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Coupe du Monde FEI de dressage à ’sHertogenbosch :
Edward Gal déçoit dans le Grand Prix mais triomphe dans la Kür

Devenu très rapidement mythique en passant la barre des 90% en août dernier, le couple Gal/Totilas était très attendu à ’s-Hertogenbosh, pour ce 25° anniversaire de la Coupe du Monde de dressage FEITM. Un Grand Prix qui a déçu, mais une Kür qui lui a valu une standing ovation.
Cheval savoir y était. Analyse.

Jeudi dans le Grand Prix, c’est évidemment Edward Gal et son cheval Moorlands Totilas qui étaient très attendus, favoris bien sûr, car ils caracolent habituellement en tête des compétitions avec 10% d'avance sur les couples en lice. En effet, ce couple-là restera dans l’histoire du dressage comme le premier à avoir franchi la barre des 90 : en août dernier, aux Championnats d’Europe, il pulvérise le record des notations jamais attribuées en dressage, avec une note de 90,700%. En décembre, en Coupe du Monde à Londres, c’est un nouveau record, avec une notation de 92,300. Moorlands Totilas et son cavalier sont entrés dans la légende. A quand la note sanctionnant une certaine perfection, celle qu'attendent les acteurs du dressage au niveau de la compétition sportive internationale ?

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©Kit Houghton/FEI

Le cheval, évidemment, est étonnant, certainement une grande réussite d’élevage dans l’optique de ce qui plaît actuellement. L’équitation, elle, laisse perplexe, lorsque l’on sait que le cavalier avoue : “Ce cheval possède une telle puissance qu'il peut parfois s'en servir contre vous”.

Obligation est donc faite au cavalier de lui opposer sa propre puissance, et d'être, des deux, celui qui gagne.
C'est ce qui n'est pas arrivé ce jeudi-là : très tendu, très susceptible, ruant à l'éperon au départ au galop, se jetant en avant en sortant de la mise en main dans toutes les transitions, Totilas n'obtient que la deuxième place à 2 points d'Adelinde Cornelissen (76,80 pour 78,85 au vainqueur).

“Ils sont mis sous pression pour pouvoir libérer en piste leur énergie et déployer ces allures extraordinaires. Il est inévitable que par moments, le cavalier ne puisse pas tout gérer” commente un habitué des carrés de dressage. Il allait falloir assurer la Finale de la reprise en musique le surlendemain.

Matthias Alexander Rath : un jeune cavalier à suivre

Dans le Grand Prix Spécial de la Brabanthalle, c’est Anky van Grusven qui remporte la palme, avec Salinero, devant Satchmo et Isabelle Werth, Sterntaler Unicef monté par Matthias Alexander Rath prenant la troisième place. Pour ce que nous en avons vu, nous avons reconnu chez ce jeune cavalier de 25 ans une sorte de renouveau d’une équitation allemande soucieuse d'un contact léger et perméable de la main, et d'un respect de la biomécanique naturelle du cheval avec, par exemple, de vrais allongements au trot et au galop avec une encolure vivante. Peut-on espérer que le fameux “tire-pousse” disparaisse un jour au profit d'une équitation de l'engagement sur une main légère?

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Totilas à la pirouette.©Kit Houghton/FEI

Le samedi, dans la Reprise en musique de la finale de la Coupe du Monde, Edward Gal est bien décidé à dominer la situation. Nous avons assisté à l'échauffement précédant immédiatement le passage du couple sur le rectangle de compétition ; cet échauffement dure 1heure et demie dans un grand calme et sans lutte, le cheval évoluant enroulé bas et rond parmi les autres chevaux en lice. Edouard Gal est certainement plus confiant. Mais il est plus attendu encore.

Totilas : un bien beau cheval…qui gagne

Les prévisions se réalisent : il gagne. Avec une note toutefois inférieure à ses records. Le cheval avance loin et haut ses antérieurs, dans un mouvement indéniablement esthétique, mais l’arrière-main est paresseuse et ne signale aucun allongement du trot ; Faverot de Kerbrech placerait cet air dans les airs artificiels d'une équitation de fantaisie, pour ce qui est de la projection des antérieurs (ce qui ne dispense pas de l'engagement des postérieurs.) Mais, soit ! C'est ce qui fait plaisir au public, et aux juges. Beaucoup d'irrégularités dans les postérieurs au passage, la croupe du cheval se dandine au trot ; le mouvement, ce sont les membres qui le produisent en travaillant en piliers extensibles qui saillent dans la fesse ; le dos ne travaille pas. C'est ce que l'équitation classique allemande appelle un “marcheur aux jambes”, en opposition au “marcheur de dos”. Les transitions du piaffer au passage ne sont pas bonnes. Or, si ces transitions sont considérées comme si importantes, c'est qu'elles sanctionnent la justesse de l'allure de départ ; un piaffer obtenu selon les canons de l'art équestre est le réservoir d'énergie nécessaire au développement du passage : le cheval pousse d'arrière en avant, il ne tire pas sur le sol avec ses antérieurs, ce qui nous est pourtant toujours donné à voir en compétition. Le galop serait très beau si l'encolure était vivante, mais là encore, elle reste figée et haute dans les allongements, ceci pour maintenir haut le garrot par rapport à la croupe : l'avant-main mène la danse, et l'épaule (comprenons le membre antérieur) emmenée par l'encolure prisonnière dans la main du cavalier, fait le travail que le dos ne fait pas. Le dos? Il porte le cavalier et encaisse les raccourcissements d'allure en se creusant : est-ce là le rassembler demandé en fin d'allongements ?

Les juges approuvent et les notes, une fois de plus, s’envolent : 89,85 %. Le public est électrisé et Edward Gal reçoit une standing ovation.

C’est sans doute le couple-vedette de ces prochaines années, si le cheval, physiquement, tient la distance...

N.V.

Résultats Reprise Libre en Musique

  1. Moorlands Totilas (Edward Gal) Pays-Bas 89.80%
  2. Jerich Parzival (Adelinde Cornelissen) Pays-Bas 82.85%
  3. Hunter Douglas Sunrise (Imke Schellekens-Bartels) Pays-Bas 82.15%
  4. Warum Nicht (Isabell Werth) Allemagne 79.75%
  5. Watermill Scandic (Patrik Kittel) Suède 76.55%
2 commentaire(s) »

eleonore :
Le 30/04/2010 à 21h52

Je note que la "détente" de Totilas au paddock précédant immédiatement l'épreuve a duré 1h1/2 enroulé bas et rond; ça contredit formellement les recommandations de la FEI qui, d'après ses dernières instructions publiées dans le n°9 de votre magazine, exige rait que le cavalier ne garde pas la tête de son cheval dans la même position plus de 10 mn....

dreamoiseau :
Le 09/07/2011 à 19h41

Si seulement c'était le seul point négatif à relever !...

Article publié le 31-03-2010

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