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Le cheval, œuvre d’art et acteur…

Le Portfolio de ce numéro 6 est dédié à la beauté du spectacle équestre. Nelly Valère, conseillère technique de notre revue a effectué un travail universitaire sur le cheval en tant qu’artiste de spectacle à part entière. Elle nous livre ici quelques réflexions, qu’elle développra de manière plus technique dans nos deux prochains numéros.
Le cheval, œuvre d’art et acteur…
© L.Bataille

Le cheval, dès l’Antiquité et peut-être la préhistoire, a été investi d’une charge émotionnelle et symbolique inégalée dans le panthéon des animaux, et l’époque moderne trouve de nouveaux moyens de le célébrer.
Il conviendrait peut-être de dire, à première vue, que ce n’est qu’à l‘imaginaire de l’homme que le cheval doit d’avoir été élevé au rang de créature magique, quasi divine, traînant derrière lui tant de légendes et de mythes, constituant ainsi un des archétypes fondamentaux inscrits dans la mémoire de l’humanité ; un second regard nous amènerait pourtant au cœur d’une problématique aussi passionnante qu’inattendue.
En effet, en lui assignant une place aussi remarquable, l’homme ne reconnaît-il pas à ce quadrupède une identité dépassant proprement sa condition animale ? Ne voit-il pas en lui une partie manquante, perdue peut-être, de son humanité imparfaite, un remède à son incomplétude ?
Le cheval élève l’homme au-dessus de la terre en se laissant chevaucher. Il l’enlève à sa pesanteur, il l’arrache à la glaise et donne une chance à son fantasme d’envol.
S’il porte ses charges, tire ses charriots, son matériel agraire, ses armes de guerre, s’il connaît le labeur qui lui échoit et sait mourir à la tâche, avec l’homme ou pour l’homme, il file comme le vent, lui ouvre la voie, et connaît le chemin du retour.
Il porte le vainqueur, il est l’apparition triomphale, la tête plus près des étoiles.
Il est majesté et puissance.

Aujourd’hui, le sport et le loisir ont remplacé la guerre et les travaux des champs, et les vainqueurs en compétition désignent de la main au public en liesse l’artisan de leur victoire, leur « associé », le cheval : « sans lui, nous sommes bien peu » dit le champion.
Car l’homme de cheval a un rêve : celui d’être centaure !
Mais être centaure signifie encore coloniser le cheval ! Il n’est qu’à considérer l’image de cet être hybride : il est bien laid comparé à la magnifique plastique du cheval tel qu’il est représenté depuis la plus haute antiquité et tel qu’il nous apparaît de nos jours, fruit d’un élevage de plus en plus sophistiqué où la sélection tend à conférer à « la plus noble conquête de l’homme » ( poncif obligé !) des qualités fonctionnelles et une beauté aussi proches que possible de la perfection.
Alors l’homme de cheval, un autre, rêve de s’effacer devant celui qu’il a domestiqué ; il veut en faire une œuvre d’art, et c’est une œuvre d’art vivante : un être de chair et de sang dont le corps, déjà tellement harmonieux au repos, se meut si magnifiquement ! Un être qui sait aussi manifester sa personnalité, parfois même obligeant l’homme qui prétend le façonner, à s’incliner devant la noblesse de sa force et de sa grâce, et le mystère de son vouloir : le cheval donne alors une leçon à l’homme et lui ouvre un chemin inédit vers la beauté.

«L’œuvre d’art et l’acteur ne sont qu’un seul et même être. Un être vivant, un animal.»

Cet homme de cheval-là cherche à magnifier ce dont fait montre son cheval ; il se met totalement à l’écoute de ses qualités propres et de ses capacités physiques et mentales, le dirigeant comme le ferait un directeur d’acteur généreux et respectueux, mais sans autre histoire à raconter que celle de son accession à l’art, née de leur intimité : il lui donne un statut d’œuvre en s’effaçant pour que lui, le cheval, soit l’objet de tous les regards, de toutes les attentions, de toutes les admirations ; et, chose inouïe, exceptionnelle, l’œuvre d’art et l’acteur ne sont qu’un seul et même être. Un être vivant, un animal. Un animal qui a des « jambes », des « pieds », des « bras », une « bouche », habillé d’une « robe », vocabulaire spécifique habituellement réservé à l’humain, pas à la bête. Car le cheval n’est pas une bête.

De nos jours, l’animal domestique a acquis une place de choix dans nos sociétés privilégiées, grâce à l’évolution des mentalités et sous la pression d’associations de défense des animaux ; disons que les animaux familiers qui peuplent nos maisons, chiens, chats, mais aussi de plus en plus ce que les vétérinaires appellent les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) sans limitation aucune d’espèces, complètent la cellule familiale en prenant une place grandissante auprès de l’homme. Le cheval, étant passé du statut d’animal utile employé au service de l’activité humaine, au statut d’animal de loisir et de sport, se voit de plus en plus accéder à la place d’animal de compagnie, les commodités de l’habitat et la taille de cet hôte mettant seules un frein à son accès au salon, sans pourtant l’interdire.

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