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Le Dressage et la Compétition : un livre attendu et bienvenu

Par Nelly Valère


N°58
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Un livre marquant paru cet automme : Le Dressage et la Compétition par le Colonel Carde, dont on connaît de longue date l’engagement pour une équitation de dressage plus légère et plus conforme aux textes fondateurs de la FEI. Dans cet ouvrage incontournable, notre valeureux et indécourageable Conseiller technique résume sa pensée et fait le point sur la question telle qu’elle se pose au jour d’aujourd’hui.

Le Colonel Christian Carde est ancien Ecuyer en Chef du Cadre Noir, cavalier de compétition et entraîneur, Conseiller technique de Cheval Savoir et co-fondateur de l’Association Allège Idéal dont il est maintenant Président d’Honneur.
L'ancien juge international passe des mises-en garde adressées à ses pairs de la FEI (lire nos articles à ce sujet) à la publication d’un livre qui s’imposait comme nécessaire pour deux raisons majeures.

Tout d’abord, son appel à la vigilance vise tous les acteurs du dressage de compétition quant au respect du Règlement défini par la FEI à son avènement. Depuis des années, Christian Carde multiplie les interventions auprès de ses pairs, cavaliers professionnels, entraîneurs, juges et décideurs fédéraux pour que les articles-clés du Règlement de dressage soient respectés.

Le Dressage et la Compétition

La deuxième excellente raison est que l’art équestre, que la compétition était censée préserver, se trouve manifestement en danger. De graves dérives sont à déplorer, et le jugement, trop souvent contestable en ce qu’il ignore ouvertement ces dérives, en est le principal responsable. A l’heure où l’équitation classique reçoit ses lettres de noblesse de l’UNESCO en inscrivant l’équitation de tradition française au Patrimoine Immatériel de l’Humanité, il est urgent de retrouver les valeurs reconnues et éprouvées, telles qu’elles sont consignées dans le règlement de la FEI, valeurs ouvertement bafouées.

C’est un rappel à l’ordre qui n’a rien de réactionnaire, mais au contraire appelle les dresseurs et les juges à entrer dans la modernité

Sous la forme vivante d’une interview menée par Madeleine Debure, Christian Carde nous parle de son expérience, tant auprès des hommes qu’auprès des chevaux, du niveau débutant au niveau olympique. Cette présentation nous fait entrer dans le monde de l’art équestre et de la compétition qu’il n’a cessé d’aimer, et dans lequel son inlassable activité se poursuit dans un but qui lui est cher : éviter à tous prix que compétition et art équestre ne deviennent incompatibles . Il nous parle de ses maîtres, de ses camarades de compétitions, de son action en tant qu’Ecuyer en Chef du Cadre Noir, toujours dans le respect et la transmission du classicisme et de la beauté du geste équestre. Il reprend pour nous les points-clés de son enseignement, et les références auxquelles il se fie, citant les maîtres qui ont apporté leur pierre à l’édification des grand principes de l’art équestre : « facilité et légèreté » sont les mots –clés de ce qui est devenu son combat.

Ce combat, il le mène depuis que son expérience de juge l’a amené à constater que les jugements de nombre de ses collègues ne respectaient pas les règles de l’art, tendance qui n’a fait que s’accentuer avec une inflation des notes distribuées généreusement sans être justifiées autrement que par le caractère spectaculaire des prestations. Petit à petit, il n’a plus été invité à juger…

« La difficile facilité » des reprises de dressage

Il appelle de ses vœux des reprises plus difficiles, ce qui risque de choquer plus d’un athlète, persuadés qu’ils sont quasiment tous que les mouvements demandés sont déjà d’une difficulté inouïe. C’est que la difficulté, pour Christian Carde, n’est pas là où on la voit généralement. La difficulté, c’est justement « la facilité, et la légèreté », et il propose d’introduire une notation stricte et précise des transitions, « ce qui consisterait à faire monter puis descendre la gamme » des mouvements rassemblés aux mouvements allongés. Et cette légèreté est exactement ce que l’on ne voit que très rarement sur les rectangles de Dressage.

Le Colonel Carde déplore que les Ecoles européennes ne continuent plus « à jouer le rôle qu’elles avaient à l’origine, c'est-à-dire la préservation et la diffusion des principes de l’art équestre ». Lui qui fut en son temps un Ecuyer en Chef particulièrement soucieux de perpétuer cette mission, écrit plus loin : « Parallèlement, elles [les Ecoles] auraient dû s’opposer aux dérives que nous sommes peu nombreux à avoir dénoncées, et intervenir dans ce sens, au lieu de les subir, laissant supposer par là qu’elles les admettaient ». Plus encore, il écrit que « la discipline ne peut pas se permettre un conflit entre art et compétition », un tel conflit fragilisant les Ecoles par « un affrontement entre tradition et modernité. » Et de conclure amèrement : « Force est de constater que c’est actuellement la compétition qui impose sa loi aux Ecoles ». Grave procès, en effet, mais à nos yeux, tristement juste.

Juger autrement les reprises…

Pour remédier à ces défauts de jugement, il propose un recrutement plus judicieux incluant d’anciens cavaliers de haut niveau par exemple. Pour aider les juges dont la tâche, il le reconnait, est difficile, il reprend des propositions qu’en tant que Président de l’Association Allège-Idéal il avait faites. « Juger autrement » propose de remplacer les notes par des appréciations qui éclaireraient aussi bien les juges que les cavaliers en compétition. Proposition extrêmement intéressante, par leur côté pédagogique dont bénéficieraient juges et athlètes. On peut retrouver ces propositions sur le site d’Allège-Idéal.

Excellent livre qui éclaire le malaise largement ressenti par beaucoup d’amoureux du dressage, de la compétition et de l’art équestre. Pas de concession, des explications sans équivoque, une défense motivée et vibrante du classicisme. C’est un rappel à l’ordre qui n’a rien de réactionnaire, mais au contraire appelle les dresseurs et les juges à entrer dans la modernité, solidement ancrés dans la tradition. L’auteur se félicite de l’existence d’un mouvement de défense de l’équitation classique et du bien-être animal tels qu’il se manifeste dans le grand public, et souhaite qu’il « s’étende, entre associations et individuels, hors des intérêts financiers ou catégoriels ».

Un livre qui comptera sans aucun doute dans le mouvement de défense de l’équitation de tradition française, et qui contribuera par maints aspects au classement définitif de notre tradition au Patrimoine Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO.

Le Dressage et la Compétition
Par le Cl. Christian Carde et Madeleine Debure
Belin Ed.
128 pages
Prix : 23 €

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Article publié le 08-12-2014

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