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TVA : les sabots de la colère

Par Amélie Tsaag-Valren


N°47 Octobre 2013
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Lundi 11 novembre, de nombreux cavaliers (4000 selon les organisateurs) et 173 poneys ont défilé à Paris entre la Bastille et la République, pour protester contre la hausse de la TVA sur les activités équestres. Ils étaient un millier samedi à Dijon. Le mouvement est accueilli plutôt favorablement par les citadins, peu habitués à entendre les sabots résonner sur le goudron et les pavés. 

Les slogans fusent : "Non à la TVA, touche pas à mon dada", au milieu d'autres plutôt hostiles au gouvernement. A Paris, la municipalité a interdit le défilé des chevaux, n'autorisant que les poneys. Aucun incident n'est à déplorer, les CRS présents ayant plutôt constaté la bonne tenue des poneys de club en environnement urbain. Surprise à Dijon : deux poneys ont pris le tramway sous l’œil amusé des passagers...

Si la FFE soutient les revendications, elle a indiqué ce dimanche dans un communiqué son refus de s'associer aux manifestations. Le mouvement de la Horde Française, fort désormais de 18500 sympathisants sur Facebook, fait savoir que la lutte continuera sur le terrain, avec ou sans la FFE.

Affiche
L’affiche du mouvement des Insurgés. © D.R.

Au delà de la hausse brutale de la TVA, votée à la va-vite (lire notre article) contraire aux promesses du gouvernement en août, et des deux mois restant pour s'y préparer, d'autres raisons alimentent la colère de la communauté cavalière.

L'équitation n'est pas subventionnée

Contrairement à d'autres sports et loisirs comme l'athlétisme, le judo, le tennis ou encore le football, l'enseignement de l'équitation ne reçoit aucune contribution publique et repose intégralement sur les initiatives privées.

Nous étions passés d'une équitation militaire ou réservée à une minorité fortunée à une équitation accessible à tous. C’est ce qui risque de changer

Quand les municipalités investissent dans des stades, terrains de football et autres salles de sport permettant de les rendre plus accessibles, l'hébergement des chevaux reste entièrement à la charge des gérants de centres équestres ou de demi-pensions. Ou bien de leurs propriétaires. Trouver où construire les structures (manèges, écuries, paddocks...) n'est pas toujours facile. Une situation jusqu'alors compensée par le taux de TVA réduit sur les transactions d'équidés (jusqu'en 2013), les pensions et la pratique en club : pas d'aide de l'Etat égale moins de revenus pour l'Etat. Des mesures compensatoires permettant de réparer l'injustice créée par 13 points de TVA supplémentaires sont vivement attendues...

L'équitation s'est démocratisée grâce aux centres équestres

Si l'enseignement et la pratique de l'équitation en club sont loin d'être irréprochable, force est de constater que les 8000 centres équestres français ont permis, ces 50 dernières années, de démocratiser l'équitation d'une manière jamais vue. Nous sommes passés d'une équitation militaire ou réservée à une minorité fortunée à l'équitation accessible à tous. Ou presque. Cette accessibilité est un puissant atout pour notre milieu : tout comme un enfant qui n'a jamais eu l'occasion de tenir un pinceau a peu de chances de se découvrir un talent d'artiste peintre, celui qui n'a jamais pu monter à cheval faute de moyens ne risque pas de faire fructifier des talents de cavalier...

Manifestation
La Horde Française manifeste à Paris le 11 novembre. © D.R.

L'équitation sportive continue pourtant à souffrir d'un grand silence médiatique, en dehors des médias et publications spécialisés. Que l’on quitte Equidia, les sports équestres ont rarement droit de cité à la télévision. Ce malgré leur statut de troisième sport le plus pratiqué en France, très loin devant l'athlétisme et le rugby... Ces manifestations sont donc l'occasion de parler de notre pratique et de notre sport.

Elles permettent aussi de confronter les cavaliers aux non-connaisseurs du monde équestre. Si le mouvement est dans l'ensemble bien perçu, force est de constater que les vieux clichés ont la vie dure ! En premier lieu celui qui consiste à voir dans l'équitation "un sport de riches réservé à une élite aisée". "Passer de 20 à 23€ l'heure de cheval ne changera rien pour ces bourges", martèle un Parisien de mauvais poil.

Cette loi créera de la souffrance humaine et animale

Deux mois, c'est de l'avis général, beaucoup trop court pour permettre aux centres équestre de s'organiser. Et qui dit délai trop court dit casse. Au delà des aspects purement financiers, il est évident que ce nouveau taux de TVA créera de la souffrance.

Souffrance des enfants et adolescents à qui les parents, déjà en difficulté dans ce contexte de crise mondiale, ne pourront plus payer de leçons. Souffrance des propriétaires qui, face à l'augmentation des coûts de pension et demi-pension, devront se séparer d'un ou de plusieurs chevaux sans certitude qu'ils ne partiront pas dans le mauvais camion. Souffrance du personnel des centres équestres menacés de chômage. Et enfin, souffrance des chevaux eux-mêmes, car qui dit plus de frais de pension dit moins de dépenses d'entretien pour les propriétaires, moins de soins et plus de risques d'abandon. 

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Article publié le 14-11-2013

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