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Protection du cheval : l’exemple Suisse

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°67
9 Commentaire(s)
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Lorsqu’on évoque l’investissement des pays pour la protection du cheval, la Suisse fait figure d’exemple. Après le bannissement du barrage à l’obstacle et du rollkur en janvier 2014, c’est au tour des rênes allemandes de faire l’objet d’une interdiction, pour janvier 2016. Ces législations répondent au désir des habitants. Sont-elles efficaces ? Et nuisent-elles à l’économie équestre de la Suisse ?

Lorsque l’on évoque le cheval en Suisse, la première idée qui s’impose est souvent celle des Franches-Montagne en alpage, suivie par… le siège de la Fédération Equestre Internationale à Lausanne.
Depuis quelques années, la Suisse s’illustre aussi par ses mesures de protection du cheval, très en avance sur celles des autres pays – y compris de la France.

L’abbaye d’Einsiedeln
L’abbaye d’Einsiedeln élève depuis des siècles ses demi-sangs à la longue histoire… Photo de Roland Zh.

L’ordonnance de la protection des animaux en vigueur depuis 2014 a permis d’ajouter le barrage à l’obstacle et le rollkur (ou hyperflexion) à la liste des pratiques interdites. Si la FEI interdisait déjà le barrage depuis quelques années, l’ajout du rollkur creuse une nette différence juridique avec le règlement du sport international.

Les autorités équestres suisses travaillent en collaboration étroite avec les associations de protection

Pendant que les Suisses cogitaient sur l’interdiction du rollkur, l’équipe de France de dressage partait se former chez Adelinde Cornelissen, histoire de remonter dans le ranking FEI…
Poursuivant sur sa lancée, la Fédération suisse des sports équestres (FSSE) vient d’annoncer le bannissement des rênes allemandes en compétition de CSO pour janvier 2016.

Particularités du monde équestre suisse

Les lois de protection animale sont plus simples à proposer et faire appliquer en Suisse qu’ailleurs. Le nombre de chevaux a toujours été moins important, en nombre et en densité, qu’en France : 103 000 chevaux répartis dans 17 545 écuries. Ces écuries sont à 65 % agricoles, mais les propriétaires qui les louent sont souvent des cavaliers de sport et de loisir citadins ou péri-urbains. Il y a donc une forte demande pour des conditions d’hébergement respectant le bien-être des chevaux. Les lois actuelles sur la détention des équidés (obligation de permettre des contacts physiques entre chevaux, des sorties régulières, etc…) étaient au départ de simples directives.

Franches-Montagnes
Un cheval Franche-Montagnes au HNS, photo de Ludovic Péron, licence CC-by-SA 2.0

Le système démocratique direct de la Suisse, souvent considéré (à juste raison) comme le meilleur d’Europe, permet aux citoyens du pays de proposer des lois dès qu’ils sont suffisamment nombreux à se mobiliser. Les demandes sociétales fortes pour obtenir le statut d’animal de compagnie et supprimer des pratiques contraires à l’éthogramme du cheval sont entendues. Les chevaux suisses bénéficient d’un double statut juridique depuis 2009, animal de rente ou animal de compagnie selon le choix et le désir du propriétaire. Cela permet à qui le souhaite d’exclure définitivement un animal de la chaîne alimentaire, sans pour autant pénaliser les éleveurs (de Franches-Montagne notamment) qui produisent pour la viande...

Autre particularité, les autorités équestres suisses travaillent en collaboration étroite avec les associations de protection. Le dialogue qui en résulte a un effet nettement bénéfique, sur la condition animale comme sur l’éducation des propriétaires. Ainsi, la Protection Suisse des Animaux (PSA) a créé des fiches techniques à l’attention des nouveaux propriétaires d’équidés, et un label de « bonne détention » pour les aider à repérer les établissements fiables.

L’Interdiction des rênes allemandes

La Suisse deviendra en janvier prochain le premier pays à interdire un enrênement, les rênes allemandes, sur les terrains de CSO. Pour la Fédération Suisse des Sports équestres (FSSE), il n’est pas question de condamner unilatéralement l’utilisation de cet outil, mais avant tout de permettre aux sports équestres de rester acceptables aux yeux du public. Pour « s’engager en continu et de manière proactive pour le bien-être des chevaux et pour la réputation des sports équestres », elle veut résoudre un problème perçu par le public du CSO, « souvent composé d’amateurs n’ayant pas les connaissances de base sur le cheval, sa formation, sa détention et son utilisation ». Le public est choqué par certaines scènes vues en concours.

Nous nous étions déjà fait l’écho de discussions fréquentes au sein du CIO (Comité International Olympique), visant à savoir s’il ne vaudrait pas mieux renoncer aux disciplines équestres olympiques. Les raisons invoquées sont d’ordre éthique, la majorité des amateurs de sports estimant que l’équitation n’a pas vraiment sa place dans le milieu sportif d’élite, voire qu’elle n’est pas « correcte » envers l’animal (lire ici). Il suffit pour s’en convaincre de visiter des forums et des pages de réseaux sociaux traitant du sport olympique : très vite, l’équitation apparaît parmi les premières propositions de suppression.

Hans Wyss, le directeur de l’office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires suisses, se veut avant tout pragmatique. Il estime que cette interdiction vise « l’utilisation responsable du cheval dans le sport », afin d’assurer son avenir auprès du grand public, des médias et des sponsors.

L’efficacité des mesures de protection

D’après les chiffres dévoilés par les éthologues suisses pendant les dernières rencontres de la Cense, en 1997, 55 % des chevaux suisses bénéficiaient de contacts sociaux et tactiles avec leurs congénères. En 2004, ils étaient 83 %. La transition est pleinement réussie, la garde plus respectueuse, et la connaissance des besoins du cheval de la part des propriétaires et gérants d’écuries, bien meilleure.

Contrairement à certaines peurs (exprimées notamment pendant nos dernières assises de la filière équine), l'autorisation d'un statut d'animal de compagnie pour les chevaux ne s'est pas traduite par une dégradation de leurs conditions de soin et d'hébergement auprès des propriétaires particuliers (non, il n'y a pas de chevaux au 4ème étage des immeubles !). La coopération étroite avec les associations de protection, qui éduquent les propriétaires, permet de réelles avancées.

Qu’en est-il des lois interdisant le barrage et le rollkur ?

Solveig Pletscher, propriétaire de trois chevaux en Suisse, estime que l’interdiction du rollkur est bien suivie, « même si ce genre de comportement se voit encore ». « Je pense que les spectateurs sont aussi beaucoup plus sensibles », continue-t-elle. « Dernièrement il y a eu un cas sur une place d’échauffement pendant un concours de dressage, au Chalet à Gobet (Lausanne). Ce sont les spectateurs qui sont intervenus ». Un seul petit bémol : « J'aimerais pouvoir vous dire que des contrôles se font à la maison et que les cavaliers pratiquant le rollkur sont toujours sanctionnés, mais ce n'est pas le cas puisqu'il est impossible de contrôler ce qui se passe sur l'ensemble du territoire... D'une manière générale, je pense que les mentalités évoluent. Et si l'interdiction des rênes allemandes est limitée à l'échauffement, j'espère qu'elle fera réfléchir les cavaliers pour qu’ils ne les utilisent pas à la maison. Dans tous les cas, c'est un premier pas ».

Franches-Montagnes
Photo de Roland Zumbühl, licence GNU 1.2

L’interdiction des rênes allemandes sera bientôt inscrite dans le règlement des compétitions de saut d’obstacle de la FNCH, la fédération équestre suisse, puis mise en pratique dès le 1er janvier 2016. « On ne peut pas encore prévoir si cet article sera bien suivi », continue Solveig. « On peut dire qu'il y a une volonté de suivi de la FSSE, et que dans l'ensemble ces lois amènent les gens à réfléchir au bien-être de leurs animaux ».

Justine Fleury, propriétaire d’un trotteur français de 8 ans, estime que les chevaux suisses sont bien traités grâce aux lois et à l’engagement des propriétaires. Certaines lois sont cependant d’après elle « un peu exagérées » : « Je pense que les exigences en matière de formation des professionnels du monde du cheval sont excellentes et impératives. Par contre, certaines lois mettent des bâtons dans les roues des éleveurs, alors que leurs chevaux sont très bien soignés... Ces lois sont là car certains dépassent les bornes. Personnellement, elles me conviennent, mais je conçois que pour certains propriétaires, ce soit compliqué ».

Il n’est pas impossible que les lois suisses dissuadent le lancement d’élevages équins et l’acquisition d’un cheval. Le prix à payer pour leur mieux-être ?


La FSSE a mis en place des tutoriaux pour l'observation sur les places d'entrainement, telle que cette vidéo destinée aux officiels des compétitions de dressage suisses :

… Un document dont certains juges internationaux de dressage feraient bien de s’inspirer !

 

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9 commentaire(s) »

petitkoala :
Le 23/11/2015 à 21h00

Tout à fait d'accord avec le principe mais connaissant les acteurs de la discipline dans notre beau pays, il faudrait absolument que ce booklet puisse être intégré au règlement général des compétitions, au même titre que l'échelle de progression (et non seulement de dressage..) : si vous saviez à quel point le règlement est décortiqué tous les ans, dès sa parution, pour être détourné... Aux juges d'être infaillibles sur les nouveaux textes !!
Il est des juges, totalement bénévoles, qui respectent et aiment les chevaux (j'en fais modestement partie) et dont la vocation dans le jugement n'est pas de sanctionner, mais bien de récompenser la belle équitation (à tous niveaux, d'ailleurs !)... Et de ne passer sur aucune maltraitance (mal monter, pour moi, est une maltraitance, que ce soit avec une assiette lourde ou une main dure, en passant par des éperons agressifs ou une muserolle trop serrée...)
Il faut savoir que la FEI fait régulièrement évoluer les critères de respect du cheval dans le règlement, et que les bouches tordues et/ou ouvertes ne peuvent plus (normalement...) être mieux notés que les chevaux détendus et coopérants (même si moins brillants, voir Valegro qui ne fait que donner tout ce qu'il peut avec talent et décontraction, totalement en accord avec sa cavalière).
Il est à noter que les cours de juges français sont encadrés par des juges 4 ou 5 étoiles qui font régulièrement des "piqûres de rappel" en début d'année sur l'aspect éthique du Dressage : souhaitons que le juge qui n'a pas compris ce genre d'évolution se sente alors bien seul au milieu de ses collègues de cabanes...
Nous partons de très loin : retrouver par exemple les vidéos d'épreuves de complet des années 60/70 où la moitié des chevaux terminaient estropiés ou victimes d'une mauvaise chute : d'où suppression des routiers, obstacles moins massifs et plus galopants, moins de panoramiques...
Le cheval de guerre est devenu animal domestique, et gageons qu'il faudra encore quelques dizaines d'années (ou moins ?) pour que le Grand Prix ou le GPS soient montés en filet simple !! Voire... sans filet (si si, certain(e)s l'ont déjà fait !!!

schizo :
Le 26/11/2015 à 08h45

Voici le lien pour consulter le document (en français) que l'on voit sur la vidéo :
http://www.fnch.ch/fr/Formation/Formation-des-officiels/Comportement-sur-la-place-d-entrainement/Criteres-d-observation-du-comportement-sur-la-place-d-entrainement.html

schizo :
Le 26/11/2015 à 09h06

Lien de la page d'accueil (comportement des officiels et Schéma d'avertissement-Fil conducteur)
http://www.fnch.ch/fr/Formation/Formation-des-officiels/Comportement-sur-la-place-d-entrainement/Criteres-d-observation-du-comportement-sur-la-place-d-entrainement.html

Remarque sur la faisabilité de cette règlementation : combien faudrait-il d'officiels "observateurs" pour surveiller efficacement un paddock où détendent, sous la houlette de leurs entraîneurs, une douzaine de cavaliers ? Avec quelle formation pour ces personnes ? Et quels coûts supplémentaires pour les organisateurs ?

petitkoala :
Le 26/11/2015 à 13h51

Tout officiel de compétition est habilité à intervenir dans l'enceinte d'un concours, même s'il n'officie pas sur celui-ci (réglementaire)s'il estime qu'un comportement de cavalier envers son cheval n'est pas correct (il faut un peu de courage, soit !). Un stewart par terrain de détente est généralement nécessaire.
Les stewarts (en fait, anciens commissaires au paddock, et vrais officiels de compétition) qui officient sur les concours de dressage sont formés et nommés par la FFE : en général, ce sont des juges qui complètent leur activité par celle-ci.
Le problème : la prise en charge financière de ces officiels supplémentaires, qu'il faut loger, nourrir, défrayer de keurs kms,... : il est alors évident que seuls les gros concours (car peu d'engagés en dressage en regard du CSO)peuvent se permettre d'assumer ce coût supplémentaire (et encore, même sur les gros concours, il n'y a pas toujours de stewart...). Ce qui laisse à tous les autres concours une grande liberté aux cavaliers d'agir sans contrôle...

ludo :
Le 28/11/2015 à 10h45

Tout celà est très bien. Remarquons juste que les chevaux de sport sont "protégés des rênes allemandes", tandis que les franche-montagne dans le champ d'à côté vont finir à l'abbatoir... C'est un peu curieux, non?

feerine :
Le 17/12/2015 à 15h57

Juste une petite précision concernant le passage suivant : "[Le choix du statut de cheval de rente ou de compagnie] permet à qui le souhaite d’exclure définitivement un animal de la chaîne alimentaire, sans pour autant pénaliser les éleveurs (de Franches-Montagne notamment) qui produisent pour la viande..."

Cette phrase pourrait laisser sous-entendre que le Franches-Montagnes est élevé pour la viande. Ce n'est pas le cas, la meilleure preuve est que le modèle a plutôt tendance à s'alléger pour répondre aux besoins des cavaliers (et meneurs) de loisir.
A défaut de pouvoir trouver acquéreur pour les poulains, la boucherie, en proposant un prix correct, constitue une alternative financièrement intéressante pour les éleveurs (souvent agriculteurs, pour qui le cheval est donc un animal de rente devant participer aux rentrées d'argent de l'exploitation). Le prix de boucherie est un peu moindre que celui d'une vente, mais au moins les éleveurs seront quitte d'engager des frais pour élever et débourrer un poulain. Cela permet également la sélection des sujets répondant aux mieux aux critères de la race.

laetitia :
Le 20/12/2015 à 14h35



Vous avez raison, Feerine, de souligner qu'il aurait fallu écrire "est élevé aussi pour la viande", car nous savons que le Franches Montagnes est actuellement très bien sélectionné pour le loisir notamment. Nous avions d'ailleurs publié un article sur ce sujet, sont voici le lien :

http://www.cheval-savoir.com/1548-race-equine-franches-montagnes-objectif-loisirs-atteint

Bien cordialement

La Rédaction

petitkoala :
Le 22/12/2015 à 19h18

Où l'on reparle de l'élimination d'un cavalier lors d'une compétition pour trace de sang... Le "phénomène" Bertram Allen (en CSO, à l'Olympia de Londres) vient de se voir éliminé(de la 1ère place et 25000 euros de gains au second !!) pour blessure sur le flanc de son cheval QUIET EASY (vu la photo : 3 beaux petits trous, pas de sang, mais bon...) : tolé général (ou presque) des cavaliers pour soutenir leur chouchou et trouver que le stewart a été trop dur : bon sang, il y a un règlement, et les officiels sont là pour le faire respecter !!! En espérant que le lobby du fric ne va pas encore passer outre les règlements qui eurent tant de mal à évoluer... A suivre !!!

schizo :
Le 23/12/2015 à 08h03

Pour voir une photo des "trous", qu'on peut agrandir en cliquant dessus:
http://www.grandprix-replay.com/article/4153/bertram-allen-l-emporte-michael-whitaker-couronne
J'y vois 2 "trous" (mais pas 3, y en-a-t-il 3 sur l'autre flanc???), dont le fond, sombre, fait tout de même penser à du sang, et précédés d'une trace d'éraflure . On ne peut donc discuter la réalité de l'atteinte.
Ce n'est évidemment pas une preuve de maltraitance volontaire de la part du cavalier, d'autant qu'en hiver, les chevaux de compétition tondus comme celui-ci deviennent plus sensibles aux frottements.
Seule solution pour éviter les discussions et contestations: interdire les éperons (et les cravaches?) sur les sites des compétitions...

Article publié le 19-11-2015

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