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Première course d’endurance FEI en Chine !

Par François Kerboul*


N°64
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Le 20 juin dernier avait lieu pour la première fois en Chine une la Fengning Cup, une course d'endurance internationale se déroulant sous l'égide de la Fédération Equestre Internationale (FEI). Mais l’endurance en Chine, n’est-ce pas une nouveauté… millénaire ? François Kerboul, Juge 4* et Délégué technique FEI, commente cet événement en exclusivité pour Cheval Savoir.

Non, on ne vous fait pas ici le coup des platitudes géographiques et touristiques du genre "carrefour des civilisations" ou "pays aux mille visages", mais on n'a pas su trouver mieux que cet oxymore juxtaposant "nouveauté" et "millénaire" pour relater ce qui s'est passé dans le monde équestre le 20 juin 2015 à Cheng-De dans la Province de Hebei en Mongolie Intérieure à quelque 300 km au nord de Beijing (CHN).

Avant le départ
Avant le départ de la course. © F. Kerboul

Cette compétition de niveau 1 se déroulait sur 80 km, répartis en 3 étapes successives courues en un jour.
La Fédération Chinoise avait demandé que l'ensemble des épreuves (nationales et internationale confondues) soit jugé selon les critères de la FEI. Cela en a surpris plus d'un et un nombre inhabituel de chevaux a été écarté dès le contrôle initial qui a lieu le jour précédent le départ de la course, soit parce que leurs allures ne correspondaient pas aux critères de niveau international, soit parce que les chevaux eux-mêmes ne savaient pas vraiment ce qu'on voulait d'eux dans les lignes de trotting, faute d'y avoir été initiés préalablement !

Au IVème siècle avant notre ère, il existait déjà en Chine un réseau de poste à relais avec chevaux montés

Pour marquer cet évènement, le gouvernement de Mongolie Intérieure n'avait pas hésité sur les moyens... Ecrans géants, fibre optique pour résultats en direct, discours officiels, soirées avec buffet richement pourvus et orchestre tous les soirs sans compter les feux d'artifice les accompagnant… on se serait cru dans un Championnat du Monde, encore qu'on en ait vu de largement moins bien équipés.

L'évènement, appelé Fengning Cup, du nom de la ville la plus proche, était couplé avec un concours de Saut d'Obstacle national et l'ensemble avait fière allure. Le gouvernement de Mongolie Intérieure voulait par là souligner de façon honorable la première rencontre entre une tradition équestre millénaire et la Fédération Equestre Internationale (FEI) pour la discipline endurance.

L’origine de l’endurance équestre

Si l'on admet que la discipline endurance trouve son origine dans le transport des nouvelles à cheval sur de longues distances, il convient que nous, Occidentaux souvent prompts à considérer que nous sommes le centre, voire l'origine du monde, acceptions de nous confronter à une vision plus large et généreuse.

Cheval local
Cheval local… pour une discipline à la fois nouvelle et millénaire. © F. Kerboul

On se donne à entendre et à lire, y compris sur le site Internet de la FEI, que l'endurance trouverait son origine dans le Poney Express qui exista aux USA juste à la veille du télégraphe et du chemin de fer. On se le répète à l'envie et on considère cette affirmation comme rendant suffisamment compte de l'état du monde pour ne pas procéder à plus d'investigations sur le sujet.

Mais si on écarte les œillères pour prendre un peu plus de recul et d'air frais que ce que les descriptions généralement admises nous délivrent, on prend conscience que le Pony Express (avril 1860 – octobre 1861) est un modeste, tardif et éphémère avatar hyper romancé d'une beaucoup plus grande histoire. Le célèbre et sulfureux William F. Cody dit Buffalo Bill est pour une partie non négligeable dans la création de la légende entourant le Pony Express aux USA avec son spectacle Wild West Show qui érigeait en mythe national l'histoire de l'Ouest, chose relativement aisée dans un pays dont l'Histoire est si courte que l'anecdote y a souvent pris des dimensions historiques auxquelles elle ne pourrait prétendre dans de vieilles civilisations.

Un réseau de plus de 40 000 chevaux

On sait que la transmission des nouvelles est intimement liée à la formation, à la stabilité et à la domination de tout appareil d'État et que les Chinois furent sans conteste les champions de la centralisation des pouvoirs dès les temps les plus reculés. Au IVème siècle avant notre ère, il existait en effet déjà en Chine un réseau de poste à relais avec chevaux montés.

Le cheval au galop
Le cheval au galop, un pied sur une hirondelle… Bronze chinois du IIeme siècle. Photo Danielle Elisseeff. Wikipédia.

On sait que le moment culminant de cette poste à relais avec chevaux montés fut la dynastie des Tang (612 - 907). Les documents disponibles permettent de savoir que les routes postales maillaient l'empire et que le réseau comportait 1 643 relais de poste dont 1 297 terrestres animés par 41 500 chevaux. Il est sûr qu'à côté, l'expérience courte et sans suite du Poney Express avec sa durée de moins de dix neuf mois pour cause d'arrivée trop tardive et de télégraphe naissant, ses 400 chevaux et ses 3 100 km de route fait plus ou moins figure d'échantillon.

On pourrait citer d'autres systèmes de poste en Europe par exemple, mais il semble bien que l'antériorité chinoise soit d'une imbattable évidence.

Du Pony Express à l’empire mongol

Au début du XIIIème siècle, lorsque les Mongols envahirent la Chine, ils ne possédaient que des coureurs pour acheminer les courriers et nouvelles, mais ils comprirent vite l'intérêt du réseau postal des Chinois et l'amplifièrent. L'empire Mongol poussa le système à son extrême puisqu'à son apogée, il disposait d'un réseau inédit et jamais égalé de 60 000 km comprenant 3 000 relais et 150 000 chevaux montés. Les courriers les plus rapides parcourraient entre 300 et 450 kms en 24 heures.

Il est en soi intéressant de comparer le système des Tang, celui des Mongols et celui du Pony Express en matière d'organisation et de performances. On trouve ainsi :

Relais :

  • Chine : tous les 20 km
  • Empire Mongol : environ tous les 20 km
  • USA : tous les 16 à 24 km.

Nombre de relais :

  • Chine : 1 643
  • Empire Mongol : 3 000
  • USA : 184

Nombre de chevaux :

  • Chine : 41 500
  • Empire Mongol : 150 000
  • USA : 400

Longueur réseau :

  • Chine : 35 000 km
  • Empire Mongol : 60 000 km
  • USA : 3 100 km

Distance parcourue par un cavalier :

  • Chine :
    - courrier normal : 100 km
    - courrier express : 320 km
  • Empire Mongol : dans la continuité de la technique chinoise
  • USA : de 130 à 160 km

Races de chevaux :

  • Chine : turco-mongol(achetés aux éleveurs des steppes)
  • Empire Mongol : chevaux locaux du fait des distances en jeu.
  • USA :
    - Côté ouest : California horses
    - Côté est : poneys locaux

Il est frappant de voir que les distances et les modes sont comparables et constants d'une époque et d'un lieu à l'autre. Ceci bien sûr est à l'aune des capacités des chevaux car en Chine, dans l'empire Mongol tout comme aux USA, on s'efforçait de galoper le plus possible entre les différents relais où le cavalier changeait de monture et poursuivait sa course.

Il est tout de même étrange qu'aucune source ne mentionne cette monumentale et inégalée utilisation extrême-orientale du cheval pour parcourir les distances (et véhiculer les documents et nouvelles) qui est dans les gènes mêmes de l'endurance.

Ne se trouve-t-on pas là encore, et comme presque toujours, confronté à une véritable absence de recherche des sources plus ou moins implicitement soutenue par une forme de vision coloniale qui colle toujours aux basques d'un Occident très axé sur lui-même et passablement fier de l'être.

On plaide ici, à l'occasion de l'évènement historique que fut le premier CEI de l'histoire de la Chine, pour un élargissement du champ de vision et une révision un peu plus ouverte et universelle des origines fondamentales de l'endurance. Il semble plus que raisonnable de remettre certaines idées reçues à une place plus modeste, voire de les écarter le cas échéant.

Une première pour les cavaliers nationaux chinois

La Fengning Cup fut un grand moment tant pour les cavaliers nationaux qui se trouvaient confrontés pour la première fois au standard international que pour les officiels FEI, un peu surpris par moments mais toujours admiratifs de la volonté de bien faire de l'ensemble des participants ainsi que de l'organisateur qui avait véritablement mis tout son poids pour que ce premier évènement international soit une réussite, ce qu'il fut indéniablement.

Le briefing
Le briefing avant la course : discipline chinoise ! © F. Kerboul

On relèvera que pour cette première historique, la société ATRM Systems, société française pionnière et leader dans le domaine de la gestion des courses d'endurance équestre, était de la partie et retransmettait les résultats en direct sur son site internet à la satisfaction de tous, sans mentionner la surprise étonnée de bon nombre de gens présents.

Il apparaît souhaitable de marquer d'une pierre blanche ce premier Concours d'Endurance International car c'est le fil renoué entre une tradition millénaire inégalée et un futur certainement exponentiel, la Chine ne pouvant que devenir un acteur majeur de la discipline.

*François Kerboul : FEI 4* Judge, Technical Delegate & Course Designer

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2 commentaire(s) »

valren :
Le 21/07/2015 à 19h25

Bonjour. Article tout à fait passionnant et qui m'a appris beaucoup de choses. Merci beaucoup.

AogupemesNU [invité] :
Le 20/04/2017 à 15h40

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Article publié le 20-07-2015

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