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Chevaux à l’abattoir : la « fraude à la retraite »

L'existence d'un véritable réseau mafieux, qui falsifie les papiers de milliers de chevaux réformés en Belgique avant de les renvoyer aux abattoirs français, a été révélée le vendredi 30 août. Au moins trois mille chevaux seraient concernés par la « fraude à la retraite ».

Différents témoignages isolés évoquent depuis des mois ces maquignons qui promettent une « paisible retraite » à des chevaux âgés, avant de les emmener à l'abattoir. Les témoignages n’étaient que l'arbre qui cache la forêt...

Cheval en retraite
L’abattoir au bout du chemin vers une prétendue retraite heureuse... © L.Bataille

La fraude n'est pas nouvelle : dès mars de cette année, alors que le scandale du remplacement de la viande de bœuf éclatait depuis un mois dans toute l'Europe, un maquignon sévissait du côté de Rethel, dans les Ardennes françaises. Il fait l'objet d'une plainte du centre équestre local : d'après nos confrères de l'Union, il a revendu deux chevaux de club âgés acquis pour 400 euros à « un abattoir du nord de la France ».  

Impossible de connaître le sort final de ces chevaux à l'époque, ni de savoir si leurs papiers ont été falsifiés. Le maquignon ardennais fait l'objet d'une surveillance des autorités françaises, l'enquête progresse jusqu’à une triste révélation... 

Le puçage électronique, présenté comme la solution contre les vols et les fraudes, ne protège pas si bien que cela…

La révélation d’un réseau d’escrocs bien organisé. Ils récupèrent gratuitement (ou pour un prix symbolique) un cheval âgé dont le propriétaire n'a pas les moyens de s'occuper, en lui promettant une belle retraite. Ces maquignons revendent ensuite les animaux à un abattoir, pour empocher le prix de la viande (et un bénéfice confortable). Plus les chevaux concernés sont nombreux et plus la sordide affaire devient rentable.

Les escrocs parviennent à embobiner propriétaires et gérants de clubs grâce à un discours bien ficelé (le maquignon de Rethel assurait récupérer des chevaux âgés pour « encadrer ses poulains »). Si l'ampleur reste à déterminer (les mises en examen se font attendre), le parquet de Marseille estime que sur les seules régions PACA, Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes, au moins 3000 chevaux seraient concernés. Un chiffre effarant.

Des vétérinaires véreux

Moins que l'ampleur de ce nouveau scandale, c'est « le risque sanitaire pour le consommateur » qui a poussé les médias français et belges à exposer l'affaire au grand jour : les chevaux interdits de consommation en raison de traitements médicamenteux (comme la phénylbutazone) ont vu leurs papiers modifiés par des vétérinaires véreux en Belgique. Que pèse la détresse des propriétaires, qui croyaient leurs équidés heureux et en bonne compagnie ?

La réaction des institutions équestres laisse songeur… Plutôt que de se précipiter sur la défense de la filière viande et la création d’un label « viande chevaline française » (dont les variantes régionales, « poulain laiton comtois », « poulains du Nord » et consorts, sont des échecs), ne vaudrait-il pas mieux venir en aide aux propriétaires trompés, et accélérer la mise en place du fichier centralisé qui répertorie les équidés de l'UE ? Le puçage électronique, présenté comme la solution contre les vols et les fraudes, ne protège pas si bien que ça nos compagnons... Les scandales s'accumulent autour de la viande de cheval et les victimes sont toujours les mêmes…

Une réflexion sérieuse autour d’un durcissement des sanctions, aussi bien en ce qui concerne la fraude à la fausse retraite que les actes de maltraitance ou les vols d’équidés (voir l’article paru dans Cheval Savoir en Mars 2013 sur les mesures à prendre pour se protéger des vols de chevaux), serait elle aussi la bienvenue…

Vers un troisième scandale, la triple peine de l’équarrissage ?

C’est une information d'apparence anodine, fournie par les abattoirs concernés par cette fraude dès le mois de mars : les chevaux « impropres à la consommation humaine » et certains de ceux que l'équarrisseur enlève (pour un prix souvent élevé) sont promis... à l'alimentation animale. Ils finissent en boulettes et en croquettes pour chiens et chats, ou en viande pour les zoos.

En dehors du choc et de la « triple peine » que représentent successivement la perte d’un animal, le règlement de l’équarrisseur et la connaissance du destin final de son compagnon, est-il normal que les fabricants de boulettes et croquettes n’indiquent jamais la présence potentielle de viande de cheval dans celles-ci ?

Bizarrement, de nombreuses marques de boulettes et croquettes « au bœuf » existent (au bœuf et non « pur bœuf »), mais aucune n'est étiquetée « au cheval ». Toute personne qui refuse l'hippophagie, quel qu’en soit le motif, devrait être en droit (et en mesure) de contrôler l'alimentation donnée à ses animaux domestique et d'en exclure la viande de cheval.

L'utilisation possible de la viande d'animaux malades (traités par médicaments) dans l'alimentation des chiens et des chats est un autre débat… Y’a-t-il un lien avec les problèmes de santé, type développement de tumeurs, que connaissent nos animaux domestiques lorsqu'ils vieillissent ? A ce jour, aucune étude ne semble s’être penchée sur la question.

5 commentaire(s) »

Brittia [invité] :
Le 05/09/2013 à 01h51

La viande classée impropre à la consommation humaine, par exemple en raison d'un temps d'attente médicamenteux non compatible (p. ex. une simple administration de Phénybutazone qui suffit à déclasser une carcasse) qui termine en alimentation pour chien/chat n'est pas du tout une nouveauté. C'est malheureusement un secret de polychinelle. Tout le monde le sait.

Idem pour les carnets d'identification, sur lesquels on peut cocher "animal non destiné à la consommation" (ou mention équivalente) : ok, le cheval ou poulain ne terminera pas dans une assiette humaine en France, MAIS : 1/ il pourra sans problème être abattu en Italie 2/ rien n'interdit qu'il finisse en pâtée/croquettes pour chien ou chats. Cette case qui pouvait nous sembler, en tant que propriétaire d'équidé, une sécurité pour l'avenir de nos compagnons est un leurre. Ça ne sert à rien de la cocher...

Par contre, si l'info est vérifiée, et d'autant plus depuis la privatisation de l'équarrissage et ses prix prohibitifs, il est SCANDALEUX qu'après avoir payé une somme importante pour l'enlèvement d'un corps, l'équarrisseur se permette de revendre la "carcasse" en filière petfood !!!

Bribro [invité] :
Le 06/09/2013 à 01h38

Merci pour votre article qui comprend notre position, notre chagrin d'avoir cru offrir une belle retraite à nos chevaux pour découvrir horrifies que ce maquignon de Rethel les avaient conduits à l'abattoir.
Ces sordides "faits divers" mettent en lumière les failles de la filiere, les duplicités de vétérinaires peu scrupuleux, l'existence d'un trafic qui dépasse nos frontières.
Il est certain que leur viande à été proposée à la consommation humaine. C'est grave.
Pour nous, propriétaires et centres équestres, il nous a fallu lutter et frapper à de (trop) nombreuses portes pour faire entendre nos histoires et rendre ainsi hommage à la mémoire de nos animaux. Et ce ne sont certes pas les instances "officielles" qui ont été les plus attentives.

Alors encore merci pour votre éclairage, et j'espère que vous nous accompagnerez jusqu'au bout, maintenant que les institutions judiciaires sont saisies.

nath [invité] :
Le 13/09/2013 à 23h53

lorsqu'on aime et lorsqu'on respecte un animal, on ne le vend pas pour 400 euros ni pour aucun autre montant pour lui offrir une retraite, à moins d'être assuré de sa destination, de s'y rendre et de visiter son cheval. Ce n'est pas un objet que l'on abandonne dans un pré avec des inconnus. Je ne comprends pas que l'on puisse faire confiance à des inconnus qui achètent votre cheval à bas prix!! Les gens sont naïfs. Notre société est truffée de mafieux et d’imposteurs de tous genres avec un seul objectif : l'argent.
Ce maquignon ardennais est certainement connu dans la région. Je suis effarée que les gens ne soient pas plus vigilants avec leurs animaux....ce maquignon aurait eu moins de facilité. Et je suis toujours écœurée que le nom de ce dernier ne soit pas placardé ! cette région est souvent victime de trafics d'animaux et il n'est pas rare d'entendre ça et là, un cheval ou un veau dépecé dans son pré...écœurant tout cela... La France manque de rigueur dans ce domaine. On est laxiste et les mafieux sont de plus en plus nombreux....

Melou [invité] :
Le 24/11/2013 à 21h49

Je doit faire un article sur l'abatoire des chevaux mais je sais pas vraiment quoi marquer pour-je avoir de l'aide ?
Moi personnellement j'adore cette animal , je trouve ça equerement qu'on puise leur faire autant de mal ......

Laurène [invité] :
Le 25/05/2016 à 01h34

C'est scandaleux, et à la fois pas étonnant lorsqu'on vit dans une société qui considère les animaux (en tout cas la majorité), comme des produits ou des ressources à rentabiliser. Quel dommage de ne pas plus se soucier aussi des millions d'animaux (vaches, cochons, poules, lapins, poissons...) qui sont tués chaque jour pour la consommation humaine et dont la vie compte tout autant. Vie que nous n'avons ni le besoin, ni la légitimité de prendre...

Article publié le 03-09-2013

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