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Quel fourrage pour remplacer le foin ?

Par Brittia Guiriec, Ingénieur agronome


N°81
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La ration d'un cheval doit contenir minimum 17% de cellulose. Traditionnellement, c’est le foin qui assure cet apport. Mais en cas de pénurie ou de difficultés d’approvisionnement, le foin peut-il être remplacé par d’autres fourrages ? Et dans ce cas, lesquels et en quelles quantités ?

L'enrubannage d'herbe permet de sauver une récolte de foin mal engagée et d'assurer un stock de fourrage intéressant. La paille - d'avoine ou de blé - est également une source de fibres classique et facile à trouver. Moins énergétique que le foin, elle nécessitera un apport calorique plus important dans la ration de concentrés, pour compenser.

Foin
© L.Bataille

Sachant qu'une parcelle moyenne produit 5 tonnes de foin brut par hectare (4 T MS/ha). Encore faut-il que ce rendement ne soit pas modifié par des conditions climatiques particulières… Notamment les conséquences d’une période trop pluvieuse.

Il est conseillé de densifier le chargement de la pâture, pour ne pas se laisser dépasser par la pousse explosive de la plante, et éviter le gaspillage

En effet, trop d'eau nuit à la rigidité des tiges de graminées, qui tendent à se coucher au sol. Résultat : elles deviennent difficiles – sinon impossibles – à récolter de manière mécanique, et se détériorent rapidement au contact de la terre. L'appétence et les qualités nutritionnelles en pâtissent, et des moisissures néfastes peuvent se développer. Un foin contaminé par les mycotoxines (molécules toxiques produites par les champignons microscopiques, et persistant dans l'aliment même si la moisissure disparaît) est impropre à la consommation...

On peut alors, dans certains cas, de se rabattre sur d’autres fourrages qui conviennent aux chevaux, notamment certaines graminées « exotiques ».

Miser sur les graminées exotiques

Le moha et le millet perlé, peu courants et pleins d'atouts pour une culture estivale en dérobée. Ces graminées originaires des régions chaudes se caractérisent par une vitesse de croissance record, un fort pouvoir couvrant et un cycle végétatif ultra court. En deux mois à peine, la parcelle est exploitable en pâturage ou en fauche, avec une productivité minimale de l'ordre de 3 T MS / ha !

Seul bémol : ces plantes ne supportent pas le froid. Leur implantation nécessite impérativement un sol réchauffé (12°C minimum). Une saison tardive incite donc à semer fin juin/début juillet…

Le moha

  • Semis : juillet (année normale).
  • Implantation : lit de semence fin et émietté, profondeur 1 à 2cm maximum.
  • Traitement / Fertilisation : néant (étouffe les mauvaises herbes et assainit la pâture).
  • Rendement : 3 à 5 T MS/ha (une seule coupe).
  • Utilisation : pâturage, enrubannage, foin.
  • Repousses : non, mais supporte la sécheresse.

Le millet perlé

  • Semis : juin-juillet (année normale).
  • Implantation : préparation soigneuse du sol nécessaire (graines très petites).
  • Traitement / Fertilisation : pas de désherbage obligatoire, mais fertilisation recommandée.
  • Rendement : 8 à 12 T MS/ha (en plusieurs coupes).
  • Utilisation : pâturage, enrubannage, foin.
  • Repousses : oui, 4 à 5 cycles.

On peut également citer le sorgho fourrager et son potentiel de 15 T MS/ha (il passe de 20cm à 1,60m en 15 jours, et pousse de 10cm/jour en période favorable !), mais avec une extrême prudence. Les éleveurs de bovins l'utilisent en pâturage (à raison de 10 vaches par hectare – équivalent à 10 chevaux de selle) et en enrubannage. Je ne le recommande pas, à cause d'un composé toxique (l'acide cyanhydrique) présent jusqu'à 60cm de hauteur chez les variétés hybrides. Si le rendement exceptionnel vous tentait malgré tout pour une production expresse de stock fourrager (en 6 semaines), choisissez impérativement la variété Sundan-grass, compatible avec le pâturage. Semis de mai à juillet en année normale, exploitation jusqu'en octobre.

Le moha gagne du terrain en France

Je n'ai pas encore testé, à titre personnel, ces graminées à fort potentiel.
Le millet perlé semble proposer un bon compromis comme prairie de rattrapage. Son rendement est proche du sorgho fourrager, avec l’avantage de pouvoir être consommé à n’importe quel stade de développement (pas de toxicité) et de redémarrer très vite après pâture.

Si je devais en essayer une, ce serait le moha, pour sa facilité de culture (pas d'engrais, pas de désherbage) et sa polyvalence. Son coût est raisonnable (de l'ordre de 50€/ha) et l'on dispose d'un bon recul sur son utilisation, tant en pâturage (dès 45 jours après le semis) qu'en fourrage sec (il sèche très vite), et ce pour diverses espèces de ruminants (ovins, bovins, caprins). Son usage comme foin pour les chevaux est reporté dès la fin du 19ème siècle en Europe.

Sur le plan pratique, il est conseillé de densifier le chargement de la pâture, pour ne pas se laisser dépasser par la pousse explosive de la plante, et éviter le gaspillage. Des éleveurs du Pays basque qui ont testé le moha avec succès réservent l'essentiel de la surface pour faire du stock. C'est un fourrage riche en fibres et appétent, d'aspect comparable au foin de fétuque (beaucoup de feuilles). Le stade-clé de l'épiaison, signal de la récolte, est facile à repérer grâce aux épis de grande dimension. La tige mesure alors 70 à 80cm de haut.

Ses qualités nutritionnelles en frais sont correctes (à comparer avec les 0,8 UFC de l'herbe ; MADC très variables) : de l'ordre de 0,6 UFC et 90 g de MADC (estimations réalisées par transposition des valeurs nutritionnelles pour les ruminants). En sec, il se rapproche d'un foin mature. Enfin, le moha ne repart pas une fois coupé (60 jours après semis), il n’y a donc pas d'interférences en cas de réfection de la prairie à l'automne, avec un terrain naturellement désherbé en prime.

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Article publié le 29-08-2017

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