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La voie de l’équilibre : les demi-arrêts

L’entraîneuse finlandaise et cavalière internationale Kyra Kyrklund a l’habitude de dire que le demi- arrêt, tout le monde en a entendu parler, personne ne le voit jamais. En effet, un très grand nombre d’effets de rênes, d’actions de mains, de doigts, de coudes, de bras, de cuisses et de dos ont été définis par les auteurs, Maîtres et entraîneurs comme étant LE demi-arrêt ultime. A lire et à écouter ce que se dit ou s’est dit sur le sujet, la plupart des cavaliers finissent par en oublier à quoi il sert et à en avoir une vision très éloignée de ce qu’il est supposé être.

De même, la définition du demi-arrêt est souvent floue, confuse et dépend généralement des objectifs de celui qui la fait. Il est malgré tout souvent défini comme un signal pour prévenir le cheval que quelque chose va se passer, comme une transition, un changement de pied, une épaule en dedans.

Personnellement, je préfère m’en tenir à la définition première du mot faite par La Guérinière et qui, à mon sens, permet de bien saisir l’intérêt du demi-arrêt aussi bien que la manière de procéder pour l’enseigner au cheval et l’utiliser. Au final, le mot dit bien de quoi il s’agit : c’est la moitié d’un arrêt, un presque arrêt, qui va avoir les mêmes effets bénéfiques pour l’équilibre du cheval qu’un arrêt complet et va progressivement devenir de plus en plus discret, au point qu’il sera possible d’en tirer les bénéfices sans avoir à modifier le rythme de l’allure. Pour cela, néanmoins, il est nécessaire de bien comprendre comment effectuer une transition descendante correcte…

Comme les petits chiens

Si le travail de deux pistes est (notamment) un assouplissement des postérieurs, un moyen de les muscler, d’augmenter le contrôle des hanches et qu’il permet d’accéder à un rassemblé supérieur, l’outil premier qui nous mène vers l’équilibre et le report du poids vers l’arrière reste l’emploi des transitions descendantes. Celles-ci peuvent être effectuées entre les allures ou à partir d’une allure.
Pour visualiser une transition correcte, trois images. Celle d’un cheval en liberté qui arrive au galop face à la barrière de son pré et qui s’arrête de manière brutale, postérieurs en-dessous de lui, en reportant du poids sur l’arrière-main. Celle aussi des chevaux de reining (équitation western) ou de doma vaquera, qui s’arrêtent du galop en abaissant les hanches. Celle enfin des deux plateaux d’une balance et de leur dépendance, l’un montant lorsque l’autre s’abaisse et inversement. J’aime aussi donner à mes élèves l’image du petit chien qui s’assied pour regarder le visage de son maître.

Il est donc impératif que toutes les transitions descendantes, et particulièrement les arrêts, correspondent à un transfert du poids vers l’arrière, ou du moins à un rééquilibrage du cheval. L’exemple du cheval en liberté n’était donc pas choisi par hasard, il illustre bien le fait que naturellement un cheval qui s’arrête sans cavalier s’équilibrera de lui-même.
Toutes les défenses et pertes d’équilibre lors des demandes d’arrêt ou de transition descendante sont donc inacceptables, et doivent être corrigées le plus rapidement possible.
Sans ces transitions correctes, le travail effectué avec le cheval va à l’encontre du but recherché.

Les Allemands et leurs mots intraduisibles...

Beaucoup de termes équestres allemands sont impossibles à traduire en français car ils expriment une idée ou une sensation. Il en est un qui exprime une notion extrêmement importante, trop souvent inexpliquée et qui pourtant, lorsqu’elle est bien comprise, peut résoudre un grand nombre de problèmes d’équilibre. Ce mot, Durchlässigkeit, est traduit par Kurd Albrecht Von Ziegner comme « la qualité chez un cheval qui permet que les aides (principalement les aides de rênes) se propagent (le long du dos du cheval) et influencent l’arrière-main ». Ainsi, si le cavalier ferme ses doigts sur les rênes, cette action doit se propager le long de la nuque, puis du dos, du cheval pour provoquer un rééquilibrage sur les postérieurs. Il est donc hors de question que cette action provoque un raccourcissement de l’encolure, le creusement du dos du cheval ou, pire, son absence de réaction…

L’illustration extrême de cette idée est le piaffé. Celui-ci étant l’expression même du contrôle d’une impulsion supérieure, on voit bien souvent des chevaux résister fortement contre la main lorsque le cavalier tente d’augmenter l’impulsion ou l’encolure se raccourcir à l’extrême alors que le cheval n’engage pas ses postérieurs.

Dressage : les demi-arrêts
Dressage : les demi-arrêts
Dressage : les demi-arrêts
© Céline Brabant

Si j’ai déjà utilisé la dernière photo, il me semble que l’enchaînement de ces trois attitudes représente bien l’idée qui nous intéresse.

On voit sur la première image que le cheval est en déséquilibre, il a trop de poids sur les épaules et est appuyé sur les rênes. Résultat il jette le cavalier vers l’avant (notez la position de ses jambes) et, alors qu’il tente d’agir sur les rênes, c’est l’encolure qui se raccourcit et qui se « casse » (le milieu de l’encolure est le point le plus haut) mais les postérieurs ne s’engagent pas.

Sur la deuxième image, on peut constater la première phase de rééquilibrage. L’encolure n’est plus cassée mais toujours trop courte, le cheval présente un meilleur équilibre mais n’est pas encore engagé et le contact avec la main est encore trop important alors que le cheval qui piaffe devrait être dans un équilibre supérieur qui devrait permettre une descente de main complète.

Sur la troisième image, le cheval est réellement équilibré, les hanches abaissées et au maximum d’engagement dont il est capable à ce stade de son dressage. Il est en descente de main et si la base de sustentation (la distance entre les antérieurs et les postérieurs) est courte, la position de l’encolure, quant à elle, correspond au raccourcissement du reste du corps.

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9 commentaire(s) »

charly :
Le 25/02/2010 à 11h16

Chouette article. Toujours aussi agréable à lire. Bravo Pierre. ;)

laurence :
Le 26/02/2010 à 18h05

Aussitôt lu, aussitôt fait ! Quel plaisir d'avoir un vrai article didactique et concret, réalisable par tout cavalier et tout cheval.
Merci !

ladi :
Le 28/02/2010 à 19h24

Merci pour vos articles, toujours très attendus! Et si nous pouvions profiter parfois de vidéos pour illustrer certains gestes, certaines positions, ce serait super!
Jany

pierrebeaupere :
Le 01/03/2010 à 12h57

Merci pour vos commentaires...

Il est prévu de mettre des vidéos pour illustrer les articles, encore un peu de patience car j'y travaille. Je viens de déménager et de m'installer dans le Sud Ouest de la France et il me faudra encore quelques semaines pour m'adapter avant de pouvoir réaliser les vidéos. Je pense moi aussi que ce serait un énorme avantage de pouvoir profiter du format web pour illustrer les articles. Nous avons pas mal de projets et d'idées en rapport à cela, vous serez surpris...

Pierre.

mika :
Le 08/03/2010 à 02h53

Un petit mot pour féliciter Pierre de la qualité et de la clarté de ses articles. C'est un vrai plaisir de te lire.
J'ai hâte de voir ce que donneront les vidéos pour compléter les explications "texte & photos".

windy :
Le 10/03/2010 à 13h22

très très interessant, je vais mettre en application, un plus avec mes cours particuliers de dressage.

soffad :
Le 10/03/2010 à 19h27

Je retrouve beaucoup de ce que j'ai aimé apprendre (a part les actions de mains "basses" au niveau du garrot aux quelles je souscris moins...)
Les articles de Mr Beaupère sont precis et clairs..ce qui n'est pas toujours le lot de beaucoup de "pédagogues".
J'aime particulièrement la minutie, l'échalonnement des demandes d'actions donnés aux jeunes chevaux (et aux élèves débutants) dans cet enseignement.
Prennez votre temps..je suis pressé comme disait M.de Talleyrand !

Merci a la rédaction pour le choix des articles et des intervenant.

charly :
Le 12/03/2010 à 23h06

J'ai hâte de reprendre de nouveau pinceaux et écolines pour illustrer tes articles Pierre...

fran :
Le 14/03/2010 à 00h33

un vrai bonheur cette chronique !

Article publié le 17-05-2009

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