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Le Trait italien et ses ascendances bretonnes

A la suite de l’article de Amélie Tsaag Valren paru dans notre numéro de septembre, l'un de nos lecteurs – très savant ! - nous a posé deux questions. Ces questions et les réponses de l’auteur étant d’intérêt général, nous les publions ici.

Questions de M. David B., Morbihan

Question 1

Des chevaux de Bretagne auparavant désignés sous le nom de Centre-Montagne, ont-il bien contribué à donner les chevaux de trait Italiens contemporains et les Hispano-Bretons ?

Réponse

Oui, ou du moins, cette information est répercutée par différents auteurs y compris Laetitia Bataille (dans Races équines de France, paru en 2008). Concernant le T.P.R (Tiro Pesante e Rapido, soit cheval italien de Trait Lourd et Rapide) le croisement avec le cheval Breton remonte vraisemblablement aux années 1910-1920. Les Italiens souhaitent créer une race de trait agricole efficace. Dans un premier temps, ils importent du trait belge. L'ennui, avec le belge – l'un des chevaux de trait les plus massifs et volumineux qui soient, doté de sabots larges - c'est qu'il est adapté à la culture des terres du Nord. Le sol italien n'étant pas de même nature, les chevaux obtenus à partir de belges étaient trop lourds et trop lents.

Le TPR
Le T.P.R., race italienne de trait lourd et rapide. Photo d'Annalisa Parisi, licence C.C. générique.

Les Italiens se sont tournés vers le cheval Breton, qui a l'avantage de s'adapter facilement aux climats chauds. Il est aussi plus petit, plus léger, et possède plus de « jus » que le trait belge. A l'époque, trois types de chevaux Bretons existent : le Trait, le Postier et le Centre-Montagne. Le Centre-Montagne est le plus petit (1,40 m en moyenne) et rustique des trois, c'est le descendant des vieux « bidets » du pays. Son mode d'élevage extensif sur la lande bretonne et dans les montagnes du centre correspond assez bien à ce qui est pratiqué en Italie à la même époque.

Des bretons de type postier ont certainement fait partie des chevaux exportés vers l’Italie dans les années 1920

Cela étant, je ne peux assurer que tous les chevaux mis en croisement sur le TPR soient des Bretons de type Centre Montagne, pour la simple raison que je ne connais aucun témoin fiable de cette époque. Les trois types de chevaux bretons sont enregistrés ensemble depuis 1927 - année de création du stud-book du TPR. Il est impossible de différencier un Centre-Montagne des deux autres types sur le papier – et donc impossible de le vérifier à partir d'archives écrites. Les témoins de ces échanges entre la Bretagne et l'Italie, s'il en reste, sont aujourd'hui très âgés. En toute logique, un étalon Centre-Montagne d'1,40 m aurait des difficultés pour saillir une jument belge d'1,65 m. Des chevaux bretons de type postier ont certainement fait partie des exportés depuis la fameuse gare de Landivisiau, d'où les éleveurs Bretons envoyaient leurs chevaux vers le monde entier.

Le T.P.R. est de nos jours plus grand et plus lourd, c'est en bonne partie parce qu'il a subi la sélection boucherie. A l'instar de ce qui s'est passé chez les races de trait françaises, elle a privilégié les animaux qui pèsent le plus sur la balance... ce même alourdissement a entraîné la disparition du Centre-Montagne parmi la race bretonne. Il est peu vraisemblable que des TPR descendants de Centre-Montagne existent encore de nos jours, ou du moins leur modèle n'a plus rien à voir avec celui des années 30 et 40. mais le TPR ressemble indéniablement au cheval Breton actuel : même robe alezane, même taille modeste, même morphologie compacte, mêmes balzanes et listes généreuses...

Pour l'Hispano-Breton, l'histoire est semblable. Si l'Espagne n'est pas un pays hippophage, elle exporte beaucoup de chevaux issus d'engraissement. Hélas pour lui, l'Hispano-Breton est devenu presque essentiellement boucher. Là aussi, si les descendants de Centre-Montagne ont survécu, cela n'a pu se faire qu'au détriment de leur modèle originel.

Question 2

Concernant les chevaux appelés auparavant Bidets du Morvan, pensez-vous qu'ils ont eu des descendants jusqu'à nos jours ?

Réponse 

Ces chevaux n'ayant jamais eu de stud-book et donc de papiers, il est impossible de le vérifier dans des archives. La disparition du bidet du Morvan est datée de la seconde moitié du XIXe (voir l'excellente étude de Bernadette Lizet, La Bête Noire). Je suis tentée de dire que non, les descendants de cette petite race locale sont à coup sûr tellement croisés de nos jours qu'il ne reste rien de leurs ancêtres.

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Article publié le 19-10-2013

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