Accueil » Tribune Cheval Savoir

Méthodes d’entraînement controversées et équitation classique
Une tentative d’analyse de la compétition moderne

Le rédaction de Cheval Savoir m’avait demandé d’écrire quelques lignes pour réagir au débat sur le rollkur et à la décision prise récemment par la Fédération Equestre Internationale. Face à l’impossibilité pour moi de traiter d’un sujet aussi brûlant en quelques lignes, j’ai préféré réagir sous la forme d’un article complet que j’avais l’intention d’écrire dans quelques mois mais que l’actualité m’amène à publier immédiatement. Sous cette forme j’aurai de plus la possibilité d’explorer toutes les implications sous-jacentes à un tel sujet et de l’élargir à l’idée même de la compétition et des méthodes de travail en général. Dans ces conditions, je pense que l’article s’adresse à tous, que l’on soit ou non cavalier de concours, professionnel ou amateur.

Si le débat déchire aujourd’hui le monde du dressage, loin de moi l’envie d’y apporter encore plus de passion ou de critiquer aveuglément des cavaliers dont les résultats en compétition sont bien supérieurs aux miens. Au contraire, je souhaiterais faire part de quelques réflexions qui nous permettraient peut-être d’analyser le problème posé actuellement de la manière la plus objective possible.

methodes controversees equitation classique
© Nahalie Marissel

Un dilemme insoluble ?

Il convient à mon sens de comprendre la position dans laquelle se trouve aujourd’hui la Fédération Equestre Internationale à qui il est demandé de prendre une position ferme quant à la manière dont de nombreux compétiteurs de haut niveau entraînent leurs chevaux. Celle –ci se trouve en effet devant un dilemme pratiquement insoluble dans la mesure où, si elle interdit purement et simplement le rollkur, elle s’opposera aux méthodes d’entraînement de plusieurs cavaliers qui occupent les premières places de la Coupe du Monde et des Championnats d’Europe. Or ce sont ces mêmes cavaliers qui reçoivent depuis quelques années les notes les plus élevées jamais attribuées en concours de dressage. Ceux-là même qui, par l’aspect spectaculaire de leur équitation, impressionnent le public et lui apportent l’excitation d’un éventuel nouveau record. Avec sa volonté de promouvoir le dressage, il me semble logique (bien qu’inacceptable) que la FEI soit frileuse lorsqu’il s’agit de poser une décision forte et irrévocable, d’autant plus lorsque l’on sait que certains entraîneurs et cavaliers qui attirent le public lors des compétitions ont menacé de boycotter les épreuves.

Les méthodes d’entraînement

D’autre part, le problème du contrôle se pose dans la mesure où, quelle que soit l’interdiction faite par la Fédération d’interdire ou non l’utilisation de l’hyperflexion lors de l’échauffement des compétitions, il n’existe a priori aucun moyen de contrôle du travail que les cavaliers effectuent chez eux, loin des regards. En cela, on en revient à un débat beaucoup plus large car la professionnalisation de l’équitation et l’exigence de résultats imposée aux cavaliers par leurs clients amènent un grand nombre de dérives qui ne sont pas forcément liées à l’utilisation du rollkur. La tentation d’utiliser des méthodes d’entraînement allant à l’encontre de l’éthique ou de dépasser les capacités du cheval augmente dramatiquement lorsque le développement d’une carrière dépend de la vente d’un cheval ou des résultats en compétition.

Loin de moi bien sûr la volonté de défendre ou de justifier de telles méthodes mais il me semble important de tenir compte de ces considérations lorsque l’on tente d’apporter une solution au problème et d’éviter à tout prix la « chasse aux sorcières » qui consisterait à ne condamner qu’un cavalier ou un pays en faisant l’impasse sur un problème global.

«Le public a sans doute une part de responsabilité dans le développement de méthodes non-éthiques telles que l’hyperflexion»

S’il est de toute manière profitable d’interdire toute hyperflexion lors de l’échauffement des compétitions afin de ne pas risquer que le public pense ces méthodes acceptables (on sait combien les cavaliers amateurs peuvent être influencés par les méthodes utilisées par leurs idoles) et qu’elle donne une image extrêmement négative des compétitions aux cavaliers qui ne la cautionnent pas, il sera malgré tout pratiquement impossible de placer une limite « acceptable » car celle-ci dépend de la sensibilité de chacun.

methodes controversees equitation classique
© Charly Debray

Quel est en effet le degré de « rondeur » autorisable ? Doit-on interdire sans condition que le chanfrein du cheval passe derrière la verticale ? Si je comprends que l’on réponde par l’affirmative, qu’en est-il des chevaux montés dans une attitude correcte mais à qui l’on demande de travailler durant une heure ou plus (voire beaucoup plus !) sans leur offrir de temps de repos ?
Qu’en est-il de l’utilisation de la cravache, des éperons, du contact parfois si important que les chevaux en ont la langue noire, des chevaux qui grincent des dents, des fouaillements de queue, des tensions et défenses évidentes (pas forcément visibles lors de la reprise jugée) ? On réalise ainsi la complexité pour les stewards non seulement d’être attentifs à tous ces signaux dans un paddock où quinze chevaux s’échauffent mais aussi de la difficulté de juger les différentes méthodes qui donnent peut-être « d’excellents » résultats sur le carré…

Car nombreux sont les cavaliers capables de masquer les tensions ou de présenter une reprise en apparence parfaite et très expressive après un échauffement extrêmement dur pour le cheval. Doit-on pour cela condamner les juges pour les notes données à ces cavaliers ? Leur rôle est en effet d'évaluer un travail présenté durant un temps limité et pas le travail de préparation à cette présentation, ce que les cavaliers utilisant le rollkur ont bien compris. Les moyens alors importent peu tant que les neuf minutes de présentation sont a priori parfaites.

L’effet « waouh »

Face à ces questions et ces problèmes a priori inextricables, nombreux sont les cavaliers (amateurs ou professionnels), analystes et « experts » qui aujourd’hui refusent l’idée même de la compétition pour les dérives que celle-ci provoque ainsi que pour son aspect subjectif lié à la durée très courte de la présentation face aux juges.

Pour lire la suite de cet article :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier

8 commentaire(s) »

caroline :
Le 22/03/2010 à 07h56

Tres bel article. Il me semble que si la FEI commencait par enforcer son propre reglement beaucoup de vos questions n'aurais plus lieux d'etre. Le reglement est un texte passionant qui montre une grande consideration pour le mental du cheval, sa sante et son bien-etre (je traduis ainsi welfare) - je trouve tres interressant que le but est decrit comme d'obtenir un cheval: "calme, souple, délié et flexible mais aussi confiant, attentif et perçant" - calme, confiant, attentif et percant son des descriptifs du mental du cheval, quand le cheval est dans cet etat mental, son systeme nerveux influence sa musculature, son systeme respiratoire, sa circulation sanguine et peuve creer un corps et des postures reellement souple, delie et flexible. Est ce que nous voyons en competition? Votre opinion?

flocav :
Le 22/03/2010 à 08h03

Impossible de voir cette vidéo. J'ai un message comme quoi cette vidéo est privée!?

charly :
Le 22/03/2010 à 09h05

Pierre,

si tu as chargé cette vidéo à partir de ton compte Youtube, vérifies tes autorisations, tu as dût la garder privée. Il faut décocher et la mettre en public.

Sinon, rien à redire, un article toujours aussi bien monté et ficelé. :)

mika :
Le 22/03/2010 à 16h34

C'est bon, la vidéo est disponible à la lecture,
merci Pierre pour cet article intéressant.

camillef :
Le 23/03/2010 à 14h11

très intéressant. Pour information un concours existe déjà dans ce sens, vous trouverez des infos sur le site allège idéal, ce concours se déroule en Bretagne sous le nom de "juger autrement" avec l'intervention notamment de Sylvain Beaulieu.
Pourvu que ça soit le début d'une longue série d'autres concours de ce style...
Bonne continuation à Tous.

novae :
Le 09/04/2010 à 00h05

Très bon article qui ouvre vraiment des perspectives. Je trouve vos propos cohérents, intelligents et pragmatiques pour ouvrir une nouvelle voie au dressage de haut niveau.

eleonore :
Le 03/05/2010 à 15h22

Dans un relativement récent "Spécial Dressage" de l'Eperon,une juge internationale affirme que la "connaissance" est le point capital de la compétence en matière de jugement. Toute heureuse, je me précipite sur l'article, que j'épluche à la recherche de ce que cette dame appelle "connaissance", et j'apprends qu'elle a acquis sa haute compétence en passant de longues heures avec les entraîneurs de haut niveau et leurs élèves, (des noms bien connus en effet pour susciter les médailles)afin d'éduquer son regard, savoir ce qui est bien, et séparer le bon grain de l'ivraie.
Allons bon! je croyais trouver une dissidente férue de culture équestre. Désolée d'avoir eu, malgré l'évidence, cet instant de naïveté.

pierrebeaupere :
Le 13/06/2010 à 00h26

Le problème à mon sens n'est pas forcément d'être ou non un dissident mais d'éduquer son oeil à toutes les équitations et pas uniquement auprès de ceux qui gagnent les médailles et que l'on considère aujourd'hui comme des références de l'équitation juste. Car alors on perd toute une partie de ce qui fait la richesse de l'équitation. Je crois qu'il ne faut pas forcément juger ceux qui gagnent mais surtout critiquer les méthodes utilisés pour gagner...

Article publié le 20-03-2010

Postez un commentaire !

Pour pouvoir poster des commentaires, il faut être abonné et connecté :
Cliquez-ici pour vous abonner au journal  |  Cliquez-ici pour vous connecter si vous êtes déja abonnés