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Y a-t-il des chevaux « fragiles » ?

Par Amélie Tsaag-Valren


N°82
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La question revient souvent sur les forums de cavaliers : existe-t-il des races ou des robes de chevaux plus fragiles que d’autres ? Malgré le déni de certains, la réponse est évidemment « oui ». Pourtant, nombre d’éleveurs sélectionnent des races et des lignées, en particulier de couleur, porteuses de faiblesses génétiques connues. Se pose alors la question de notre responsabilité individuelle et collective dans les sélections animales.

Les chevaux de couleur sont à la mode depuis une dizaine d’années. Triste conséquence, des élevages, souvent amateurs, privilégient la couleur de robe sur la morphologie et la santé animale. Si les exemples de chevaux porteurs de faiblesses génétiques liés à des robes ou de la consanguinité dans certaines races sont maintenant connus grâce aux études menées à ce sujet, l’information a encore du mal à passer auprès des éleveurs.

Qu’est-ce qu’un cheval « fragile » ?

Une fragilité peut se manifester de diverses façons. Il s’agit le plus souvent de fragilités en matière de santé, certains chevaux tombant plus souvent malades ou subissant davantage d’accidents que d’autres.

Chevaux fragiles
© S. Fisher - Fotolia.com

Les pieds, par exemple, nécessitent plus ou moins de soins. La fragilité peut aussi concerner l’adaptation à l’environnement : certains chevaux tolèrent plus ou moins bien les insectes ou la chaleur, sont plus souvent parasités par des vers, et demandent plus ou moins de compléments alimentaires pour garder leur poids de forme.

Le premier responsable de ces « fragilités » n’est pas le cheval lui-même, mais bien la sélection opérée par l’être humain

Plus récemment est apparue la notion de fragilité d’ordre génétique. Des chevaux, appartenant à des races bien précises ou portant certaines robes, sont susceptibles de transmettre des maladies génétiques parfois mortelles (syndrome létal, paralysie périodique, etc.) à leur descendance.

Pur-sang à l'hippodrome de Churchill
Le pur-sang anglais, réputé fragile. Jeff Kubina, C.C. by S.A 2.0/

Dans tous les cas, le premier responsable de ces « fragilités » n’est pas le cheval lui-même, mais bien la sélection opérée par l’être humain. Que ce soit par méconnaissance des besoins du cheval, ou pour avoir sélectionné des races consanguines, pratique bien connue pour entraîner une multiplication des maladies génétiques. Sans l’action humaine, la sélection naturelle se charge en effet d’écarter les individus les plus fragiles de la reproduction.

La sélection naturelle

Les morphologies et couleurs de robes très similaires des véritables chevaux sauvages (Tarpan et Przewalski) nous fournissent de précieux renseignements sur ce qu’est un cheval « bien adapté » à un milieu naturel de steppes : une taille modeste (1,30 à 1,35 m en moyenne), une robe sans tache blanche ni peau rose (le Tarpan est gris souris, le Przewalski bai dun), des membres forts et une constitution plutôt robuste. La morphologie de ces chevaux sauvages est plutôt courte et ramassée, à l’opposée de celle de nos chevaux de sport.

Les races de chevaux dites « naturelles », c’est-à-dire celles qui ont fait l’objet de très peu de sélection de la part d’éleveurs, montrent toutes une grande adaptation à leur milieu. Les « chevaux de l’extrême » dont nous avons parlé dans notre numéro 69, ont subi une pression de sélection naturelle si forte qu’ils ont développé des aptitudes à survivre dans des environnements particulièrement hostiles, incluant des modifications de la composition sanguine et de la capacité pulmonaire, ensuite transmises à leur descendance.

Dès lors qu’une sélection d’élevage sous contrôle humain est appliquée, l’effet de la sélection naturelle diminue au profit d’autres critères de sélection, privilégiant les « qualités » que les populations humaines recherchent chez les chevaux. Longtemps, ce fut l’aptitude à porter un cavalier, à tracter des charges, ou encore à courir vite et sauter haut. Ces dernières années, ces critères s’orientent de plus en plus vers la recherche d’une « esthétique », notion totalement subjective. Dès lors que l’être humain fait se reproduire des animaux domestiques selon ses critères à lui, la sélection naturelle n’élimine plus les individus « fragiles » parce qu’inadaptés à leur milieu : la « fragilité » de l’espèce augmente.

Les races de chevaux fragiles

Le Pur-sang remporte sans conteste la palme de la race citée pour être la plus « fragile », « délicate », ou encore « sensible ». Son espérance de vie, souvent inférieure à celle des autres races, se combine à des besoins énergétiques importants en matière d’alimentation, à une intolérance au froid, à un caractère souvent nerveux et vif, et à des faiblesses en matière ostéo-articulaire (blessure du tendon fléchisseur ou du ligament suspenseur, etc). Les propriétaires de Pur-sang réformés notent ainsi très vite la différence avec, par exemple, des races rustiques telles que le Fjord, le Shetland ou le Haflinger. Les études génétiques ont mis en lumière une importante consanguinité (95 % des Pur-sang actuels descendent en effet de Darley Arabian1). L’un des fils de Darley Arabian, très présent dans le patrimoine génétique des Pur-sang actuels, se nomme Bartlett’s Childers. Il était surnommé « Bleeding Childers » en raison des saignements qu’il présentait pendant chaque course. « Bleeding Childers » est-il la cause des nombreux cas d’hémorragies pulmonaire induite par l’exercice constatés chez les chevaux de course (Pur-sang comme trotteurs, les trotteurs étant fortement imprégnés de sang PS) actuels ? Il existe de solides raisons de le penser… De même, les données historiques montrent que de nombreux étalons PS écartés des courses pour blessures aux membres ou aux tendons ont été ensuite voués à la reproduction, répandant ainsi le bagage génétique responsable.

Pur-sang arabe petit-fils de Persik
Pur-sang arabe petit-fils de Persik, destiné à la course d'endurance. Un cheval "non fragile" au sein d'une race réputée l'être, à tort. © D.R

Une partie de cette « faiblesse » découle directement de l’entraînement sportif poussé, plutôt que d’une fragilité intrinsèque à la race. Certaines pratiques sont en effet nuisibles à la bonne santé ostéo-articulaire de ces chevaux, souvent montés dès l’âge de 18 mois, alors que leur croissance osseuse est loin d’être terminée. Toutes les races imprégnées de PS, ce qui inclut la quasi-totalité des chevaux de sport de haut niveau, ont hérité des fragilités d’ordre génétique propres aux PS.

Le cheval arabe a parfois été accusé d’être « fragile », une perception souvent erronée due à sa locomotion « en danseuse ». Il existe dans les faits de grandes différences de résistance entre un cheval arabe issu d’une lignée de show (pouvant présenter un hypertype en tête entraînant des difficultés respiratoires), et un Arabe de course par exemple.

Une autre « race » répond à la définition de « fragile » : le cheval crème. Pour autant que l’on puisse considérer les membres de ce registre comme une race, puisque ni le modèle, ni le caractère ne sont fixés. La fragilité des chevaux crème tient uniquement à leur couleur. Question de phénotypes et de gènes…

Ces gènes de robe problématiques

L’être humain a en effet sélectionné d nombreuses robes de chevaux, souvent sur leur « beauté », telles que le pie, le crème ou le « chocolat » aux crins blonds.
Une double dilution par le gène crème (robe cremello, perlino ou crème fumé) entraîne une dépigmentation totale de la peau, sur toute la surface du corps. Ces zones de peau rose sont sensibles aux coups de soleil : de nombreux propriétaires de chevaux Crème soulignent que leurs animaux présentent cette vulnérabilité. La couleur des sabots n’est pas un problème, rien n’ayant prouvé que la corne blonde serait plus fragile que la brune. Les yeux bleus des chevaux crème sont plus sensibles aux variations lumineuses que des yeux foncés, l’acuité visuelle n’étant pas affectée.

Autre gène de couleur problématique, le silver, responsable de la robe dite « Chocolat », « Bay silver » ou « alezan Comtois ». Les éleveurs de Comtois sont confrontés depuis de nombreuses années à une épidémie d’anomalies oculaires congénitales multiples chez la race, dont le lien avec le gène silver a depuis été confirmé. On retrouve ces anomalies oculaires chez les Rocky Mountain Horse.

La robe pie, si à la mode chez nos amis les poneys, pose elle aussi des problèmes… De nombreux registres de race ont historiquement exclu les chevaux Crème aux yeux bleus et/ou pie (Fjord et New Forest, pour n’en citer que deux). Ne voyons pas là un « racisme » ciblant les chevaux comme l’imagineraient des anthropomorphistes, mais une simple volonté d’éviter la naissance d’animaux susceptibles de souffrir de la lumière et du soleil en raison de leur couleur de peau et d’yeux clairs.

Lipizzan de l’Ecole espagnole de Vienne
La robe grise (ici un Lipizzan de l’Ecole espagnole de Vienne) a été longtemps très prisée chez le cheval ibérique et ses dérivés. Photo Wikimédia

Les anciens avaient bien remarqué que ces chevaux étaient, sur certains points, plus fragiles que ceux d’autres robes. Entre autres, la zootechnicienne américaine Temple Grandin, qui a passé sa vie à étudier les animaux domestiques (aussi bien les bovins que les cochons, chiens, chats et chevaux), déconseille de sélectionner des animaux ayant « les caractéristiques de l’albinisme : yeux bleus, nez rose et pelage presque entièrement blanc » (L’Interprète des animaux, Odile Jacob, 2006).

Le cas du gris est intéressant, cette robe conférant à la fois une faiblesse (les mélanomes) et un avantage sélectif (la résistance aux insectes2). La sélection naturelle a d’ailleurs privilégié le gris chez les Camargue. On observe facilement combien cette robe est rare dans les pays du Nord, et fréquente dans le Sud, en particulier chez le Pur-sang arabe, le Barbe et les chevaux ibériques.

Les bons éleveurs répètent souvent, et avec insistance, que la couleur de robe d’un cheval n’a aucune importance. Sachons faire preuve de bon sens en refusant de sélectionner un cheval sur le seul critère de son esthétique...

Références scientifiques

  1.  Mim A. Bower, Beatrice A. McGivney, Michael G. Campana et Jingjing Gu, « The genetic origin and history of speed in the Thoroughbred racehorse », Nature Communications, vol. 3,‎ 24 janvier 2012, lire en ligne.
  2. Gábor Horváth, Miklós Blahó, György Kriska et Ramón Hegedüs, « An unexpected advantage of whiteness in horses: the most horsefly-proof horse has a depolarizing white coat », Proceedings. Biological Sciences / The Royal Society, vol. 277,‎ 7 juin 2010, p. 1643–1650 lire en ligne)

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2 commentaire(s) »

ISABELLE [invité] :
Le 22/12/2017 à 13h24

bonjour

il me serais très intéressant de rencontrer une personne de votre centre afin parfois de clarifier des idées reçus ou l abord de certain chevaux avec vos méthodes et surtout pouvoir apporter mon expérience sur près de 40 ans d équitation de débourrage et rééducation de chevaux mulet car ma méthode ne produit pas de chevaux bouton sans aucune réaction mais des chevaux à l écoute doué de réflexion pouvant se débrouiller seul dans n importe quelles situations en extérieur uniquement mon travail se fait avec tous sans manège ni carrière en extérieur la pose d une selle na aucune difficulté mis sur des poulains de 6 a 1ans 1/2 il partent libre comme l air en extérieur avec le matériel plaine bois vallée court d eau contre haut contre bas mont bref rien ne les blocs ils étudient réfléchissent et trouvent la voie et tout cela sans conditionnement ni répétition tous les jours juste une a 3 fois par ans sur un poulain né chez moi et une sélection des parents afin d obtenir des chevaux capable d évoluer sans mors avec un simple licol et 2 longe en extérieur dès 3 ans
voilà si le cœur vous en dit de me rencontrer mais je sais que se sera non car trop petit par rapport a votre société
pour vous je ne suis rien
pour mes chevaux et les 200 chevaux qui sont passé dans mes mains depuis 1976 je suis leur libérateur
cordialement

isabelle fockeu
ferme équestre CREPP NAOURS 80260
TEL 06 29 83 39 95

philippe [invité] :
Le 06/01/2018 à 10h43

Demonstration tres instructive, merci j´apprecie aussi le ton modere pour eviter les maximes trop definitive. vos observations sur les Pur-Sang sont tres utiles, nous utilisons pour le jeu de POLO, desormais de plus en plus de pur-sangs jeunes qui sortent des entrainements de courses car juges inaptes.
Or les chevaux demontrent en general une bonne capacite d´adaptation a cette discipline. Certes la fragilite demeure et il faut rester tres attentif a leur etat et condition physique.
Je voudrais aussi souligner l´importance du commentaire d´Isabelle publie ci-dessus, c´est tres juste, merci de l´avoir decrit.

Article publié le 13-10-2017

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