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La technique et la compassion

Par Pierre Beaupère, cavalier professionnel et professeur de Dressage.


N°73
8 Commentaire(s)
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En réfléchissant au sujet de l’article de ce mois, je suis retombé sur ce petit texte écrit il y a plusieurs mois. Et en observant le milieu équestre actuel, il m’a semblé qu’il pourrait être intéressant de le partager avec vous…

En effet, ayant été bloqué à la maison avec de la fièvre ces derniers jours, j’ai passé un peu plus de temps que d’habitude sur les réseaux sociaux. Et ce que j’y ai lu m’a effrayé, m’a choqué et m’a attristé. Ce n’est pas tant que certains cavaliers se placent en spécialistes qui me choque. Ni qu’ils se permettent d’écrire de longues tirades sur la meilleure manière de dresser les chevaux en ne se basant pratiquement que sur ce qu’ils ont lu, sans jamais avoir vraiment eu de résultat. C’est plutôt les débats qui s’ensuivent (et qui impliquent un grand nombre de cavaliers) qui me poussent à me faire entendre sur ce sujet.

Pierre Beaupère
© Charly Goffinet

Car lorsqu’il s’agit de débat, je constate qu’il s’agit surtout de convaincre les autres que leur méthode est « incorrecte » (si seulement il s’agit de leur montrer qu’il y a une manière plus efficace, je pourrais encore le comprendre sans être d’accord) et qu’il faut en utiliser une autre. Entre les Bauchéristes et autres « d’Orgeixiens » purs et durs, voire intégristes, les défenseurs du « nez par terre absolument », comme s’il s’agissait d’une méthode en tant que telle et plus seulement d’un exercice, ceux qui entrent en conflit avec ces derniers en estimant que les cavaliers qui défendent l’extension d’encolure sont des criminels qui devraient être mis au bûcher pour avoir maltraité les chevaux et que le seul exercice valable est la… descente d’encolure le nez pas tout à fait par terre ! Ajoutez à cela ceux qui se réclament de Nuno Oliveira sans même l’avoir connu et tous les gens qui parlent avec une certitude inaltérable alors qu’ils n’ont même pas encore dressé un seul cheval !

L’écuyer, c’est celui qui est face à un cheval qui se défend, qui est malheureux, raide, lourd, peureux, compliqué le regardera dans les yeux et souffrira pour lui…

Je suis partagé, lorsque je pense à cela, entre la...

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8 commentaire(s) »

ludo :
Le 12/07/2016 à 23h07

C'est la lutte antique de l'Humain-élégant contre l'Homme-animal, du moi instinctif contre le moi supérieur. La sélection naturelle nous a fabriqué tels que nous sommes, avec des qualités comme l'intelligence, l'empathie, la capacité à communiquer et vivre en société. Elle nous a aussi fait acquérir des défauts héréditaires : l'envie d'être meilleur que l'autre, l'agressivité, les attitudes de séduction, etc...
C'est pourquoi la quête de l'harmonie parfaite avec le cheval est si importante, parce qu'elle ne peut se nourrir que de qualités, et sera détruites de trop de défauts. Pas seulement dans notre technique en effet, mais dans notre façon d'inter-agir.

« Il y a deux choses en équitation : la technique et l'âme. » N.Oliveira

patsy :
Le 14/07/2016 à 23h23

Cher Pierre,

Sages paroles que celles-là.
Pour avoir lu ton livre, regardé ton premier dvd et avoir eu le plaisir de suivre plusieurs stages avec mon Baelo, je me rends compte que tout évolue et que ce que l’on fait ou pense aujourd’hui ne sera plus tout à fait ce qui sera demain. Voilà ce que je retire de mes expériences des 3 dernières années et de ton exposé de ce jour.

Tu te souviens peut être de notre dernière rencontre. J’avais un problème de mise en avant. Baelo refusait par moment toutes transitions montantes mais dès qu’il était dans l’allure plus aucun blocage. Il ne montrait aucune boiterie.

Baelo étant encore entier à l’époque, nous avons mis cela sur le compte d’un manque de respect vis-à-vis de moi. Ce problème a duré un peu plus de deux ans avec des hauts et des bas. Chaque fois qu’il devenait difficile, je lui laissais un peu de repos et reprenait le travail calmement. Je l’ai fait voir par un vétérinaire, plusieurs fois par un ostéopathe et la seule chose qu’on pouvait me dire, c’est que Baelo était fortement bloqué au niveau des lombaires.

Jusqu'à il y a trois mois, moment ou Baelo n’a vraiment plus voulu faire de bonnes transitions montantes. Au galop il donnait des coups de cul, stoppait net et se mettait debout.

J’ai fait revenir le vétérinaire et le diagnostic est tombé. Baelo avait une inflammation importante des tendons aux deux genoux.

Je m’en veux énormément car effectivement je n’ai pas su le lire.

Je l’ai monté pendant plus de deux années en pensant que mes aides n’étaient pas correctes et que Baelo se jouait de moi. Heureusement je ne l’ai jamais puni ou agressé. Dans les moments difficiles, je le laissais tout simplement tranquille pendant quelques jours mais jamais assez longtemps pour que les tendons se réparent correctement.

Cela fait maintenant trois mois, ses tendons sont guéris mais je ne l’ai pas encore remonté. Nous avons fait beaucoup de travail à pied. Je le regarde beaucoup et souvent dans les yeux. Nous avons des moments de calme ou nous ne faisons tout simplement rien. Juste l’un a côté de l’autre à regarder le paysage.

Je veux qu’il sache combien je m’en veux et combien je le remercie d’avoir été aussi patient avec moi.
Notre relation s’est enrichie et est définitivement plus belle et complète maintenant.

Cette expérience m’a ouvert les yeux et j’espère que mon témoignage pourra aider d’autres cavaliers qui pourraient se trouver dans une situation similaire.

Ce que je retiens c’est qu’un cheval ne se réveille pas un jour en se disant ; ‘’ tient aujourd’hui, je vais emmerder mon cavalier’’.

Patricia

mariesophie :
Le 15/07/2016 à 01h18

Patricia MERCI pour ton temoignage le plus bel outil tu l'as sans aucun doute c'est celui du coeur... ton cheval a de la chance contrairement à bien d'autres chevaux qui n'ont pas toujours un cavalier avec ta compassion!...permets moi de te rapeller cette petite phrase : "le péché est dans l'intention" ...rajoute à ça tes gestes tendres envers ton cheval ...qu'il te rend...tu as formulé une demande de pardon il t'a donné sa reponse il me semble! ...tendresse à tous les deux

schizo :
Le 16/07/2016 à 09h15

La dernière phrase de Patricia est extrêmement importante.
Tout apprenti cavalier devrait apprendre dès ses premières leçons que si le cheval dit non, c'est que :
- soit il ne comprend pas (exercice pas appris ou mal demandé)
- soit il a mal
- soit il a peur,
mais jamais au grand jamais, juste pour embêter son cavalier ou parce qu'il est "mauvais".

Et voici en complément une citation de Nuno Oliveira à afficher notamment dans toute écurie de compétition...

"Quand j'étais jeune, j'ai eu la chance d'avoir un vrai maître : on apprenait avant toute chose à améliorer l'équilibre de n'importe quel cheval. Et bien souvent, un cheval paraissant dénué de qualités devenait ensuite méconnaissable grâce à un travail patient, à une progression basée sur la réflexion du cavalier, sur son tact et sur son observation. Aujourd'hui, on regarde avec mépris certains chevaux moins doués à première vue dans leur physique, leurs allures ou leur équilibre et on les rejette. On connait un système, on veut l'appliquer au cheval qui paraît réunir les qualités « indispensables ».
Mais si un cavalier sait aimer son cheval et évaluer ses capacités, s'il s'est penché sur tout ce que les vrais écuyers ont écrit pendant des siècles, résultat de leurs recherches et de leur expérience, il verra que beaucoup de ces chevaux que l'on croit mauvais peuvent grandement s'améliorer, jusqu'à parfois devenir vraiment bons »

Nuno Oliveira

liliadi :
Le 19/07/2016 à 22h54

Oui vraiment, un peu de technique et beaucoup d'âme... même les jours où l'on est énervée !!!

:
Le 31/07/2016 à 08h12

J'ai un cheval merveilleux mais ultra sensible et donc difficile. Malgré ses superbes allures il n'était pas vendu à 6 ans. Je l'ai depuis 2 ans, tout le monde me disait que son comportement ne permettrait jamais d'en faire un cheval agréable, encore moins un cheval de concours. J'ai cherché, fait intervenir les vétos, les ostéos, un masseur, un magnétiseur, une spécialiste du shiatsu et un saddle fitter. Tous ont apporté leur pierre pour construire un cheval qui se sente bien dans son corps. On a fait du dressage bien sûr mais aussi de l'ethologie et beaucoup de câlins. Il a 8 ans maintenant, il a fait son premier concours la semaine dernière : une B3 (amateur 1 imposée À) avec une note de 65,22 malgré des fautes et, à la maison il change de pied aux 2 temps. Je suis fière de nous mais je ne relache pas mon attention sur tous les détails qui pourraient le gêner !

:
Le 31/07/2016 à 22h36

J'ai un cheval merveilleux mais ultra sensible et donc difficile. Malgré ses superbes allures il n'était pas vendu à 6 ans. Je l'ai depuis 2 ans, tout le monde me disait que son comportement ne permettrait jamais d'en faire un cheval agréable, encore moins un cheval de concours. J'ai cherché, fait intervenir les vétos, les ostéos, un masseur, un magnétiseur, une spécialiste du shiatsu et un saddle fitter. Tous ont apporté leur pierre pour construire un cheval qui se sente bien dans son corps. On a fait du dressage bien sûr mais aussi de l'ethologie et beaucoup de câlins. Il a 8 ans maintenant, il a fait son premier concours la semaine dernière : une B3 (amateur 1 imposée À) avec une note de 65,22 malgré des fautes et, à la maison il change de pied aux 2 temps. Je suis fière de nous mais je ne relache pas mon attention sur tous les détails qui pourraient le gêner !

faraon :
Le 25/08/2016 à 14h41

Je me suis souvent posé la question des motivations profondes qui sous-tendes ma passion pour les chevaux au-delà de l’évidence de la « Passion » qui n’est en fait qu’une conséquence.
Première hypothèse je suis maso. Car enfin, l’équitation qui nécessite un long et douloureux apprentissage avant de goûter les premières vraies joies est tout sauf une discipline superficielle et un long fleuve tranquille. La confrontation avec 500 kilos de muscles transforme toute tentative de lutte en échec programmé voire en démarche suicidaire. Voila autant de preuves tangibles d’une probable déviance psychique.
Mais il y a aussi et surtout le bien être ressenti, la sensation de plénitude, que nous procurent la relation avec un cheval et cela relève d’autres choses que du masochisme.
Le cheval est utilisé dans la rééducation de personne handicapée physiques ou mentale ainsi que dans la rééducation de délinquants notoire, avec souvent de bons résultats. Alors pourquoi ?
Je crois que nous avons tous la sensation de rentrer dans un autre monde en approchant notre cheval. Il nous permet de nous évader ou de supporter ce que le monde des non hypo dépendants nous impose.
Il y a aussi le mythe du centaure. Le cheval nous communique sa force et sa puissance quand nous faisons qu’un avec lui, dans les moments de grâce, nous avons vraiment le sentiment qu’il est le prolongement de nous même. Il nous sublime. Les monarques ne s’y trompaient pas en choisissant souvent des statuts équestres pour se faire représenter.
Ils nous dominent physiquement mais c’est une domination dépourvue d’arrières pensés ou la notion de pouvoir n’existe pas. Ils nous acceptent comme partenaire directif nous faisant, de fait, dont de leur puissance. Ils nous accordent leur confiance et nous pardonnent nos erreurs car contrairement à nous ils vivent toujours dans l’instant. Leur comportement n’est jamais conditionné par l’analyse d’un passé ou les espérance d’un futur.
Ils ont un sens aigu de l’équité et acceptent les comportements clairs et droits, en revanche ils se rebellent contre les exigences incohérentes (nous appelons ça des défenses)
Les chevaux ne mentent jamais ce sont des êtres sensibles qui nous perçoivent dans la globalité de notre personne, l’intonation de la voix, la manière de nous mouvoir, la façon de les approcher de les toucher, les odeurs subtiles que nous dégageons, leur permettent de nous « voir » tel que nous sommes à l’instant ou nous entrons en contact, avec eux on ne peut pas tricher.
Ils sont tolérants à l’extrême (c’est quasiment le seul animal qui ne cri pas quand il est martyrisé). Ils sont reconnaissants, sollicites nos caresses et on l’art de les rechercher.
Enfin ils comblent notre besoin d’esthétique. Ils sont expressifs et fiers, harmonieux dans la répartition des masses, élégants dans l’occupation de l’espace.
Alors qui est il  pour moi ?
Il est le père fort, juste et indulgent, la mère sensible et caressante, l’enfant docile et reconnaissant, le bel amant qui flatte notre ego, l’ami sincère confident dévoué. Il nous oblige à nous dépasser, à dominer nos peurs, et de fait nous rends meilleur.
Comment voulez vous ne pas craquer… Non vraiment ce n’est pas du masochisme c’est de la jouissance.
La légende arabe les a fait naître de l’union du vent et du sable des déserts. Ceux qui vivent dans des box 22h sur 24 pour évolué les deux heures restantes avec un morceau de ferraille dans la bouche bloqués par des enrênements sophistiqués en on t ils entendus parler ?

Article publié le 11-07-2016

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