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Michel Henriquet : un écuyer et un penseur de l’équitation…

Par Laetitia Bataille


N°60
3 Commentaire(s)
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Michel Henriquet nous a quittés en décembre dernier, à l'âge de 90 ans. Quelques jours avant, il enseignait encore… Disciple du Maître Oliveira, il ne cessa jamais de chercher la vérité équestre, à travers une vie de passion. Entraîneur de son épouse Catherine, il réussit à montrer au monde que l’équitation classique, abordée comme un art, était compatible avec la compétition… Son immense culture faisait aussi de lui un exceptionnel théoricien de l’équitation. Cheval Savoir lui rend ici hommage, et présente des vidéos exclusives du Maître à cheval et au cours de son enseignement.

Quelle personnalité ! Michel Henriquet était la passion incarnée. Rien n’échappait à son regard lorsqu’il enseignait, aucune des médiocrités de l’équitation actuelle ne trouvait grâce devant ses yeux… Tout ce que l’équitation avait – ou avait eu – de beau au cours des siècles était par lui décortiqué, et mis au service de son art. Sa culture équestre était encyclopédique, mais loin d’être seulement livresque, elle était vécue et assimilée.

Michel Henriquet
La passion de transmettre… © DR

Car Michel Henriquet était avant tout un écuyer. Avec tout ce que ce terme implique de savoir, de finesse… et de devoirs vis à vis du cheval.
Le maître Oliveira, dont il avait été l’élève pendant trente ans, avait écrit à son sujet : « Son travail repose entièrement sur la décontraction et l’absence de force autant de sa part que de celle des chevaux. Je souhaite qu’il conserve et communique cet idéal de perfection. »

« Si j'ai pu faire comprendre ce qu'un peu de savoir, de psychologie et d'amitié peut inspirer de confiance à ce merveilleux partenaire, l'objectif est atteint ». Michel Henriquet

Car Michel Henriquet avait fait siennes toutes les finesses de l’art équestre véritable, et son travail se basait sur une synthèse des principes de l’Ecole de Versailles et d’une partie de la doctrine de Baucher.
A cause de cette exigence de perfection dans l’équitation classique, il avait choisi d’être écuyer, et non cavalier : il ne souhaita jamais participer à des compétitions de dressage.

Ecuyer… et entraîneur

Mais il ne dédaignait pas d’enseigner et ce fut même l’un des grands moteurs de sa vie. Il eut de très nombreux élèves, fut membre de la Commission de dressage, conseiller technique pour le Cadre Noir et entraîneur de dressage. C’est ainsi qu’il fit travailler pendant de longues années son épouse Catherine Henriquet, qu’il amena jusqu’au plus haut niveau.

En exclusivité, Cheval Savoir présente deux vidéos du maître au cours de sa vie. Dans ce film tourné à Bailly, Michel Henriquet explique son enseignement, et commente le travail de sa jeune élève Catherine. Des précisions de doctrine et de culture équestre qui résonnent aujourd'hui comme un message.

Aux Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992, Catherine présente le lusitanien Orphée et c’est avec un autre lusitanien, Carinho des Noés, qu’elle devient une première fois championne de France – titre qu’elle remportera une deuxième fois en 2013 avec un cheval allemand, Paradieszauber. Par Catherine, Michel Henriquet montrait au monde que l’équitation classique était compatible avec la compétition…

Michel Henriquet
Michel Henriquet a toujours aimé monter des lusitaniens. © Coll. Michel Henriquet

Le cheval lusitanien faisait lui aussi partie des combats de Michel Henriquet, même si l’écuyer-entraîneur reconnaissait aussi la valeur d’autres races équines pour le dressage –notamment lorsqu’il s’agit de la compétition.
Il avait été un précurseur. Dès les années 1960, il avait milité pour sortir de l’oubli total le cheval que l’on appelait encore « andalou ». Il racontait d’ailleurs cette anecdote significative : loirs d’un de ses premiers voyages au Portugal, tandis qu’on lui montait des anglo-arabes et des pur-sang, il avait aperçu au fond d’une écurie des lusitaniens et avait souhaité les voir au travail. « Nos petits chevaux vous intéressent donc ? » lui avait-on demandé. Oui, ces chevaux l’intéressaient, car il avait détecté chez eux cette extraordinaire aptitude au rassembler et aux airs d’école. Dès lors, Michel Henriquet avait milité pour faire sortir le cheval ibérique de l’oubli quasi-total dans lequel il était tombé en France.

Aux côtés de l’AFCA – l’Association Française du Cheval Andalou – il avait guerroyé sans relâche pour amener les Haras Nationaux de l’époque à « reconnaître » ce cheval. Il avait même dénoncé un certain immobilisme en écrivant dans la revue Plaisirs Equestres en juillet 1982 un pamphlet titré « Racisme équestre ». Devenu un spécialiste reconnu du cheval ibérique, Michel avait ensuite fondé l’Association française du cheval Lusitanien, dont il fut Président d’honneur.

Cheval Savoir présente en exclusivité ce film d'archives, tourné dans les années soixante, où l'on voit le jeune Michel Henriquet travailler des chevaux lusitianiens. La fin de la vidéo a été tournée il y a quelques années seulement, et l'on voit Michel Henriquet âgé montant le cheval Isgard. Une vidéo passionnante qui montre l'évolution d'un maître...

Militant, il fonda également avec Jean d’Orgeix et le Colonel Christian Carde l’Association Allège Idéal, défendant la légèreté en équitation. Il fut également le fondateur du mouvement pour la restauration de la Grande Écurie du château de Versailles et le vice-président de l'association pour l'Académie d'art équestre de Versailles.

Un « étudiant à vie »

Michel Henriquet, chercheur infatigable, se définissait lui-même comme un « étudiant à vie » des maîtres classiques, et s’était mis très tôt à écrire lui-même.
Son premier livre écrit dès 1968, A la recherche de l’équitation, est le témoignage de son travail avec  Lagarto, étalon portugais qui reste un cheval emblématique.

Il ne cessera d’écrire pour transmettre la bonne parole, avec des notions qui paraissent aujourd’hui étonnamment modernes : il avait écrit dès 1986 ces mots magnifiques : « Si j'ai pu faire comprendre ce qu'un peu de savoir, de psychologie et d'amitié, peut inspirer de confiance à ce merveilleux partenaire, l'objectif est atteint ».

Michel Henriquet
© L.Bataille

Il publie en 1972 L’Equitation, un art, une passion, et en 1991 un ouvrage majeur, Gymnase et dressage (référence ou clin d’œil à Steinbrecht, dont le livre le Gymnase du Cheval est un classique ?) Michel Henriquet dira de ce livre : « C’est la méthode et la philosophie équestre que j'aurais aimé avoir il y a 50 ans. » Selon ses propres mots, il s’agit d’un véritable traité d’équitation « qui a été écrit d’après les notes prises régulièrement lors des stages avec Nuno Oliveira chez lui ou chez moi. Ces rencontres s'étalèrent tous les deux ou trois mois pendant les vingt-sept années précédentes. »

Il signe ainsi de nombreux livres et articles, tourne avec Catherine des vidéos didactiques, et préface aussi plusieurs ouvrages – me faisant notamment l’honneur de préfacer un des miens.

L’ouverture vers les approches nouvelles

Cet homme infatigable publie en 2010 deux ouvrages de la pleine maturité qui sont l’un et l’autre remarquables à leur manière. L’œuvre des Ecuyers Français : un autre regard, est un ouvrage novateur : comme son titre le laisse deviner, l’auteur n’hésite pas à remettre quelques pendules à l’heure. Préfacé par Daniel Roche, l’impertinent ouvrage nous fait découvrir certains écuyers presque inconnus et de toute manière trop méconnus, que Michel Henriquet nous apprend à apprécier, tandis d’autres, classiques et vénérés à travers les siècles, sont remis à leur juste place ! Michel Henriquet s'était imposé des limites chronologiques et géographiques, choisissant de ne parler que des écuyers français et antérieurs au vingtième siècle afin de ne froisser personne…

Michel Henriquet
Michel Henriquet avait reçu Cheval Savoir en 2011 pour une grande interview exclusive. © L.Bataille

Le deuxième livre publié en 2010 s’intitule Dressage et comportement. Michel Henriquet, l’éternel chercheur, montre qu’il avait su capter la tendance vers une meilleure connaissance de la psychologie du cheval, se rapprochant ainsi des courants comportementalistes et mettant en mots ce qui avait toujours compris et mis en pratique. Ecrit au crépuscule d’une vie exceptionnellement longue et remplie, ce livre constitue une synthèse et donne un magnifique message d’ouverture. Une ouverture que Michel cultivait aussi en se rapprochant du haras de La Cense ou en recevant en 2014 Jean-Philippe Giacomini pour un stage d’endottapping

Voici quelques années, sachant son cœur fragile, Michel m’avait confié : « Si je pars, cela n’a aucune importance. Ma vie a été remplie, et tout continue par Catherine… »

Lire aussi la grande interview exclusive accordée par Michel Henriquet à Cheval Savoir en 2011.

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3 commentaire(s) »

equipassion :
Le 08/02/2015 à 13h31

Merci, Laetitia, pour ce bel hommage... Un homme exceptionnel qui, à n'en pas douter, laissera son nom dans l'historie de l'équitation.

Charles Guillaume [invité] :
Le 22/02/2015 à 10h57

Bonjour, merci beaucoup pour ces deux vidéos trop courtes a mon goût!
Passionnant de voir le maître a cheval...
Il me semble cependant que le dernier cheval que l'on voit monté sur la deuxième vidéo dans son manège d'Autouillet soit Laissez-Faire et non Isgard.
En tout cas merci encore pour ces vidéos!

equipassion :
Le 22/02/2015 à 12h33

Charles Guillaume a écrit : "Il me semble cependant que le dernier cheval que l'on voit monté sur la deuxième vidéo dans son manège d'Autouillet soit Laissez-Faire et non Isgard."
C'est exactement la même confusion que j'ai faite. Il se ressemble. Mais, Catherine m'a confirmé qu'il s'agissait bien de Isgard. Carinho est le dernier cheval monté par Michel.

Article publié le 02-02-2015

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