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Fin de vie du cheval : des vétérinaires se rebiffent

Par Amélie Tsaag-Valren


N°70
4 Commentaire(s)
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Depuis deux ans, l’Association Vétérinaire Equine Française communiquait en faveur de l’abattage des chevaux non-désirés ou en fin de vie. La commission Bien-être et Comportement s’est désolidarisée de cette position, témoignant d’une mobilisation de certains vétérinaires français sur la question. Un état des lieux vient d’être publié, en partenariat avec la structure Equi-Ethic.

Souvenez-vous, lors des deux premières Assises de la filière équine, plusieurs vétérinaires membres de l’Association Vétérinaire Equine Française (AVEF), dont le président de l’époque, avaient communiqué en faveur de l’abattage des chevaux non-désirés ou en fin de vie. La création d’un « sas de blanchiment » de six mois, visant à rendre les chevaux exclus de l’abattage à nouveau propre à la consommation, avait été soutenue. Une position que nous trouvions choquante de la part de vétérinaires.

Fin de vie du cheval
© Roxana - Fotolia.com

La commission Bien-être et Comportement de l’AVEF s’est officiellement désolidarisée du discours officiel, en refusant de faire de la promotion de la filière bouchère une priorité. Dans son communiqué de presse officiel, la Commission déclare : « Agir pour la responsabilisation des propriétaires et des utilisateurs, pour la mutualisation des frais de retraite et d’équarrissage, pour une gestion éthique de la fin de vie des chevaux, telles sont les priorités que devraient défendre nos représentants ».

L’année 2016 s’annonce difficile : le nombre d’abandons ne cesse de croître, les refuges sont surchargés

Cette commission ne soutient pas la création du sas de blanchiment de six mois, dénonçant une atteinte à l’éthique et un manque de pragmatisme. Elle stipule également : « Le marché et les perspectives de développement de la filière bouchère équine ne sont pas en mesure d’absorber la population croissante des chevaux en retraite d’activité et de prévenir le développement des abandons de chevaux en fin de vie. » La Commission rappelle que les abattoirs français ne sont pas aux normes, et qu’une réflexion avec les acteurs du bien-être animal est nécessaire.

Un nombre croissant de vétérinaires équins s’investit dans la « gériatrie équine », de manière à offrir une bonne fin de vie à la population équine française en vieillissement. Cette spécialité assez nouvelle témoigne d’une volonté d’intégrer la gestion des chevaux âgés dans l’équation économique de la filière.

Les abattoirs en question

Le bien-être animal est défini comme une priorité par l’Union Européenne. À l’occasion du rapport d’Eurogroup for Animals, en 2015, la « destination bouchère » est nommément citée comme une atteinte au welfare. Le rapport commun du groupe bien-être de l’AVEF et d’Equi-Ethic préconise l’euthanasie plutôt que l’abattage. Une position qui s’oppose à celle qu’exprimait Claire Scicluna (également membre de l’AVEF) pendant les secondes assises de la filière en 2015. Elle avait exprimé son refus d’euthanasier des chevaux en bonne santé, affirmant que les propriétaires devraient cesser de se donner bonne conscience en chargeant les vétérinaires de cette procédure peu agréable… et choisir d’envoyer leurs animaux à l’abattoir.

Le rapport publié en novembre 2015 a permis de constater un net retard de la France en matière de règlementation pour garantir le bien-être équin, par rapport à des pays voisins tels que le Royaume-Uni et la Suisse. Il met en lumière les multiples souffrances que les abattoirs font subir aux chevaux, largement constatées par des vétérinaires présents sur place : stress accru, manque de formation et de compétences du personnel, aires d’attente inadaptées, temps d’attente trop long… le rapport réaffirme au passage que l’étourdissement avant abattage ne devrait connaître aucune dérogation et aucun manquement. Ce qui, dans la pratique, est encore loin d’être le cas…

Vers la multiplication des refuges équins ?

L’année 2016 s’annonce difficile en termes de gestion des abandons de chevaux : leur nombre ne cesse de croître, les refuges équins sont surchargés, aucune accalmie ne se profile. En plus d’être générateur de souffrances, l’envoi des chevaux abandonnés ou non-désirés à l’abattoir est irréalisable : les structures sont inadaptées. Plus de la moitié d’entre elles ne répondent pas aux normes sanitaires ou à la réglementation européenne.

Que faire des chevaux non-désirés ? L’un de nos lecteurs, « Pili », avait suggéré la création de davantage de « refuges pour équidés », et l’euthanasie des animaux les plus en souffrance ou les plus difficiles à placer, comme cela se pratique déjà pour les animaux de compagnie du type chiens et chats… Pour révoltante qu’elle soit, cette « solution » est plus éthique et davantage envisageable à court terme que ne l’est une promotion de l’abattage (et à travers elle, de l’hippophagie). Elle demande cependant une professionnalisation de certaines associations de protection du cheval, et une collaboration plus étroite avec les vétérinaires.

En attendant, comme l’a souligné la présidente du Refuge de Darwyn France Carina Mc Laughlan, une prise de conscience sérieuse se fait attendre pour limiter les naissances de poulains. En dehors des races menacées, le nombre de chevaux sans avenir qui naît chaque année est bien trop élevé, qu’il s’agisse de chevaux de couleur issus d’élevage amateurs ou de chevaux de course d’élevages « professionnels », qui ne rencontreront jamais les hippodromes…

Qu’est ce qu’Equi Ethic ?

Il s’agit d’un think-tank (laboratoire d’idées) sous forme d’association loi de 1901, fondée en 2015, dont l’objet et l’amélioration du bien-être des équidés domestiques. Nous aurons prochainement l’occasion de vous présenter cette structure.
Lire le rapport de la commission bien-être de l’AVEF et d’Equi-ethic : http://www.equi-ethic.eu/wp-content/uploads/2015/11/Welfare-Up-to-date-nov15.pdf

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4 commentaire(s) »

Martine [invité] :
Le 24/03/2016 à 14h27

Bonjour, je pense que si l'équarrissage redevenait gratuit moins de chevaux seraient en partance pour les abattoirs.
Je m'explique votre cheval vieillit il ne peut être revendu et l'équarrissage va vous coûter cher alors qu'en le mettant à la "boucherie" vous le vendez au prix de la viande...
C'est ce que font les personnes pour qui un cheval n'est qu'un objet mais il y en a tant hélas...
C'est pourquoi il faut demander à revenir à un équarrissage gratuit ou au droit de pouvoir enterrer son cheval, cette loi a été le déclencheur de toutes ces exécutions, il faut permettre aux personnes qui ont de vieux chevaux de pouvoir les garder encore vivre leurs dernières années heureux et non dans un abattoir c'est trop horrible!!!

Martine

Sandra [invité] :
Le 24/03/2016 à 22h16

je suis toute à fais d'accord avec ce qui est écrit plus haut, dans un monde idyllique on devrait avoir le droit de soulager son cheval de façon digne.

Mais la réalité des choses est toute à fait différente, un cheval est considéré comme un simple meuble, aux yeux de la lois il n'a aucune valeur ni intérêt, ses ressentits et/ou ses souffrances les "haut placés" s'en foute, quand on voit que déjà ils interdisent l'euthanasie aux personnes souffrant trop et étant incurable...

Mais bon j'espére de tous coeur qu'un jour ils ouvriront les yeux et prendront en compte la douleur autant moral que phisyque de ceux qu'on aime qu'ils soient à 2 ou 4 pattes!

morganep :
Le 25/03/2016 à 16h38

Il ne faut pas se faire d'illusion. Les abattoirs d'Alès et du Vigan ne sont pas des exceptions. On n'abat pas "proprement" le nombre d'animaux tués chaque année en France, on ne tue pas proprement tout court d'ailleurs, l'étourdissement est aussi un euphémisme bien hypocrite. Quant à l'équarrissage, c'est transformer son cheval en sous-produits animaux (croquettes, engrais, savon...)...
Les seules solutions éthiques c'est de limiter la naissance des chevaux et pour les propriétaires d'assumer et aimer sincèrement leur animal jusqu'au bout (donc incinération).
Et encore je n'aborde ici que la fin de vie. Mais le bien-être animal, ce n'est pas juste ne pas se prendre 20 coups de cravache à la fin d'une course, ne pas avoir le nez entre les antérieurs ou voir de l'herbe 30 minutes par jour dans un micro-paddock... Tout ça c'est se donner bonne conscience, c'est juste aborder les cas de mauvais traitements évidents. Quid des enrênements, du box, du stress des chevaux de concours...

Anne Joelle [invité] :
Le 31/03/2016 à 17h25

Totalement d'accord sur tous les points avec le commentaire de Morganep ! Tout est dit. En plus du problème des naissances en surnombre, il est temps de réviser notre façon de percevoir cet animal comme un bien de consommation que l'on utilise tant qu'il peut servir, et que l'on jette comme un kleenex une fois qu'il a été usé par la compétition, les courses ou les mauvais traitements. Les propriétaires devraient passer un test d'aptitude à la détention d'un équidé. Il est trop facile de les envoyer à l'abattage ou de les laisser pourrir au fond d'un pré !

Article publié le 19-03-2016

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