Le point sur la myopathie atypique
N°9 - Avril 2010
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Devant la recrudescence de cas de cette maladie qui provoque à juste titre une certaine panique, Cheval Savoir a voulu faire le point, avec le Docteur vétérinaire François Valon, Président du Conseil Scientifique et Technique du Réseau d’Epidémiosurveillance en Pathologie Equine*.
Cheval Savoir : On parle beaucoup actuellement d’une recrudescence de cas de myopathie atypique. Pouvez-vous nous définir cette maladie en quelques mots et nous dire quels en sont les principaux symptômes ?
Dr. François Vallon : Cette maladie, inconnue en France il y a 10 ans, se développe chez des chevaux au pâturage, principalement en automne mais aussi au printemps. Son évolution peut être foudroyante, les chevaux sont retrouvés morts, d’autres couchés dans l’incapacité de se relever, d’autres enfin, moins atteints, présentent des symptômes peu spécifiques de raideur, tremblements musculaires et sudation, avec difficulté ou refus de se déplacer. Généralement, lorsqu’elles sont observables, les urines sont foncées : il s’agit d’une myoglobinurie signant la présence de myoglobine (protéine musculaire) et traduisant une inflammation du muscle.
Les myoglobinuries étaient jusqu’à présent décrites associées à des exercices (Myopathies d’exercice ou « coup de sang »). L’évolution d’une affection musculaire chez des chevaux au repos est anormale, atypique ; pour cette raison cette maladie a été dénommée myoglobinurie atypique, puis en 2004, myopathie atypique (MA).

C S : Quelle est la fréquence de la maladie, pouvez-vous nous donner des chiffres récents ?
Dr. F.V.: L’automne 2009 aura été particulièrement dévastateur : 371 cas de MA ont été recensés par le réseau d’épidémiosurveillance européen de la myopathie atypique dirigé par le Docteur Dominique Votion, de la Faculté de Médecine vétérinaire de l’Université de Liège. Parmi ces chevaux, 265 sont décédés (taux de survie : 22%). C’est la série clinique la plus importante jamais rencontrée. Les pays touchés furent : l’Irlande (2), la Belgique (64), la France (124), l’Allemagne (92), le Danemark (2), les Pays-Bas (19), la Suisse (30), le Royaume-Uni (35) et le Luxembourg (2).
C S : La période de froid fin 2009 a vu une très nette diminution du nombre de déclarations.
Dr. F. V : Il est généralement observé après un épisode sévère en automne, une seconde vague de la maladie au printemps suivant. L’année 2010 confirme cette observation, à la date du 3 mai 2010, 59 cas compatibles avec le diagnostic de myopathie atypique ont été communiqués à la Faculté de Médecine vétérinaire de Liège. Ces cas ont été recensés en Belgique (3 cas), en Allemagne (4 cas), en France (42 cas), en Grande-Bretagne (3 cas), aux Pays-Bas (3 cas), en Suisse (3 cas) et en Suède (1 cas).
C S : Quelle est l’origine de cette affection ?
Dr. F. V.: Cette nouvelle recrudescence de la maladie a permis, à nouveau, de constater le lien entre son développement et le climat. D’un point de vue étiologique, différentes pistes sont considérées. Les conditions environnementales soulèvent l’hypothèse d’une mycotoxine. En effet, un climat humide favorise le développement de champignons microscopiques sur les déchets de végétaux accumulés sur les pâtures en l’automne (exemples : feuilles, bois mort) ; la cause de la myopathie atypique pourrait être la toxine d'un de ces champignons, toxine à laquelle seuls les chevaux seraient sensibles. L’hypothèse d’une toxine bactérienne est également évoquée et une équipe suisse s’attèle à la démontrer. Ainsi, une clostridie pourrait être impliquée dans cette maladie.
L’origine de la MA pourrait également être pluri-factorielle.
FACTEURS de RISQUE et PRÉVENTION de la MYOPATHIE ATYPIQUE
Risque
Les conditions à risque de myopathie atypique sont l’accès à la pâture à l’automne et au printemps et ce particulièrement lorsque les conditions climatiques sont défavorables.
De plus les risques sont augmentés lorsque :
- les chevaux en pâture ne sont pas complémentés avec des concentrés
- les chevaux reçoivent du foin déposé à même le sol dans un environnement humide et/ ou lorsque ce foin est de mauvaise qualité (par exemple avec des traces de moisissures)
- il y a épandage des fèces sur les prés
- les chevaux sont en pâture en permanence toute l’année.
Prévention
- Rentrer les chevaux à l’écurie lorsque des séries cliniques de myopathie atypique se déclarent
- Réaliser le dosage des enzymes musculaires (i.e. créatine kinase) dans les effectifs à risque et à la moindre suspicion
- Rentrer les chevaux à l’écurie lorsque les conditions climatiques sont défavorables (pluie, vents violents, premiers jours de gel …) à l’automne, en hiver et au printemps
- Nourrir avec des concentrés à l’automne et au printemps ou augmenter la ration s’ils en recevaient déjà
- Abreuver avec de l’eau de distribution
- Mettre une pierre à lécher en permanence à disposition
- Préférer le retrait manuel des fèces à l’épandage mécanique ou laisser les crottins en place
Il informe également les vétérinaires et socio-professionnels sur la maladie et ses recrudescences éventuelles, et participe à l’exploitation des données collectées.
Pour plus d’informations :
www.respe.net
www.myoapthieatypique.be
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