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L'industrie chinoise veut la peau de l'âne

Par Amélie Tsaag-Valren


N°79
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En écho avec le récent meurtre d’un rhinocéros, abattu au zoo de Thoiry pour sa corne, Cheval Savoir a souhaité rebondir en dénonçant aussi le trafic de la peau des ânes africains... Ces deux exemples découlent des prix faramineux atteints par certains produits animaux, pour la fabrication, en Chine, de « panacées » traditionnelles. Un dossier accablant…

Récemment passée vers un modèle de société consumériste, la Chine propose désormais en vente libre un grand nombre de produits pharmaceutiques « traditionnels », jadis réservés à une élite fortunée. La publicité pour ces produits n'étant pas encadrée, des croyances en des vertus miraculeuses, que rien n'étaie scientifiquement, créent des souffrances animales et humaines terribles. Le tout pour enrichir l'industrie pharmaceutique.

L’âne de Somalie
L’âne de Somalie, une espèce en voie d’extinction, désormais menacée par des trafics illicites.
© sergei_fish13 - Fotolia.com

Ces produits chinois font appel à de nombreuses parties d'animaux : corne de rhinocéros, dent de tigre, ivoire d'éléphant, écaille de pangolin, et... peau d'âne. Une situation qui, pour ce dernier hélas, n'a rien d'un conte de fées. Au point que l'espèce est menacée d'extinction sous cinq à dix ans, sur le continent africain.

D'après le quotidien China Daily, 5 000 tonnes d'ejiao sont produites chaque année, au prix de la vie de 4 millions d'ânes

Il n'est pas question ici de mettre en cause l'acupuncture, le qi gong (gymnastique) ou la diététique chinoise, ces pratiques dites de « médecine traditionnelle chinoise », bien que situées hors du champ scientifique, ayant donné lieu à des témoignages enthousiastes. En revanche, la pharmacopée traditionnelle chinoise, basée sur des textes vieux pour certains de 2 000 ans, pourrait causer l'extinction de nombreuses espèces animales au nom d'une croyance sans bases scientifiques.

Qu'est-ce que l'ejiao ?

L'industrie pharmaceutique chinoise extrait de la peau d'âne une gélatine du nom d'ejiao, qui sert à fabriquer un sirop présenté comme un tonique sanguin. Une sorte de panacée contre l'anémie, la toux sèche, les dérèglements dus à la ménopause, l'insomnie et la fatigue. Jadis, ce produit était réservé à une toute petite élite impériale, comme le remarque le Jésuite Dominique Parrenin en 1723, dans ses Lettres édifiantes et curieuses, mémoire de la Chine.

Plaquette d'ejiao
Plaquette d'ejiao. Photo de Deadkid dk, C.C. By S.A. 3.0.

En 2010, une grande campagne de publicité pour ce sirop a entraîné un fort accroissement de la demande. Alors que la population asine chinoise était d'environ 11 millions de têtes dans les années 1990, elle n'est plus que de 6 millions en 2013. S'ensuit une flambée des prix. D'après le quotidien China Daily, 5 000 tonnes d'ejiao sont produites chaque année, au prix de la vie de 4 millions d'ânes. Les ejiao les plus réputés seraient vendus jusqu'à 12 000 euros le kilo. Ce sirop est couramment servi en boisson d'apéritif, pour accompagner des noix ou des graines. En 2016, une peau d'âne se monnaie 140 à 170 euros pour le marché chinois. Par ailleurs, la viande d'âne est consommée dans les restaurant du Nord du pays (Hunan/Henan) en raison de prétendues vertus aphrodisiaques. Il arrive que la peau serve à la fabrication de chaussures. Le commerce des produits issus de l'âne en Chine représente un marché de plusieurs millions d'euros. Les provinces de Jiangsu, Zhejiang et Shandong sont les plus actives.

Qin Yufeng, président de la société Dong’e Ejiao Co, l'un des producteurs majeurs, a demandé (en 2015) un soutien gouvernemental à l'élevage d'ânes en Chine.

Le massacre illégal des ânes africains

Plusieurs associations de protection animale ont rapporté les mêmes faits ces dernières années. Pour suivre l'offre et la demande, les fournisseurs de peaux chinois se sont tournés vers le plus important « réservoir » d'ânes bon marché, le continent africain, berceau de l'espèce et de sa domestication. Les fournisseurs ne s’embarrassent pas toujours de précautions : des braconniers s'en prennent aux troupeaux d'ânes sauvages ou semi-sauvages, qu'ils massacrent allègrement et dépècent, ne laissant sur place que des carcasses.

L’âne de Somalie
L’âne de Somalie est devenu un animal animal de zoo… Photo Wikicommons

Ces ânes ne suffisant pas à répondre à la cruelle demande, les fermiers africains sont victime de vols de leurs animaux domestiques, souvent assommés à coups de marteau ou égorgés au poignard, puis écorchés vifs. D'après les témoignages de fermiers, entre autres sud-africains, les contrebandiers s'en prennent aux ânes jusque dans les pâtures clôturées et les étables. La perte d'un âne peut-être dramatique pour les cultivateurs africains, dépendants de la force de travail animale pour de nombreuses tâches, en particulier d'agriculture, et de traction de charrettes. En Éthiopie, les ânes domestiques servent au transport des malades ou des blessés vers les hôpitaux.

Au Burkina-Faso, bien que le cheptel asinien soit numériquement très important (plus d'un million de têtes), la survie de l'espèce est menacée d'ici cinq ans, d'après le directeur de la santé publique vétérinaire et de la législation Adama Maïga. Le manque de transparence dans les abattoirs a été souligné, des carcasses d'ânes dépecés s'entassant aux abords des lieux.

Un commerce animal diversement régulé

Au Burkina-Faso, un décret interdisant l'exportation d'ânes et encadrant leur abattage a été signé le 3 août 2016. Le Mali, le Sénégal et le Niger ont suivi la même voie. Au contraire, le Botswana et le Kenya ont légalisé l'exportation des peux d'âne vers la Chine, une tendance suivie par la Namibie, avec l'ouverture d'un abattoir et d'usines de traitement spécialisées. En août 2016, un ressortissant Chinois a été arrêté à Bamako, en possession de 40 peaux d'ânes.

En Afrique du Sud, la régulation s'est amorcée, notamment après une saisie de 5 000 peaux d'ânes obtenues illégalement et en partance pour la Chine, début 2016. La vente en ligne et le commerce d'ânes vivants ont été interdits, mais rien n'empêche les exportations de peaux. De son côté, l'ambassade de Chine nie toute importation de peaux d'âne sud-africaines de contrebande... mais la situation est contrastée, dans la mesure où une régulation de ce « commerce » peut permettre à des éleveurs ruraux de sortir de la misère.

La meilleure façon de lutte contre ce sinistre commerce serait de permettre une meilleure diffusion des connaissances scientifiques en Chine, et des conséquences du trafic sur la biosphère. Ce qui semble, hélas, bien difficile à réaliser...

Ane d’Afrique, âne de Somalie

La corne de l'Afrique compte la dernière population d'ânes sauvages au monde.

  • L'âne sauvage d'Afrique, assez grand, est considéré comme en danger critique d'extinction, avec une population d'environ 600 têtes répartie entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
  • La sous-espèce dite « âne sauvage de Somalie » compte moins de 200 individus répartis dans 34 zoos.

Pour en savoir plus sur les différents équidés : cliquez ici.

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1 commentaire(s) »

axelle :
Le 20/04/2017 à 08h28

Bonjour, merci pour cet article très intéressant. Thématique dont je n'avais jamais entendue parler. Cette pression asiatique sur beaucoup de produits (cacao, holothuries, nickel,...) se retrouve donc aussi pour les ânes.

Article publié le 13-04-2017

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