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Le bien-être du cheval, vu par…

Du 18 au 20 septembre prochain auront lieu les désormais incontournables « Rencontres de La Cense », dédiées cette fois au bien-être du cheval. Cheval Savoir est partenaire de ces « Rencontres » consacrées à un thème essentiel. C’est l’occasion de demander à certains intervenants, hommes de cheval de premier plan, de s’exprimer sur ce concept du bien-être.

Jean-Maurice Bonneau, ancien cavalier de CSO de haut niveau, médaille d’argent au Championnat d’Europe en 1995, entraîneur de l’équipe de France de 2000 à 2006, actuellement entraîneur-sélectionneur de l’équipe du Brésil.

Jean-Maurice Bonneau

Cheval Savoir : Jean-Maurice Bonneau, quelles étaient vos motivations pour cette participation à la conférence sur le bien-être animal ?

Jean-Maurice Bonneau : Le bien-être du cheval est un préalable à toute pratique de l’équitation ! Et ce sera l’occasion de témoigner, et la meilleure façon de combattre certaines idées reçues, comme quoi nous serions des tortionnaires de chevaux, que le maître-mot qui devrait caractériser l’équitation, c’est harmonie, l’harmonie entre cheval et le cavalier.
Ce qui est important, c’est que le cheval ait les aptitudes voulues. Dans ce cas, l’équitation est vertueuse, puisqu’on ne demande que ce que le cheval peut faire. En tant qu’entraîneur, je pense avant tout à éviter des scandales comme ce qui s’est passé à Hong-Kong (affaires de dopage, ndlr).

Les cavaliers de l’équipe du Brésil ont tous plus ou moins recueilli les messages de Nelson Pessoa. Ils savent que la fin ne justifie pas tous les moyens…

C.S. : Quand vous dites « nous, » vos pensez aux cavaliers de CSO ou à des cavaliers d’autres disciplines ? J’ai l’impression que les chevaux de CSO sont dans l’ensemble plus heureux que les chevaux de dressage, par exemple…

J.-M. B. : Je pense aux cavaliers de CSO parce que c’est ce que je connais le mieux. Et il y a des disciplines où le cheval a l’air de s’amuser, j’ai vu récemment dans des épreuves de tri du bétail des chevaux qui prennent du plaisir dans leur travail…

C.S. : Avec les cavaliers que vous entraînez, êtes vous sur la même longueur d’onde par rapport à cette recherche du bien-être du cheval ?

J.-M. B. : Oui, forcément, parce qu’avec mes cavaliers, si cela n’était pas le cas, s’il n’y avait pas cela, il n’y aurait pas le reste non plus. C’est un état d’esprit. Avec l’équipe du Brésil, il n’y a pas de problème : ils ont tous plus ou moins recueilli les messages de Nelson Pessoa. Ils savent que la fin ne justifie pas tous les moyens…

Denis Brohier, éleveur : « J’attache beaucoup d’importance au pré-débourrage. »

Denis Brohier

Cheval Savoir : Denis Brohier, pourquoi cette participation à cette table ronde sur le bien-être animal ?

Denis Brohier : J’ai accepté de participer à cette table ronde car le sujet est intéressant, même si en tant qu’éleveur, je ne rencontre pas de réel problème.
Ce qui est important, c’est que les poulains soient mis en confiance très jeunes ; nous intervenons beaucoup plus tôt par rapport à ce qui se faisait autrefois – et même par rapport à ce que je faisais au début, il y a une vingtaine d’années…
Aujourd’hui, mes poulains sont parés deux fois, voire trois fois avant le sevrage. Ils ont le licol dès les premiers jours qui suivent leur naissance… même si parfois nous sommes un peu débordés et que nous n’arrivons pas toujours à le faire si tôt ! (rires).
J’attache beaucoup d’importance au pré-débourrage : dès dix-huit mois, les poulains ont la selle sur le dos, et tournent gentiment à la longe, et passent une petite croix. Ensuite on les laisse tranquilles et quand on les reprend à trois ans, le débourrage se passe très facilement… Il est bon aussi que les poulains sautent le plus tôt possible, cela les habitue, cela met leurs articulations en place…

C.S. : Que pensez-vous des épreuves pour chevaux de quatre pas ? Est-ce que justement cela ne sollicite pas trop les membres, notamment au niveau des métacarpiens rudimentaires qui ne sont pas encore tout à fait soudés ?

D.B.: Non, il n’y a pas de problème. Dans ces épreuves, on saute quoi ? trois fois rien ! Les obstacles ne sont pas gros. Le circuit SHF est exemplaire, même les étrangers le disent…
S’il y a des problèmes, ils viennent du travail excessif fait à la maison, pas des épreuves. Le bien-être du cheval vient du respect mutuel : on respecte le cheval et il nous respecte, donc il n’y a pas de conflits, les choses se passent bien. Nous autres professionnels, nous n’avons pas le droit à l’erreur, aujourd’hui nous devons être à 100% tout le temps… Et plus on s’y prend tôt avec les poulains, mieux cela se passe…

Jean-Luc Force, Entraîneur International de Concours Complet : « Le cheval doit pouvoir porter le poids du cavalier et non le subir ! »

Jean-Luc Force

Cheval Savoir : Pourquoi avoir accepté de participer à cette conférence sur bien-être ?

Jean-Luc Force : Je suis très honoré ! (rires) Mais je pense aussi que c’est un sujet essentiel. Je ne veux pas donner des leçons, mais je veux sensibiliser les gens au problème du confort du cheval sous la selle… c’est un aspect essentiel du bien-être !
Pour cela, il faut que les cavaliers apprennent ou réapprennent à faire travailler le cheval de manière méthodique, avec une bonne tension de la ligne du dessus aboutissant à un contact constant sur les deux rênes, qu’il y ait du rebond, que le cheval soit en équilibre… comme s’il n’était pas monté ! Il peut alors porter le poids du cavalier et non de le subir. Mais il y a un grand manque de connaissances, hélas, chez beaucoup de cavaliers et même chez certains enseignants.

C.S. : On compense souvent le manque de méthode en mettant des « ficelles » ?

J.-L. F. : Oui. Beaucoup connaissent la théorie, mais ne savent pas comment l’appliquer. Alors ils utilisent des procédés externes, dont souvent ils n’ont pas la maîtrise. Cela part d’une bonne volonté, mais cela aboutit souvent à tout l’inverse.

C.S. : Le concours complet c’est une discipline qui paraît relativement acceptable pour le cheval : galoper en extérieur c’est plus naturel que de se comprimer dans une repris de dressage, non ?

J.-L. F. : Ah oui, c’est clair. Et c’est une discipline dans laquelle on prend plus le temps d’attendre les chevaux. C’est essentiel de prendre son temps pour que le cheval soit bien sous la selle, dans le bon équilibre.

C.S. : Dans toutes les disciplines, on voit beaucoup de chevaux de quatre ans avec lesquels on est allé trop vite…

J.-L. F. : Oui. Si le travail de mise en place de la ligne du dos est négligé, parce que les gens n’ont pas su ou pas eu le temps de le faire. Il s’ensuit des micro-traumatismes qui font que le cheval s’étiole, et que son état physique va s’appauvrir.
Et il y a aussi des contraintes économiques : les cavaliers professionnels ont de plus en plus de chevaux dans leur piquet. Ils dépendent de plus en plus des propriétaires, qui veulent un rendement rapide. Quel propriétaire va accepter qu’on lui dise « il faut attendre six mois avant de mettre ce cheval en compétition » ? Dans la conjoncture actuelle, tout est difficile. C’est pour cela que je prends mon bâton de maréchal… Encore une fois, mon objectif n’est pas de donner des leçons ; ce qui m’intéresse dans ce colloque, c’est de faire passer certains messages, de rencontrer d’autres cavaliers et de trouver des solutions.

L’avis de Manuel Godin, Directeur technique du Haras de la Cense

Cheval Savoir : Manuel Godin, vous êtes instructeur d’équitation et cavalier professionnel de saut d’obstacles. En tant que Directeur technique de la Cense, vous incarnez la synthèse entre sports équestres et approche éthologique. Que représente à vos yeux la question du bien-être du cheval ?

Manuel Godin : Pour être franc, je ne suis pas à l’aise avec cette terminologie de Bien-être. Elle mérite d’être définie et placée dans un contexte de gestion globale du cheval (environnement, alimentation, relation entre l’homme et le cheval).

Manuel Godin
Manuel Godin, Directeur technique du Haras de la Cense. © BAETIS

En tant qu’homme de cheval, je m’emploie à respecter ce que je connais de la nature du cheval et ce que je ressens à son contact. C’est l’un des principaux messages que je transmets à mes élèves amateurs ou professionnels. Pour cela, je m’appuie sur mon expérience quotidienne, auprès des chevaux et sur les connaissances scientifiques, issues de l’éthologie et de la médecine vétérinaire. J’apprécie, grâce à cela, l’état physique et mental des chevaux ; Certains parlent de bien-être, je préfère parler d’un cheval en forme, en bel état, qui a beau poil et bon œil ou tout autre chose. C’est ma sensibilité d’homme de cheval.
Quoiqu’il en soit, le terme n’est pas essentiel. Ce qui est important c’est que l’on ressent clairement un intérêt grandissant des cavaliers amateurs et professionnels pour mieux connaitre le cheval, ses modes de vie, de communication, d'apprentissage, dans un but de respecter sa nature. L’engouement pour l’éthologie en est une preuve évidente. C’est une excellente chose. Le cheval est un partenaire de travail et de loisir. Notre responsabilité de professionnel est de tout mettre en œuvre pour garantir son intégrité physique et mentale. C’est sur cette base que se construit puis se développe la relation avec ce merveilleux complice de quotidien.

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1 commentaire(s) »

oupas :
Le 23/08/2015 à 22h45

Le bien être du cheval ? ....Des prairies, de l'espace, un troupeau.

Article publié le 20-08-2015

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