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La « maigreur » du cheval d’endurance

A la suite de polémiques lors du CEIO*** qui a eu lieu récemment à Compiègne, nous avons voulu faire le point avec notre spécialiste de l’endurance Yves Riou. Sans complaisance et avec le regard de l’homme de cheval, il analyse les faits et les met en perspective en fonction de l’état souhaité pour tout cheval confronté à un travail de fond : son éclairage est valable aussi pour le complet et même la randonnée.

Les polémiques faisant suite à la course de Compiègne nous ont amenés à réfléchir sur l’état du cheval d’endurance, sujet rarement abordé.

Les études statistiques réalisées par Maison Alfort mettent en lumière une relation entre le poids d’un cheval et ses chances d¹être classé sur une compétition d’endurance. L’excès de poids est très pénalisant.
Ceci dit un cheval ne doit pas être squelettique pour participer à une compétition !

En ce qui concerne les photos récemment publiées sur Facebook d’une jument très maigre, l’image dite « en contre jour » ne peut servir de référence pour un jugement sur l’état de cette jument.

L’endurance
L’endurance, un sport exigeant où la protection du cheval doit être la principale préoccupation. © L.Bataille

Sur les photos publiées dans Facebook à la suite de cette polémique, la première image montre cette jument très fit, c’est à dire avec le strict minimum, mais prête pour courir. Cela n’implique pas une mauvaise préparation à la compétition. Cette jument peut avoir réuni de réels moyens pour finir dans de bonnes conditions et sans maltraitance.

Le vétérinaire doit mettre des mots sur son ressenti, utiliser des valeurs numériques pour exprimer ses constats et justifier sa décision

Elle se trouve cependant fragilisée...

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11 commentaire(s) »

educaval :
Le 31/05/2014 à 14h26

Il est essentiel de faire la différence entre l'état d'embonpoint d'un cheval et son état musculaire. La photographie, à l'origine de nombreux commentaires sur les médias sociaux, montre un cheval dont on voit les côtes, ce qui peut peut être s'accepter pour un sportif, mais surtout un état de démusculation inadmissible pour un sportif. Et que l'on ne vienne pas dire qu'un cheval peut perdre X kilos dans ce type de compétition:qu'il perde de l'eau, qu'il puise dans ses réserves énergétiques ou de graisse, d'accord. Mais qu'il se démuscle vient d'une gymnastique mal conduite.......ou alors je n'ai rien compris à l'entraînement sportif d'endurance!

vivi :
Le 31/05/2014 à 22h08

Vous avez déjà vu des marathoniens? Vous les croiseriez à la plage, vous ne penseriez peut-être pas que ce sont des sportifs de haut niveau!

educaval :
Le 31/05/2014 à 22h28

Les marathoniens sont secs , mais musclés. Ici, on a un cheval maigre et démusclé. C'est du moins ce que semble montrer la photographie.

dragonelly :
Le 09/06/2014 à 02h52

Je vois également un cheval squelettique, pas un cheval "fit".
De plus, il n'y a aucune différence entre la première et la seconde photo.
Sur un cheval "fit" : oui on voit les côtes et les muscles... Là on voit les côtes est un grand vide au niveau du dos, là où nous devrions voir des muscles...
Cette jument est clairement trop maigre et a même du métaboliser les protéines de ses muscles (car n'ayant pas de graisse) pour que son organisme puisse continuer à fonctionner normalement.
A la lecture de cet article, il semblerait que certains compétiteurs profitent d'une lacune dans le règlement (les vétérinaires ne pouvant intervenir sur ce genre de cas) pour faire courir des chevaux de plus en plus légers afin de gagner en performance sur du très court terme au détriment total de la santé de leurs chevaux :(

anne :
Le 15/06/2014 à 12h05

moi aussi, je vois un cheval plutôt squelettique que "fit". En tant que médecin je vois parfois des marathoniens et s'ils n'ont pas vraiment 1 g de trop, leurs muscles sont bien là!
L'endurance devient vraiment très problématique:
voir par exemple:
www.cavadeos.com (lettre ouverte des vétérinaires )
et ceermp.org

yann :
Le 17/06/2014 à 23h06

Effectivement l'endurance pose problème selon la culture dans laquelle elle est pratiquée.
En occident la relation affective au cheval nous conduit à protéger de tous les excès et à anticiper toute souffrance exagérée. Dans ce contexte, cette jument doit être perçue comme maigre et il est effectivement possible de porter un jugement négatif sur sa préparation.
Ceci dit le fait de voir les côtes sur un cheval d'endurance de haut niveau et bien préparé ne signifie rien de péjoratif.La masse musculaire n'est pas nécessairement imposante et je perçois une différence entre la photo du trotting initial et celle du lendemain.
L'évolution me semble manifeste et dans un contexte européen, cette jument aurait été arrêtée spontanément par son équipe.Que s'est-il passé pendant la nuit ? Tout est possible ! je dis bien tout est possible même ce que je n'ai pas avancé jusqu'à présent car il n'est pas raisonnable d'accuser sans preuve. Il est certain que cette jument n'a pas été protégée...je me limiterais à cette affirmation.

Dans un contexte moyen oriental, la souffrance n'est pas prise en compte comme chez nous, surtout dans les milieux nomades. Carl Raswan, dans "Moeurs et coutumes des bédouins - Payot - 1936" écrit laconiquement : "Un animal qui lors de la transhumance, reste en arrière ou est éclopé n'est pas toujours abattu...ces règles sont naturellement la cause de cruautés inouïes ! Combien de fois ai-je vu des animaux "échoués", déjà entourés et convoités par les vautours et les chacals, et auxquels j'ai donné le coup de grâce "....Le comte Wenceslas Rezwuki de même, évoque cette indifférence à l'égard de la douleur, même entre êtres humains, dans son récit de voyage en orient dans les années 1818 et 1819...Les faits ne sont donc pas nouveaux !

La relation au cheval en orient est différente de la nôtre. Le cheval fut d'abord le moyen du djihad dès le début de l'hégire. Il était un outil de survie ou de victoire au combat. Dans cette occurrence, il devenait alors moyen de prestige. C'est ce qu'il est resté ! Seule compte la victoire et le prestige du vainqueur ! la vie ou la mort du cheval qui a permis cette victoire est secondaire.
Dès les début de la motorisation son élevage a très rapidement périclité (à partir de 1880) puis quasiment disparu au moyen orient à partir des années 1930. Car l'automobile répondait à ces fonctionnalités de façon plus efficace. L'attachement naturel au cheval au moyen orient reste vivant mais sporadique.

Ne nous voilons cependant pas la face, nous avons tués plus de 10 millions de chevaux en Europe occidentale lors de la première guerre mondiale !

Dans le cadre d'une course internationale comme Compiègne les deux cultures se côtoient et sont concurrentes. Elles n'adoptent pas les mêmes stratégies pour gagner ou même aller au bout.Le moyen oriental ne comprends pas nos règles et notre sensibilité. Elles sont perçues comme des obstacles pour l'empêcher de vaincre.
L'européen ne supporte généralement pas la maltraitance et l’absence de
considération à l'égard du cheval. la méthode bédouine est perçue comme déloyale.

Il est certain que des instances telles que FFE et FEI, dont le concept même est de montrer du doigt celui qui est le plus fort, le plus vite, le plus loin...dans le cadre de règles dites sportives, n'ont aucune aptitude à gérer la finesse de nos sensibilités et les variables de notre relation au cheval.
Ces instances internationales n'ont pas conscience et ne peuvent tenir compte du fait que l'endurance européenne va au delà de la notion de sport, car son propos au delà la victoire constatée administrativement, consiste à la mise en œuvre commune des moyens physiques et psychiques de l'homme et du cheval pour atteindre, dans un parfait accord*, l'objectif auquel on s'est préparé ensemble !
* au sens musicologique du terme !
Dans ce contexte, d'écoute sensible et de respect mutuel, la souffrance du cheval est immédiatement perçue par le cavalier, qui n'envisage pas autre chose que protéger et soigner son partenaire.

Yves Riou.


educaval :
Le 17/06/2014 à 23h27

Peut-on comparer la civilisation occidentale et l'orientale et leurs rapports avec l'espèce chevaline? Je ne crois pas. Pour nous occidentaux, le cheval a aussi été il n'y a pas si longtemps un compagnon d'armes et noies en avons laissé beaucoup sur les champs de bataille. Aujourd'hui le rapport au cheval est différent et les codes qui régissent les disciplines équestres sont ceux du pays où on concoure. Donc, étant en France, respectons le cheval comme le font tout occidental!Et je ne crois pas me tromper en écrivant qu'il y a certains pays dits non industrialisés et sous développés, où le respect du cheval est plus grand que dans nos pays dits modernes.
Pour en revenir au cheval sur la photographie, il faut, et là je me répète, faire une différence entre un cheval sec mais fit dont on peut entrevoir les côtes (que l'on peut qualifier de maigre) et un cheval auquel il manque la masse musculaire de base pour supporter un cavalier et les épreuves qu'on lui fait subir.
Eq
uestrement, yves Katz.

dragonelly :
Le 18/06/2014 à 00h05

Je crois qu'au lieu de se poser la question de savoir si c'est dans la culture occidentale ou orientale d'utiliser le cheval comme un simple outil au détriment total de son bien-être, il faut se poser la question si cette utilisation est conforme au règlement de la FEI.
Peut-être que quelqu'un peut m'éclairer sur ce point (même s'il est vrai que je pourrais faire des recherches moi-même... mais cela me prendrait un temps certain ^^).

yann :
Le 18/06/2014 à 00h54

La difficulté exprimée par la lettre ouverte des vétérinaires de Compiègne consiste précisément dans le fait que chaque groupe culturel conserve ses méthodes, ses stratégies de courses et sa relation au cheval..les moyen-orientaux en France (et ailleurs) et les européens lorsqu'ils vont courir dans les pays du Golfe.
Vous ne pouvez imposer un changement d'attitude culturelle par décret, ou règlementation...

Pour vous donner un ordre d'idée, sur une compétition de 160 km la stratégie des pays du G7 depuis 2 ans est de partir très vite (à fond) pour mettre tout le monde dans le rouge, c'est à dire dans un fonctionnement anaérobie. Le but est de créer un trou de 10 à 15 minutes qu'il faudra gérer tout le reste de la course. Le fait que les chevaux vont faire 80 % de la course avec beaucoup d'acide lactique à résorber dans leurs masses musculaires, exprime leur type de relation au cheval.
Cette stratégie permet également de fonctionner ensemble sans observateurs externes. Il est ainsi facile de s'arrêter en pleine nature pour médicaliser un cheval en difficulté...ou lorsque le tracé de la course le laisse envisager... de couper....Il serait possible de contrôler à peu près les parcours de chaque cheval (et ses arrêts) via une sonde GSM, (dont sont équipés les chevaux pour le chronométrage) mais pour le moment, cela n'a pas été mis en œuvre.

La stratégie européenne qui consiste depuis Pierre Cazes (ancien sélectionneur et entraîneur de l'équipe de France) à rester en aérobie toute la course, et d'augmenter la vitesse en fin de compétition si cela est resté possible, se trouve donc confrontée à rude épreuve.

Il n'y a plus de contact, donc de contrôle mutuel, entre les compétiteurs. Chaque culture fait sa course selon ses objectifs, sa déontologie, sa relation au cheval, et ses moyens financiers.
La réaction habituelle consiste à suivre de loin dans la mesure du possible, pour rapidement recoller au peloton de tête...en essayant de conserver au chevaux, une relativement bonne capacité de récupération ("limiter la casse"). Et la qualité de notre production nous permet généralement d'y arriver.
Une autre stratégie consiste à déléguer un observateur qui reste au contact, sachant qu'il ne finira pas la course, pour voir et informer de ce qui se passe. C'est difficile, et souvent cela compromet très sérieusement un classement par équipe.

Remonter au train, ne peut impliquer qu'une seule réaction en tête de course : accélérer pour conserver son avance.
Résultat on atteint sur la distance des vitesses moyennes très importantes et cela au détriment du cheval.
L'augmentation de la vitesse moyenne a une très grande incidence sur la récupération du cheval immédiatement après la course mais aussi dans le temps entre deux courses. Un européen compte environ 2 à 3 mois entre deux courses de haut niveau. Le G7 pratique le minimum FEI, c'est à dire 3 semaines.

Effectivement, Dragonnely, ces écarts de stratégie sont tout à fait en phase avec le règlementation FEI.
Qui peut interdire à un groupe de monter un col à plein galop ? Alors que l'usage raisonnable impose de le faire au pas ! Bien sûr le cheval "mal géré" paie lourdement cet effort inconsidéré...et les chances d'arriver premier sont théoriquement du côté de celui qui ménage sa monture...C'était comme ça, il y a quelques temps. Cela n'est plus ainsi à cause de la "médicalisation" incontrôlable. Il n'est pas possible de constater un dopage sur place et dans l'instant du Vetgate.

Le véto (et il n'est pas le seul) voit que le cheval souffre ou a souffert, mais ne peut pas agir, car les paramètres d'éviction correspondent à des faits précis, qui ne peuvent être basés sur une intuition vraisemblable.
Les stewarts FEI par contre ont le pouvoir de sortir des cartons jaunes ou rouges, pour des raisons moins codifiées comme le bon sens ou la déontologie...etc. Comme c'est indéfendable en commission, principalement à cause d'écarts culturels importants, cela ne se fait pas.

Dans le contexte d'une course comme Montcuq par exemple, les concurrents présentent "une candidature, en quelque sorte" pour participer et l'organisateur choisit qui va courir. C'est très international et sans G7. Les problèmes rencontrés sont réduits au minimum !

YR.






dragonelly :
Le 19/06/2014 à 10h11

Merci pour toutes ces précisions Yann :)

Je comprends donc que ce qu'il faut absolument améliorer, ce sont les contrôles et les tests anti-dopage.
Quel dommage qu'un sport aussi intéressant soit perverti par des pratiques illégales :(

laetitia :
Le 20/06/2014 à 12h45

Le lettre ouverte des vétérinaires est publiée intégralement ici:

http://www.cheval-savoir.com/1730-scandales-dans-endurance-veterinaires-montent-au-creneau-lettre-ouverte

Article publié le 30-05-2014

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