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Printemps tardif : optimiser pâturages et fourrages

Par Brittia Guiriec, Ingénieur Agronome.


N°44 Juin 2013
3 Commentaire(s)
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Après un hiver exceptionnellement rigoureux, la belle saison tarde à s'installer, avec des précipitations abondantes et des températures inférieures aux normes saisonnières... Pousse d'herbe ralentie, parcelles abimées, météo incompatible avec le fanage, voici quelques pistes pour tirer le meilleur parti de ses prairies en dépit des aléas météo.

Un printemps tardif et arrosé n'est pas sans conséquences. D'une part, la forte pluviométrie entraîne un risque de dégradation des parcelles sous l'action du piétinement des chevaux et, d'autre part, les températures fraîches freinent considérablement la productivité des pâtures.

Une belle prairie
Une belle prairie est un milieu fragile qui peut aisément se dégrader, surtout si elle comporte déjà une forte proportion de boutons d’or. © nmelnychuk - Fotolia.com

La gestion devient délicate :

  • une prairie défoncée ne parviendra pas à se régénérer pour l'été ;
  • le surpâturage compromet la repousse de l'herbe ;
  • le rendement de foin à l'hectare sera amoindri du fait du déficit d'herbe et des difficultés d'accès aux machines agricoles.

Décharger et surveiller la hauteur d'herbe

En recoupant les données de l'observatoire de la pousse de l'herbe sur plusieurs départements, les chiffres sont unanimes : le cru 2013 enregistre un déficit de productivité de l'ordre de 30% ! En clair, une prairie qui produit habituellement 70 kg MS/ha/j1 fin mai n'en produit cette année que 50...

Un déficit aggravé par le piétinement qui détruit le couvert végétal, d'autant plus que la portance du sol est détériorée par les intempéries. La pérennité de la parcelle est compromise...

Que faire pour limiter les dégâts ?

  • 1. Décharger. Pour maintenir l'équilibre ingestion/repousse et préserver le sol, il faut limiter le chargement. Au lieu de 1 à 3 chevaux par hectare (les très bonnes prairies peuvent accueillir jusqu'à 3 chevaux par hectare entre avril et octobre), descendre à 1 cheval pour 1,5 ha. Si vous manquez de terrains, une solution alternative consiste à sacrifier une petite surface en paddock avec un apport de fourrages secs.
Changer de pâture
Il est grand temps d'ouvrir le fil et de changer de pâture pour assurer une bonne repousse ! Crédits photo : Paula Jantunen / Wikimedia Commons.
  • 2. Surveiller la hauteur d'herbe. La hauteur d'entrée idéale pour les équidés se situe entre 10 et 20 cm. Pour éviter le surpâturage et préserver le potentiel de repousse, changer de parcelle (pâturage tournant) dès que l'herbe atteint 5 cm de hauteur moyenne.
La récolte de foin sera rendue très difficile en 2013 et dans certains cas il faudra recourir à la distribution d’autres fourrages

Cette estimation se fait très facilement à l'aide d'un herbomètre, un outil équipé d'un plateau réglable sous la pression du couvert végétal. Il est utilisé quotidiennement en élevage bovin lait (notamment) pour le suivi des pâtures, quand les troupeaux sont sortis. Plusieurs mesures doivent être effectuées en différents points de la prairie, afin de recueillir une estimation moyenne.

Comptez environ 80€ HT à l'achat, vous le trouverez sur Internet. Autre solution, plus économique et relevant du système D : utiliser ses bottes comme point de repère.

  • A 5 cm : l'herbe ne dépasse pas le niveau des talons. (Faites sortir vos chevaux.)
  • A 8 cm : l’herbe arrive au niveau de la cheville. (Vous pouvez faire entrer vos chevaux.)
  • A 10 cm : l'herbe atteint le bas du mollet.
  • A 15 cm : l'herbe est à mi-mollet. (Au delà de cette hauteur, pensez à la fauche.)

Une évaluation sur un rythme hebdomadaire permet de connaître la vitesse de croissance de l'herbe dans un terrain donné : toujours intéressant dans une optique de gestion raisonnée et de calcul des stocks d'herbe disponibles.

Repères

  • 1 cm d’herbe fraîche = 100 kg MS/ha.
  • 1 cheval ingère 2 kg MS par jour et par tranche de 100 kilos de poids vif (soit 10 kg MS par jour pour un cheval de 500 kg)

Dresser le bilan de ses pâtures

Comme en sortie d'hiver, il faut faire un point objectif pour chaque parcelle :

  • Productivité de la prairie
  • Dégradation du couvert végétal
  • Adventices et plantes indicatrices de milieu

Le stock d'herbe sur pied réellement disponible dépend de ces trois facteurs.

Commencez par estimer la proportion de terre mise à nu dans le pré : c'est la note d'enherbement2 Pour ce faire, munissez-vous de piquets ou de sardines de camping et d'une ficelle de 20 mètres et traversez la prairie dans sa grande longueur. Tous les 20 pas, délimitez un carré de 5m de côté et attribuez lui une note entre 0 (terre nue) et 5 (herbe dense). Faites ensuite la moyenne des notes obtenues.

Cette méthode d'échantillonnage statistique vous donnera un bon indicateur de l'état de dégradation de la parcelle et des mesures correctrices à mettre en œuvre.

Mesures correctrices à prendre

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3 commentaire(s) »

anne :
Le 22/06/2013 à 08h28

Bonjour,
Pour en revenir aux fourrages "classiques", l'enrubannage (qui se vend trés cher en petites "bottes" pour 2 ou 3 chevaux me semble trop "riche" en énergie pour des chevaux rustiques et/ou travaillant peu (je ne trouve que du ray grass)et donc à risque de déclencher des fourbures (le foin traditionnel de prairie naturelle est plus long à manger et on peut toujours le mouiller (ce qui diminue sa quantité de fructanes), mais que penser du foin ventilé? il peut être produit avec peu de beau temps, mais quelle est sa richesse svp?
Concernant le moya, cette herbe semble interressante mais pour moi qui vit en région parisienne (1 ha à moi et 2h de trés mauvaise prairie en location cette année quasiment tout détrempé)je n'en ai jamais vu en fourrage à acheter , est ce qu'il y en a seulement dans le sud de la france?
Par ailleurs, mes chevaux n'ont jamais voulu manger plus d'une bouchée ou 2 de paille (paille de blé ou d'avoine)
Merci d'avance pour vos réponses

kiwi :
Le 22/06/2013 à 23h46

Il me semble que les foins ventilés sont ceux qui ont les meilleures valeurs nutritionnelles en moyenne pour les foins, car les conditions de récolte et séchage sont optimales donc on limite les pertes. Mais ça reste un foin et la qualité dépend beaucoup du sol, de la flore, du moment de récolte...

:
Le 23/06/2013 à 02h25

Bonjour,

La valeur nutritionnelle d'un foin est extrêmement variable et dépend notamment du stade de récolte et du mélange fourrager (les espèces qui peuplent la prairie)... Il n'est pas possible de trancher la qualité nutritionnelle sur le seul mode de récolte. L'intérêt du foin ventilé réside dans la qualité "sanitaire" du foin (moins de poussière) et dans la possibilité de faucher plus vert (donc fourrage plus riche). Le séchage se fait en "grange" et reste une étape délicate, à confier à un pro.

Le moha est encore peu répandu mais gagne du terrain. Il est possible d'en trouver en petites bottes (j'ai déjà vu passer des petites annonces).

Article publié le 19-06-2013

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