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2emes Assises de la Filière équine : enfin un vrai débat sur la fin de vie du cheval ?

Par Amélie Tsaag-Valren


N°66
13 Commentaire(s)
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Les deuxièmes Assises de la Filière équine auront lieu le 29 septembre prochain. L’an dernier, le communiqué qui avait suivi les premières assises évoquait des « facilités d’abattage et des « incitations » pour pousser les propriétaires de chevaux en retraite à choisir cette option pour leurs chevaux en fin de vie. Nous avions regretté l’absence de dimension éthique dans ces publications, une erreur qui pourrait être réparée cette année. 

Souvenez-vous, les conclusions écrites des premières Assises de la filière équine l’an dernier sont à l’origine du lancement d’une pétition sur Change.org. Les informations reçues à cette occasion (par voie de presse) étaient particulièrement douloureuses, entre la création d’un « sas de blanchiment » pour rendre des chevaux médicamentés « propres » à la consommation (autrement dit, des camps d’embouche), et la suggestion de contraintes financières pour pousser les propriétaires à choisir l’abattoir (voir notre article de l’époque). Depuis, la pétition que j’ai lancée a fédéré près de 7000 personnes.

Cheval à la retraite
© Fotolia.com

Début juin, je demandais dans la rubrique Tribune de Cheval Savoir un véritable débat sur la fin de vie des chevaux, où toutes les opinions pourraient être représentées Cette demande semble enfin prise en compte, ou du moins entendue par la filière.

« Trouver des solutions communes »

L’intitulé de la table ronde s’est adouci, par rapport aux nombreuses déclarations lues et entendues jusqu’en avril dernier. Il ne s’agit plus de « régler le problème des chevaux en fin de vie » en les envoyant à l’abattoir, ni d’éduquer les propriétaires de chevaux de loisir pour les y pousser… mais bien de « trouver des solutions communes ». Bonne nouvelle, alors que les intervenants de l’an dernier étaient tous favorables à l’augmentation des abattages, cette fois, des profils plus variés sont invités. En particulier, la présence de Roly Owers, le directeur de World Horse Welfare, est à saluer.

Cette année, des profils plus variés sont invités à ces assises, comme Roly Owers, le directeur de World Horse Welfare.

Notons en revanche la présence de Bernard Coudurier, auteur du rapport de l’INRA intitulé « L'évolution progressive de la fin de vie des chevaux sous l'angle des pertes alimentaires ». Il évoquera ce sujet sous l’intitulé « Pertes et gaspillages alimentaires : faut-il se priver de la viande de cheval ? » Présenté aux dernières journées de la recherche équine, ce rapport est indélicat dans sa manière d’accuser les propriétaires de chevaux en retraite : « Sous l’angle des pertes et gaspillages alimentaires, cette situation conduit au retrait de la chaîne alimentaire d’une fraction très significative de viande rouge de qualité disponible sur pied » !

D’autant plus indélicat lorsqu’on sait que chaque année, l'équivalent de 20 milliards d'euros de nourriture déjà préparée et prête à être consommée finit… dans les poubelles des supermarchés. Le conseil constitutionnel a récemment retoqué la proposition de loi interdisant aux grandes surfaces de jeter de la nourriture (voir ici, chez notre confrère France bleu). L’idée d’ « inciter » à l’abattage, discutée au sein du Ministère de l’Agriculture, est par contre toujours sur les rails. Selon que vous serez patron d’une chaîne de supermarché ou propriétaire de vieux équidés, vous serez (ou pas) accusé de gâcher de la nourriture…

Financer la fin de vie des chevaux : oui, mais comment ?

Une discussion aura lieu sous l’intitulé « Le financement de la fin de vie : une piste à explorer ». Une idée qui laisse des possibilités très ouvertes, et permettra de poser la question de l’éthique. Une « caisse retraite », ou du moins une « caisse réforme » pour les trotteurs et les Pur Sang permettrait de financer la reconversion des réformés des courses vers les loisirs et les centres équestres, en évitant que des particuliers pleins de bonne volonté ne se retrouvent avec un cheval ingérable racheté en « urgence boucherie » au premier marchand venu. Et pourquoi ne pas généraliser les expériences d’équithérapie avec les hôpitaux et centres de soin disposant des équipements adéquats ?

Chevaux à la retraite
© catolla - Fotolia.com

Il est à craindre que ce débat ne revienne poser l’idée d’un système assuranciel obligatoire pour les propriétaires d’équidés, lorsqu’ils excluent leur animal de l’abattoir. Là aussi, le rapport de forces est très inégal. Les sommes en jeu dans le milieu des courses hippiques (pour ne citer que lui) sont gigantesques, par rapport aux moyens actuels des propriétaires de chevaux de loisir. Après la fin de l’équarrissage public en 2009 et l’Equitaxe en 2013, il est rare que leurs finances soient au beau fixe… Pourtant, du point de vue des propriétaires, c’est presque toujours sur eux que la filière souhaite faire peser les coûts de la fin de vie des chevaux, comme en témoigne une cavalière : « Quand je demande pourquoi envoyer un cheval à l’abattoir est légal, on me dit c’est un animal de rente et que c’est normal… Par contre, quand j’appelle l’équarisseur et que je lui demande pourquoi son passage n’est pas gratuit comme pour les gros bovins de rente, là il me répond que c’est parce que je détiens un animal de loisir ! Le cheval est un animal de loisir uniquement quand ça permet de nous faire payer. »

À ce sujet, envoyer un cheval à l’abattoir revient automatiquement à financer Interbev Equins (voir : Site des Haras Nationaux), organisme très actif dans la promotion et la défense de la filière viande, qui nous a gratifiés de plusieurs opérations de dégustation publique de viande chevaline ces dernières années. Un prélèvement obligatoire intervient au bénéfice de cet organisme à l’abattage. Une situation qui rebute encore plus les propriétaires de chevaux de loisir âgés, pour la plupart hostiles à l’hippophagie…

L’enterrement équin : toujours pas de légalisation

On regrette l’absence d’une discussion thématique autour de l’enterrement équin. L’incinération reste onéreuse et très difficile d’accès : il n’existe que deux centres dans toute la France. La problématique de la fin de vie est toujours réduite à ses deux possibilités légales, abattage ou équarrissage… pourtant, la possibilité d’enterrer son cheval dans le respect des normes sanitaires est une réalité dans de nombreux pays du monde, entre autres au Royaume-Uni, au Maroc, au Canada et dans la plupart des Etats américains. Historiquement, l’enterrement des chevaux a toujours été pratiqué, parfois de façon rituelle. Il représente une solution « naturelle » et moins traumatisante pour le propriétaire de l’animal, sachant que le corps ne sera pas « valorisé » par une entreprise et qu’il pourra revenir régulièrement sur les lieux de l’enterrement, pour faire son deuil.

Cheval au pré
© Fotolia.com

Une propriétaire habitant en montagne a témoigné de son propre ressenti sur l’équarrissage, qui pousse actuellement de très nombreux propriétaires à enterrer illégalement leurs chevaux : « J’ai très mal vécu de voir ma jument, que j'adorais, soulevée par un pied et jetée dans un camion déjà plein, à ciel ouvert. J’ai vu ses sabots dépasser et un liquide couler des autres animaux morts vers le sol... Peut-être étaient-ils malades ? L’équarrissage est affreux. Et très cher ! Alors que l’on possède un tractopelle et toute une montagne pour qu'elle puisse y reposer en paix. Encore une histoire de fric ! »

La voix de ces propriétaires de plus en plus nombreux à demander la « troisième voie » de l’enterrement n’est pas entendue. La FNC, Fédération nationale du cheval (connue pour ses positions en faveur de la filière viande) a dénoncé des « enfouissements illégaux ». Une légalisation des enterrements de chevaux dans un cadre juridique adapté aurait au moins le mérite de limiter les risques de contamination...

Respecter les chevaux en fin de vie : une « sensiblerie de bonnes femmes » ?

Au fil des coups de téléphone et des rencontres construisant ce débat, il apparaît très vite que les propriétaires de chevaux en retraite ne sont dans leur grande majorité ni compris, ni même respectés. J’en veux pour preuve un bruit de couloir récurrent, fustigeant notre « sensiblerie de bonnes femmes » ou, comme l’avait dit un fameux chercheur du CNRS, le fait qu’« on ne se méfie jamais assez de l’amour » !

Les femmes propriétaires d’équidés sont légion. Les dernières statistiques de la filière révèlent que plus de 80% des détenteurs d’une licence FFE sont des femmes, et presque deux tiers de chevaux du pays sont des animaux de loisir. Le propriétaire d’équidés typique est donc une femme pratiquant l’équitation de loisir… On s’étonne alors de voir si peu de femmes et de représentants chargés de l’équitation de loisir parmi nos officiels. La parité n’est pas arrivé au sommet de la filière équine, peut-être est-ce l’une des raisons essentielles à cette fracture qui se creuse de plus en plus entre le monde de l’équitation de loisir et les instances officielles.

Programme de la table ronde
« FIN DE VIE DU CHEVAL : TROUVER DES SOLUTIONS COMMUNES »
La fin de vie : un enjeu majeur

Modérateurs : Christelle IRAOLA, Céline GUALDE.

  • Équarrissage-abattage Équin : la photographie européenne
    Intervenant : Claire Scicluna (Association des Vétérinaires Équins de France) – Comment cela se passe-t-il en Europe ?
  • La politique sanitaire : Intervenant pressenti : FEEVA (Federation of veterinarians of Europe)
  • La politique du bien-être : quel avenir pour le cheval une fois sa carrière terminée ?
    Intervenant : Roly Owers - Directeur de Horse World Welfare
  • Le coût économique de la fin de vie ?
    Intervenant : Xavier Dornier (IFCE)
  • Pertes et gaspillages alimentaires : faut-il se priver de la viande de cheval ?
    Intervenant : Bernard Coudurier (Institut National de la Recherche Agronomique)
  • Le financement de la fin de vie : une piste à explorer Intervenants : Paul Essartial - Président du Conseil des Chevaux de Normandie - Mariane Dutoit, FNC (Fédération Nationale du Cheval)

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13 commentaire(s) »

valagardy :
Le 02/10/2015 à 16h01

''Sensiblerie de bonnes femmes''
Et bien oui !!! et je n'ai pas honte !!!
je dois beaucoup à mes chevaux, il ont nourri mon bonheur et mon bien-être, il est donc hors de question qu'ils finissent en steak
J'ai un cheval à la retraite qui n'a que 14 ans
Ce n'est pas de sa faute s'il a eu des problèmes d'articulations.
Il me coûte des sous mais je ne l'abandonnerai jamais
On accuse, à raison d'ailleurs, les salopards qui abandonnent les chiens et les chats, alors pourquoi les chevaux devraient-ils être exclus ?

pili [invité] :
Le 07/10/2015 à 21h06

que les gens gardent leurs vieux chevaux pour une retraite méritée est tout à leur honneur et pas du tout de la sensiblerie.Juste du respect pour cet animal qui leur a tant donné.

Par contre on voit énormément de chevaux vieillissants à donner, de préférence exclus de la chaîne alimentaire et dont absolument personne ne veut. Pour ceux là, un 'sas sanitaire'(encadré selon des normes strictes de bien être) et une abattage signifierait probablement la fin d'un long calvaire plutôt que d'entamer un voyage à l'étranger pour se faire 'blanchir' et revenir dans les abattoirs français. N'oublions pas qu'une grande affaire judiciaire est toujours en cours où l'on parle de 4000 chevaux par an qui ont été ainsi abattus frauduleusement.

Je viens de recueillir 4 chevaux qui avaient fini la 'saison' touristique. Le plus jeune a 25 ans ... et sont, bien sûr, exclus de la chaine alimentaire. Ce ne sont plus que des épaves (à qui j'ai décidé de donner des soins paliatifs pour m'excuser au nom du genre humain de ce qu'on leur a fait subir) qui auraient probablement moins souffert d'être abattus plus tôt.

Rien, ni personne, ne vous obligera jamais à envoyer votre cheval à l'abattoir et vous aurez toujours le choix de la garder jusqu'à la fin de ses jours, ce n'est pas une petite croix sur un papier qui changera quelque chose. La meilleure façon d'éviter l'abattoir à un cheval c'est de le garder jusqu'au bout.

valren :
Le 07/10/2015 à 22h09

Bonsoir Pili. Juste deux questions :

Comment garantir le bien-être dans un sas sanitaire dont le but est de supprimer tout traitement médicamenteux pendant six mois, et ce alors que de nombreux chevaux concernés sont fatalement dépendants de divers traitement pour rester en état ?

Comment garantir le bien-être sur une chaîne d'abattage adaptée aux bovins, sachant en plus, d'après l'enquête d'Anne de Loisy (entre autres), que la moitié des abattoirs français ne sont pas aux normes, et que de nombreux animaux sont mal assommés et se "réveillent" avant d'être vidés de leur sang ?


J'ai déjà visité un abattoir. J'ai déjà vu un "camp d'embouche", ou "camp d'engraissement", en Italie. Si c'est là le modèle que l'on veut imposer pour réduire la souffrance des chevaux, certains hauts responsables de la filière équine feraient bien de potasser la définition de "bien-être".
Ou de passer les portes des abattoirs.

valren :
Le 07/10/2015 à 23h00

Pour avoir consulté en détail le rapport de M. Coudurier, j'y ai noté qu'il avait cité "le coût important de la garde des chevaux en fin de vie" comme étant un "levier" pour l'abattage.

De ce point de vue, la fin de l'équarrissage public et l'équitaxe sont deux "incitations à l'abattage", venues s'ajouter aux coûts déjà importants supportés par les propriétaires de chevaux en retraite. Pendant ce temps là, la TVA est toujours à 5,5 si vous envoyez un cheval dans le mauvais camion. Cherchons l'erreur...

L'"assurance fin de vie" obligatoire, présentée comme une mesure de "responsabilisation" par le CGAAER, est elle aussi une mesure dissuasive pour pousser les particuliers à choisir l'abattage.Quelque part, dire que "personne ne nous obligera jamais à choisir l'abattoir" ne me semble pas tout à fait juste. L'aspect financier est même cité comme un "levier" dans le rapport de M. Coudurier...

pili [invité] :
Le 08/10/2015 à 10h34

Bonjour Valren, l'actualité nous rattrape. On vient de communiquer l'arrestation de 12 personnes dans le cadre du trafic de viande de cheval exclus de la chaine alimentaire.

quant à notre choix, il est simple : exclure un cheval de la chaine alimentaire alors qu'il est encore jeune et en pleine santé est un choix philosophique. Un cheval qui reçoit une cure de phénylbutazone dans sa vie (sur avis vétérinaire) est exclus à vie. Donc personne ne vous empêche d'exclure votre cheval pour raison médicamenteuse au moment où il aura besoin d'un anti-douleur. Ce n'est plus une action philosophique mais une action de santé publique ...

Tous les chevaux exclus pour raison sanitaire (dans le cadre de la PB par exemple)ne sont pas 'à 'l'article de la mort, nécessitant des soins médicamenteux lourds', ce sont des réformés de toute sorte, des courses, des clubs, des particuliers pcq ils ne peuvent plus prester comme leur propriétaire le voudrait, c'est aussi le cas des chevaux identifiés 'trop tard' ou dont les papiers ont été perdus. Ils peuvent donc, parfaitement, passer 6 mois en prairie en 'sas sanitaire'. Je rêve peut-être mais faire travailler ces exclus jusqu'à épuisement pcq personne n'en veut me semble vraiment une façon de faire encore pire que l'abattage.Pire que la mort il y a la souffrance ... et je la côtoie au quotidien.

Les abattoirs où on rate un étourdissement, je dirais juste qu'on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure.
Ne vous méprenez pas, j'aime les chevaux, je ne les mange pas. Je suis les pieds dans le fumier auprès de ceux qui souffrent le plus depuis 30 ans et je sais que, sur le marché de l'abattoir je priais pour certains, au bout du rouleau qu'ils tournent juste le coin et soient abattus le lendemain pour que cesse ce chemin de croix.

La création de la SPA a débuté avec l'introduction de l'hippophagie pour éviter aux chevaux de travail de s'écrouler entre les brancards faute d'autres débouchés.
Je rêve d'un monde où chaque propriétaire garderait son vieux cheval jusqu'au bout mais la réalité me montre un tout autre tableau

valren :
Le 09/10/2015 à 20h03

Bonsoir Pili.

C'est tout à votre honneur que d'avoir recueilli quatre chevaux après la saison touristique. Pour ce qui concerne ces sas de 6 mois, par contre, j'ai toujours de sérieux doutes. Il me semble évident que cette "solution" aboutirait à la généralisation des camps d'engraissements à l'italienne. Nous avons d'ailleurs une littérature scientifique très aboutie sur les ateliers d'engraissements de chevaux lourds...

Car je ne crois pas une seconde que des personnes choisissant une activité économique qui consiste à accueillir des chevaux de réforme pendant six mois avant de les envoyer à l'abattoir le fasse avec éthique. Elle le fera par unique souci de rentabilité.

Or, le plus rentable est l'adoption du modèle d'engraissement qui permet une revente au poids plus chère. Ces ateliers d'engraissements sont une horreur : les chevaux se battent pour la nourriture, ne sont pas soignée pour rester consommables, et prennent du poids si vite qu'ils finissent souvent en fourbure. Ils sont poussés à l'auge, y compris au maïs ensilage et à la betterave.

Ce n'est pas en éliminant le problème, le cheval lui-même, qu'on règle les enjeux dans la gestion des chevaux non-désirés. L'abattage ne correspond plus au modèle de notre société, qui y est hostile à 60-70 %.

pili [invité] :
Le 09/10/2015 à 21h36

je comprends parfaitement votre raisonnement et vous remercie pour cette discussion intéressante et dépassionnée.

Il est clair que les 'engraisseurs' ne le font pas par amour du cheval et je n'ai pas eu besoin d'aller jusqu'en Italie pour constater le type d'engraissement que vous décrivez, la même chose se produit à 20km de chez moi. Cependant cet engraisseur veut que ses chevaux grossissent VITE, pcq en Belgique centrale on manque de prairies et qu'il ne garde donc pas le cheval 6 mois, ça se calcule plutôt en semaines (ou en jours pour ceux qui arrivent déjà 'gras').
Dans le sud de la Belgique, un autre engraisseur laisse les chevaux en pâture pendant des mois et ne les rentre que pour les 'finir' avant de les envoyer pour le dernier voyage.

Et vous touchez un point qui me tient profondément à coeur les 'unwanted horses', ces chevaux non-désirés que les Américains ont pointés du doigt quand ils ont décidé de fermer les abattoirs équins pour le consommation humaine sur tout le territoire (et il en restait royalement 3). Ces chevaux qui ont crevé de faim et de misère, ces chevaux qu'on a relâchés dans la nature où ils sont morts à petit feu ou dans des souffrances terribles dans un accident de la route.

Le cheval exclu de la chaîne est ipso facto un animal de compagnie. Il a le même statut battard que le lapin, que certains aiment dans une casserole et d'autres comme compagnon. Le problème, tout du moins en république bananière de Belgique, c'est que les refuges font une très nette différence entre un cheval/animal de compagnie ou un chien.
Et le commun des mortels aussi. Le chien on tente de le sauver en lui évitant la fourrière/SPA car on sait qu'il y risque l'euthanasie et, en attendant, une vie triste derrière les barreaux (et une fois de plus je respecte et admire le boulot de ces refuges). Alors que le cheval on le 'confie' à une association, on vous recommande de l'envoyer là-bas pour sa retraite car il y sera heureux. Résultat des courses tous les refuges affichent complet et même en cas de saisie pour mauvais traitement il est difficile de trouver une place. Ne venez pas avec votre 'vieux Pompom' à la porte d'un refuge pour chevaux ils vous le refuseront ils sont complets ... et ils sont complets pourquoi ? Parcequ'ils gardent tous les 'vieux Pompoms' qu'ils ont déjà sauvé.
Il est aussi difficile (si pas plus) de faire adopter un cheval de plus de 20ans qu'un chien de plus de 10 ans. On pique le second et on offre une belle vie au premier. Deux poids, deux mesures ?

Je ne tiens pas à vouloir à tout prix faire abattre tous les chevaux devenus non-rentables. Je voudrais juste éviter de laisser mettre en place des dérives telles qu'elles se sont déroulées aux USA. Je ne dis pas stop à l’hippophagie,tout simplement pcq moi aussi, en théorie je suis contre mais que dans la pratique j'ai vu tellement de souffrance que je préfère un cheval abattu à un cheval qui crève au boulot. Regardez comment ça se passe dans un pays comme l'Egypte où on ne mange pas de cheval ...là c'est marche ou crève et on n'hésite pas à abandonner dans la rue un cheval au bout du rouleau qui va agoniser lentement.

Quelles solutions proposez vous pour les non-désirés ? Pcq si les 60-70% des gens qui sont contre l'abattage transformaient leur indignation de canapé en actes,càd s'il prenaient (même sans devoir l'acheter)un cheval de plus de 20ans mes écuries seraient vides et je pourrais aussi commencer à m'indigner sur d'autres sujets du fond de mon canapé.

valren :
Le 09/10/2015 à 23h29

L'euthanasie est une manière plus éthique de gérer les chevaux non-désirés que l'abattage. Elle a au moins le mérite d'offrir une porte de sortie aux chevaux au bout du rouleau exclus de l'alimentation... C'est loin d'être l'idéal, mais ce sera toujours mieux que l'abattoir. Si on autorise l'euthanasie des chevaux non-désirés, il reste la question du corps...

L'équarrissage est payant en France depuis 2009, avec de grosses disparités de prix. Il reste illégal d'enterrer un cheval, même en respectant des précautions sanitaires (éloignement des points d'eau...). Cela me semble anormal. C'est un cadeau offert aux sociétés d'équarrissage privées, sur le dos des propriétaires de vieux chevaux.

Au Royaume-Uni, au Canada et au Maroc, pour ne citer que trois exemples, il est légal d'enterrer un cheval (généralement dans des fosses communes). Cela revient moins cher que de faire équarrir, de plus, ils savent où se trouve le corps, et donc où aller s'ils ont besoin de faire leur deuil.

Avec l'équarrissage... le corps est "valorisé" (en engrais généralement). N'offrir pour solutions légales que l'abattage et l'équarrissage, c'est imposer la profanation du corps de l'animal.

De plus en plus de personnes (dont moi-même) sont choquées par les pratiques des équarrisseurs. Entre celui qui demande de déplacer le corps parce que le cheval n'a pas eu la bonne idée de mourir dans un endroit pratique... on paiera le même prix évidemment... et celui qui met une semaine à venir, obligeant le propriétaire à couvrir le corps avec une bâche sans compter les mouches...

Le propriétaire devrait avoir la liberté de faire enterrer son cheval, soit sur sa propriété, soit dans une fosse commune près de chez lui. Couplée avec la possibilité d'une euthanasie pour des chevaux très atteints (qui "mourraient" donc dans un lieu prévu pour, à côté du site d'enterrement), on a une solution plus éthique, et la possibilité pour le propriétaire de faire son deuil avant l'injection finale. C'est beaucoup plus respectueux.

pili [invité] :
Le 10/10/2015 à 08h53

Bonjour.
Là on s'écarte du sujet, de mon sujet en tout cas.
Les chevaux 'non désirés' sont, à mes yeux, des chevaux dont les propriétaires veulent se défaire et qui sont 'non utilisables'. Une personne qui dépense des sommes importantes (au moins 1000€)pour offrir un 'enterrement' à son cheval l'aura gardé jusqu'au bout et il sera regretté et en aucun cas 'non désiré'.
En théorie beaucoup de personnes seront 100% d'accord avec cette option, mais quand il s'agira de la transformer en pratique il y aura beaucoup moins de monde pour passer à la caisse.

Les chevaux non-désirés sont des chevaux que les gens ne désirent pas garder pour des raisons économiques. Des 'réformés'/retraités. Ils sont 'pasture sound' comme diraient les anglais, càd qu'ils peuvent continuer à vivre sans souci, mais ne peuvent plus être montés. On se heurte alors au problème des vétérinaires qui refusent les euthanasies de complaisance et au fait que PERSONNE ne veut de ce cheval même gratuitement. Et fleurissent alors les annonces pour "chevaux à donner contre bons soins" qui terminent quand même dans une assiette parce que rien n'est mis en place pour eux.

valren :
Le 10/10/2015 à 10h33

Il y a (pour une fois) une bonne chose que l'on pourrait importer des Etats-Unis, ce sont les centres de médiation animale et d'équitation thérapeutique. Il n'y a pas toujours besoin d'un cheval "montable", le contact avec l'animal suffit. On réglerait (en partie du moins) un double problème, celui des chevaux non-désirés et celui de la prise en charge de l'autisme (pour lequel la France a été condamnée 4 fois, de nombreux parents envoyant leurs enfants en Belgique où elle est meilleure...)

Bien sûr, on ne réglerait pas le problème de tous ces chevaux d'un seul coup, mais ce serait au moins une solution utile et éthique.

pili [invité] :
Le 10/10/2015 à 15h59

Jusqu'à présent AUCUN centre d'équitation thérapeuthique n'a pris contact avec moi pour récupérer un cheval 'non-désiré'. Il semblerait que le grand âge de mes pensionnaires soit dissuasif, les handicapés auraient trop de mal à supporter la mort du cheval. Une fois de plus, les rares centres qui disposent de leur propre 'cavalerie' (généralement on utilise les vieux briscars de club pendant les heures creuses) préfèrent un haflinger, porteur et brave entre 10 et 15 ans. Caramba, encore raté.(et les institutions n'ont pas non plus envie de supporter les frais liée à la fin de vie et préfèrent toujours un cheval encore 'montable' pour les handicapés à qui le mouvement du cheval sous eux fait du bien, porteur pcq il arrive souvent que le thérapeuthe humain se mette en selle en même temps que l'handicapé).

Mais ceci est de nouveau une éventuelle solution 'de niche' pour un tout petit nombre de chevaux qui ne feraient pas la différence dans la 'masse' des unwanted, de même que les 20 ou 30 que je récupère par an ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan.

On parle de 40.000 chevaux 'disparus', rayés de la carte du jour au lendemain, personne ne sait ce qu'ils sont devenus, moi, je m'en doute, hélas.
Selon moi, la seule solution éthique serait de créer des 'fourrières pour chevaux' où les propriétaires pourraient abandonner leurs 'unwanted' au même titre qu'un chien ou un chat et qui devraient, dès lors, pratiquer l'euthanasie massive en obtenant un statut particulier qui rendrait le prix de l'équarrissage acceptable. Mais qui va soutenir financièrement de tels refuges, quels propriétaires vont effectivement y abandonner leurs chevaux alors que les rabatteurs des marchands font miroiter des retraites paisibles dans des grandes prairies à surveiller des poulains (alors qu'on sait très bien ce qu'il en est) et tant que le cheval aura, ici ou ailleurs, une valeur marchande en viande qu'un chien n'aura jamais ...

valren :
Le 12/10/2015 à 22h43

Cher Pili, je vais vous répondre dans un article que je propose en tribune libre, en vous citant, si vous êtes d'accord.

severinep :
Le 19/10/2015 à 21h01

Bonsoir !
Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse de Pili.
J'ajouterai qu'il est très choquant d'entendre qu'un "blanchiment" de 6 mois serait suffisant pour nous faire avaler une viande remplie de produits véto divers alors qu'aucune étude n'a été sur l'inoquité de ces produits en consommation humaine, et encore moins lorsqu'ils sont plusieurs à être présents dans la viande ! Si les chevaux de loisirs doivent retourner dans le réseau "abattage' ça ne peut en aucun cas être pour l'alimentation humaine !
Enfin, pour répondre à celui qui trouve que ne pas mener les chevaux à l'abattoir est du "gaspillage de viande", je rappellerai que la crise de l'élevage qui dure depuis plusieurs mois (bovins et porcs) montre largement qu'il y a déjà pléthore de viande à manger, tellement qu'elle n'est même pas payée à son coût réel. La filière viande n'a vraiment pas besoin en ce moment qu'on lui rajoute un autre concurrent...

Article publié le 02-10-2015

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