Accueil » Médecine vétérinaire

Un cheval sage pendant les soins : la contention

Lors des actes vétérinaires ou des soins d’hygiène, il est indispensable de pouvoir agir efficacement, sans risques pour le cheval, le soignant ou l’entourage. Lorsque le cheval doit être immobilisé, il est parfois nécessaire de recourir à diversers formes de contention parfois très simples (tenir un antérieur), mais parfois plus complexes. La contention peut revêtir différents aspects, qui nécessitent un réel savoir-faire.

Nous parlerons aujourd'hui de la contention d'un cheval adulte debout. En effet, la contention du poulain, complexe, fera l'objet d'un prochain article, et la contention du cheval couché relève des techniques réservées aux vétérinaires.

Différents soins, mais aussi un simple examen, peuvent nécessiter l'immobilisation du cheval. Les anciens (1) utilisaient surtout la contention physique. Bon nombre de techniques décrites ne sont plus applicables de nos jours, du fait de l'apparition de la contention chimique d'une part, et du tempérament moins tolérant des chevaux de sport, d'autre part. Si le tord-nez est toujours utilisé, le "travail" avec système d'attaches est remplacé par la simple barre d'examen ou de soins, sans attache des membres. Les nombreux systèmes utilisant les entraves ne sont plus utilisés, sauf les entraves de postérieurs sur les juments au haras et chez les chevaux lourds.

La contention du cheval
Les anciens utilisaient essentiellement la contention physique : entraves et tord-nez (ci-dessus) et mise du cheval dans un travail (ci-dessous) © D.R
La contention du cheval

Choisir la contention adaptée

Malgré cette simplification apparente, la contention reste une préoccupation quotidienne du praticien et/ou du soigneur, qui doit se poser certaines questions : l'acte envisagé nécessite-t-il vraiment l'immobilisation du cheval ? Cette immobilisation impose-t-elle une contention ou non ? Si oui, quel type de contention envisager ? Physique, chimique ou combinée ? Quels sont les risques pour le praticien (2) , pour l'entourage, pour le cheval ? En cas de complication ou d'accident, que va-t-on reprocher au vétérinaire, sachant qu'il porte une double casquette au niveau de la responsabilité : celle de praticien et celle de gardien de l'animal. Et que cette responsabilité est renforcée en ce qui concerne la contention….

La contention du cheval
De nos jours, les possibiltés d'ajouter éventuellement une contention chimique permet une approche plus "soft" ! © D.R
La contention du cheval


La contention du cheval
Ce qui n'exclut pas certains débordements ! Rigueur et prudence restent donc toujours de mise... © D.R

Pour choisir la meilleure façon de s'y prendre, il convient de recueillir tous les renseignements utiles : le cheval a-t-il déjà eu e tord-nez, par exemple, et comment l'a-t-il supporté ? Cette question devra être posée à une personne qui connaît le cheval concerné (propriétaire, soigneur…) Sa réponse donnera de précieuses informations sur le passé du cheval, son comportement…mais aussi sur la technicité de cette personne qui va tenir le cheval !

Tester la tolérance du cheval

Pour le choix de la technique et l'évaluation des risques, il faut tester le degré de tolérance du cheval. Pour ce faire, on utilise d'abord la technique de la palpation. Celle-ci permet notamment de prendre contact avec le cheval (en essayant de rendre ce contact agréable pour lui).

Cette "prise de contact" par la palpation se réalise de la façon suivante : le praticien se positionne, en avant, et légèrement de côté de l'épaule gauche du cheval (5) .

Nous avons pour habitude de parler au cheval, mais à mon avis cela n'est pas déterminant. Ce qui est déterminant c'est notre tranquillité et surtout notre immobilité ; la main est apposée sur l'encolure ou sur le front du cheval, entre les deux yeux. Il y a des régions à éviter autant que possible : ce sont celles des flancs et du sternum. Les tapotements sont à éviter, la fixité de la main est essentielle.

La main posée à plat glisse alors doucement vers les sites anatomiques concernés. Une fois la main posée et immobile, on exerce une pression.

Ce test simple doit être fait sur le point du corps où s'exercera l'acte de soin, et sur celui où s'appliquera la contention.

Une fois la main posée à plat et immobile, on exerce une pression progressive puis maintenue. Le comportement du cheval nous informera alors sur son seuil de sensibilité, d'abord superficiel, puis, de façon légèrement retardée, profonde. Après quelques secondes, on relâche la pression, tout en maintenant la main fixe, puis on appuie d'une façon répétée plus rapide et plus intense, de façon à se rapprocher de la situation de l'acte envisagé (injection, mise en place du tord-nez)
Cette méthode est également utilisée comme étape préalable à un autre test de tolérance, qui consistera en une pression d'un doigt sur un point précis (pression digitée punctiforme).

Là encore, cette technique s'applique soit sur le point du corps à traiter, soit sur le point où s'exerera la contention. Les réactions du cheval seront enregistrées à toutes les étapes du test.
Dans tous les cas, cette pression digitée sera précédée d'un test de tolérance main à plat.

A l'approche de notre main sur le site à examiner ou à traiter, le comportement du cheval nous informe de la présence éventuelle d'un hyperesthésie cutanée (sensibilité exacerbée et douloureuse). Ce phénomène peut être absent lors de l'examen initial, et seulement déclenché par l'utilisation d'une sédation chimique (médicament du groupe des alpha 2 agonistes). Il convient donc de renouveler cette technique d'approche après la mise en place d'une contention chimique. Dans tous les cas, lorsque ce phénomène est présent, il faut éviter tout effleurement.
Le comportement du cheval nous informe alors du fonctionnnement ou non du "système de contrôle de porte". Selon cette théorie, les différents types de douleur et de sensations étant conduits à des vitesses différentes au cerveau, l'information qui a été véhiculée le plus rapidement s'exprime, mais bloque temporairement l'information suivante qui a été la plus lente. Lorsque ce mécanisme fonctionne, le cheval ne réagit donc pas à la deuxième pression digitée.

La contention du cheval
Pour un sondage naso-œsophagien le tord-nez est généralement utilisé d'emblée. © D.R

Lorsque ces manipulations sont effectuées sur un membre postérieur, il convient de le faire en tenant la queue du cheval comme il sera décrit plus loin.
A ce stade de la procédure, le vétérinaire ou le soigneur est en mesure de faire son choix : absence de contention, contention physique, contention chimique, ou contention combinée… Si l'objectif est jugé difficilement réalisable, ou avec trop de risques, on peut être amené à le différer ou à s'en passer.

Il reste alors à décider du moment oppportun pour la mise en oeuvre de la contention choisie. Ceci dépend des situations. Pour un sondage naso-œsophagien par exemple, le tord-nez est habituellement mis en place d'emblée, et durant toute l'intervention. Dans d'autres situations, on peut commencer par une technique de contention sécuritaire et compléter éventuellement par une technique de contention d'immobilisation ; c'est le cas pour une injection intra-articulaire au niveau d'un postérieur : dans un premier temps, l'on fait prendre un antérieur, puis éventuellement, dans un deuxième temps, si nécessaire, on met en place un tord-nez. Enfin, en ce qui concerne la chirurgie, c'est l'anesthésie locale et loco-régionale qui compte, ainsi que le savoir- faire du personnel. Le tord-nez n'est mis en place que pour des temps courts comme la réalisation de l'anesthésie locale, et les tranquillisants sont utilisés a minima, à la demande, et sous contrôle.

Tenir compte des caractères éthologiques

Le cheval est une proie, il perçoit bon nombre de situations comme dangereuses, et réagit en prenant la fuite, avec une grande aptitude à la vitesse. Ces particularités éthologiques rendent inenvisageable une suture cutanée chez un cheval accidenté sur une aire d'autoroute par exemple.

La contention du cheval
Le pincement de la peau de l'encolure est un moyen de contention simple qui peut faciliter les soins courants à l'écurie. © D.R

Le comportement du cheval face à la douleur se traduit par de l'agitation (7). Un cheval qui ne souffre pas est calme. L'analgésie (suppression de la douleur) quand elle est réalisable, fait donc partie de la contention. De même, il faut que les manipulations soient le moins contraignantes possible pour le cheval. Ceci amène à envisager deux types de contention physique : d'une part, celles qui sont peu contraignantes, et destinées à assurer notre sécurité (licol, chifney, tenue de la queue, tenue des pieds, barre d'examen). Et d'autre part, celles qui sont plus contraignantes, et destinées à immobiliser le cheval (pincement de la peau de l'encolure, tord-nez, entraves).

Prendre un pied chez un cheval difficile

Un exemple quotidien est la prise d'un postérieur chez un cheval qui donne mal ses pieds. Ces chevaux sont fréquemment porteurs d'arthropathie des membres, ou de lombalgie. La prise du membre s'accompagne d'une flexion, qui peut être douloureuse. De plus, la position du membre tenu haut et vers l'arrière est contraignante pour la région lombo-sacrale. L'immobilisation du membre postérieur de ces chevaux pour un acte thérapeutique peut donc être délicate.

La contention du cheval
On saisit la queue du cheval d'une main et on demande le pied de l'autre main. © D.R
La contention du cheval

Le protocole est alors le suivant : prendre la queue du cheval d'une main ; demander le pied de l'autre main, qui est positionnée au niveau du doigt du cheval, avec ou sans contact, mais sans prendre le membre. Dès que le cheval a soulevé son membre, on le " reçoit " dans les mains, en veillant à le tenir le plus bas possible et dans l'axe. Le membre est alors maintenu au niveau du doigt par une main, alors que l'autre main tient la pince du sabot. La tenue de la pince ne sert qu'à indiquer au cheval qu'il ne faut pas reposer le pied à terre. Notre instinct nous incitant à augmenter la flexion du doigt du cheval par une traction exagérée sur la pince, il s'ensuit chez le cheval qui a mal une réaction de retrait, puis de rejet. Il faut donc bien doser cette force de traction pour éviter la remise à l'appui, puis rouvrir très progressivement le doigt du cheval et de se positionner de façon confortable en élevant légèrement le membre et en le reculant modérément. Si la longueur de la queue du cheval le permet, on la maintient tenue dans la main qui est posée sur la pince. Du point de vue de la contention, l'immobilité du membre est ainsi obtenue par la main qui tient le doigt et la position de notre corps. La sécurité est, elle, assurée par la tenue de la pince et de la queue.

La contention du cheval
Même pour un antérieur, la tenue de la pince sert à indiquer au cheval qu'il ne doit pas reposer son pied. © D.R

Les chevaux de sport sont des animaux dressés et soumis. Ils sont en général, plus patients que nous. Ainsi des chirurgies de longue durée peuvent-elles être effectuées sur le cheval debout avec un minimum de contention comme c'est le cas pour le retrait de calculs vésicaux. Lorsque le cheval s'impatiente, c'est souvent qu'il y a une douleur dûe à l'intervention, ou que la contention est excessive. Dans certains cas, cette soumission dûe au dressage, peut être levée par l'effet désinhibiteur de la sédation. C'est notamment le cas chez des étalons de courses, apparemment calmes. Après la prémédication (sédation) en vue d'une chirurgie et avant l'induction anesthésique (anesthésie profonde) le cheval peut chercher à mordre ou à " paletter " des antérieurs.

«Ce sont les mouvements conjoints de notre corps et de nos bras qui induisent des réactions chez le cheval. Il faut donc décomposer nos gestes.»

Les chevaux sont particulièrement sensibles à nos déplacements et à nos mouvements. Tout se passe comme si les déplacements de notre corps sans mouvement de nos bras, (ou inversement des mouvements de nos bras sans déplacement de notre corps) induisaient peu de réaction. Au contraire, les mouvements conjoints de notre corps et de nos bras provoquent des réactions nettes. Ceci a une application directe sur la façon d'aborder les chevaux. Premièrement, il faut se positionner ; deuxièmement, s'immobiliser, et troisièmement, se servir des bras sans bouger le corps. Autrement dit, il s'agit de décomposer nos gestes. Ceci est déterminant pour la mise en place d'un tord-nez par exemple. Cette immobilité apparente nécessite de bien se placer (5) de se concentrer, et de rester vigilant pour pouvoir s'esquiver si nécessaire. La technique de décomposition des gestes évoque une présentation faite par un mime.
A ce propos, les comportements peureux, phobiques, et agressifs chez le cheval sont bien décrits dans l'ouvrage de McGreevy (3) et dans une fiche technique de la lettre de l'AVEF (4).
On retiendra aussi quelques critères d'évaluation des risques liés au comportement du cheval, notamment au box (voir encadré).

«Il faut observer et reconnaître les signes d'intolérance, précurseurs de défenses violentes.»

Durant la contention, il est nécessaire de connaître les signes d'intolérance, et d'en informer celui qui tient le cheval, avec une instruction précise de ce qu'il a à faire en cas d'intolérance.

La contention du cheval
L'aide doit se tenir à retirer le tord-nez dès que le praticien en donne l'ordre. © D.R

Avant la mise en place du tord-nez par exemple, le praticien précise à l'aide qu'il ne faut pas lâcher le tord-nez tant qu'il n'en a pas donné l'ordre, et que par contre, il faut l'enlever très vite dès que l'on en donne l'ordre. Lorsqu'un tord-nez n'est pas toléré, s'il est enlevé assez tôt : il y a un moment de " grâce " de quelques secondes, qui permet au praticien de sang froid de terminer son acte sans la contention. Les signes à ne pas manquer sont l'accélération de la respiration (polypnée), les tremblements musculaires, le faciès crispé, la transpiration, l'émission de bruits, la posture ramassée. Ces signes d'intolérance précèdent le coup de pied, le saut de mouton, la ruade, la levade, la fuite, tout ceci en fonction du tempérament du cheval.

1 Cadiot, P. J. et J. Almy (1924) - Traité de thérapeutique chirurgicale des Animaux Domestiques -(Troisième édition) Tome 1, Edit. Vigot - - Contention du cheval debout pages 9 à 20
2 Pasquet H., Denoix J.M. (2005) - Les accidents et dommages corporels des vétérinaires dans le cadre de l'examen de l'appareil locomoteur du cheval - poster - Proceedings Congrès AVEF Angers p. 465 et 466
3 Mc Greevy P. (2004)- Equine behavior - A guide for veterinarians and equine scientists - Edit. Saunders - 369 pages - Body language P151-157
4 Commission comportement, lettre AVEF n° 46 (2006) - 3ème trimestre, pages 9 et 10)
5 Defline Camille (1998) - Contribution à l'élaboration d'un carnet de clinique équine (orthopédie, chirurgie)- Thèse ENVL n° 118 (296 pages)- Abord/contention cheval debout pages 27 à 39
6 Desbrosse F. Scicluna C. (1991) - Tranquillisation du cheval debout - PVE Anesthésio, vol 23 n° 2, pages 33 à 52

Observer le cheval : d'utiles informations...

L'observation du cheval au box avant le soin s'avère très utile : cela permet de se faire une idée du tempérament de l'animal et de son état émotionnel. Un cheval qui s'approche de nous calmement est un signe favorable ; à l'inverse, le cheval qui se place dans un coin avec une posture ramassée nous posera des problèmes.
L'observation interactive du regard nous fournit pas mal d'informations. Le cheval qui baisse les yeux lors de l'échange du regard est en général du type soumis, celui qui nous regarde droit dans les yeux et vient chercher dans nos poches, en général, manque d'éducation, celui qui reste totalement indifférent est un cheval imprévisible. Celui dont la sclérotique est visible (œil blanc) a un état émotionnel soit de peur, soit d'hypervigilance.
La position de la tête et de l'encolure est aussi à prendre en compte, lorsque la tête est haute, et les oreilles pointées, c'est qu'il y a un éveil maximal des sens, la tête haute et l'encolure contractée sont un signe de peur, la tête encapuchonnée est une réponse à un contact désagréable et excessif, les oreilles plaquées vers l'arrière sont un signe d'agressivité, etc… Le port de la queue est à observer aussi : la queue plaquée entre les postérieurs avec une arrière main contractée et un bassin en flexion est un signe de peur, la queue plaquée avec un bassin en extension est un signe de soumission, de douleur ou alors simplement de protection contre le vent, le fouaillement de la queue n'est pas un signe de contentement comme chez les chiens, mais un signe précurseur de coups de pieds, de ruades, de sauts de mouton, etc. L'observation nous permet d'évaluer le risque. On peut ajouter que ce risque est augmenté lorsqu'on est placé devant un étalon (morsure, " coup de palette avec les antérieurs "), et derrière une jument (ruade).

La contention du cheval
Pose du nord-nez : MAL !
Ne jamais se placer devant le cheval, ni approcher la main (voir ici l'œil inquiet du cheval)
La contention du cheval
Pose du tord-nez : BIEN !
Se placer sur le côté gauche, avancer la main sur l'encolure, puis sur l'auge et arriver doicement à la commissure des lèvres pour poivoir saisir doucement la lèvre supérieure. Une fois le tord-nez en place, il faut rester sur le côté du cheval.

Attention !

Cet article s'adresse à des cavaliers, des soigneurs professionnels, des enseignants d'équitation, des élèves-vétérinaires. Nous attirons néanmoins l'attention sur le fait que l'administration de tranquillisants est soumise à la prescription, voire à la surveillance du vétérinaire. Par ailleurs, au yeux de la loi, les injections ne peuvent être faites que par l'homme de l'art ou une personne ayant reçu l'autorisation expresse du propriétaire du cheval (voyez dans ce numéro notre article sur la responsabilité civile pendant les soins).

Tous nos remerciements au Dr DESBROSSE qui a bien voulu nous fournir les illustrations de cet article.

Lisez le journal sans restriction :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier