Accueil » Entretien du cheval

Prévention de la myopathie atypique : un combat difficile

Par Dominique Lambert-Lefranc


N°62
3 Commentaire(s)
Imprimer cet article
Avec le printemps et la germination des plantules d’érable augmente à nouveau le risque de myopathie atypique. Cette maladie saisonnière, relativement nouvelle (elle n’existe en France que depuis 2002) est hélas le plus souvent mortelle. Quelles sont les solutions pour l’éviter ?

La myopathie atypique (MA), également appelée myoglobinurie atypique des chevaux au pré, n’est apparue qu’en 2002 en France, mais est aujourd’hui bien présente dans notre pays et en Europe. C’est une maladie généralement fatale qui se traduit par une dégénérescence touchant certains groupes musculaires, et entraînant généralement la mort en quelques jours. Elle touche tous les équidés quel que soit leur âge.

Pré dangereux
Quand le pré devient danger… © Fotolia.com

Saisonnière, elle se déclare au printemps et en automne. Elle ne présente pas les caractéristiques d’une affection contagieuse, mais plusieurs chevaux pâturant dans un herbage peuvent être affectés en même temps. En effet, son apparition est liée à des conditions environnementales particulières. 

Des études récentes

Des études récentes, menées notamment par l’équipe de Dominique Votion à Liège (Belgique) ont mis en lumière le rôle d’une toxine présente dans les graines de certains arbres du genre Acer (érable) dont érable sycomore (Acer pseudoplatanus). Ceci explique notamment la recrudescence de la maladie au printemps (consommation de plantules) et en automne (consommation de graines).

La myopathie atypique n’est pas une fatalité, même si sa prévention reste difficile lorsque le cheval est au pré

Nous savons que les chevaux possèdent un instinct très sûr pour détecter les plantes toxiques sur pied, qu’ils évitent grâce à l’extrême mobilité de leur lèvre supérieure préhensile. Il arrive toutefois que le cheval se trompe et consomme une plante toxique par aberration de l’instinct (dans le cas de l’if par exemple) ou parce qu’il ne peut plus la reconnaître (cas de plantes toxiques séchées et mélangées au foin).

Quelques connaissances en botanique sont indispensables à tout propriétaire de chevaux. Reconnaître l’érable est désormais aussi important que de repérer l’if. Tant qu’un antidote à la toxine ou traitement de la myopathie atypique n’existe pas, la prudence consiste à ne pas mettre les chevaux dans une parcelle comportant un ou plusieurs érables, ni dans une parcelle voisine d’un pré ou d’une bois comportant des érables. En effet, les fruits de l’érable sont des samares comportant deux membranes latérales en forme d’ailes, ce qui permet à la graine d’être transportée sur des distances importantes, grâce au vent.

Samares d’érable sycomore
Samares d’érable sycomore. Photo Fcb981 - Wikipédia

Les plantules d’érable sont d’abord constituées de deux petites feuilles dites cotylédons, allongées et arrondies, non typiques de la feuille d’érable. Puis au milieu de la plantule apparaissent deux petites feuilles d’érable d’un vert plus clair.
Au stade de la seule présence des cotylédons, ces plantules sont évidemment difficiles à reconnaître, car de très nombreuses espèces végétales présentent des feuilles cotylédonaires à ce stade de leur développement. En revanche, dès l’apparition de petites feuilles d’érable caractéristiques, les plantules sont aisément repérables pour un œil exercé.

Un repérage… et ensuite ?

Ce repérage permet-il de supprimer le risque ? Certes non, car des centaines de ces plantules peuvent apparaître dans une zone de quelques dizaines de mètres carrés, où elles se mélangent à l’herbe, assez haute au printemps. Le risque serait majoré lorsque les chevaux en pâture ne sont pas complémentés avec des concentrés, ce qui augmente leur voracité.

Plantule d’érable sycomore
Plantule d’érable sycomore. Noter la forme très différente des cotylédons et des premières feuilles.
Photo Alain Jotterand - Wikipédia

En théorie, si l’on réussissait à supprimer presque toutes ces plantules, le danger serait considérablement réduit. En pratique ce serait inenvisageable, car cela représenterait un énorme travail, effectué à quatre pattes chaque printemps. Et il serait impossible de retirer en outre les graines tombées au sol, toxiques également.
Que pouvons-nous faire ? La myopathie atypique n’est pas une fatalité, même si sa prévention reste difficile lorsque le cheval est au pré.

Une solution serait d’abattre en hiver tout érable présent dans la parcelle, et d’évacuer toutes les branches encore potentiellement porteuses de fruits. Dans l’absolu il faudrait également débarrasser le sol de toutes les graines ! Ce qui est inenvisageable, d’autant que ces graines peuvent rester en dormance et ne germer que plusieurs années après.

Notons à ce sujet qu’une bonne prairie ne devrait pas comporter d’érables, (alors que les chênes et les frênes sont souvent présents dans les prairies de régions bocagères).
La simple logique supposerait qu’on ne mette tout simplement pas de chevaux dans une parcelle comportant un érable, ou dans toute parcelle voisine. Les herbages composés partiellement de zones boisées ou jouxtant une forêt sont donc clairement contre-indiqués.

Ceci n’est pas sans poser des problèmes à certains propriétaires de chevaux, car il n’est pas toujours facile de trouver un herbage de proximité dont la configuration, le terrain et les clôtures soient sûrs et adaptés aux chevaux, pour un arrangement financier acceptable. La seule présence d’un érable dans le voisinage peut-il faire hésiter ? Etant donné la gravité de la myopathie atypique et, partant, l’importance de la prévention, la réponse devrait couler de source. Le plus simple en tous cas et de renoncer à un tel herbage au moins au printemps et en automne, ce qui réduirait déjà considérablement les risques.

Lisez le journal sans restriction :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier

3 commentaire(s) »

hippo :
Le 04/05/2015 à 22h43

Pourquoi cette maladie n'existe-t-elle en France que depuis 2002... Il y a des érables depuis plus longtemps. Ou alors a-t-on découvert l'origine de la maladie qu'en 2002?

isabelle [invité] :
Le 21/04/2016 à 06h48


RAPPEL SVP : Les cas de MYOPATIE ATYPIQUE des ÉQUIDÉS (chevaux, ÂNES, MULETS, poneys ....... ) du printemps sont là: :
Alerte faculté vétérinaire de Liège 09/04/2016

isabelle [invité] :
Le 18/10/2016 à 14h34

mail reçu du docteur Votion AUTOMNE 2016 – A la date du 17 octobre 2016, 7 cas compatibles avec le diagnostic de myopathie atypique ont été communiqués à la Faculté de Médecine vétérinaire de Liège et au RESPE. Ces cas ont été recensés en Belgique (2 cas) et en France (5 cas).
Le nombre de cas de myopathie atypique ne cesse d’augmenter ces derniers jours. Merci de transmettre le message ci-dessous à vos connaissances via votre page Facebook.
https://www.facebook.com/martin.isabelle.75/media_set?set=a.10204531524768044&type=3&pnref=story

Article publié le 22-04-2015

Postez un commentaire !

Prénom (requis)

Email (requis)

Votre commentaire