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Viande de cheval : nouveau scandale

Un scandale d’une ampleur plus grande que celui des lasagnes vient d’éclater : ce sont cette fois des chevaux utilisés par des laboratoires pour produire des vaccins et sérums qui ont été introduits frauduleusement dans le circuit alimentaire. Vingt-et-une personnes sont en état d’arrestation. Ce démantèlement est bienvenu, mais il met en lumière la persistance des trafics sur la fin de vie des équidés, et appelle à nouveau une réflexion sur les coûts de l’équarrissage…

Si nous aimons que les chevaux fassent l’actualité, nous nous serions bien passés de ce nouveau scandale impliquant les équidés des laboratoires pharmaceutiques Sanofi Pasteur.
Des chevaux utilisés pendant trois ans en laboratoire pour produire des anticorps et des vaccins ont été revendus à des marchands, et ont terminé leur vie dans la filière alimentaire humaine, après falsification de leurs livrets. Vingt-et-une personnes qui organisaient cette fraude sanitaire sont en état d’arrestation.

Viande bovine ou viande équine
Viande bovine ou viande équine : au consommateur de faire un choix désormais dicté par la simple prudence. © L.Bataille

L’affaire des lasagnes en février dernier avait suscité une émotion et une colère bien compréhensibles – la communauté cavalière attend d’ailleurs toujours les excuses des responsables. Cette nouvelle affaire met en lumière, une fois de plus, les limites du système d’identification des équidés en France, pourtant réputé être « l’un des plus performants en Europe ». De toutes parts, des fraudes pour faire abattre les chevaux non-désirés et déclarés impropres à la consommation sont signalées. Ce « coup de filet » bienvenu ne représente hélas qu’une prise dans un océan de magouilles…

Des vétérinaires complices, en France et en Espagne, « blanchissent » ces équidés qui sont ensuite vendus au prix de la viande, avec un bénéfice confortable

Tout a commencé par le signalement de viande de cheval suspecte dans un abattoir de l’Aude, et une lettre anonyme accusant le gérant de La Narbonnaise des viandes. L’enquête dure deux ans et aboutit à vingt-et-une arrestations dans onze départements du Sud de la France. Ce nouveau trafic est rendu possible, comme dans l’affaire de la « fraude à la retraite », par la falsification des documents d’identification des chevaux en passant par d’autres pays européens (en l’occurrence, l’Espagne). La tête pensante de cette fraude est vraisemblablement à Narbonne.

Le laboratoire Sanofi Pasteur revend ses chevaux de laboratoire tous les trois ans – délai au-delà duquel ils produisent moins d’anticorps. Ils sont, « par mesure de sécurité », déclarés impropres à la consommation, et cédés pour une dizaine d’euros « à destination des loisirs ». Un marchand les récupère. Le groupe Sanofi s’estime « trompé », et assure ne pas avoir eu connaissance des pratiques pour le moins douteuses de ses acheteurs. Il a annoncé son intention de porter plainte.

Une TVA à 5,5 % sur les chevaux de boucherie !

Les chevaux sont ensuite privés de leur puce par les malfaiteurs, et envoyés en Espagne, où ils se voient munis de nouveaux papiers d’identification vierges grâce à l’aide d’un informaticien faussaire. Des vétérinaires complices, en France et en Espagne, « blanchissent » ces équidés qui sont ensuite vendus au prix de la viande, avec un bénéfice confortable… Les malfaiteurs impliqués revendaient manifestement aussi des chevaux de club ayant reçu des traitements médicamenteux (antibiotiques, anti-inflammatoires...) donc illicites à la consommation, grâce à la même technique. La fraude aurait duré de 2010 à 2012.

La retraite des chevaux
La retraite des chevaux : un leurre dans de nombreux cas... © L.Bataille

Il est plus que temps d’engager une véritable réflexion autour de la fin de vie des équidés. La hausse de la TVA sur les ventes a aggravé la situation, puisque seuls les chevaux destinés à la boucherie bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5%. Autre facteur régulièrement pointé : le coût de l’équarrissage, qui dissuade très fortement l’acquisition d’un équidé vieillissant.

Le prix de cession de ces chevaux par Sanofi – une dizaine d’euros – prouve hélas qu’en dépit de toutes les bonnes intentions, adopter un cheval réformé relève du sacerdoce. Que faire d’un équidé en fin de vie, qui engendre des frais vétérinaires, des coûts de maréchalerie, et coûtera encore après sa mort – 250 à 500 euros pour le passage de l’équarisseur ? La voie est grande ouverte pour inciter à la fraude, les affaires révélées tout au long de cette triste année 2013 viennent nous le rappeler…

L’utilisation des chevaux en laboratoire 

L’utilisation de chevaux par les laboratoires pharmaceutique est peu connue, mais bien réelle : comme les bovins, ils sont surtout employés pour « fabriquer » des anticorps. L’animal est vacciné – ce qui provoque une réaction de son organisme par la création d’anticorps dans le sang. Le liquide est extrait, les anticorps avec lui. Une fois traité, ces anticorps équins deviennent des produits pharmaceutiques… pour les humains ! Les chevaux de Sanofi Pasteur, concernés par cette nouvelle fraude, étaient employés à la production de sérums antirabiques, antitétaniques, et anti-venins.

2 commentaire(s) »

nathmax :
Le 19/12/2013 à 22h01

Encore un scandale mais en France, on est toujours "trop lent à la détente"
pourquoi fait t'on encore confiance aux marchands de chevaux qui, par définition doivent faire de l'argent. Il est évident que ces derniers vont trouver des filières très économiques et vont sauter sur la première faille du système donc NON au statut de marchands, NON à l'equarissage (nous devrions avoir le droit de disposer du corps de notre animal, NON à la puce électronique qui ne sert à rien(la preuve en est faite) et NON à l'Europe qui ne fait que cautionner ces dérives....

line :
Le 25/12/2013 à 21h42

Cette affaire n'est pas à l'avantage du laboratoire. Ces chevaux les ont servis. N'ont-ils pas le droit de mourir dignement ? Cher me direz-vous ? Pour de tels labos ? J'hésite entre le rire et le pleur !
Line

Article publié le 17-12-2013

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