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La « charte pour le bien-être équin » : effet d’annonce ?

La Fédération Française d’Équitation, La Fédération Nationale du Cheval, l’Association Vétérinaire Équine Française, le Groupement Hippique National, Le Trot et France Galop ont récemment signé conjointement une charte pour le bien-être équin. Une très bonne chose, mais nous restons dubitatifs quant à la volonté et aux moyens réels mis en œuvre pour la faire appliquer.

Différents acteurs du monde équestre ont réussi à s’accorder sur une charte en huit mesures, visant à garantir un traitement juste des équidés. Elle a été signée le vendredi 4 mars dernier au Salon de l’Agriculture, en présence du président de la FNSEA, Xavier Beulin. Le but est de « répondre à la montée en puissance des préoccupations autour du bien-être et du statut des chevaux ».

Charte bien-être équin
© horsemen – Fotolia.com

Il est vrai que, depuis la révélation du traitement des chevaux dans l’abattoir d’Alès, la colère est montée d’un cran. « On entend beaucoup de choses sur le monde du cheval, et on a l’impression qu’on ne connaît pas nos pratiques », a déclaré Marianne Dutoit, présidente de la FNC.

« Un signal fort »

Si l’idée de promouvoir l’acquisition des connaissances et des compétences liées aux besoins des chevaux semble une très bonne chose, nous restons dubitatifs sur le but réel de la création de cette charte, en raison de nombreuses déclarations passées (y compris en off) de la part de ses signataires. Ne s’agit-il pas d’un effet d’annonce, visant à restaurer la confiance perdue des cavaliers amateurs et de loisir envers la FFE, le monde agricole et les institutions des courses ?

L’article de Paris-Turf consacré à ce sujet parle d’un « signal fort adressé aux lobbys qui voudraient nuire par tous les moyens à la réputation du monde équin, notamment par le biais de caméras cachées mal intentionnées ».

L’urgence est-elle de créer des chartes, ou de faire respecter les lois existantes, régulièrement bafouées ?


Si le bien-être est déjà la règle, alors ces « caméra cachées », ne devraient rien trouver de choquant à révéler au public.

Le détail de la charte

Cette « Charte du bien-être équin » se compose de 8 mesures, que toutes les personnes qui travaillent en relation avec des chevaux, ou qui en détiennent, devraient appliquer. Fin 2016, elle sera enrichie d’une « déclinaison technique » à l’attention des professionnels, visant à les aider à la mettre en œuvre :

  1. Veiller à établir une relation de confiance lors de la manipulation des chevaux et de leurs contacts avec l’homme.
  2. Garantir un approvisionnement en eau et en aliment suffisants et adaptés aux besoins physiologiques et comportementaux des chevaux, ainsi qu’à l’intensité du travail demandé.
  3. Offrir aux chevaux un lieu de vie aménagé de manière à prévenir les risques de blessures et de maladies et leur permettant de s’adapter aux variations climatiques.
  4. Veiller à structurer et à aménager l’environnement de vie des chevaux de façon à leur permettre d’exprimer leurs comportements naturels et à leur offrir un confort de repos et de travail.
  5. Respecter le caractère grégaire des chevaux en favorisant les contacts sociaux positifs entre eux afin de limiter les troubles comportementaux.
  6. Définir collectivement les bonnes pratiques d’élevage, de détention et d’utilisation des chevaux dans l’objectif de limiter les risques pour leur santé.
  7. Prévenir ou soulager la douleur.
  8. Assurer, tout au long de la vie des chevaux, les soins nécessaires. Leur mort doit advenir dans des conditions décentes lorsqu’il n’existe pas de traitements efficaces et économiquement supportables.

Des points semblent théoriquement déjà connus de la plupart des professionnels du monde équestre, leur mise en œuvre relevant du simple bon sens.

La main droite et la main gauche…

Ce qu’ont mis en lumière les derniers scandales d’Alès et de l’abattoir du Vigan, c’est le décalage entre un discours officiel de respect du bien-être animal, et une réalité qui nous laisse muets d’horreur. Même si les images filmées à Alès ne représentent qu’une exception malheureuse, de telles situations ne devraient jamais se produire.

À ce titre, les pratiques ordinaires des abattoirs français et européens sont en violation de deux mesures de la nouvelle charte du bien-être équin : ils ne préviennent et ne soulagent pas la douleur, ils n’offrent pas une mort dans des conditions décentes. Et si les images filmées à Alès et au Vigan sont des « caméras cachées mal intentionnées », il semble utile de rappeler que l’association qui a filmé dans ces lieux a d’abord été interpellée par des employés choqués par les méthodes mises en œuvre.

L’entraînement du cheval en rollkur est lui aussi en violation de la mesure 7 de la charte, la douleur générée ayant été prouvée par les dernières études, ce qui a motivé la Suisse à le bannir officiellement. Les agissements des éleveurs « professionnels » de chevaux de trait, filmés lors de la foire aux chevaux du Menez-Bré, sont quant à eux en contradiction flagrante avec la première mesure de la charte. Nous aimerions croire qu’il s’agit d’une exception malheureuse, et pourtant… Ces dernières images ont été tournées par une spectatrice choquée, loin d’être une militante animée par l’envie de nuire. Que dire du cas de cette jument trotteur abattue à l’insu de ses propriétaires en août dernier ?

Les lois actuelles régissant le bien-être équin souffrent de trop nombreuses exceptions. L’urgence est-elle de créer des chartes, ou de faire respecter les lois existantes, trop régulièrement bafouées ?
C’est la raison pour laquelle je doute d’une volonté réelle d’améliorer le bien-être des chevaux grâce à cette charte, signée devant le président de la FNSEA Xavier Beulin. Pour avoir défendu un productivisme effréné et des cadences infernales dans les abattoirs, M. Beulin est au moins en partie responsable du problème que cette charte voudrait combattre. Les déclarations de Marianne Dutoit, dans ses fonctions de présidente de la FNC, apparaissent contradictoires. En septembre dernier, elle assurait aux assises de la filière que « 99% des abattages se passent bien », ce qui n’était clairement pas la réalité. Ajoutons que deux ans après la fraude à la viande de cheval, rien n’a été mis en place pour assurer une vraie traçabilité.

Ces doutes concernent aussi les secteurs du trot et du galop. Assister à un prix de Cornulier qui ressemble à une foire de coups de cravaches, comme l’a dénoncé l’un de nos confrères, n’est pas à l’honneur d’une filière réellement soucieuse de bien-être animal. Justement, une révision du barème des sanctions encourues pour abus de la cravache en trot a été annoncée. Saluons cette initiative…

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12 commentaire(s) »

shiho :
Le 25/03/2016 à 16h32

Signature de la charte par France-Galop le 04/03 et le 16/03 mort en course du malheureux Costard Cravate qui restait sur un KO impressionnant moins de 10j auparavant. Jamais son entraîneur n'aurait dû pouvoir l'envoyer au casse-pipe de la sorte.

Je serais aussi tentée de dire qu'une grande majorité d'écuries de galop (je ne connais pas le trot) et bon nombre de centres équestres contreviennent au points 2 (ulcères) 4 et 5.

Il y a du travail à mener pour que cette charte devienne autre chose qu'une posture.

thierryfuss :
Le 07/04/2016 à 09h09

Le problème de toutes ces nobles causes c'est qu'il y a beaucoup de gens qui "likent" et partagent des images de carnage, critiquent, signent des pétitions, etc... mais sur le terrain au quotidien nous les acteurs de la filière nous sommes bien seuls et la plupart de ces "acteurs virtuels" ne sont pas là. Les mêmes qui sont contre les courses, qui sont scandalisés par les problèmes de fin de vie des équidés, leur condition d'entretien au quotidien, etc sont contents de trouver des chevaux pas chers et des séances d'équitation au rabais... mais au fait ne sont ce pas les mêmes qui achètent leur alimentation à prix discount et qui s'étonnent de la pollution liée à l'agriculture et du sort des agriculteurs.
Alors lorsque les choses vont dans le bon sens il faut les accompagner voire les pousser en avant plutôt que d'y accrocher des boulets.
Thierry Fuss et juste pout dire que je suis sur le(s) terrain(s) : vétérinaire officiel, groom, sponsor, propriétaire de chevaux, d'écurie , bénévole, vice président de France Complet, porteur de projet d'écurie durable, etc, etc...

shiho :
Le 07/04/2016 à 11h16

Bonjour,
Pour ma part je suis moins impliquée, simple cavalière (notamment en complet) à petit niveau, montant aussi à l'entrainement depuis quelques années, propriétaire d'un réformé que je montais le matin et adepte des circuits courts.

J'ai très peu confiance dans les instances pour faire évoluer réellement les choses. Ils signent en souriant pour la photo mais ça me donne l'impression d'une coquille vide. J'attends les mises en application.

Je suis entièrement d'accord sur le fait que ce sont les "consommateurs" (même si le terme est étrange dans le cas d'un cavalier) qui ont le pouvoir de décider à qui ils donnent de l'argent. Nous avons une part importante de responsabilités. C'est nous qui cautionnons le système, qu'il soit agricole ou équestre. Il y a un refus de remise en cause des pratiques actuelles de la part de différents acteurs qui m'agace fortement.
Ne pas reconnaître qu'une détention au box H24 (même si dans toutes les écuries de course que j'ai fréquentées ils étaient impeccables) n'est appropriée aux besoins d'un cheval me choque. Se contenter de dire qu'un cheval est un ****** quand il mort au sanglage pour cause d'ulcères aussi. Pour chercher à s'améliorer encore faut-il avoir conscience que la situation actuelle n'est pas convenable. Je trouve qu'il y a peu d'évolution à ce niveau-là y compris chez les professionnels. Ça se répercute ensuite sur ceux qui les côtoient et qui apprennent auprès d'eux.

Il est évident que tant que les gens trouveront déjà largement suffisant d'avoir un cheval sorti brièvement au paddock une poignée d'heures dans la semaine et refuseront de payer le surplus de travail que représente la manipulation des chevaux, le coût des surfaces ou les petits inconvénients d'une pension pré (cheval boueux, cheval heureux), ça n'incitera pas (et ne permettra pas) les professionnels à changer. Je pense aussi à la qualité de la paille. Dommage de gratter sur le prix de la pension si c'est pour payer une chirurgie de colique ensuite.

Question de sensibilité, de priorités et de valeurs.

valren :
Le 07/04/2016 à 12h25

Bonjour Shiho. A l'appui de votre témoignage, je peux ajouter qu'un certain nombre de propriétaires d'équidés souhaiteraient mettre leur cheval en pension-pré dans des structures équestres près de chez eux, mais ne trouvent que des pensions-box, et se font répondre qu'un cheval ne souffre pas en box H-24...

Peut-être pourrait-on communiquer un peu plus sur les études vétérinaires qui comptabilisent le coût des pathologies des chevaux en box et ceux des pathologies des chevaux au pré.

laetitia :
Le 07/04/2016 à 13h11

Des commentaires très intéressants.
Le Dr Fuss, qui est d'ailleurs Conseiller technique de notre revue depuis sa création en 2009, donne un point de vue élargi qui mérite d'être développé...peut-être sous forme d'une étude comparative comme le suggère Valren.
A suivre !

Laetitia Bataille

herve :
Le 30/04/2016 à 12h19

Les chartes et les déclarations d'intention des membres du monde équestre ne mènent nul part. Ces gens vivent de l'exploitation du cheval.

Les êtres humains ne sont pas protégés par des chartes et des déclarations d'intention, mais par des lois, qui prévoient des sanctions pour ceux qui les enfreignent.

Il doit en être de même pour les animaux.

Le reste n'est qu'un écran de fumée pour ne pas effaroucher le consommateur, et ne pas lui donner envie d'aller dépenser son argent ailleurs.

raphaelledm :
Le 06/07/2016 à 11h59

Bonjour,

Je suis, comme vous tous, tout à fait d'accord sur l'état des lieux du bien-être équin en France fait ici et tout à fait pour que soit menées des actions plus concrètes.

Je trouve cependant un peu facile de remettre en cause la bonne foi des organismes signataires de cette charte, qui font ce qu'ils peuvent.

En effet, les lois en vigueur pour la protection des animaux, aussi bien faites soit-elles, ne semblent assorties d'aucune mesure de constatation ou sanction des comportements illégaux. Aujourd'hui, un club ou un particulier qui maltraiterait ses chevaux est très difficilement condamnée, et rarement sans l'intervention des associations. Les dénonciations aux services de gendarmerie ou de polices sont rarement, pour de pas dire jamais, suivies d'actions réelles permettant de sanctionner le propriétaire maltraitant de replacer le cheval. Nous ne pouvons pas compter sur les quelques associations sérieuses en France pour s'occuper de tous les cas de maltraitance !

A côté de cela, les cavaliers blâment habilement des organismes comme la FFE de ne pas agir. Mais la FFE n'est pas la police, la FFE ne peut pas porter plainte contre un club ou propriétaire, la FFE ne fait pas la loi. La FFE est une fédération sportive qui a notamment deux rôles :
- l'organisation des compétitions sportives
- la promotion de l'équitation

En élaborant des chartes de bien-être et en les faisant signer par les organismes du secteur elle lance à ses adhérents (qu'elle n'a pas le pouvoir de contrôler ou sanctionner, qu'on soit bien d'accord) un message fort par lequel elle leur dit "voici les règles pour bien traiter un cheval, svp respectez-les". Elle n'a pas le droit, les prérogatives ou les moyens d'en faire beaucoup plus.

Donc en effet, la FFE est critiquable sur beaucoup de points (et notamment l'orientation que prend aujourd'hui le dressage en France) mais sur le non-respect des lois et le bien-être en dehors des compétitions, faut arrêter de lui taper dessus. Ce qui cloche dans le respect du bien-être équin, c'est qu'une loi est votée pour protéger les animaux, mais qu'aucune procédure de contrôle ni de sanction n'est prévue. Adressez-vous à messieurs les parlementaires qui ont toute leur responsabilité la dedans.

Merci à Cheval Savoir pour leur travail génial, et leurs sujets qui poussent toujours à la réflexion et au débat. Et au plaisir de continuer à vous lire !

herve :
Le 06/07/2016 à 19h08

En tant qu'association la FFE pourrait porter plainte et se constituer partie civile dans les cas de maltraitance. Son action aurait du poids je pense sur les juges, qui sont, il est vrai, très laxistes, et pas seulement en matière de protection animale. Mais elle ne le fait pas parce qu'il faut protéger avant tout la "filière". Donc elle produit des chartes que tout le monde signe parce qu'elles n'obligent personne et donnent à peu de frais une bonne image au public.

raphaelledm :
Le 06/07/2016 à 19h18

Vrai, elle pourrait. Mais ce n'est pas dans ses missions. Et surtout elle n'en a pas les moyens, pas de personnel pour cela. La FFE sanctionne déjà, via des commissions disciplinaires, les cas de maltraitance en concours signalées par les membres des jurys. Ainsi un cavalier mauvais perdant battant son cheval et signalé à la FFE par le jury peut être interdit de concours pendant deux ans.

Peut-elle faire plus ? Surement. A-t-elle cette vocation ou les moyens ? Pas du tout. Bon, après, on peut, c'est certain, penser ce qu'on veut sur sa manier de gérer ses ressources et notamment sur l'agrandissement sans fin du Parc Equestre. ;)

herve :
Le 06/07/2016 à 20h11

Je ne vois pas pourquoi s'assurer que le cheval n'est pas maltraité dans l'exercice de l'équitation, sport qu'elle a pour mission d'organiser, ne ferait pas partie de ses missions. On peut toujours invoquer le manque de ressources, comme les mauvais cavaliers invoquent le manque de temps pour ne pas éduquer leurs chevaux, mais c'est d'abord une question de volonté.

rico :
Le 30/07/2017 à 09h58

raphaelledm :
Le 06/07/2016 à 19h18

Bonjour,
Je pense que la FFE peut faire plus : elle est comme vous l'avez rappelé, une association et plus précisément une association qui fédère d'autres associations ; elle est également celle qui donne l'agrément aux clubs pour faire partie de la FFE et donc délivrer des licences et attirer des "clients" !
Si elle agite la menace de ne plus agréer tel ou tel club, ce qui signifierait dans la majorité des cas, la mort du club fzute de clientèle, je pense que cela serait efficace...

raphaelledm :
Le 01/08/2017 à 11h33

Hervé, une association ne peut pas porter plainte pour la défense d'intérêts autre que son intérêt personnel sans habilitation légale (ça s'appelle la "qualité à agir" en droit), ou si la défense de l'intérêt animal n'est pas inscrit dans ses statuts. C'est un peu plus compliqué que ce que vous dites en réalité. Or, encore une fois, la défense du cheval et de l'équitation sont deux choses différentes. Si la FFE se met à défendre l'un et délaisse l'autre (parce qu'elle n'a pas les moyens de faire les deux), elle va simplement perdre sa délégation de service public, et alors ce ne sera plus une fédération délégataire et s'en suivent tout plein de conséquences pas marrantes.
Laissez la défense des animaux aux associations de défense des animaux (ce que la FFe n'est pas). ! Zut !

Article publié le 19-03-2016

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