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Races mulassières : au bord de l’extinction

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°56
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La vente des derniers étalons nationaux et la remise en cause des primes aux races menacées conduisent lentement les chevaux de Trait mulassiers poitevins et les ânes du Poitou au bord de l'extinction. Une poignée d'éleveurs des races mulassières poitevines ont réussi à mobiliser les internautes sur une plate-forme de financement participatif...

Mulassiers et ânes poitevins ont toujours fait partie des races menacées, mais ces derniers rebondissements pourraient bien rester dans les annales. Huit étalons et baudets poitevins ont été mis en vente par France Haras en juillet à la suite du démantèlement de l’étalonnage des Haras nationaux, témoignant du désengagement de l’Etat pour le sort de ces races patrimoniales…

Une jument mulassière et son muleton
Une jument mulassière et son muleton : un patrimoine zoologique traditionnel à préserver.
© Association nationale des races mulassières du Poitou

Après le scandale causé par l'annonce de la vente de Mylord Carthago au lendemain des JEM (un gros flou demeure néanmoins sur l'avenir de ce cheval), cette nouvelle décision très pénalisante pour des races pourtant gravement menacées est venue ternir un peu plus la réputation de l’Etat français auprès des équitants.

La vente des chevaux de sport par France Haras devrait rapporter à l’Etat français des bénéfices suffisants pour préserver en contrepartie ce patrimoine menacé

La crise financière qui touche les éleveurs s’est aggravée depuis le relèvement de la TVA sur les ventes de chevaux hors du circuit boucherie. Une décision qui frappe tout particulièrement le Trait poitevin.
Car contrairement aux chevaux de trait Bretons et Comtois, il n’a jamais été rentable d’élever des Trait mulassiers « pour la viande », car trop tardifs et trop osseux… Hélas pour ce charmant cheval de trait plein de qualités, les débouchés au travail et dans les loisirs restent insuffisants pour assurer sa survie.

Des races équines et asines non rentables

Le Trait Poitevin dispose pourtant de très nombreux atouts : cette race multiséculaire, qui a connu son heure de gloire avec l’industrie mulassière, n’a jamais été alourdie pour la boucherie. Le poitevin présente un modèle qui le rend agréable sous la selle. C’est le seul cheval de trait français à posséder le gène dun donnant des robes bai dun et souris.

Les effectifs d’ânes et de chevaux poitevins ont baissé ces dernières années : 75 naissances en race pure chez le Poitevin en 2011, 70 l’année suivante puis 61 en 2013. Un triste record pour cette race, dont les effectifs n’ont jamais été aussi bas depuis la réussite de son plan de sauvegarde, dans les années 90. Le Baudet du Poitou se porte à peine mieux, avec 134 naissances en 2013 et une courbe qui elle aussi, plonge et plonge encore…

Décision incompréhensible et scandale d’Etat

Huit reproducteurs ont donc été mis en vente en juillet, pourtant très précieux de par leur valeur génétique et les très faibles effectifs des deux races. Ils auraient pu être gracieusement cédés (pour un euro symbolique) à des éleveurs ou à l’association nationale qui gère ces races. Ce n’est pas la seule décision incompréhensible pour les défenseurs de ces équidés menacés : le pâturage hivernal vient d’être interdit dans les zones couvertes par des mesures agro-environnementales, et le versement de la prime à la naissance des races menacées d’extinction est remis en cause.

Le débardage
Le débardage reste une activité marginale, très insuffisante pour préserver les races de chevaux de trait menacées. © Association nationale des races mulassières du Poitou

L’Association Nationale des Races Mulassières du Poitou (ANRMP) a été contactée par France Haras dès connaissance de la vente des huit étalons, prévue à valeur nette comptable. Malgré toutes les demandes et l’existence d’un plan de consolidation génétique prouvant la nécessité de garder ces étalons reproducteurs, l’État représenté par le Ministère de l’Agriculture et le Ministère du Budget majoritaire au sein du conseil d’administration de France Haras a refusé de donner les animaux concernés, n’acceptant qu’une vente par lots.

L’ANRMP, déjà déficitaire, s’est acquittée d’un chèque d’acompte pour réserver les sept étalons mulassiers et le baudet concerné avant leur vente, le 15 septembre prochain. Une décision d’autant plus révoltante que la vente des chevaux de sport par France Haras, à la même époque, devrait rapporter de confortables bénéfices à l’Etat français… des bénéfices plus que suffisants pour préserver en contrepartie ce patrimoine menacé.

Le désintérêt pour les races poitevines

Le découragement a gagné les éleveurs face au désintérêt de l’Etat français et de l’Europe pour le sort des races poitevines. Comme en témoignait une éleveuse normande au dernier salon du cheval de Paris, l’Etat s’appuie sur la « passion » pour justifier des coupes drastiques dans le soutien à l’élevage. Mais désormais, cette passion seule ne suffit plus à assurer la survie des races aux faibles effectifs.

Des races menacées
Des races menacées, et victimes d’un désintérêt français et européen...
© Association nationale des races mulassières du Poitou

L’Association nationale des races mulassières du Poitou a lancé un véritable appel à l’aide, très documenté sur Internet. L’appel est passé aux internautes via la plate-forme de financement participatif Ulule, pour réunir 3 600 € afin de racheter l’étalon mulassier Tocar 2 et le baudet poitevin Mickey de Blanzay, et ainsi ré-enrichir le patrimoine génétique des races poitevines. Les six autres pourraient être pris en charge par les collectivités territoriales du Poitou – sans certitude. Ces reproducteurs agréés par les Haras, issus d’une longue sélection, sont indispensables au maintien de la variabilité génétique du cheptel poitevin.
Coup de théâtre, l'appel a été largement suivi et la somme espérée très nettement dépassée, avec presque 9000 euros collectés.

La situation témoigne à double titre du désamour entre le monde politique actuel et le monde équestre : Equitaxe, vente de Mylord Carthago, et maintenant mise en péril de nos races équines patrimoniales les plus fragiles. L’appel à la solidarité des internautes est logique, mais n’est-ce pas l’Etat qui devrait se préoccuper en premier lieu du patrimoine de ce pays ? Un Etat dont les représentants n'ont pas manqué d'utiliser les JEM comme vitrine politique...

La souscription pour Ulule : http://fr.ulule.com/patrimoine-vivant

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Article publié le 11-09-2014

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