Accueil » Savoir pratique Dressage

Le jeune cheval - Garder à l’esprit la vision globale du dressage de son cheval (VII)
L’apprentissage de la décontraction de la mâchoire

Par Pierre Beaupère, cavalier professionnel et professeur de Dressage.


N°55 Juillet/Août 2014
0 Commentaire(s)
Imprimer cet article
En lisant les commentaires à la fin de l’article du mois passé, je tenais à apporter quelques précisions. Je me suis permis de dire que nous n’allions pas réaliser les flexions de Baucher pour la simple raison que je voudrais avec notre poulain uniquement mobiliser sa langue et lui délier la bouche.

Niveau de difficulté : Niveau de difficulté

Pour : Continuer à apprendre la cession de mâchoire et à céder à la pression.

Moment idéal : Aussi souvent que possible, à pied. Comme je l’ai dit le mois dernier, ne pas hésiter à descendre de cheval en cours de séance pour répéter.

Prérequis : Que le jeune cheval mobilise déjà bien sa bouche à l’arrêt.

Il s’agit juste que le cheval « joue » avec son mors, ce qui est déjà fantastique pour un cheval de selle « normal », dont le cavalier ne souhaite pas pousser le dressage à un niveau académique.

D’autre part, dans la progression que je décris ici, nous allons assez rapidement remettre le cheval dans le mouvement en avant là où Baucher prenait beaucoup de temps à fléchir le cheval à l’arrêt puis durant les rotations. Loin de moi le fait de porter un jugement de valeur ou de critiquer ces flexions (dans la mesure où je les utilise très souvent). Je voulais juste dans un premier temps simplifier la vie des cavaliers pour plus tard passer à une série d’articles concernant les flexions de mâchoires et les flexions plus avancées.

Pierre Beaupère
© Charly Debray

D’autre part, en ce qui concerne la « procédure » pour amener le cheval à céder, j’aimerais ré-insister sur deux points qui étaient à mes yeux les plus importants, bien plus que la manière de parvenir à la cession.

Le premier est que le cavalier doit vérifier constamment que son propre corps est décontracté et sans tension et qu’il ne laisse pas les éventuelles tensions du cheval l’envahir. En effet, le mécanisme peut aller dans les deux sens : lorsque deux systèmes nerveux entrent en contact, soit le vôtre va influencer celui du cheval, soit, si vous laissez cette porte ouverte, c’est celui du cheval qui va influencer le vôtre.

Tant que les muscles du dos ne sont pas assouplis ni renforcés, le poulain, en se ramenant exagérément, va se creuser et la mise en main deviendra une forme de défense

Deuxièmement, je voulais surtout que les lecteurs comprennent que notre seul but est de mobiliser la bouche du cheval. Il n’y a malheureusement pas de recette miracle dans un premier temps, surtout avec de jeunes poulains en fin de débourrage. Nous voulons seulement que le cheval ne baisse pas la tête quand nous touchons les rênes et obtenir le fait qu’il joue avec son mors lorsqu’il sent le contact, sans se ramener et aussi rapidement que possible.

Durant cette phase, le choix du filet peut être très important et amener très rapidement une bonne réaction de la part du cheval. Il ne faut surtout pas hésiter à changer d’embouchure entre les mors à aiguilles, à olives et à anneaux jusqu’à trouver celle qui convient au cheval et avec laquelle il cède réellement (déglutit).

Le résultat de trois paramètres

Lorsque le cheval déglutit bien à une demande très légère, vous devriez sentir que son encolure se « ramollit » et qu’il devient possible, en fonction de la direction que vous donnez à la pression du mors et à vos vibrations, de ramener son chanfrein en direction de la verticale d’un ou deux centimètres ou de lui demander une infime flexion à droite et à gauche.

Nous nous contenterons de cela pour le moment car notre poulain n’a pas encore « fait son dos » et nous ne voulons pas risquer d’obtenir un ramener trop important à l’arrêt que le cheval risquerait de donner sous la selle. En effet, les muscles du dos n’ayant pas été assouplis ni renforcés, le poulain, en se ramenant exagérément, va se creuser et la mise en main deviendra alors vite une forme de défense.

Il faut bien comprendre que le ramener est à mon sens le résultat de trois paramètres : un rythme correct, un équilibre correct et un cheval décontracté. Si ces trois conditions sont réunies, la mise en main doit en principe apparaître d’elle-même. Elle est alors un résultat plus qu’un but à atteindre à tout prix et auquel s’accrocher, ce qui provoque systématiquement des résistances de la part du cheval.

Il ne faut pas oublier que pour les anciens Maîtres, la belle mise en main était la marque d’un bon dressage et qu’elle était développée à sa perfection avec les années.

On voit beaucoup de cavaliers aujourd’hui qui font l’impasse sur tout le reste pour garder à tout prix et souvent par la force la mise en main (avec comme extrême l’hyperflexion). Or, sans un équilibre et un rythme corrects et un cheval décontracté dans son corps et dans sa tête, il est physiquement impossible au cheval de garder un placer juste.

Une des pierres de touche du perfectionnement de la mise en main est l’épaule en dedans, les rotations autour des épaules et le placer droit fléchi, dont nous reparlerons en détail.

Obtenir la même chose à cheval

Dès que le cavalier sentira l’encolure du cheval devenir malléable et un début de relaxation de la nuque à pied et suite à la décontraction de la bouche, nous allons tenter d’obtenir la même chose à cheval.

Dans un premier temps, nous allons marcher au pas, dans une attitude haute et ouverte, le cheval au contact, sans tirer. Beaucoup de chevaux continueront à jouer avec le mors au simple contact des rênes. Dans tous les cas, nous allons alterner du pas et des arrêts où nous demanderons au cheval de mobiliser sa bouche puis de donner un centimètre de ramener.

Pour mobiliser, nous vibrons sur les rênes. Pour obtenir un début de ramener ou d’infimes flexions, nous « dirigerons » ces vibrations, avec l’idée, dans une grande délicatesse, « d’emmener », de persuader, la bouche du cheval dans un sens ou l’autre. Là encore, il n’y a pas de technique infaillible si ce n’est de garder la bouche du cheval en mouvement et d’agir de manière discontinue.

Un report de pois vers l’arrière-main

Le but est que petit-à-petit le cavalier demande au cheval de céder au début de la demande d’arrêt et que le cheval associe la demande d’arrêt avec la mobilisation de sa bouche. Ainsi, dès que le cavalier viendra augmenter légèrement la pression des doigts sur les rênes en préparation à l’arrêt, le cheval cèdera en s’arrêtant. Vous devriez à ce moment sentir un report beaucoup plus important du poids vers l’arrière-main au moment de l’arrêt et surtout beaucoup plus de flexibilité des postérieurs et plus particulièrement des hanches et des jarrets. Notre poulain entre dans la cour des grands…

Pierre Beaupère
© Charly Debray

Lorsque cela sera bien acquis, nous ferons la même chose du trot. Sans mise en main, le cheval haut et ouvert, au contact très léger (le but est simplement d’avoir les rênes très légèrement tendues), nous allons demander le pas en vibrant sur les rênes et en augmentant très légèrement la tension sur les rênes. Bien demander la transition par le buste mais sans perdre le contact.

Au début, il y a peu de chance que le cheval cède et mobilise sa bouche. Du pas, nous passerons à l’arrêt, mais dans la continuité de la transition au pas (donc en réduisant le nombre de foulées de pas avant l’arrêt, pour que les deux transitions s’enchaînent avec fluidité). Nous continuerons à vibrer jusqu’à ce que le cheval cède et déglutisse son mors.

La répétition de cette transition amènera progressivement à céder de plus en plus tôt. Le but de ce travail est de finir par obtenir la cession de la mâchoire à la simple augmentation très légère de la pression des doigts sur les rênes, accompagnée de vibrations, comme si nous allions demander une transition mais sans avoir besoin de la faire.

Attention de ne surtout pas laisser l’encolure s’affaisser ! Le cheval peut donner un début de ramener mais pas baisser la nuque (rappelez-vous les poulies, on ne peut accepter que la mise en main vienne par affaissement de la nuque car alors elle ne s’assouplit pas et le cheval tombe sur les épaules et laisse le garrot s’effondrer). L’extension d’encolure viendra après.

Si le cavalier prend le temps de répéter et reste très calme, très patient, en n’hésitant pas à revenir à l’arrêt voire à la cession à pied, et qu’il tente de rester très homogène dans ces demandes afin que le cheval ait la possibilité de bien assimiler ce qui lui est demandé, ce travail amène très rapidement le poulain à donner un contact très agréable et une souplesse des postérieurs qui seront d’une grande importance pour le reste de son dressage.

Lisez le journal sans restriction :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier

0 commentaire(s) »
Article publié le 31-07-2014

Postez un commentaire !

Prénom (requis)

Email (requis)

Votre commentaire