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Et d’abord réhabiliter le pas…

Par Nelly Valère


N°58
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A la Tribune de Cheval Savoir, Nelly Valère fait écho au Colonel Carde lorsqu’il estime que le pas est la reine des allures. D'anecdotes vécues dans le sillage de Nelson Pessoa et de Nuno Oliveira, elle nous rappelle que la beauté et la correction du pas signent la belle équitation, et peuvent même être source d'émotion.

Dans son livre fraîchement paru Le Dressage et la compétition, Christian Carde revient souvent sur cette merveilleuse allure qu’est le pas, et sur sa déception de le voir pratiquement relégué aux oubliettes au fur et à mesure de la « modernisation » du règlement de la FEI.

Equitation
Une équitation de compression -évoquée par cette photo- empêche les chevaux de marcher d’un pas régulier, à quatre temps bien marqués, souples dans leur dos © Mikhail Kondrashov - Fotolia.com

En effet, l’on a vu récemment disparaître du règlement l’assertion majeure selon laquelle le pas « est l’allure où les imperfections du dressage sont les plus évidentes ». Christian Carde n’hésite pas à écrire que la disparition de ce passage est « l’une des plus sérieuses atteintes à l’équitation académique ».
D’où cette constatation alarmante : « La question qui se pose est de savoir si tous les membres de la Commission dominent la pratique équestre et ses subtilités »…

L’équitation de compression s’est malheureusement développée conjointement au serrage extrême des muserolles et à l’hyperflexion

Il déplore : « C’est à l’esprit du règlement que l’on a porté atteinte. Celui-ci n’assure plus sa fonction régalienne de préserver l’art équestre. […] Si le dressage ne commence pas par le souci d’améliorer les allures, c’est une sérieuse déviation ».

L’équitation de compression

Comment en est-on arrivé là ? C’est la question que l’on se pose, et le colonel Carde nous donne sa réponse : « Une équitation de l’avant vers l’arrière conduit à l’équitation dans la compression ». Il nous explique qu’en effet, comprimer un cheval de l’avant vers l’arrière amène à détériorer le pas en demandant un rassemblé prématuré « sur la main ».

Le Colonel Carde
Le Colonel Carde, ancien Ecuyer en Chef du Cadre Noir. Il mène un combat pour le maintien de la qualité du pas en compétition de dressage. © L.Bataille

Cette pratique erratique qui s’est malheureusement développée conjointement au serrage extrême des muserolles et à l’hyperflexion, se fait au mépris des règles de l’art, et détruit toute possibilité de « mise en main », marque de notre équitation de tradition française. Pour ce qui est du pas, l’équitation de compression d’avant vers l’arrière « empêche notamment les chevaux de marcher d’un pas régulier, à quatre temps bien marqués, souples dans leur dos. Elle entraîne la latéralisation de cette allure. On a vu le pas disparaître de l’entraînement des chevaux et des terrains de concours, jusqu’à n’en conserver maintenant que la portion congrue ».

Le pas est la reine des allures

Son message ? « Dans notre tradition française, le pas est la reine des allures ». Et de citer le colonel Margot : « C’est à l’allure du pas que l’on fait la bouche des chevaux », et il rappelle qu’ « au XVIIIe siècle, M. de Lubersac dressait ses chevaux au pas, et quand il prenait les autres allures, les chevaux étaient, dit-on, en mesure de faire face à un répertoire équestre étendu ».

Je ne saurais trop me réjouir de trouver écrits dans un livre d’aujourd’hui ces simples fondamentaux. Ils émanent d’un cavalier toujours en recherche de plus de vérité équestre, appuyé sur une culture approfondie, et qui plus est, d’un homme d’une exquise humilité, d’une probité sans faille, et d’une grande générosité.
Pour apporter ma pierre à cet éloge du pas, je raconterai deux expériences qui ont été fondamentales pour ma vision du beau geste équestre.

Nelson Pessoa
© D.R.

Nelson Pessoa sur un paddock de détente surpeuplé préparait son cheval pour la plus grosse épreuve d’un concours international de saut d’obstacle à Caen. Années 70. Une musique de Cour de Haendel accompagnait les évolutions des couples en lice. Dans un mouchoir de poche, Necco marchait son cheval : mobilité extrême, avant, arrière, pas hésitation [j’avance ? non, tu recules ! oh, quelle merveille !] pas de côté, courbures exquises, grandi devant… Le cheval allait « comme de lui-même ». Son nom ? Je ne sais plus.

Léger, beau, heureux, et moi j’en pleurais. Au dernier accord de la musique, « Necco » avait mis pied à terre, comme un salut final de danseur. Le danseur, c’était le cheval, et Necco l’avait accompagné. Merci à lui qui avait vu mon émotion, et avait fait coïncider son art et le don qu’il en faisait au public.

Nuno Oliveira… Hé oui, encore et toujours lui. Et le grand Pur-Sang anglais alezan Harpalo-Prince. C’était à l’été 1976. Le Chœur des esclaves de Nabucco emplissait le manège d’Avessada. Mais était-il grand, ce Pur Sang ? Je ne sais, finalement, mais grandi, ça oui. Et si majestueux, si beau, installé dans ce pas qui ne pouvait finir que pour nous laisser le regret que le temps ne se soit pas arrêté.

Harpalo-Prince léger, beau, heureux, et moi, j’en pleurais. Au dernier accord de la musique, Nuno avait mis pied à terre. La beauté planait. Merci à Nuno qui savait quelle émotion était là.
Le spectaculaire, pour moi, est là. Point n'est besoin d'expliquer la beauté.

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Article publié le 08-12-2014

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