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Naming et nom d’un (petit) cheval !

Par Amélie Tsaag-Valren.


N°75
3 Commentaire(s)
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Ces dernières années, les noms donnés aux chevaux ont énormément évolué. De la préhistoire au très controversé naming, la façon de nommer son cheval en révèle long sur les évolutions des sociétés et leur rapport au vivant. Voyage dans le temps et retour vers le futur, du cheval Bayard jusqu’à Hermès Ryan.

À l’occasion des derniers jeux de Rio, nombre de personnes qui connaissaient peu l’univers équestre se sont penchées sur l’équitation, et ont découvert, avec parfois une grande stupéfaction, les noms des chevaux de compétition. Piaf de B’Neville, pour ne citer que lui, a mis certains journalistes dans un profond embarras. Certains ont même cru à une blague. « Franchement, qui a choisi les noms ridicules de nos chevaux champions olympiques ? », titre Romain Baheux, l’un de nos confrères, pour 20 Minutes : « Au début, on a cru à un texto envoyé par un pote sous acide dans une soirée berlinoise »

Lorsqu’un éleveur est à la recherche d’un reproducteur, il sait immédiatement, grâce à l’affixe, de quel élevage provient le cheval

Historiquement, c’est surtout la couleur de robe qui déterminait le nom d’un cheval. Ces noms n’ont survécu que dans de très rares textes manuscrits, pour les plus anciens. Dans la mythologie nordique, les chevaux portent essentiellement des noms en rapport avec leur couleur, leur façon de se déplacer, ou d’autres particularités intrinsèques : Gullfaxi (crinière d’or), Sleipnir (celui qui glisse ou qui plane) Hófvarpnir (celui qui lance ses sabots)… Même chose dans la mythologie grecque : Xanthe et Balios, les deux chevaux du char d’Achille décrits dans l’Iliade, voient leur nom se traduire respectivement par « blond-roux » et « tacheté ».

KWPN Tornesh
Le ravissant KWPN Tornesh, rebaptisé H&M Tornesh, ici monté au Saut Hermès en 2012 par Malin Baryard-Johnson, est le porte-drapeau de la célèbre marque suédoise de prêt à porter. Il y a gros à parier que le cheval n'y voit pas d'inconvénient ! Mais sa muserolle est bien serrée... © L.Bataille

Au Moyen Âge, on pense évidemment au cheval Bayard, dont le nom, inspiré d’un vieux mot germanique signifiant « très bai », s’est imposé comme un nom commun pour désigner tous les bais. Utiliser un certain nom peut aussi avoir une fonction diplomatique : le roi du Maroc Mohammed VI a offert en 2009 un étalon Barbe nommé « Ouadoud » aux Haras nationaux français, un nom qui signifie… adorable, en langue arabe.

L’évolution des noms accompagne la désacralisation du cheval, ou plutôt, pour reprendre le terme philosophique officiel, sa « réification ». Un cheval de compétition est de plus en plus considéré comme un « produit » et comme un « objet » à instrumentaliser, durant toutes les étapes de sa vie. Il est devenu très rare de nommer un cheval pour ce qu’il est lui-même, en fonction de ses qualités supposées ou de sa robe. Cela créée un décalage terrible avec le grand public, plutôt en recherche de preuves d’amour et de bientraitance du cheval. 

Des règles très précises pour les noms de chevaux

Par le passé, les noms de chevaux étaient beaucoup plus courts : remontons la généalogie de nos meilleurs chevaux de sport, nous trouvons des « Tanael », « Casoar », « Vaillante », « Horloger »… Dans les années 60 à 80, il n’est pas rare de trouver des numéros derrière ces noms : les étalons SF Fair Play III et Narcos II sont des exemples. Une pratique courante aussi dans les pays ibériques : on pense notamment au célèbre Principe VIII, étalon fondateur de la lignée Andrade…

Oui, mais les Haras nationaux, futur IFCE, déplorent au début des années 2000 un certain manque de diversité dans les noms des chevaux de compétition, ce qui entraîne de multiples problèmes pour les commentateurs TV, et pour la gestion des bases de données généalogiques, à cause du risque de confondre deux animaux. Ils mettent en place de nouvelles règles très précises pour faire admettre un nom à l’enregistrement dans le SIRE. Si certaines, comme la « lettre », étaient déjà en place depuis longtemps, d’autres sont plus récentes.
La réglementation actuelle, en France, est la suivante :

  • Obligation d’utiliser la lettre de l’année (en 2016, il s’agissait du « G »)
  • Interdiction de reprendre le nom d’un cheval prestigieux (nous ne verrons jamais de nouveau Jappeloup sur les terrains de concours)
  • Interdiction de baptiser son cheval avec une injure (ce qui n’empêche pas des baptêmes franchement douteux… chaque année, une demi-douzaine de poulains de trait sont nommés « Boucherie » !)
  • Interdiction de donner un nom commençant par les lettres W, X, Y ou Z
  • Interdiction des noms de plus de 18 lettres
  • Interdiction de donner le nom d’une personnalité célèbre sans son accord
  • Interdiction des grands assemblages de chiffres. Cette dernière règle est parfois contournée. A l’international, de nombreux chevaux de sport portent un chiffre derrière leur nom.

Les affixes d’élevage

L’utilisation du nom de l’élevage en affixe est assez récente, la pratique s’étant surtout généralisée à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il est devenu rare de voir un cheval au nom simple sur les terrains de concours. Certains élevages sont précurseurs, comme le haras des Rouges (de Fernand Leredde), avec Papillon Rouge et Rochet Rouge (rebaptisé Rochet M), ou encore celui de Semilly, qui a fait naître Le Tot de Semilly en 1976. La pratique est plus fréquente chez des étalons, pour des raisons évidentes d’identification : lorsqu’un éleveur est à la recherche d’un reproducteur, il sait immédiatement, grâce à l’affixe, de quel élevage provient le cheval (voire où il est stationné).

Hermes Ryan
Hermès Ryan des Hayettes : le cheval vedette de Simon Delestre porte désormais le nom du sponsor et celui de son élevage, mettant ainsi les plaideurs d'accord. © S.Grasso/LGCT

Très généralement, l’affixe de l’élevage reprend (ou s’inspire) du nom de famille des éleveurs ou bien du lieu où le haras se trouve: Atout d’Isigny est né à Isigny sur Mer, Piaf de B’Neville à Benoîtville dans la Manche. Quant au haras des Rouges, il tient son nom de la famille Leredde, par association avec le mot « red », soit rouge en anglais.

Et il n’y a là rien d’étonnant. Lorsque l’on a généralisé pour nous-même l’usage des noms de famille, ces noms ont très souvent été créés en fonction du lieu d’habitation, du métier ou d’une particularité physique de la personne : « Dupont », « Deloire », « Cordonnier », « Leborgne »… Différence importante, l’usage de la particule « de » est, chez l’être humain, réservé aux familles nobles. Rien à voir avec la situation des chevaux, chez lesquels l’usage d’un « de » ne signe pas une quelconque « noblesse », mais simplement la provenance.

En dehors de l’utilisation du nom de l’élevage, il est fréquent de mélanger le nom des parents, en particulier lorsque ces derniers sont prestigieux. Palloubet d’Halong et Balou du Rouet affichent tout haut le nom de leur paternel ! Restent des cas où les éleveurs manquent sérieusement d’imagination… Dans les années 2000, un AQPS français s’illustre au Royaume-Uni dans les National Hunt. Son nom ? Azertyuiop. La source d’inspiration ? La première rangée des lettres présente sur votre clavier d’ordinateur !

Le naming des chevaux : une pratique en plein essor

Pierre Durand est pionnier dans le naming, avec son très célèbre Jappeloup. Alors que le cavalier girondin recherchait des sponsors, il a contacté la maison de Luze, un fabriquant de cognac fondé en 1822. Jappeloup est devenu « Jappeloup de Luze ».

Le naming des chevaux s’est depuis généralisé, voire banalisé. Le nom de l’élevage étant un suffixe, celui du sponsor arrive plus souvent en préfixe. Malin Bayard-Johnson, ancienne mannequin pour la marque H&M, a très tôt su conclure un partenariat avec sa maison historique en re-nommant tout son piquet, et en particulier son étalon KWPN Tornesch. Parmi les autres cas connus de naming équin, citons le cheval de complet Sam (La Biosthetique) et l’étalon Vleut, qui a carrément été renommé Guccio par sa cavalière Edwina Tops-Alexander. Par le passé, on se souvient que le re-nommage d’Unic du Perchis en Unic Revillon avait causé quelques soucis…

En mars dernier, Ryan des Hayettes a rejoint la maison Hermès, devenant Hermès Ryan et faisant disparaître du même coup le suffixe de l’éleveur. Est-il bien raisonnable de changer ainsi le nom d’un être vivant ? Le naming participe à cette image parfois détestable que le milieu de la haute compétition renvoie au grand public. L’équitation reste l’un des très rares sports à véhiculer un certain chic et une certaine classe, que l’on compare les tenues vestimentaires de nos cavaliers aux chemises bariolées des footballeurs, par exemple. Les terrains de concours prestigieux sont déjà saturés de publicités, est-il besoin d’en ajouter en introduisant les noms de sponsors dans ceux des chevaux ? Certaines marques véhiculent des valeurs proches de celles de l’équitation, mais il arrive que des namings provoquent un gros malaise, notamment ceux du fabriquant d’arme autrichien Gaston Glock. Sponsor, entre autre, des chevaux d’Edward Gal (comme Glock’s Voice). Quiconque connaît l’existence de ce modèle de pistolet, le « Glock » ne peut qu’être gêné, voire choqué de voir un cheval véhiculer une telle image sur des terrains de concours. Le monde équestre manque parfois singulièrement de sagesse…

Qu’est-ce que le groupe JO/JEM ?

A Rio, certains chevaux français portaient le suffixe JO/JEM derrière leur nom. Ces chevaux et leurs propriétaires ont suivi le programme « Objectifs Jeux » de la fédération française d’équitation, permettant une préparation optimale aux grosses échéances sportives. Une préparation qui a porté ses fruits, si l’on en juge par la double médaille d’or !
http://www.ffe.com/hautniveau/Groupe-JO-JEM

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3 commentaire(s) »

Brigitte [invité] :
Le 02/12/2016 à 05h57

Bravo pour cet article de naming fort instructif et de grande qualité comme toujours

et pour information je suis parfaitement solidaire de votre dernier paragraphe concernant des associations douteuses.

valren :
Le 02/12/2016 à 11h39

Merci Brigitte pour ce commentaire !
C'est en regardant les épreuves de dressages des JO que j'ai eu l'idée de cet article, car j'étais très choquée du naming du cheval d'Edward Gal Glock's Voice, je pense que la publicité pour des armes à feu devrait être absolument bannie des terrains de concours et n'est en aucun cas compatible avec les valeurs de l'équitation.

liliadi :
Le 07/12/2016 à 14h41

Oui, très intéressant article et éclairant pour les néophytes du haut niveau....

Il est vrai que les noms des poneys des clubs n'ont pas grand chose à voir, ni même ceux des chevaux de propriétaires lambda !

Anne

Article publié le 26-10-2016

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