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Les méthodes, les techniques et la torture

Par Pierre Beaupère, cavalier professionnel et professeur de Dressage.


N°74
5 Commentaire(s)
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Je ne peux m’empêcher, pour le moment, de penser que le monde équestre a presque plus besoin de réflexions sur l’équitation en elle-même que de conseils techniques qui se répèteraient à l’infini, pour dire toujours la même chose, essayer de convaincre qu’il faut faire des extensions d’encolure ou ne pas les faire. Au final, on en revient souvent à ne s’adresser qu’à ceux qui sont déjà convaincus et à être catalogué comme hérétique par ceux qui pensent le contraire.

Chaque mois le choix du nouvel article pour Cheval Savoir m’oblige à me demander ce qui pourrait être le plus utile aux cavaliers. Je n’ai pas envie d’écrire des articles pour le plaisir d’avoir l’air intelligent ou pour tenter de convaincre qui que ce soit que je sais tout mieux que tout le monde et que mes « méthodes » sont les bonnes.

Je veux croire qu’il y a quelque chose d’universel dans l’équitation, et surtout dans ce qui pousse l’humain à interagir avec les chevaux. Oh, pas vraiment dans les méthodes, dans le but recherché ou dans l’approche du cheval. Non, plutôt dans cette forme de besoin, cette fascination, cette recherche qui parfois amène aussi l’humain dans les dérives les plus extrêmes comme la violence envers les chevaux et les méthodes barbares et contraire à l’éthique.

Pierre Beaupère
© Charly Goffinet

Pourtant, chaque fois que je discute avec des cavaliers, quel que soit leur niveau, chaque fois que je lis des commentaires ou des articles, chaque fois que j’écoute des discussions, je ne peux que constater que c’est plutôt nos différences qui sont mises en avant plus que ce qui nous lie tous.

En effet, je reste convaincu que même le cavalier le plus dur, même celui prêt à tout pour gagner une médaille, même à serrer une muserole à l’extrême ou à enfoncer le nez de son cheval dans son poitrail, a un jour été un enfant qui voulait apprendre l’équitation parce qu’il aimait les chevaux. Je veux croire (à part peut-être certains psychopathes !) que personne ne commence à monter à cheval parce qu’il rêve de le torturer ou de lui faire du mal.

A un moment donné de leur carrière équestre ou de leur apprentissage, certains cavaliers vont évoluer vers une certaine forme de violence, d’abnégation ou de refus de voir la souffrance du cheval

Pourtant, le résultat est bien là. A un moment donné de...

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5 commentaire(s) »

ludo :
Le 26/08/2016 à 20h09

Nous voilà au pied d'un questionnement bien difficile, devant l'abyssale question de ce que l'on a le droit de croire. Parce que quelque part entre nos yeux et notre langue, en passant par notre cerveau, la réalité est devenue une opinion, parce qu'elle n'a pas réussi à rester une pensée.
Que dire, lorsqu'en plus l'homme d'opinion n'observe plus la réalité mais s'abreuve du torrent de propos qui s'écoule sur les fils d'actualité. Pire, par des millions de clics méthodiques, des algorithmes démoniaques auront fait une sélection de cette réalité qui plongera l'observateur dans les biais cognitifs les plus répétés.
Voilà pourquoi nous serons tous les séides des maîtres à penser que nous aurons ajoutés sur facebook.
Voilà pourquoi il est si précieux d'aller monter à cheval, marcher dans la boue l'hiver, la poussière l'été, caresser, sentir, tomber, avoir peur, entendre son cheval hennir parce qu'il vous a reconnu, se perdre en forêt, se rappeler, échouer, réussir, oublier de manger, conduire sur le chemin des écuries, rentrer chez soi. Tout ça, avant de voir sur son écran de veille 4 appels en absence, 8 sms, 9 mails. Savoir que pendant ce temps, on a réussi à vivre un peu.

laetitia :
Le 30/08/2016 à 23h07

Merci Ludo de cette jolie réflexion, si juste et très bien écrite...

La rédaction

:
Le 01/09/2016 à 22h45

Merci Pierre, toujours passionnant.
J'ai envie d'ajouter que si l'on observe bien les chevaux, on perçoit dans leur manière d'être la qualité des relations qu'ils ont eu avec l'Homme (éleveur, soigneur ou cavalier). Observez l'œil du cheval gris que vous montrez en photo.
L'ombre et la lumière, le bien et le mal, le beau et le laid... Chacun perçoit ces éléments diifféremment, en fonction de sa culture, de sa connaissance, de ses affinités et de ses propres intérêts (le fameux point d'entrée).
Pour ma part je suis heureuse lorsque je vois mes chevaux rechercher ma présence : j'ai eu un cheval de CCE qui rentrait tout seul du pré en sautant la barrière...
Demandons nous pourquoi certains chevaux sont irrésistiblement beaux et pourquoi d'autres nous fascinent moins.

morganep :
Le 07/09/2016 à 20h23

C'est intéressant mais qu'un préambule pour le moment j'attends la suite avec impatience... Le passage à la violence et le déni de la souffrance ressentie par le cheval apparait en général très tôt. Je suis aujourd'hui dépitée et en colère de voir tous ces enfants et jeunes filles notamment, dont les chambres sont recouvertes de posters de chevaux, ne pas se poser de question en voyant leur poney favori enfermé dans un box 23h sur 24 ou enchainant les cours, leur mettre un gogue ou user de la cravache. Pourquoi ? Parce que c'est comme ça... Parce que la monitrice l'a dit... (ça rejoint l'expérience de Milgram). Et tout ça c'est bien pire que les quelques cinglés qui brutalisent consciemment, parce que c'est accepté. Et je ne juge pas non plus, je l'ai fait aussi.
Et puis j'ai acheté mon cheval et j'ai voulu une autre relation avec lui. Au fil des mois et des années, je suis devenue ce cliché du propriétaire qui quitte la carrière pour la ballade parce que je voyais bien plus d'entrain de sa part pour cette activité, le met au pré, qui lâche le mors après avoir cherché à l'utiliser avec légèreté, enlève les fers... et mon cheval est devenu hyper zen, l'osteopathe n'a plus rien à faire...
Et je suis devenue végétarienne aussi, ce n'est pas un hasard que ça apparaisse dans votre article... Mais tout ça malheureusement c'est pas forcément évident à assumer, on accepte mal celui qui remet en question, qui fait différemment du consensus. Et c'est ça aussi le blocage. Bref, le problème de la violence c'est son acceptation inconsciente et consensuelle. Quant à savoir quelles limites, c'est un faux débat je pense, la limite c'est "est-ce que ce geste peut entrainer une douleur physique et/ou une souffrance psychique ?" Si oui j'arrête...

carolinne :
Le 19/09/2016 à 10h58

Merci Pierre pour cette article plein de bon sens, de lucidité, de bienveillance. Cette bienveillance qui exige l'engagement et la rigueur du cavalier à sa conscience, son humanité et à son amour...

Article publié le 22-08-2016

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