 suivant l'atla)s et dans les lombaires. Les lombaires c'est réglé car il n'est monté que par moi et non de très maladroits et lourds cavaliers. La nuque reste un sujet de conflit assez sévère. J'espère, en lisant vos articles passionnants et d'une réalité que j'avais commencé à percevoir mais sans être trop sûre, que je vais aider mon cheval à aller de mieux en mieux.

Réponse

Chère Odile, à moins d’un cas extrêmement particulier (je n’en ai jamais rencontré mais je préfère toujours laisser la place à l’exception), il est ABSOLUMENT hors de question de laisser un cheval dans un état musculaire catastrophique, et ce quel que soit son âge ou son passé.

Travail et locomotion
Une bonne locomotion est indispensable à un travail correct et éthique. © lilufoto-Fotolia.com

Je me permets de réagir vivement contre le fait qu’on ait pu vous dire de le laisser ainsi, d’autant plus si vous me dites qu’il boite de manière fréquente. J’en profite pour réagir aussi contre cette mode actuelle d’une quantité de cavaliers sans expérience ou n’ayant jamais eu de résultats avec un grand nombre de chevaux de prétendre donner des conseils à tour de bras. Ce monde exige, juge, condamne et émet des avis catégoriques et sans nuance et, si j’ai tendance à me tenir à l’écart de toute cette agitation, je commence à ne plus supporter que les chevaux fassent systématiquement les frais de la prétention des humains. J’en ai assez d’entendre que ce cheval n’est bon à rien, que celui-là est taré, que l’autre est une grosse vache ou un bourrin, que celui-là n’est bon à rien ou qu’il est normal qu’il se défende et que de toutes manières, pour obtenir quelque chose de celui-là il faut le frapper et le soumettre.

Les chevaux sont des êtres doux, sensibles, forts, libres et nobles. Ils feront tout pour nous rendre heureux et nous aider à trouver un équilibre dans notre vie personnelle

Non.
Non un cheval bien dans sa tête et dans son corps ne se défend pas et aucune marque de défense, de résistance ou de mal-être n’est acceptable.
Non un cheval ne peut être laissé avec le dos creux et une locomotion incorrecte.
Non, il n’est pas normal qu’un cheval boite de manière chronique et récurrente.
Non, les chevaux ne sont pas des être imbéciles, des bourrins, et ils ne passent pas 23 heures de leur journée à attendre dans leur boxe de pouvoir tout faire pour ennuyer leur cavalier.

Les chevaux sont des êtres doux, sensibles, forts, libres et nobles. Ils feront tout pour nous rendre heureux, pour nous apporter la sagesse, le réconfort et nous aider à trouver un équilibre dans notre vie personnelle.

Nous avons un DEVOIR ETHIQUE de les monter correctement et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’ils soient en bonne santé, les gêner le moins possible et limiter au maximum l’inconfort que nous pourrions leur procurer. Nous avons le devoir de les travailler correctement pour les aider à retrouver un équilibre et une locomotion corrects lorsqu’ils sont montés.

La limite entre l’équitation (pas juste le dressage, ce serait trop facile, car je pense que même le travail en liberté est concerné) et la torture est beaucoup plus mince que nous l’imaginons.

Ne l’oubliez jamais.

Alors oui Odile, je pense que vous avez raison de ne pas accepter ce discours de gens qui oublient que les chevaux connaissent très bien le sens du mot souffrance. Je ne veux surtout pas que vous vous sentiez attaquée ou visée car je suis sûr que vous mettez tout en œuvre pour aider votre cheval au mieux. S’il n’est pas musclé correctement, chaque pas qu’il va faire avec un cavalier sur le dos, chaque séance, n’amènera que des tensions, des courbatures et des blocages. C’est cela qui peut, dans des cas extrêmes, mener les chevaux à devenir méchants et agressifs.

Attention, cela ne veut pas dire à mon sens qu’il ne faut plus le monter, loin de là. Mais quel que soit son âge, il faut l’aider. Je pense même que vous lui devez cela pour qu’il ne connaisse pas du fait d’être monté que ce qu’il a connu avant vous.

Au vu de votre question, qui touche à la manière de corriger la dissymétrie et même de la sentir avec un cheval qui refuse tout contact, je pense qu’il faut travailler sur plusieurs fronts :

  • Travailler en descente d’encolure pour limiter au maximum l’impact du cavalier sur les muscles et les vertèbres, apprendre au cheval à se détendre et à aller chercher lui-même la manière de remettre sa musculature en place.
Extension d'encolure
© Céline Brabant
  • Appliquer le travail plus spécifique au jeune cheval juste débourré, comme décrit dans les derniers articles. Il s’agit donc de ne pas chercher à trop incurver le cheval. Vous voulez d’abord que le cheval tende son corps vers votre main, droit devant lui.

  • En règle générale, pour accélérer le processus de tension positive du dos qui mène à un juste contact avec la main, ne pas laisser le cheval se mettre en main. On le garde dans un premier temps haut et très ouvert (comme lorsque le cheval regarde quelque chose devant lui). On agit gentiment par pression des jambes lorsqu’il lâche le contact avec la main. Lorsque l’on sent le cheval se tendre vers la main et accepter un début de contact pendant plus de 20 foulées, on peut commencer à avancer la main et demander au cheval de s’étendre sans descendre l’encolure puis seulement de descendre progressivement, mais toujours en s’étendant plus qu’il ne descend. L’attitude haute qui a tendance à creuser le dos sera compensée par le fait que les muscles vont se tendre correctement.

  • Durant cette phase on garde les mains presque serrées l’une contre l’autre et on tente de maintenir une tension égale sur les deux rênes, même si l’encolure n’est pas tout à fait droite.

  • Pour compléter, un travail très particulier peut être effectué sur le cercle et faire encore mieux comprendre au cheval l’intérêt pour lui de s’étendre vers la main, en tendant le bout de son nez vers l’avant. On commence par chercher d’importantes incurvations sur les cercles, en laissant les hanches déraper très légèrement mais sans que ce soit au détriment de la flexion. Le bout du nez du cheval doit pointer vers le centre du cercle. On agira par rênes d’ouverture très larges. Ensuite (ou avant, en fonction du cheval), je demande des contre-incurvations très importantes sur les cercle en gardant la rêne du côté de la flexion au contact (rêne d’ouverture). L’autre rêne (intérieure au cercle), est complètement flottante. Je joue à changer de cercle en gardant le même pli et une seule rêne tendue et ouverte. Cela aide beaucoup le cheval à descendre l’encolure mais, comme il doit se plier en même temps et garder le contact avec la rêne qui ne tire jamais mais agit sur le côté, il aura beaucoup moins tendance à s’enfermer et à s’enrouler.

J’espère sincèrement que vous parviendrez à aider votre cheval et que vous n’hésiterez pas à nous faire part de son évolution.

Question de Patrice

Bonjour Pierre, je pensais que ma nouvelle jument qui termine actuellement son débourrage était droitière (et je le pense encore) car, longée en Colbert, elle tombait à l'intérieur sur les cercles à main droite. Le contact avec la bouche était plus dur, et elle était emportée vers l'extérieur par l'inertie...

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6 commentaire(s) »

mariebx :
Le 14/06/2013 à 22h55

Bonjour Pierre,
Merci beaucoup pour vos réponses, comme toujours très enrichissantes. Certaines me parlent beaucoup, comme le fait que 60% à 70% de dressage peut s'obtenir par le pas. A bientôt

odile :
Le 16/06/2013 à 13h39

Tout d'abord merci Pierre de répondre à nos différentes questions ! J'ai bien compris que vous ne me faisiez pas de reproches, je n'ai jamais accepté non plus les jugements impératifs sur les chevaux. Les chevaux "à problème" ont toujours suscité mon intérêt d'ailleurs. Concernant mon hongre son dos s'est nettement amélioré en musculature. Il se trouve que les prés où il vit actuellement (suite à un déménagement) ont des pentes plus ou moins fortes. Naturellement et sans déséquilibre son dos s'est musclé. A l'heure actuelle, mon nouveau métier me laisse moins de temps pour le monter mais j'ai pu avancer dans son travail. Dorénavant le pas peut se faire avec l'encolure horizontale rênes libres ou je peux lui demander une cession qui me permet un placement correct de sa tête avec une vraie montée du dos. Le tout dans le calme. Au trot, les départs se font de plus en plus dans le calme et dans une attitude détendue. Le galop n'est pas encore idéale mais je n'ai plus de piétinement, de retenue comme au départ. Je n'arrive pas encore à lui faire céder la nuque au galop donc il a la tête en l'air mais de temps en temps je rencontre de minuscules victoires. Même si furtives elles me laissent penser que je suis sur la bonne voie. Si il est amené à montrer des défenses j'applique vos conseils quant aux rênes. Il faut voir ses oreilles quand je lui enlève son appui ! Merci, merci

:
Le 23/06/2013 à 21h42

" Même si furtives elles me laissent penser que je suis sur la bonne voie. Si il est amené à montrer des défenses j'applique vos conseils quant aux rênes. Il faut voir ses oreilles quand je lui enlève son appui ! Merci, merci" : un bien joli témoignage que celui d'Odile...bonheur de sentir enfin ...de mettre des mots sur nos maux...de pouvoir alors construire notre séance à la recherche du juste équilibre mental et physique de nos chevaux..et du notre si intimement lié...mm par mm..heures après heures...jours après jours...où le chemin prend tout son sens ...MERCI..MERCI..Pierre

:
Le 21/07/2013 à 16h18

Bonjour, excellente série d'articles!
Je suis contente de voir que dans une des réponses ci-dessus vous mentionnez le rôle du maréchal-ferrant. En effet, le travail de celui-ci peut contribuer énormémént à la correction de l'asymétrie. Il peut aider à réaxer les épaules et le bassin du cheval, et donc ainsi aider a équilibrer la musculature dorsale. Sans ce travail nos efforts de cavalier n'auront qu'un succès limité.
J'ai un lusitanien de 17 ans, qui maintenant travaille mieux que jamais, dans la rectitude et la légèreté. Je suis très heureuse d'avoir rencontré un maréchal-ferrant qui à voulu prendre ce 'cas difficile' et a su l'aider. Je serais sans doute encore en train de redresser mon cheval limite boiteux sans M. Perreaux. Il a d'ailleurs décrit le phénomène d'asymétrie dans son champs d'expertise (le syndrome de la diagonale de Perreaux).
Grâce a vos dessins et explications j'ai eu plus facile à appliquer ce que mon maréchal m'avait expliqué pour la conformation dans mon travail monté. Merci!

odile :
Le 08/09/2013 à 12h56

Le maréchal-ferrant est le partenaire incontournable, à condition d'en avoir un bon. Suite au déménagement que j'ai signalé dans mon commentaire précédent j'ai suivi les conseils d'une personne, à tort ! L'avantage c'est que mon hongre est très communiquant donc même en m'acharnant à expliquer au maréchal ce que je voulais et que je n'obtenais pas, mon pépère lui m'a bien dit que ça ne lui plaisait pas : grincheux de plus en plus, trébuchant à tout bout de champ. Donc changement de maréchal et là miracle : un cheval alerte, joyeux (dans la limite de son tempérament grincheux) et de nouveau au pied sûr. Depuis, il progresse même au galop (enfin).

ramboderetz :
Le 20/04/2014 à 21h02

Bonjour,
J'arrive un peu après la "bataille" mais une question me taraude depuis que j'ai commencé la série d'exercices pour rechercher la symétrie (qui, au passage, nous aide énormément : je constate un changement chez ma jument, également d'un point de vu mental, elle est plus "sereine"). Elle est droitière et prend donc beaucoup plus facilement le contact de ce côté alors qu'elle cherche à s'en soustraire du côté gauche. Je ne sais pas comment réagir lors des incurvations à gauche car évidemment elle se fixe sur la rene extérieure, ce qui est généralement considéré comme quelque chose de bien, mais pour l'instant j'ai plutôt le réflexe de toujours demander un contact plus franc à gauche, peu importe la main ou l'exercice (nous n'en sommes qu'au début, le contact à gauche n'est pas installé).
Merci

Article publié le 12-06-2013

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