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La protection du cheval en 2013 : des avancées ?

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°49 Déc/Janv. 2014
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L’année 2013 a mis sur le devant de la scène de nombreux et graves problèmes de protection animale. Cheval Savoir, qui depuis sa création, s’est investi totalement dans la protection du cheval, a traité durant l’année écoulée ces nombreux sujets... Nous avons jugé utile de faire ici une récapitulation de ces articles, afin de pouvoir y revenir et se mobiliser – notamment via les réseaux sociaux - pour que 2014 soit, pour les chevaux, une année meilleure.

L’année écoulée s’est révélée très chargée en termes de protection animale : multiples fraudes à la viande, condamnations et scandales en série chez les sportifs de haut niveau (endurance et dressage en particulier), affaires de dopage et d’euthanasie, questionnement sur les agissements des chasseurs, propositions de lois pour faire évoluer le statut juridique du cheval, controverses autour du loup… et une fin d’année qui laisse présager le pire, avec la fameuse équitaxe.

Protection animale
© joda - Fotolia.com

Fraudes à la viande

L’hippophagie, toujours controversée dans de multiples pays, a tristement ouvert l’actualité équestre. Dès janvier 2013, l’affaire des hamburgers « au cheval » outre-Manche choque les Britanniques et les Irlandais, ouvertement non-hippophages. Le 7 février, l’ampleur européenne de ce scandale touche de plein fouet la France suite à l’analyse des lasagnes Findus… 100% cheval ! L’enquête progresse, des produits alimentaires sont retirés de la vente. Malgré les déclarations rassurantes quant aux risques sanitaires liés à cette viande frauduleuse venue de Roumanie, les révélations tombent en cascade jusqu’à la mise en examen officielle de la société française Spanghero. La majorité des pays européens est impliquée. Les analyses menées par la suite n’ont pas révélé énormément de fraudes. Mais il est évident que ces contrôles menés trop tardivement ont laissé aux coupables le temps de s’organiser…

La Rédaction de Cheval Savoir, révoltée par la possible consommation de viande équine par des personnes non-hippophages à leur insu, avait demandé des excuses aux industriels responsables. Une demande qui reste toujours sans réponse, un an après…

Le trafic de chevaux de boucherie à partir de l’étranger suivait un hallucinant circuit jalonné d’horreurs en cascade

Il n’a pas fallu longtemps pour que les agissements criminels de certains « professionnels » refassent l’actualité. Dès mars, un maquignon ardennais est soupçonné de « faire son beurre » en achetant des chevaux de réforme à bas prix sur la promesse d’une retraite heureuse, pour les revendre ensuite aux abattoirs… l’affaire n’éclate réellement que le 30 août, où il est question d’au moins 3 000 chevaux abattus frauduleusement dans toute la France, y compris avec des triches sanitaires. La première réaction des instances officielles, …FNC et FNSEA notamment, a été de plancher sur la création d’un label « viande chevaline française » visant à « rassurer le consommateur » !

Hamburger au cheval
Lorsque le doute était encore permis... Espérons que les scandales qui ont éclaboussé l’année 2013 permettent de faire cesser certains abus. © D.R.

Evidemment, cela n’a pas suffi à calmer les fraudeurs, puisqu’un troisième scandale d’ampleur éclate début décembre, avec la révélation du triste sort des chevaux des laboratoires Sabofi-Pasteur. Interdits à la consommation humaine, ils sont pourtant revendus à des maquignons, puis aux abattoirs, après falsification de leurs puces et de leurs papiers. Les vingt et une arrestations dans le Sud de la France laissent présager des tricheries généralisées dans tout l’hexagone… et l’équitaxe va aggraver la donne.

Dressage : le jeu de massacre continue…

Les abus dans le milieu du sport ne sont pas en reste. En dressage, la cavalière allemande Ulrike Prunthaller est condamnée à... seulement 4 000 euros d’amende (6 000 pour son entraîneur complice) et neuf mois de suspension, une peine bien légère pour les abominations commises sur ses chevaux ! Cailloux sous la muserolle, chocs électriques avec un pistolet de type « taser »... son étalon de 14 ans, Harvard, a subi une véritable torture…

Mais Prunthaller n’est que l’arbre qui cache la forêt : elle a payé pour tous les autres. Les témoignages révélés dans le monde du dressage sont édifiants. Cheval enfermé dans le noir complet pendant une semaine pour être plus brillant sur la piste de concours, monture mise au box durant une nuit entière avec en enrênement qui lui colle le nez dans le poitrail, utilisation d’éperons électriques, entraîneur qui soumet les chevaux difficiles en les promenant en van sur des routes sinueuses pour qu’ils se cognent dans des fils électriques à chaque tournant…

Si le rollkur, autre pratique de dressage forçant les chevaux à mettre le nez dans le poitrail, a fait l’objet d’une interdiction un peu « molle » par la FEI en 2010, les Suisses ont eu l’intelligence de le bannir officiellement grâce à une loi examinée en octobre 2013 et mise en application pour janvier 2014. Cheval Savoir s’investit depuis des années contre le rollkur, nous saluons tout particulièrement nos voisins suisses pour cette courageuse initiative.

Dossier juridique : en France, ça n’avance pas…

Les Suisses sont décidément très investis pour la protection du cheval, puisqu’ils interdisent aussi… la coupe des vibrisses, ces poils tactiles situés autour des naseaux (un « toilettage » qui continue d’être pratiqué en France en privant les chevaux d’importants organes sensitifs), et le barrage à l’obstacle depuis janvier 2014.

En France, malgré l’ouverture de débats concernant le statut juridique du cheval, toujours assimilé à un « bien meuble », et une proposition visant à le faire passer au statut d’animal de compagnie, portée par la fondation Brigitte Bardot, le débat n’a pas avancé d’un pouce. La proposition de classement en animal de compagnie ne pose d’ailleurs pas les bonnes questions. Interdire la revente des chevaux pour la viande entraîne des effets contraires à ceux espérés, comme en témoigne l’exemple de la fermeture des abattoirs américains : cela ne ferait que déplacer le problème vers la Belgique, l’Espagne ou encore l’Italie.

Equitaxe
Qu’il ait ou non le statut d’animal de compagnie, le cheval, passe en général trop de temps au box et a droit a une retraite heureuse... loin des abattoirs. © D.R.

La demande d’une véritable réflexion autour du coût de l’équarrissage (prohibitif, il dissuade l’acquisition d’un équidé âgé et pousse aux reventes à l’abattoir) ou encore la légèreté des sanctions pour maltraitance animale et acte de cruauté, reste sans réponse.

Agissements des chasseurs

Concernant les actes de cruauté, vous avez été nombreux à partager l’article concernant les problèmes liés à la chasse. Les accidents de chassent émaillent l’actualité équestre de sanglants accidents chaque année, mais les deux abattages d’équidés au fusil en octobre 2013 sont des actes volontaires et… impardonnables.

Des actes qui poussent à se questionner sur l’impunité dont bénéficient trop souvent les auteurs de ces barbaries au fusil. Les instances officielles de chasse les condamnent, mais comment des individus capables d’abattre de sang-froid un animal innocent peuvent-ils se voir délivrer des permis de chasser ? Une question qui semble déranger les instances officielles…

Cette année a vu passer deux propositions de loi visant à interdire la chasse à courre, en mai puis en octobre à l’initiative du sénateur écologiste Jean-Vincent Placé. Des demandes restées sans suite, mais qui d’après certains élus, notamment écologistes, sont « très révélatrices de l’influence du lobby de la chasse en France ».

Scandales et dopages en série

Avec le dressage, l’endurance est la discipline équestre qui a fait le plus parler d’elle… en mal. Le Mondial junior 2013 à Tarbes s’est révélé un vrai désastre, avec notamment l’euthanasie d’Eclipse, victime de fractures de fatigue. De plus en plus, des chevaux meurent dans la nuit qui suit la course parce que leur organisme n’est plus en mesure d’évacuer les molécules que l’on a mises dans leur corps… Le nombre alarmant de dopages et de chevaux morts post-compétition révèle aussi l’existence d’un certain conflit culturel entre les cavaliers d’Occident et ceux du Moyen-Orient : l’endurance tourne au concours de virilité et se limite à des conflits de cour d’école…

Endurance
L’endurance a été très souvent sur le devant de la scène en 2013 : de nombreux abus ont terni l’image de cette discipline pourtant très contrôlée. © L.Bataille

En septembre, quelques jours avant le grand rendez-vous des Etoiles de Pau, le célèbre cavalier de concours complet néo-zélandais Jonathan Paget est mis à pied pour dopage à la réserpine de son cheval Clifton Promise (le cheval de l’australien Kevin McNab est également contrôlé positif à la réserpine).

Multiplication des vols

Les affaires de vols et d’actes de cruauté sur des chevaux au pré (qu’ils soient commis ou non par des chasseurs) nous ont elles aussi interpellés en 2013. Les vols peuvent aussi concerner, en plus des chevaux eux-mêmes, le matériel équestre laissé à l’extérieur. Face à cette situation, les gendarmes contactés par nos soins donnent toujours la même réponse : « Seule la vidéo-surveillance est à la fois dissuasive et efficace ». Faut-il mettre une caméra derrière chaque équidé, ou mener sereinement une réflexion en profondeur sur les causes et l’origine de ces vols ?

Les attaques des loups

La présence du loup représente un dossier difficile… Mi-octobre, la mort d’un cheval de Mérens adulte sous les crocs d’une meute de loup a fait réagir. Le mode d’élevage transhumant des chevaux de Mérens (race d’ailleurs menacée), pour ne citer qu’eux, est remis en question par la présence du loup. Si le nombre de loups en France reste faible, et les attaques rares, elles posent de nombreux questionnements. La présence du loup pourrait mettre en péril les élevages extensifs de chevaux rustiques – élevages par ailleurs très respectueux des besoins du cheval, tout particulièrement dans le sud-est.


La rédaction de Cheval Savoir s’est investie toute l’année en faveur du respect, y consacrant notamment un édito, sous forme de réflexion sur les conditions de « détention » du cheval. Elle se penche aussi sur la condamnation de Thomas Menant, très médiatique éleveur de l’émission télévisée « L’amour est dans le pré », qui a laissé mourir l’un de ses chevaux sans le soigner. 

L’année 2013 s’est achevée sur une actualité chargée de menaces, avec l’équitaxe, et Cheval Savoir a souligné maintes fois les risques collatéraux de cette fiscalité étrangleuse, pouvant entraîner des abandons de chevaux.

La mise au grand jour, au cours de l’année 2013, de nombreux dossiers, notamment les fraudes à la viande, le transport des chevaux de boucherie et les abus de certains cavaliers, aura eu le mérite de révéler ce qui était soigneusement caché, et peut-être faire ainsi avancer la protection du cheval. Nous espérons y avoir contribué par la publication de tous ces articles et enquêtes. Mais le combat est loin d’être gagné et la vigilance doit rester constante. La mobilisation de chacun, notamment par le biais des réseaux sociaux, ne doit pas se relâcher.

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2 commentaire(s) »

sandrine [invité] :
Le 16/01/2014 à 10h33

si on parle de protection des chevaux, va-t-on un jour s'occuper de tous ces chevaux de course qui meurent sur les hippodromes ou quelques heures après ?
Je pense que le lobbying est majeur mais l'horreur y est tout autant surtout en ce moment avec les meetings d'obstacles

aurélia [invité] :
Le 16/01/2014 à 18h18

Votre article a remis sur le tapis une barbarie inimaginable, qui n'est autre qu'inacceptable. Mais malheureusement tant que les sanctions ne seront pas à la hauteur des actes et que surtout le bien être du cheval ne sera pas obligatoirement respecté cela ne cessera pas. Il faudrait qu'en France et ailleurs en complément de l'enseignement à l'équitation on apprenne aux cavaliers en herbe COMMENT fonctionne le cheval et de quoi il a réellement besoin !! l'éthologie commence à apporter ceci mais elle est malheureusement elle aussi devenu une "boite à fric" et n'est que rarement bien enseignée.. Le a t'il besoin d'un boxe, d'une couverture, et de protection pour être bien ? ou a t'il besoin de liberté de grand espaces d'autonomie avec ces congénères et surtout de complicité sans violences avec son cavalier ? Si tout ceci était enseigné et enfin respecté le cheval serait d'autant plus performant..Alors oui je voudrais mettre en Avant cette ignorance, cette bêtise humaine, cette égoïsme de la compétition qui focalise les cavaliers sur leurs résultats leurs performances et qui en oubli leur passion pour un animal si généreux.

Article publié le 15-01-2014

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