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Pierre Beaupère : « Les méthodes ne sont que des outils, seul l’amour du cheval est universel »

Propos recueillis par Laetitia Bataille


N°58
3 Commentaire(s)
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Récemment ont eu lieu à Saumur les « Premières Rencontres de l’équitation de tradition française ». Parmi les intervenants, Pierre Beaupère, dont vous lisez chaque mois les articles, a été très applaudi. Cheval Savoir l’a rencontré pour une grande interview exclusive…

Pierre Beaupère, cavalier professionnel et Professeur de dressage, écrit dans Cheval Savoir depuis le premier numéro ! Conseiller technique de la revue, il est aussi l’auteur d’un ouvrage de référence, Equilibre et Rectitude. Son intervention très remarquée à Saumur nous a donné envie d’en savoir plus. Dans une discussion approfondie, qui embrasse une vision très large du monde équestre, il s’exprime au sujet de l’équitation de tradition française, de la compétition, des méthodes de travail… et surtout du respect du cheval.

Interview

Cheval Savoir : Pierre Beaupère, je ne vous demanderai pas quelle est votre définition de l’équitation de tradition française, puisque votre intervention à Saumur a essentiellement consisté à… ne pas en donner, pour sortir des éternels clivages. Pouvez-vous préciser votre démarche sur ce point ?

Pierre Beaupère

Pierre Beaupère : En réalité, je n’ai rien contre le fait de la définir. J’ai voulu durant l’intervention montrer les limitations qu’impose une définition absolue et théorique de cette belle équitation ou de savoir qui aurait ou non le droit d’être considéré comme appartenant à cette lignée.
Je pense sincèrement que cette définition peut avoir un réel intérêt historique mais je me pose la question de l’intérêt équestre. En effet, je constate malheureusement trop souvent les limitations que cela impose aux cavaliers amateurs qui sont moins versés dans la théorie.
Je n’ai cessé de le répéter durant les deux jours de ces rencontres à ceux avec qui j’ai eu l’occasion de discuter. Le problème est qu’on oublie trop souvent les cavaliers « normaux », les amateurs qui font de leur mieux et tentent de travailler leur cheval dans le respect de son mental et de son physique. Je rencontre énormément de ces cavaliers, et dans la plupart des cas, ils sont perdus et se sentent en permanence jugés. Ils finissent par être complètement bloqués et écrasés par la peur de mal faire ou de ne pas assez correspondre aux critères de telle ou telle école.

C.S. Il y a une dimension historique, quand même…

P.B. Bien sûr, la France a joué un rôle majeur durant plusieurs siècles dans l’évolution de l’équitation et du dressage et beaucoup des auteurs les plus importants étaient français. Mais pourquoi nous limiter ? De grands ouvrages et de grands Maîtres étaient d’autres nationalités. Il y a aujourd’hui des travaux formidables faits par des cavaliers du monde entier, des cavaliers qui ne se réclament d’aucune école et d’aucun courant de pensée. Il y a aussi les travaux de certains scientifiques et biomécaniciens qui apportent des éclairages passionnants aussi bien sur la locomotion du cheval que sur ce que faisaient les anciens. Des choses fantastiques ont été faites dans le domaine du travail au sol et en liberté. Pourquoi nous en priver sous prétexte que ce n’est pas de l’équitation de tradition française ?
Pour prendre un exemple simple, doit-on considérer que Frédéric Pignon fait de l’équitation de tradition française lorsqu’il travaille en liberté ? Et pour autant doit-on rejeter ce qu’il peut nous apporter dans notre relation au cheval ?

La plupart des cavaliers se sont calqués sur ceux qui avaient gagné et l’œil des cavaliers, du public ou des juges s’est habitué à ce manque de légèreté

Je pense que le problème est là le plus souvent. Dans les limitations que nous imposons à nous-mêmes et aux autres. L’important à mes yeux est le respect et l’amour du cheval, c’est tenter de faire le mieux possible, d’être le plus fin possible. Qu’importe si on fait du Baucher, du Oliveira, du Karl, du d’Orgeix, du Pradier, du Steinbrecht, des concours, de la liberté ou du CSO. L’important est d’aider le cheval à comprendre ce que nous voulons de lui, de chercher la locomotion la plus pure possible et de maintenir sa décontraction autant que son intégrité, aussi bien mentales que physiques. A mes yeux, les moyens pour y arriver, tant qu’ils restent éthiques et respectueux de l’animal, importent peu.
Je pense donc que la recherche de tous ceux qui défendent une équitation belle, légère et fine, et particulièrement de ceux qui veulent défendre la tradition française, devrait être de chercher à l’intégrer dans quelque chose d’universel, qui fait tomber les barrières, qu’elles soient nationales ou culturelles. Notre intérêt doit être les chevaux, et nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour devenir de meilleurs cavaliers.

C.S. Pour vous, l’équitation de compétition de dressage (ou d’une autre discipline) est-elle compatible avec le concept d’équitation de tradition française et/ou avec ses méthodes ?

P.B. C’est l’éternel débat, qui a été présent en...

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3 commentaire(s) »

educaval :
Le 07/12/2014 à 08h32

Pierre Beaupère, vos mots, lors des rencontres, vos pensées reproduites ici sont un signe de maturité, de clarté,d'espoir dans le monde équestre d'aujourd'hui.
Ce qui importe, ce ne sont pas les méthodes, mais les principes qui doivent conduire l'éducation du cheval (et du cavalier). Ces principes sont universels, ne datent pas d'hier, mais ce qui en fait le socle de l'équitation de tradition française, c'est le fait que ce soit les français qui, à une époque, ont porté haut et loin la découverte du cheval.Aujourd'hui, il faut savoir appréhender tous les apports positifs de la modernité, sans refuser le passe , en préparant l'avenir dans le respect inconditionnel du cheval.Vous oeuvrez à cela , et pour cela, soyez en remercié. Equestrement, yves KATZ

ludo :
Le 09/12/2014 à 19h05

Je profite de cette interview pour recommander le livre de Pierre "équilibre et rectitude". Vous y trouverez énormément de conseils à essayer, à réfléchir et à mettre en oeuvre avec votre cheval. Excellent pour avoir une vision plus pratique des grands principes mille fois énoncés, et surtout résoudre les difficultés de leur mise en oeuvre.

"L'art équestre commence par la perfection des choses simples" N.Oliveira

nathmax :
Le 21/12/2014 à 02h20

Excellents commentaires. Je comprends et j'adhère complètement. Il y a tant à dire mais il faudrait beaucoup de temps et d'espace. Sujet très intéressant...
Pour moi, et ce, dans d'autres domaines, la première école est celle de l'humilité, de la patience, de la vie et de l'expérience. Monter sur un cheval et vouloir établir une relation ne se résume pas à lire des écrits ou appliquer une technique. Expérience,intuition et instinct sont indispensables.

Article publié le 05-12-2014

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