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Fin de vie des chevaux : vers l’adoption de « facilités » d’abattage…

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°63
8 Commentaire(s)
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Ces derniers mois, une série de publications très orientées préconisent de faciliter l’abattage des chevaux en France. Après le rapport du CGAAER en septembre dernier, celui de l’INRA envisage « l'évolution progressive de la fin de vie des chevaux sous l'angle des pertes alimentaires »… 

L’éthique n’avait aucune place pendant la 8e journée du Réseau Économique de la Filière Équine, c’est le moins que l’on puisse dire. La « dimension affective » qui lie le cavalier à sa monture est considérée comme un « frein » à l’abattage : « sous l’angle des pertes et gaspillages alimentaires, cette situation conduit au retrait de la chaîne alimentaire d’une fraction très significative de viande rouge de qualité disponible sur pied ». À lire qu’un cheval qui nous procure des émotions et du plaisir parfois depuis plus de vingt ans est qualifié de « viande rouge disponible sur pied », on tique !

Vie des chevaux
© niquimania – Fotolia

Peu importe l’avis des propriétaires : seules les considérations économiques comptent pour orienter les solutions. Les arguments avancés sont presque imparables : deux tiers des chevaux en fin de vie partent à l’équarrissage malgré son coût important (ce qui démontre aussi que la majorité des propriétaires sont idéologiquement opposés à l’abattage de leur compagnon, et préfèrent payer l'équarrisseur plutôt que d’empocher le prix de la viande), alors que 80 % de la consommation nationale de viande chevaline provient d’importations (du Brésil, du Canada, du Mexique et de la Pologne).

L’abattoir comme solution au « mal-être » ?

Pour mieux faire avaler cette pilule très amère, le ministère de l’Agriculture (représenté par Olivier Debaere, responsable d’une section élevage) affirme que le recours à l’abattage permettra de mettre fin à certaines maltraitances, comme les actes de cruauté et les abandons de chevaux en fin de vie.

L’argument apparaît très discutable, tant il y a de diversité dans les situations des propriétaires.
Ceux qui laissent souffrir leurs chevaux au fond d’un pré faute de moyens de s’en occuper (ou qui les abandonnent) sont aussi, le plus souvent, des personnes qui refusent idéologiquement l’abattoir et l’hippophagie : un propriétaire qui n’est pas opposé à l’abattage et qui n’a plus les moyens d’entretenir son cheval âgé l’enverra de lui-même dans « le camion ».

Vie des chevaux
En principe, les mesures envisagées par le gouvernement ne passeront pas par « l’incitation à la consommation de viande chevaline ». © Fotolia

Nous retombons sur une très vieille (et douloureuse) question d'éthique : « Dois-je mettre mon cheval en souffrance faute de moyens de m’en occuper, ou vaut-il mieux pour lui abréger ses souffrances » ? 

Bien qu'il s'agisse d'une évidence, il fait bon le rappeler : la seule solution 100 % efficace pour garantir le bien-être des chevaux en fin de vie serait de débloquer des moyens juridiques et financiers en soutenant et en formant les associations d’accueil et de placement d'équidés. Encore une fois, aucune association de protection n’a eu voix au chapitre.

L’exclusion de l’abattage « par choix idéologique » continue

Maigre consolation, Olivier Debaere a communiqué très clairement qu’il n’était pas (plus ?) question de supprimer la possibilité d’exclusion définitive d’un cheval de la chaîne alimentaire humaine. Le ministère de l’agriculture semble avoir pris connaissance de la pétition contre cette mesure, forte actuellement de 5 500 soutiens.


Aucun mot en revanche sur la proposition d'un « système assuranciel qui devrait être rendu obligatoire » pour les chevaux exclus de la filière viande par choix idéologique. Le détail des mesures envisagées par le gouvernement reste inconnu, mais Olivier Debaere a fait savoir qu’elles ne passeraient pas par « l’incitation à la consommation de viande chevaline ».

Brigitte Bardot toujours engagée contre la consommation de viande chevaline 

Brigitte Bardot a pris parti depuis de longues années contre l’hippophagie. Nous consacrons d’ailleurs ce mois-ci un hommage très documenté à son œuvre.


Elle semble suivre de près ce dossier de la fin de vie du cheval, et est à nouveau intervenue en avril dernier sur radio RMC pour demander aux français hippophages de cesser de consommer de la viande de cheval : écouter l'intervention sur son site.

Il est vrai qu'une réduction de la consommation de viande chevaline en France réduirait à néant l'argument d'une balance commerciale déficitaire avancé par Interbev Equins, éviterait les importations depuis certains pays (comme le Mexique et le Canada) où les conditions de transport et d'abattage des équidés sont cauchemardesques, et garantirait aux propriétaires le respect de leur liberté de choix. 

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8 commentaire(s) »

Robert [invité] :
Le 29/05/2015 à 20h17

De toute façon depuis cet arrangement farfelu avec les lobbies ma famille et moi ainsi que pas mal d'amis renoncent à la consommation de viande chevaline....

dominique [invité] :
Le 30/05/2015 à 13h44

ma jument a 25 ans et je lui dois la vie que j'ai eu et l'amour qu'elle m'a apporté et quoiqu'il arrive, elle mourra dignement chez moi que ce soit de mort naturelle ou fin de vie par piqure (vétérinaire). En suite, d'après les lois, c'est l'équarrissage ou l'incinération a des prix exorbitants. De toute manière, à l'équarrissage, l'animal fini aussi en pièces détachées, ce qui est aussi pour moi inconcevable.Je crois que pour la dignité de l'animal et le stress, il faut que l'animal meurt là ou il a vécu. C'est pour cela que tous nous choisissons cette solution. Si le cheval devait être consommé, au moins qu'il meure paisiblement et dignement. C'est l'alternative a tous les quiproquos de la mort animale surtout des chevaux.Cela permettrait a des propriétaires de ne pas laisser moisir des chevaux en souffrance dans des prés car il n'y a pas pire que de faire mourir un animal ailleurs que l'endroit ou il a vécu et d'agir de manière a ce qu'il ne s'en rende pas compte.

franck [invité] :
Le 03/06/2015 à 13h56

Je suis très choqué de lire que notre ministère adopte des projets de lois pour rendre plus facile abattage des chevaux en retraite....j'ai jamais vu un gouvernement autant "bêtes" et "idiots"... et pourtant c'est pas pour autant que nous les mettons à la guillotine.

Martine [invité] :
Le 03/06/2015 à 14h26

Je suis retournée de tout ce que l'on peut leur faire , comme si aller a l"abattage les faisait moins souffrir que mauvais traitements et abandont..c du pareil au même, le cheval comprend tout et quand il monte dans un camion pour passer au couteau il ne souffre pas bien sur !! Il faut arreter de bouffer toujours plus d'especes, deja les poulets cochons et viandes bovines c bon, faut arreter ..et j'en oublie !Le chien et chat qui par la taille est aussi proche de l'homme, quand c la fin on lui fait faire la piqure pour qu il s'en aille en paix . Quand l'homme saura respecter et pas seulement empocher les esprits seront différents .

Serge [invité] :
Le 04/06/2015 à 10h16


Mes chevaux mourront dignement là où ils auront vécus, et, ayant la chance d'avoir suffisamment de surface, je sais que pour chacun d'eux je louerai une grue et creuserai un grand trou, et il reposera en paix. Ce que l'on fait même pour des criminels doit pouvoir être fait pour tous les être auxquels on tient. Et que ce soit légal ou non, ce sera fait pour mes chiens et mes chevaux en ce qui me concerne. l'équarrissage n'est pas une solution et l'incinération est inabordable et pas disponible partout.

schizo :
Le 05/06/2015 à 17h46

Il y a un autre aspect de la fin de vie d'un animal (cheval, chien, chat ...) dont on ne parle jamais et que j'aimerais évoquer (sans doute parce que je ne suis plus un "perdreau de l'année"…) : c'est lorsque son propriétaire meurt avant lui.
Mon chat est suffisamment vieux pour que je puisse espérer lui survivre. Mais mon cheval, c'est autre chose. S'il me survit, que deviendra-t-il? qui lui prodiguera l'affection qu'il mérite? qui pourra assumer cette charge financière pendant une durée indéterminée? J'aimerais lui épargner tout risque d'années d'abandon ou de mauvais soins, et donc qu'à ma mort, il soit "endormi" paisiblement là où il vit (mais peut-on prévoir cela par testament? existe-t-il des vétérinaires qui accepteront?). Tout faire pour qu'un animal ne souffre pas de son vivant me paraît plus important que ce qui se passe après sa mort.

ps: je vous rassure, je ne mange JAMAIS de viande de cheval et mon cheval est exclu de la filière alimentaire (si tant est que ça le protège réellement d'un transport misérable et d'un abattage cruel).

Eleam [invité] :
Le 06/06/2015 à 13h26

Bonjour, j'ai juste une question et un petit commentaire à faire sur le post de Schizo. Pour la question, elle est sans doute bête mais bon... quels sont les risques encourus pour avoir enterré son cheval chez soi? Peut-on vraiment le faire? Et maintenant, je comprends bien l'idée de Schizo, mais pourquoi dans ces cas là ne pas lui trouver une famille d'acceuil maintenant qui s'engagerait à adopter son cheval s'il partait avant lui?

schizo :
Le 06/06/2015 à 14h05

Eleam, pas d'enterrement mais une somme réservée par testament pour les frais vétérinaires et l'équarrissage (s'il s'avère que l'incinération est impossible).
Quand on voit les difficultés dans lesquelles les (bonnes) familles d'accueil se débattent pour sauver des chevaux maltraités et/ou abandonnés, je trouve irresponsable d'ajouter à leurs soucis.
Par ailleurs, les cas d'abus de confiance sont trop fréquents : chevaux étiques laissés à leur triste sort dans des prés encore plus maigres qu'eux, ou revendus à brève échéance pour faire la rame en été chez des loueurs de chevaux sans scrupules qui les envoient, à la fin de la saison, rejoindre la cohorte des condamnés à l'abattage alimentaire , quand ce n'est pas un envoi direct à la case "boucherie". C'est un risque que je me refuse à faire prendre à mon cheval.

Article publié le 29-05-2015

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