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Endurance, FEI et Emirats : des événements en cascade…

Par Yves Riou.


N°61
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Depuis la mort de Splitters Creek Bundy, fin janvier 2015, le monde de l’endurance a connu une révolution. De nombreux faits se sont déroulés ou ont été mis à jour, qui ont permis à la FEI d’entrer en action – enfin ! – et à Ingmar De Vos, son Président, de lancer sa machine juridique. Résumé chronologique des faits et analyse.

La FEI (Fédération Equestre Internationale) est effectivement entrée en action et il faut s’en féliciter !
Voici un résumé des faits les plus saillants et une extrapolation rapide de la logique qui a autorisé la prise de ces décisions extraordinaires. Des décisions qui n’avaient jamais été prises depuis la création en 1932 de notre « machin » équestre (Machin : terme utilisé en son temps par Charles de Gaulle pour désigner l’ONU !)

31 janvier 2015 : la mort de Splitters Creek Bundy

L’image de la détresse de ce cheval de haut niveau émeut la planète. Sa mort n’est pas exceptionnelle mais elle est médiatisée. Ces images matérialisent, au delà de la simple présentation d’un drame, la souffrance infligée aux chevaux sur certaines courses au Moyen Orient. Nous le savions. Nous en avons eu la preuve visuelle.

Endurance Normandie 2014
Des cavaliers émiratis lors de l’épreuve d’endurance des JEM-Normandie 2014. © DR

Cette preuve et la médiatisation qui a été faite autour de cela ont servi de déclencheur pour des prises de position radicales au niveau de fédérations nationales. En premier lieu la Suisse, la Belgique, puis d’autres ont suivi.

Le 28/01, Sabrina Zeender, 49 ans suisse, trilingue, avait été nommée secrétaire générale de la FEI. C’est elle qui va gérer les crises au quotidien et transmettre les décisions aux Emirats.

14 février : le courrier d’Ingmar De Vos

La 14 février, le Président Ingmar de Vos, élu en décembre 2014, adresse un courrier officiel aux différentes fédérations nationales.
Bien entendu, il fait référence aux images citées plus haut. Mais ce qui est nettement perceptible c’est que le ton a changé. Ce courrier n’est plus un texte diplomatique qui tente d’aborder un sujet sans en parler réellement. Et surtout il ne missionne pas une commission, qui va se réunir bientôt. Signe évident de désintérêt.

Des courses factices sont organisées dans le but de qualifier en urgence des concurrents pour des épreuves richement dotées

Cette fois, la fédération des UAE est interrogée. La FEI demande un compte rendu détaillé, alors que la prise de position précédente stipulait que la course se déroulant sous les règles UAE, la FEI n'était pas en mesure d'intervenir. Enfin, il est affirmé clairement que cet événement est pris très au sérieux et que des décisions seront prises pour éviter « des occurrences similaires » dans le futur. Ingmar De Vos affirme enfin que ce sujet est devenu sa priorité absolue.

24 février : trois fédérations répondent à la FEI

La fédération suisse répond en quelque sorte à ce courrier « spécial fédérations » en reprenant la plupart de ses références, termes et motivations. Elle demande à la FEI de « prendre immédiatement des mesures efficaces et de continuer à agir par la suite » mais en ajoutant une « couche » supplémentaire. Elle se réserve le droit de ne pas prendre part au Championnat du Monde Endurance Elite 2016 à Dubaï.

Le 28 février la fédération belge communique – en termes peut-être plus précis- qu’elle envisage de ne pas déléguer d’équipe aux prochains championnats du Monde.
Le Danemark adoptera ensuite la même position.

Ces fédérations incitaient par ailleurs leurs ressortissants à ne pas prendre part aux compétitions d’endurance organisées aux UAE. Dès lors, la FEI, couverte par des demandes précises et des menaces concrètes de la part de ses associations constitutives (la FEI est une association de fédérations), se trouve en position d’agir en toute légitimité.

26 février : la FEI supprime 5 épreuves internationales

Enfin, la FEI supprime de son calendrier officiel cinq épreuves internationales organisées aux UAE.

Le communiqué évoque le non-respect des règles FEI aux UAE, notamment les règles mises en place le 1er août avant les JEM.

En fait, cette décision concerne les cinq dernières épreuves de la saison (octobre à mars) aux UAE. Trois épreuves à Bouthieb (Abou Dhabi) et deux à Dubaï (Diev) groupés en deux événements. Ce type de décision n’avait jamais été mise en œuvre auparavant.

Ingmar De Vos
Ingmar De Vos, encore Secrétaire Général de la FEI, lors de la Conférence sur l’endurance qui s’était tenue à Lausanne en février 2014. Derrière lui, les membres du « groupe stratégique de l’endurance » de l’époque.
© Germain Arias-Schreiber/FEI

La FFE émet un communiqué approuvant la décision... Avec 123 compétitions organisées en 2014, la France est le principal pays européen à pratiquer l’endurance. Une position plus spontanée avant l’engagement de la FEI et politiquement plus affirmée eût été bienvenue. Il est des attitudes incompréhensibles par la base qui devront un jour être expliquées, justifiées.

28 février : Endurance GB suspend ses négociations avec Meydan

Un important projet de sponsoring entre Meydan (Dubaï) et Endurance GB (Competitive long distance riding), un organisme anglais structurant l’endurance dans son pays, était en cours de négociation depuis plusieurs mois. Il est aujourd’hui suspendu jusqu’à nouvel ordre.

En quoi consistait ce projet ?

Les 3 trois paragraphes qui suivent sont issus de conversations. Aucun document officiel ne les démontre. Mais leur probabilité à court terme est très forte. Il s’agissait de :

  • réactiver le site d’Euston Park pour l’organisation de nouvelles compétitions.
  • créer une académie de l’endurance en collaboration avec la EEF (Emirates Equestrian Federation) et la FEI, où il serait envisagé de former le staff des autres fédérations nationales.

L’objectif final étant de « réhabiliter l’endurance en Europe ». En quelque sorte un remake du très vieux film : L’arroseur arrosé. Les performances constatées de l’endurance anglaise et la situation de la EEF vis à vis des malversations pratiquées sous son autorité ne laissaient pas supposer la revendication d’une telle légitimité en matière d’endurance.

Evidemment, cette rupture soudaine est directement liée à la décision FEI du 26 février.

Il faut prendre conscience que les décisions de la FEI et d’Endurance GB (EGB) sont vécus comme des affronts vis à vis des royaumes du Golfe. Il s’agit d’un signal évident de la nécessité d’un changement d’attitude.

Deux comportements en découlent :

  • Les UAE n’ont pas besoin de la FEI. Les cavaliers émiratis affirment qu’ils gagnent toutes les compétitions auxquelles ils participent et que c’est pour cette raison que la FEI pose des problèmes.
  • Une attitude moins « front bas » qui consiste à tenter de limiter la casse. Cela consiste à prendre conscience de l’opinion négative du reste du monde à l’égard des pratiques locales. On constate ainsi progressivement qu’elles sont le fait d’une infime minorité éprouvant le besoin de briller aux yeux des souverains. La politique de cour en vigueur impose à chaque intervenant (entraîneur, cavalier etc.), de se mettre en évidence pour conserver le regard bienveillant de la classe dirigeante… et les appointements qui vont avec. Une porte ouverte à toutes sortes d’exactions, comme celle qui est décrite ci-dessous.
Splitters Creek Bundy
Le martyre du cheval Splitters Creek Bundy, le 31 janvier, aura servi de catalyseur pour une prise en compte plus énergique et mondiale des problèmes de l’endurance. © Dubaï Racing TV

Quoiqu’il en soit les compétitions interdites sous drapeau FEI auront lieu en CEN (donc épreuve nationale) du 11 au 14 Mars. L’alternative aurait été d’arrêter la saison à la fin du mois de février. Cette décision de la EEF fut sans doute difficile à prendre car du point de vue politique les principaux acteurs officiels avaient de fait « failli » dans leur mission aux yeux de leurs mandataires. Il leur fallait conserver une attitude digne face à l’opprobre générale.

6 Mars : révélation de l’affaire des « courses factices » 

Le 6 mars, Pippa Cuckson révèle dans le Daily Telegraph l’existence de « fake rides ». La journaliste bien connue affirme que des membres habilités de la EEF ont créé de toutes pièces, au niveau documentaire, des courses qui n’ont pas eu lieu dans la réalité, dans le but de qualifier en urgence des concurrents pour des épreuves richement dotées.

Cela concerne des courses qui auraient eu lieu le 23 décembre 2014 et le 21 janvier 2015. Elles reprennent des fichiers de chronométrages de CEI * et CEI ** (effectivement réalisées antérieurement) sans les modifier. Ces fichiers sont augmentés des résultats des concurrents à qualifier en urgence qui se trouvent bien sûr tous classés en tête de course ! Le lieu de la compétition n’est pas précisé. Le jury est uniquement local, contrairement aux règles d’organisation des CEI, et les courses sont prétendument organisées par la EEF.

Ces résultats fictifs ont été insérés dans la base de donnée FEI. Il s’agit donc de faux réalisés au niveau de la fédération des UAE (EEF). A noter qu’en Europe, les fichiers de chronométrages au format Excel sont envoyés directement par le prestataire responsable du chronométrage à la base de données FEI sans intermédiaire. Ce qui n’est pas le cas aux UAE…

Bien entendu la FEI mandate un organisme spécialisé pour réaliser une enquête approfondie. Cependant, la composition des fichiers de chronométrages révélant des impossibilités factuelles (mêmes chronos pour la majorité des concurrents, sur toutes les boucles mais dans des lieux et à des dates différentes), il est évident qu’il s’agit de faux. Il est clair que dans la situation de crise décrite plus haut la découverte soudaine de ces fausses courses constitue la goutte qui fait déborder le vase. Il est étrange de voir comment les faits s’enchaînent en faveur de la FEI. Pure coïncidence ?

On peut supposer que la FEI a mis un peu de temps pour s’organiser après la nomination d’Ingmar de Vos. Temps nécessaire pour réunir des conditions juridiquement imparables à un nouveau stade dans l’action organisée envers la fédération des UAE.
Nouveau stade… que voici !

12 Mars : la FEI suspend la fédération nationale des UAE

Le communiqué précise que :

  • La suspension prend immédiatement effet (12/03/2015) pour une période indéterminée.
  • La fédération nationale a 30 jours pour faire appel.
  • La fédération nationale ne peut plus participer à quelque activité interne FEI que ce soit.
  • Elle ne peut plus organiser d'événements internationaux.
  • Ses officiels ne peuvent plus participer à quelque jury international que ce soit.
  • Ses cavaliers d'endurance ne peuvent plus participer à quelque concours international que ce soit à l'étranger. (Ceci ne concerne pas les cavaliers des autres disciplines).
  • La FEI pensait que les modifications réglementaires (01/08/ 2014) faisant suite aux recommandations de l'ESPG allait résoudre les problèmes et constate tristement que cela n'a pas été suffisant.
  • Parallèlement à la mesure de suspension, la FEI a chargé l'ECIU (son département Equestrian Community Integrity Unit) de conduire des recherches sur les événements fictifs découverts – apparemment au nombre de 12.

En fin de communiqué, l'identité des membres du bureau exécutif est déclinée publiquement. Il y a unanimité des signataires.

Sabrina Zeender
Sabrina Zeender, actuelle secrétaire générale de la FEI, a su mettre sa volonté et son pouvoir de directeur de l'éxécutif au service d'une mesure énergique. © FEI

Nous sommes forcés de constater que cette cascade d’événements a permis à la FEI de donner un coup d’arrêt magistral à la structure en place aux UAE, sur la base de faits caractérisés. Il s’agit probablement là d’une stratégie nécessaire pour être efficace.

La première conséquence concrète a été la mise à pied, dès le 12 au soir, c’est à dire quasi-immédiatement après parution du communiqué du Chairman de la fédération des UAE (EEF). IL est vraisemblable de penser que ce limogeage n’est qu’un préliminaire. De nombreuses réunions à Abou Dhabi et Dubaï sont prévues où le problème de la sécurité des chevaux sera envisagé, avec la gradation des sanctions adéquates définies par la EEF sur son territoire.

Fin du premier round

Au final, la FEI progresse, pour le cas des UAE, dans sa volonté de protéger le cheval en tentant d’asseoir son autorité, sinon une forme d’obédience au niveau local. Ce qui n’était pas le cas – et est de toute façon réputé difficile.

Le séisme se révèle dans l’endurance, mais éclaboussera aussi le pur-sang de courses, car le fond du problème reste le dopage…

L’avenir nous dira très prochainement quel est le sort qui sera réservé à la filière équestre mondiale tant dans le pur-sang anglais que le pur-sang arabe, car le séisme a fait un très soudain premier bond en avant dans l’endurance (PS arabe), mais de nombreuses évolutions dans le PS anglais mijotent au niveau mondial. Notamment dans la lutte contre le dopage, car au travers de ces échanges à fleurets juridiquement mouchetés, le fond du problème reste le dopage…

N’oublions pas que les pays du Golfe sont les plus gros propriétaires de chevaux au monde et que leur impact économique ne se circonscrit pas seulement au Moyen Orient. L’ensemble de la planète est concerné par leur réaction. Qui ne manquera pas d’être surprenante…

Cet article a été réalisé sur la base du travail effectué par François Kerboul, juge FEI 4* en Endurance, fondateur de ATRM Systems, structure de chronométrage spécialisée pour l’endurance, et architecte de profession. Des informations complémentaires sont disponibles sur Midipy – http://www.ceermp.org/. De très nombreux voyages au Moyen Orient lui permettent de recueillir des informations directement à leur source. Je le remercie pour la confiance qu’il me fait en me permettant de les relayer auprès des lecteurs de Cheval Savoir.

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1 commentaire(s) »

hellyse :
Le 25/03/2015 à 10h44

Bravo, ça bouge enfin!

Article publié le 20-03-2015

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