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Du cheval-ouvrier au cheval-partenaire : l’évolution d’un centre équestre

Par Amélie Tsaag-Valren


N°58
2 Commentaire(s)
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Nous avons rarement ouvert nos colonnes aux centres équestres, désolés d’un certain non-respect et de la souffrance ouvrière des chevaux et poneys pris dans ce système. Mais nous avons rencontré les dirigeants d’un club différent des autres : depuis trois ans, l’établissement prend en compte la relation homme-cheval et le bien-être de l’animal dans l’enseignement. Et ça marche !

Situé en Vendée, non loin de La Roche-sur-Yon, le centre équestre de Chauché pourrait bien faire figure d’exemple… Créé en 2002 dans l’optique d’être un établissement familial, rien ne le distinguait au départ des autres lieux d’enseignement de l’équitation au grand public.

Chevaux de centre équestre
© angelikaseubert - Fotolia.com

Un virage s’amorce en 2003, quand Caroline Lamy et Jérome Fava, tous deux gérants de la structure, rencontrent Mireille Moulet. Thérapeute et spécialiste de la communication homme-cheval, elle officie depuis une quarantaine d’année au plus haut niveau, tant en ce qui concerne les soins que la relation psychologique entre l’humain et l’animal :
« La rencontre s’est faite autour d’un cheval que nous avions acheté, en attente d’une intervention lourde pour un problème d’intestins. D’après le vétérinaire, il fallait le transférer sur Paris. Un ami nous a proposé de faire appel à Mireille, qui est intervenue. A l’échographie, le vétérinaire a constaté après quelques jours que le cheval était en amélioration ».

Du club « usine » à la naissance d’une communication

Dès lors, Mireille se rend au centre équestre de Chauché une fois par trimestre, principalement pour des soins aux chevaux. Elle préconise des changements dans le harnachement et l’agencement des box. Lorsqu’elle propose a Caroline et Jérôme d’intégrer la communication avec le cheval au programme du centre équestre, les gérants peinent à croire que cela fonctionnera et surtout s’accordera aux impératifs économiques : « Nous n’y croyions pas du tout, au début. Les méthodes de communication diffèrent tellement selon les cavaliers et les montures… »

Les jeunes cavaliers du club recherchent naturellement le travail à pied, ils partagent et échangent avec leurs poneys

Apres six ans d’enseignement et l’embauche d’une monitrice, Caroline se sent devenir « spectatrice de son propre établissement ». « Les propriétaires venaient au coup par coup, nous n’avions plus le temps pour nos cavaliers », confie telle. « Nous étions en train de devenir un centre-usine comme il en existe des dizaines, exactement ce que je ne voulais pas. »

Mireille Moulet
Mireille Moulet, thérapeute et spécialiste de la communication homme-cheval, a intégré la relation psychologique entre l’homme et l’animal au programme du centre équestre. © Coll. Centre Equestre de Chauché

Eux qui ont pratiqué pendant dix années sans interruption sentent la lassitude s’installer. Un autre évènement vient bouleverser leur vision des choses : « C’est la naissance de notre fille Romane en 2008. Nous avions besoin psychologiquement de dire stop à l’ambiance usine. Ce n’est pas l’environnement que nous voulions offrir à notre fille, pas celui que nous désirions partager avec elle… Nous souhaitions revenir à notre véritable passion : le cheval partenaire et non plus le cheval ouvrier ».

La mise en application de la communication homme-cheval au centre équestre de Chauché devient effective en 2010. Au fil des années, les équitants (propriétaires ou non) se fidélisent et deviennent de plus en plus adeptes de cette méthode.

Davantage d’attention portée aux chevaux

D’après Caroline, « les cavaliers étaient en demande de davantage d’attention portée aux chevaux et poneys. J’avais déjà une clientèle ».

La reconversion est radicale : « Aujourd’hui, nous avons placé le confort des chevaux et poneys au centre de nos préoccupations ». Ces animaux sont choisis pour leurs compétences et leurs adaptations au travail de club. Ce qui a amené à supprimer presque tous les enrênements, et à un usage plus que modéré des aides artificielles. « Et surtout, nous avons mis les chevaux au pré en troupeau ». Le gain en termes d’ambiance et de bien-être est évident.

La gratification de ce travail, Mireille, Caroline et Jérôme la voient arriver avec les adolescents du centre : « Nos cavaliers se sont préoccupés du dos de leurs montures. Mireille leur a enseigné comment soulager ce point sensible. Le fait qu’ils s’y intéressent représente une belle avancée. Mireille a formé deux groupes à déceler les tensions chez les chevaux, nos jeunes cavaliers l’intègrent parfaitement. Maintenant ils recherchent naturellement le travail à pied, ils partagent et échangent avec leurs poneys. De plus, les poneys mis au travail en liberté se donnent a 100%, et ils adorent ça ».

Centre Equestre de Chauché
A Chauché, les chevaux de club sont mis au pré en troupeau. © Coll. Centre Equestre de Chauché

En plus des séances d’enseignement classiques, le centre équestre de Chauché propose en effet des séances au pas et à pied. Des moments d’introspection où il ne s’agit plus seulement de faire travailler le cheval, mais bien de ressentir sa présence, de se poser, de tirer profit d’un moment de calme, tant pour l’humain que pour l’animal.

« De ce fait, un groupe de parents non-cavaliers, observateurs au départ, nous a rejoints en prenant conscience de la relation homme-cheval et par conséquent parent-enfant. Nous y avons gagné en conscience, en qualité et en rapports humains. Nos chevaux sont équilibrés tant dans leur physique que leur mental. Au lieu d’enchaîner les heures de travail montés, ils peuvent aussi se reposer avec ces séances à pied ».

Un modèle économique à explorer

Quelques-uns des vieux chevaux du centre équestre/poney club de Chauché sont devenus de véritables piliers de groupe dans le cadre des séances de communication homme-cheval. Une belle reconversion pour la retraite… « Malheureusement, nous ne pouvons pas tous les garder, mais nous évitons autant que possible les reprises avec les marchands. C’est important de savoir replacer nos chevaux correctement ». Caroline et Jérôme avouent manquer de recul en ce qui concerne l’aspect économique, bien que leur modèle fonctionne avec succès depuis maintenant trois ans.

En intégrant pleinement la relation homme-cheval et le bien-être animal à son fonctionnement économique, le centre équestre de Chauché semble avoir créé un cercle vertueux :

  • la réponse à une demande de la part des cavaliers ;
  • des chevaux plus heureux, moins sollicités physiquement et psychologiquement;
  • moins de réformes et donc un partenariat homme-cheval possible pendant plus longtemps, et plus d’économies ;
  • une valorisation des chevaux âgés.

Pour nombre de centres équestre français fragilisés depuis les remous de l’affaire équitaxe, le modèle mis en valeur à Chauché constitue sans aucun doute une piste à explorer.

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2 commentaire(s) »

thierryfuss :
Le 08/12/2014 à 15h42

L'adaptation des structures équestres aux réalités économiques et sociales est une nécessité vitale. Le modèle tout boxe et les prestations actuelles se révèlent ne pas être le must en matière de bien-être et de performance. En outre, les centres équestres ne répondent plus totalement aux attentes de tous les cavaliers. Par ailleurs il existe une clientèle, à priori non hippiatre, à capter...
La viabilité de la filière cheval passera par des évolutions structurelles que le projet Ecurie2020 veut porter.

Ellia [invité] :
Le 20/12/2014 à 16h24

un témoignage intéressant qui laisse espérer que cela puisse servir d'exemple.Pourrez-vous parler du projet Ecurie 2020 dont parle le commentaire précédant ?

Article publié le 28-11-2014

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